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« météore lumineux, mais passager, sur un horizon destiné à s’obscurcir et à être déchiré par les orages ». Quelques années allaient suffire pour que la crainte se justifiât. Ce fut le dernier rayon qui éclaire la fin d'un beau jour.
Le second Empire s'achève plein d'une certaine futilité, mais aussi d'équité; la société, frivole et sérieuse, «s’affolant de divertissements et se pénétrant d'émolions », usant, abusant de la vie, fravailleuse et rieuse tour à tour, restera comme l'a dépeinte Pierre de la Gorce, « toute gracieuse avec des sourires, des rires, des éclats de rire, des larmes aussi,
XXVII. — Exposition universelle et internationale de Paris, 1867. Face gravée par Barre de la médaille frappée en 1859.
mais qui se sèchent vite comme des gouttes de pluie sur les ailes d’un oiseau ».
L'Impératrice Eugénie s'impose à la mode : son luxe, ses toilettes font loi. Elle devient le type officiel de l'élégance que chacun veut imiter; et sa couturière, M®° Vionon, est célèbre dans le monde entier. Le tableau de Winterhalter : «l'Impératrice Eugénie entourée de ses dames d'honneur », nous montre bien celte société riche, élégante et joyeuse; c'est une époque de fêtes officielles ou particulières, de galas, de revues, de réceptions. Les femmes en sont les reines : et que l’on parcoure bals, salons ou mémoires d'alors, ce sont toujours les mêmes que l’on admire passer : Frédéric Loliée, dans ses Femmes du second Empire, fait défiler devant nous M"° de Metternich, sursommée « Madame Chiffon », la duchesse de Mouchy, M®° Erazzu, M®e Walewska, la duchesse de Morny, et puis aussi la Bellanger ou M®° Mu-
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sard, la Païva ou la comtesse de Castiglione et enfin Hortense Schneider, « grande-duchesse de Gérolstein », Thérèsa, la chanteuse populaire, Cora Pearl et Léonide Leblanc, toutes plus belles et plus extravagantes les unes que les autres.
Dans les salons mondains, c'est une folie. Vivre, c'est s'amuser. Les « rastas », les « petits crevés », les « fêtards » du Café Anglais sont les personnages de cette farandole effrénée. La Belle Hélène, Orphée aux Enfers, les opérettes joyeuses où l’on déshabille les dieux de l'Olympe, les calembredaines folles, la musique endiablée d'Offenbach, voilà ce qui
XXVIII. — Exposition universelle et internationale de Paris, 1867. Revers gravé par Vauthicr Galle de la Médaille frappte en 1869.
plaît à celte demi-élite parisienne, et Vénus cascadeuse chante à Cupidon
sans Carquois :
11 nous faut de l'amour,
N'en fût-il plus au monde.
Ce nest là qu'un des aspects du second Empire, mais c'est celui que chacun a remarqué et décrit, celui qui reste aux yeux du public le seul vrai, parce qu'il est fait de luxe tapageur, de bruit élourdissant, de fêtes perpétuelles et de parade. Cependant, l'on goûte et l'on applaudit en même femps les /uquenols, Faust ou Mignon; rarement il y eut époque plus laborieuse, plus active, même plus moralisatrice, plus désireuse aussi de justice sociale dans ses dernières années. Au théâtre comme dans les romans s’agilent les grands problèmes de la vie et des mœurs. Victor Duruy, par la loi de 1867, crée des écoles graluiles dans
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toutes les communes, et bientôt réorganise l'ensergnement secondaire des lycées.
Puis la mode obéit à la société; plus de crinolines énormes ni de ces jupes qu'on relève avec un cordon comme un store de fenêtre; plus de soieries chargées de dessins, plus de cachemires, mais une toilette légère, avile, alerte, beaucoup d'élégance et quelquefois du goût. Le vêtement masculin, à part celui des jeunes élégants et des vieux qui les imitent, est bourgeois simplement. Quant à Ja forme, elle est très influencée par l'entrée au musée du Louvre des bijoux étrusques de la collection Campana.
Mais, dans l’art, de plus en plus se séparent les deux notions du beau et de l’utile. Pour l’ameublement ou Ja vaisselle, on ne vise plus qu'à l'utilité pure, au solide, au « cossu bourgeois », ou bien au bon marché, au factice sans grâce et sans fantaisie. On pastiche encore les vieux styles : on refait du Louis XIV, du Louis XV, du Louis XVI.
