‹ Arts appliqués et industries d'art aux expositionsChapitre 97 sur 126 · CORAN · texte numérisé non relu

CORAN

Telles ou telles villes de province, centres régionaux d'activité, seraient les cadres appropriés et utiles de ces Expositions.

Et voici surtout le grand avantage qu'on en pourrait retirer :

Nous possédons épars dans toule la France des talents et des initiatives que nous ne tentons pas suffisamment d’'uliliser, de meltre en valeur. Dans tous les coins de nos provinces sommeillent, végèlent, meurent de vieilles industries originales, admirables, à peine connues. L'heure va venir de les secouer, (le les réveiller, de les rendre prospères en les faisant connaîlre. C’est seulement par l'Exposilion locale spécialisée que l’on y arrivera.

Déjà une proposition de loi a élé déposée tendant à organiser une Exposition internationale des Arts décoratifs à Paris en 1915, et la Commission du Commerce à la Chambre des députés en a décidé l'extrême urgence.

À l'unanimité, elle a décidé que l'institution d’une Exposilion d'Art décoralif contemporain s'imposait el qu'il élait de toute nécessilé de l’organiser le plus tôt possible : il y va de l'existence de toute une branche de notre activité nationale. C'est pour toule une partie de notre production une question de vie ou de mort.

Dans une première partie — les pages précédentes formant comme une préface, une introduction nécessaire au rapport — M. Roblin montre d’une façon très nette, mais très précise en sa grande brièveté, quelle place a été faite à l'Art décoratif dans les Expositions antérieures à 1900. Nous ne reviendrons pas sur cet historique, dont nous avons déjà fait une esquisse.

Arrivant enfin à l'Exposition de 1900, M. Roblin montre bien qu'il s'est produit alors « une éclosion tout à fait extraordinaire dans l’histoire des Arts contemporains » et que dans beaucoup de cas « il s’est manifesté une supériorité incontestée sur les résultats obtenus dans les Expositions antérieures ». Il étudie dans ses grandes lignes le mouvement de l'Art décoratif dans les arts du feu ou le mobilier, définit et juge ce que l’on a appelé le modern style qui avait alors cette aualité d’être neuf et de vouloir surtout être neuf : mais il n’était pas dans la tradition francaise ; excessif dans son originalité de recherches, il dépassait dès l'origine son but au lieu de l’atteindre. Attaqué par les puristes des styles établis, abandonné et critiqué mème par ses anciens défenseurs, il devait succomber ; il y avait effort à se dégager du passé, c'était une tentative, ce n'était pas un « faux départ ».

Depuis 1900, comment a évolué l'Art décoratif moderne, non seulement en France, mais encore à l'étranger ? Il n'y a pas eu chez nous depuis cette époque d’'Exposition universelle. Mais chaque grande nation d'Europe ou d'Amérique en a organisé au moins une importante; souvent l'Art décoratif a occupé la place prépondétante et: mème l'Exposition tout entière lui était exclusivement consacrée. Passons-les rapidement en revue.

Turin, 14902. — L'Italie ouvrait en 1902, à Turin, une Exposition internationale où l’on n'acceptait « que les ouvrages originaux montrant une tendance très marquée au renouvellement esthétique de la forme ». Un défaut d'entente empècha nos décorateurs d'y participer avec tout l'éclat qu'ils auraient pu y déployer.

Saint-Louis, 1904. — Avec section d’Art décoratif organisée par Guillaume Dubufe. 5

Liëse, 1905. — Bellery-Desfontaines y installe un salon entier avec la collaboration des artistes nouveaux en renom.

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Mira, 1906.— Avec section d'Art décoratif organisée par MM. Frantz Jourdain et Monduit.

Loxpres, 1908. — Un pavillon v fut aménagé spécialement pour les décorateurs par un amateur, M. Delieux. Notre succès y est très vif.

CorEnuAGuE, 1909. — Pour la première fois artistes, industriels et artisans furent groupés ensemble par le Comité francais des Expositions et la Société d’encouragement et collaborèrent à l'œuvre commune, et M. Roblin veut bien citer à cette occasion le Rapport de MM. G.-Roger Sandoz et Jean Guiffrey et son introduction sur les Arts appliqués ct les Industries d’Art aux Expositions.

BruxezLes, 1910. — Le même effort d'unité se poursuit daus le salon d'art aménagé par l'architecte Lambert.

Turin, 1911. — Un pavillon y est réservé aux artistes décorateurs modernes. Dans la préface du catalogue, M. R. Kæchlin, que cite M. Roblin, s'exprime ainsi:

« L'Union centrale des Arts décoratifs n’a admis dans ses vilrines que des ouvrages d'un caractère franchement moderne, el toutes les copies, Lous les pastiches des styles anciens en ont été délibérément exclus. Non joint qu'elle ne professe pour les vieux styles de France une admiration passionnée, mais elle sent non moins passionnément la nécessilé de les renouveler, de ne passe complaire à des rediles el c'est pourquoi elle s'est adressée uniquement aux artistes el aux artisans qui prélendent voir et penser par eux mêmes, non d'après les formules convenues.. Nous continuerons d’avoir dans le sang ces formes que nous avons créées el qui demeurent familières, el toute nouveauté dérange nos habitudes. Nos artisans ont eu moins d'occasions de manifester leurs talents et de créer de grands ensembles décoralifs que ceux d'autres pays, où l'absence de traditions laissait le champ plus libre aux innovateurs ; mais il semble que le préjugé contre l'Art décoratif moderne tende à disparaître, chez les jeunes générations surtout, et qu'un prochain avenir doive permettre à nos décorateurs français de donner toute leur mesure. On reconnaît, en effet, chaque jour davantage en France combien les prélendus révolutionnaires demeurent au fond dans la grande tradition française et avec quelle ingénieuse logique ils s'appliquent, surtout inconsciemment, à la développer.