L'architecture, dont dépendent les arts décoralifs, rahit la même indécision.
Elle construit sur des données disparates empruntées à d’autres âges. Byzantin et Renaissance s'associent, et XXIX. — Face de la Plaquette des Expo- l'Opéra de Charles Garnierélève à Paris
sie a no ne son assemblage fantasque de colonnes, ae A eee de dômes, d’obélisques et de marbres Arls appliqués à l'Industrie, fondée mullüicolores, pendant que Viollet-le-
en 1863 et fusionnée en 1883 avec la Jue et Duban procèdent à leurs sa- Sociélé du Musée des Arts décoratifs
sous le nom actuel d'Union centrale Yantes reconsütutions. des Arts décoralifs. Les intérieurs sont luxueux, décorés
par Fourdinois ou Lemoine, grandement tapissés, garnis d’Aubusson par Braquenié ou Hamot, embellis par des portraits de Winterhalter, un tableau de Biard, une terre cuite de Carpeaux, une nymphe de Chaplin.
Et c’est ainsi que le style du second Empire, si l'on peut appeler style cette indécision et ces contradictions de goût, est, comme sa société, très mélangé, très tapageur, montrant tantôt ce négligé des lendemains de fêtes et tantôt cette raideur de l’élégant qui défile à la parade.
Les premières années de la Troisième République
1870-1889 Expositions de Londres, 1871-72-73-7/ : de Vienne, 1873: de Philadelphie, 1876. — Exposition de Paris, 1878. — Son succès el son importance. — Belle Introduction au Rap-
port général, par Jules Simon :ses critiques du faux luxe et du manque d'originalité de nos objets usuels. — Nécessité de créer d'urgence des écoles. — Très intéressant rapport de KE. Didron sur les Arts décoratifs.
Réformes dans l'Enseignement du Dessin suivant la méthode d'Eugène Guillaume. — L'Ecole des Arts décoralifs et les Ecoles similaires de province. — L'Union centrale des Arts décoratifs; son rôle et son action.— La France aux Expositions universelles de l'étranger, de 1878 à 1889.
Exposition de Paris, 1889. — Son succès malgré l'abstenlion des grandes nations. — Le fer détrône le bois et la pierre. — Les Industries d'Art commencent à manifester un réel besoin d'innover et une tendance plus saine vers une ornementalion moderne, interprétant la nature. — Le maître Emile Gallé.
L'Exposition de 1867 n'avait été, comme l'écrit, en 1889, le vicomte de Vogüé dans ses femarques sur l'Exposition du Centenaire, que « la veillée folle du grand deuil » qui devait aboutir à l’année terrible et aux ruines de 1871...
Cependant, l'Angleterre avait inauguré à Londres, le 1% mai 1871, dans les galeries du South Kensington, une série d'Æxposilions annuelles Internalionales, plus spécialement réservées aux beaux-arts et à l’enseignement, lesquelles devaient être en outre consacrées chaque année à un certain nombre d'industries. Il n'y avait pas de récompenses.
La France, dès 1870, avait promis d'y participer. Maleré les événements douloureux qui avaient paralysé nos industries et interceplé les communicalions, elle voulut montrer par sa vitalité que les malheurs n'avaicul pas étouffé son génie. Le commissaire général, du Sommerard, aidé du prince de Galles et du ministre Gladstone, put momentanément remplir les galeries qui nous étaient réservées, avec des objets français empruntés aux collectionneurs de Londres, en attendant l’arrivée de nos envois définilifs qui comprirent 1051 numéros. Du Sommerard créa un bureau qui servit
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d'intermédiaire gratuit pour la vente entre l'artiste ou l'industriel et le public : cette innovalion fut très approuvée et aida à notre succès. Le règlement n'autorisait que l'exposition d’un seul spécimen de chaque objet, et en interdisait la vente immédiate. La France avail cependant obtenu, avec quelques autres nations, la faculté d'élever des annexes où l'on pouvait vendre des objets semblables à ceux exposés.
Des rapports furent écrits par Viollet-le-Duc pour les beaux-arts, Gruyer pour les produits industriels présentés au point de vue de la forme et du dessin, le duc de Luynes pour la céramique, et Focillon pour l’enseignement et les inventions.
L'année suivante, /8792, l'Exposilion de Londres réunissait : colons, bijouterie, joaillerie, instruments de musique, appareils d’acouslique, papelerie, librairie, imprimerie. Nous y figurions avec honneur, mais nous n'y avions que 843 numéros : l'£xposilion de Lyon, qui se tenait en même temps, lui faisait concurrence. Le déclin fut encore plus grand en 1873. Le programme comportait : soie el velours, acier, instruments de ch:rurgte, voilures et substances alimentaires. La France et d'autres pays s'abslinrent, pour réserver tout leur effort à la grande Exposilion de Vienne, qui avait lieu à la même époque en Autriche. Il y eut encore à Londres une Exposilion en 1874 comprenant : dentelle, génie civil, chauffage, cuirs, reliures, et vins étrangers. La France y présentait 972 numéros, mais l'insuccès fut tel partout, que la Commission anglaise décida de ne pas continuer ces exposilions et de ze pas donner suite à celle qui élait prévue pour 187».
L’Exposit on de Vienne s'ouvrit le 1° mai 1873 au Praler, dans des galeries construites sur les bords du Danube; aux beaux-arts et aux industries on joignit pour la première fois (Classe 26) l'éducation, l'enseignement, V'instruction. D'autres classes méritent aussi d'être signalées par l'originalité de leur conception et leur nouveauté : la Classe 12 groupait les arts graphiques et le dessin industriel ; la Classe 19 montrait les types de l'habitation bourgeoise, ses intérieurs, sa décoralion, son ameublement ; la Classe 20 lui faisait pendant avec l'habitation rurale, ses uslensiles et son mobilier. La Classe 22 offrait la représentation de l'influence des musées des beaux-arts appliqués à l’industrie.
La propriété industrielle des objets exposés fut formellement protégée par une loi du Parlement autrichien, dont le Journal officiel reproduisitune traduction (1° décembre 1872). La question n'est pas nouvelle, puisque la première lot sur les brevets d'invention remonte à Mirabeau, 7 janvier 1791, et que d'autres lois vinrent y apporter d’utiles modificalions en 1836, en 1844, en 1858 (1), et depuis en 1909. Mais c'est à Vienne que se tint, pendant
1) La loi du 23 mai 186$ garantit plus spécialement les inventions susceptibles d'être brevetées et les dessins de fabrique admis aux Exposilions publiques autorisées par l'administration,
l'Exposition, le premier Congrès international à ce sujet. Cette question essentielle a élé reprise depuis, en d'importants Congrès, à toutes les grandes Expositions.
Notre industrie et notre commerce firent à Vienne un très remarquable et vraiment patriotique ellort, et sur 42000 exposants la France en présentait 3911 qui remporlaient 2975 récompenses.
C'étasent les Chambres de commerce et les Comités consultatifs d’agriculture qui avaient décidé de l'admission des produits, et non pas des comités spéciaux. Un jury particulier s'occupait des œuvres d'art. Le bureau, créé à Londres en 1871 par du Sommerard, fut réinstallé à Vienne et faci lita les relations du public avec les exposants. Il y eut des diplômes d'honneur décernés par le Conseil des présidents, vice-présidents et rapporteurs de jurys; des médailles d'honneur, des médailles de progrès, des médailles de mérile, des médarlles de bon gout et des diplômes de mérite. Les collaborateurs recevaient la médaille de coopération.
L'Exposilion n'oblint pas tout le succès qu'on en attendait et aboulit même à un véritable désastre financier. Vienne était loin alors de toutes les capitales qui exposaient, et les visiteurs furent moins nombreux qu'on ne l'espérait. Mais la France avait montré que, malgré les mauvais jours, son industrie élait redevenue florissante et que, chez elle, l’art et le goût n'avaient point périclité.
L'Assemblée nalionale avait eu le tort de refuser des crédits pour nos délégations ouvrières ; les corporations envoyèrent cependant des délégués, grâce à une souscription de la presse qui produisit 70000 francs.
Des rapports que nous a laissés l'Exposition de Vienne plusieurs méritent encore d’être consullés. N. Bailly (Groupe XIX) s'occupa des appartements complètement meublés; Charles Rossigneux (Groupe VII), des Aoës décorés. Victor de Luynes poursuivit les travaux qui lui étaient chers sur la céramique et la verrerte. Les objets d'art pour services religieux firent l'objet d'un rapport spécial de Boeswillwald; quant aux objets d’or et d'argent du Groupe VI, comprenant Joatllerte, orfévrertie, bijouterie, ils furent très bien étudiés par Rouvenat et Fontenay.
Pendant l'Exposition de Vienne, le Président Grant avait adressé à toutes les nations un appel les invitant à une Exposition pour célébrer le premier Centenaire de l'Indépendance des Etats-Unis. Ce fut le 10 mai 1856 que s’ouvrit l'Exposition de Philadelphie, dans le décor du « splendid Fairmount Park ». C'était une entreprise privée, placée sous les auspices de l'Etat. L'éloignement de Philadelphie n'empêcha pas la France d'y prendre une part active et d'y occuper le second rang, entre l'Angleterre et l’'Allemagne. Le groupe III, éducalion et sciences, constitué sur le modèle de celui de Vienne, fut des plus importants parce qu'il inaugurait dans sa classi/fication des produits une méthode nouvelle. Jusqu'alors la science de l'homme était représentée éparse dans les branches diverses de l’industrie. A Phila-
delphie, ce groupe de l'éducalion réunit tout ce qui intéresse l'homme : commerce, polilique, associalions coopératives, écoles professionnelles, institutions fondées pour l'accroissement et la propagalion des sciences, instruments scientifiques, syslèmes commerciaux, hygiène, ec.
Mais grandes furent les difficullés pour les exposants non américains : élévation excessive des tarifs de douane, absence de garantie pour la propriélé industrielle, jalousie commerciale.
Il n'y eut qu'une sorle de récompense : une médaille de bronze avec diplôme ct un rapport indiquant les molifs de cette distinction. On avait cru ainsi être plus juste dans l'appréciation, mais beaucoup se plaignirent de cette uniformilé sans apparat qui metlait tous les lauréats sur le même plan, Les récompenses furent décernées par un jury international; mais, les étrangers parlis, un comité de revision, exclusivement américain, fut créé, qui fit additions et retranchements. Ce fut encore une occasion de plaintes. En définilive, la France remportait 653 médailles pour 1 377 expo= sants, dont 280 peintres ct sculpteurs.
Plus généreuse que l’Assemblée nalionale en 1873, la Chambre des députés avait voté un crédit pour l'envoi de délégations ouvrières à lExposiion de Philadelphie, mais la Commission ouvrière voulut disposer de la somme à son gré et, sur le refus du ministre, une partie des corporations fit groupe à part, réunit de l'argent par souscription et organisa une exposilion libre à côté de l'exposition officielle.
Il avait élé décidé, après l'Exposilion de 1867, que l’on altendrait onze ans avant d'ouvrir une nouvelle Exposition à Paris. Notre jeune République mit son honneur à tenirles engagements de la France, et toutes les nations, sauf l'Allemagne, acceptèrent l'invitation qu’elle leur adressa pour l'Zxposilion universelle el internationale de Paris, 1878, et encore le nouvel Empire Allemand parlicipa-t-il à l'exposilion des beaux-arts au dernier moment, mais hors concours. Aussi bien, si son industrie n'y figura pas, ce fut moins à cause de trop récents souvenirs, qu'en raison des échecs éprouvés par elle aux Exposilions de Vienne et de Philadelphie.
Jamais peut-être il n'y eut plus d’ardeur, plus d'enthousiasme dans les uroupes français. Krantz était commissaire général. L'admission des procuits fut prononcée par des comités de classe, désignés par les ministres de l'Agriculture et du Commerce et de l'Instruclion publique : les Comités départementaux restaient chargés de signaler les artistes, agriculteurs et manulacturiers, et d'organiser, s'ils pouvaient, les groupements collectifs de cerlains produits dune même classe. L'installation des produits français fut confiée à des comités mixles composés moilié de membres choisis par le ministre dans les comités d'admission, moilié de membres élus par les exposants de la classe. Il y eut 52835 exposants, dont 25872 pour la France. Les trois jurys — de classe, de groupe, de présidents, comme en 1867 — distribuèrent 24810 récompenses de toutes sortes.
L'Exposilion s'ouvrit au Champ-de-Märs le 1% mai. Le maréchal de Mac-Mahon, président de la République, entouré des princes étrangers et des ministres, l'inaugura solennellement. On s'était efforcé de conserver l'ordre de répartition de 1867, dans un grand palais rectangulaire dû à l'architecte Formigé, et remarquable par la polychromie de la décoration surtout céramique.
Le palais du Trocadéro, que les architectes Davioud et Bourdais avaient édifié pour abriter les expositions d'art ancien et d'ethnographie, et servir de Salles des congrès, a seul subsisté. Criliqué par beaucoup comme n'étant « d'aucun style », appelé par d’autres « palais morne et pesant », il il n'en est pas moins aujourd'hui un des monuments consacrés de Paris et fixe une date dans l'histoire de notre capitale.
Parmi les 76 rapports qui restent de cette Exposilion, certains méritent de retenir notre attention. D'abord le Rapport administratif de Krantz, mais surtout l'{ntroduclion aux rapports du jury international par Jules Simon. C’est, de tous les rapports généraux, l’un des mieux compris, des plus justes et des plus intéressants ; il n’est pas de proportions paradoxales : un seul volume in-8° de 576 pages. Un historique précis et alerte des Expositions nationales de l'an VI (1798) à 1849, et internationales de 1851 à 1867, sert de préface à la grande fête de 1878 : au lieu d’une vue d'ensemble assez facile à écrire, au lieu d'un sec et froid comote rendu des groupes classe par classe, Jules Simon a esquissé des considérations sur les progrès de l'esprit humain. Dans celte œuvre littéraire d’un attrait singulier et d’une haute portée philosophique, il reconstitue, depuis les origines du monde, l’histoire des découvertes et des moindres travaux par lesquels l'homme vit, prospère, et se défend contre la nature ; il montre « comment les hommes se rapprochent entre eux et échangent leurs pensées et leurs richesses, comment ils s'établissent chacun dans leur domicile, comment ils y pourvoient à leurs besoins et à leurs plaisirs », c'est-à-dire si nous prenons les têtes de chapitre de cette œuvre qui résume un monde et synthélise {ant de connaissances à la fois : maison el mobilier, vélement, aliment, force productive, école; celte dernière, c'est « l'arche sainte, l'aspiration vers l'idéal ».
Erudition qui n'ennuie jamais, détails d'histoire ou cilalions qui précisent un fait et l'éclairent, se mêlent naturellement au récit. Qu'il y soit question de l'industrie des fleurs artificielles, de l'archilecture ou de l'imprimerie, on éprouve le même intérêt à le lire parce qu'on y surprend toujours au passage quelque idée nouvelle sur la {rans/ormalion progressive de l’objet, ou quelque considéralion humaine, sociale ou philosophique sur son avenir, et tout cela s'enchaîne, les classes de l'Exposition viennent d’'elles-mêmes y figurer à leur ordre logique comme des preuves et comme des exemples. Nous ne pouvons mieux faire que de glaner au gré des pages quelques jugements.
«Il y a un effort à faire pour donner plus d'élégance au mobilier et aux
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ustensiles du pauvre. Il ne peut avoir chez lui que du bois très commun, du fer ou du cuivre, de la poferie de faïence, des étoffes à bas prix. Soit, il n'est question ni d'augmenter les frais de l'acheteur, ni de condamner le vendeur à vendre avec perte. Il serait absurde de demander plus de luxe; demander plus de goût, c'est demander ce qu’on peut donner sans autre dépense qu’un peu plus d'art et de soin. Nous voyons dans nos musées des ustensiles de ménage qui remontent aux bonnes époques de l'antiquité; des lampes, des cruches, des chaudrons; ces objets n'ont pas plus de valeur
NXX. — Exposition universelle et internationale de Paris, 1878. Face de la grande Médaille, gravée par Oudiné.
intrinsèque que ceux dont nous nous servons : ce qui les distingue des nôtres, c'est la pureté, et même assez souvent la beauté de la forme. Nous pourrions faire cela, nous pourrions nous donner cela : il suffirait de vouloir. »
Ailleurs, il démontre cette vérité « que l’homme qui trouve si diffieilement l'utile atteint le beau du premier coup », et en donne comme exemple la Grèce. Toujours l'homme a deviné le sublime avant de trouver le nécessaire. Le chef-d'œuvre est à l’origine des temps. « Le grand art est (oujours près du rêve et de la jeunesse, et cela est aussi vrai dans la vie que dans l'histoire. On commence par deviner, on finit par chercher. Il est vrai que la seule possession solide est celle qui suit la recherche... Dans la