» La qualité première de notre Art décoratif de jadis élail, plutôt que la force, une certaine grâce mesurée el charmanie que nul n'a jamais su nous prendre, même en s’appropriant nos formes : c’est encore ce caractère qu'on distingue chez nos modernes arlisans, ils recherchent l’aimable plus quele puissant et prétendent continuer l'art sociable qui est dans notre tempérament et dans notre tradilion. »

C'est ce fil perdu de la saine tradition francaise qu'il s’agit de retrouver : c’està-dire convenance, à-propos, ordre et choix, et comme le dit très justemené M. Roblin :

I paraît de plus en plus cerlain que sur toute l’agilalivn antérieure à passé un souffle de sagesse, de raison, de modéralion portant avec lui « de légers effluves d'élégance et de goût ».

Malgré quelques hésilalions, quelques inquiéludes ou même des erreurs, on sent désormais le souci d'une d''cor«tion de meilleur aloi, un relour vers ce

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sentiment que le meuble est le serviteur et le compagron de l'homme, quil doit être fait à sa mesure, qu'il doit grandir par les devoirs de sa fonction, à des besoins matériels qu’il est tenu de satisfaire exactement, mais aussi à des goûls nouveaux. « Car, dans la maison, il est un témoin discret de la vie qui doit garder avec réserve son rôle de comparse ou de figurant, sans prétendre se hausser à celui d'acteur principal. »

Si ces constatations sont encore consolantes pour notre amour-propre et si nous avons le droit de ne pas désespérer, il ne faudrait pas en conclure que nous triomphons et sans plus de souci de notre prestige nous endormir simplement sur des lauriers bien fragiles encore. Un coup d'œil sur l’état actuel de l'Art décoratif à l’étranger suffira pour montrer que nous avons à lutter, beaucoup à apprendre, et que plus d’un peuple nous a déjà devancés dans la voie d'un style décoratif moderne.

D'abord l'Angleterre : ce n’est pas d'aujourd'hui que date l'action d'un William Morris ou d'un Walter Crane. Il y a eu des errements ; mais la période en est close, et des novateurs, hardis et tenaces comme Mackintosch, produisent des œuvres qui sont la marque d’un véritable Art moderne nouveau, et l'Angleterre les accepte aujourd hui sans discussion.

La Belgique, depuis longtemps, s'efforce de se créer un style ; en vain s’est-on É S , o » > } moqué de l'art « belge » ; en vain a-t-on dénigré les « produits brabancçons ». Les recherches n’en demeurent pas moins infiniment fécondes.

En Hollande, il existe une impressionnante émulation de bons vouloirs qui, naguère encore, aboutissait, à l’Ideal Home Exhibition de Londres, à la présentalion d'une seclion moderne absolument hors pair. Des emprunls ingénieux furent faits à l’arl colonial ; puisant dans ces trésors, les Néerlandais, comme les Anglais, ont su y découvrir des éléments décoratifs dont ils ont su, avec un tacl et une mesure exquis, rajeunir, dans l’objet usuel de chez eux, un certain nombre de formes et de décors.

Aulriche-Hongrie. — Les ironies élevées jadis contre l’art dit « belge » étaient inséparables des lazzis décernés à l'art viennois. Les meubles en « boîles à cigares », pour reprendre une expression qui eut du succès, ne furent point, alors, du goût des tradilionnalistes français, obstinés dans leur admiration pour les styles de chez nous ou les pastiches habilement déguisés. I1 n’en subsiste pas moins que l'art moderne autrichien suit une route des plus intéressantes, el qu'il y à trois ans, lors de l'Exposition de Vienne, on vit des ensembles dignes d'être tenus pour mieux que d’hésitants efforts.

L'Allemagne : On se rappelle en 1909, au Salon d'Automne, 1 Exposition curieuse d'Art munichois : encore un peu lourd, et heurtant par ses violences notre gout affiné. Mais les artistes de Munich se sont essayés au contact de notre art et l'Exposition qui se tient là-bas en ce moment même, montre qu'ils ont su corriger leurs fautes et atténuer certaines bizarreries. Ils sont en plein progrès

mn CCSN

et, à la nouvelle que Paris convierait, avant 1920, les nalions étrangères à faire une démonstration solennelle, Munich a immédialement centralisé ses forces, et en un accord parfait, arlisles, arlisans, industriels, fabricants, municipalités, amateurs, mécènes « marchent » pour renouveler à cette occasion, et sur une bien plus vaste échelle, le groupement qui fut tant remarqué à la dernière exposition bruxelloise.

La Suëde n’est pas restée en dehors du mouvement. Et l'Exposition récente de Stockholm en a été la preuve manifeste. Pour ne dater que de 1870, la rénovation n’en est pas moins significative et à force de volonté, de travail, la Suède a fini par dépasser beaucoup d’autres nations. La tisseranderie fut restaurée, le docteur Haselias créa le « Nordiska Museet » (musée du Nord) pour y recueillir les objets usuels rappelant les traditions artistiques du pays. L'art de la dentelle au fuseau, abandonné, fut remis en honneur ; les meubles furent Suédois ; la porcelaine prit une extension considérable ; des artistes comme Venneberg ou Wallander inventèrent des motifs pour décorer vases et pols ; la verrerie de Kosta, la poterie de Hoganaïs, l’orfèvrerie, la fonderie, tous les arts, rajeunis et vivifiés, s’épanouirent comme dans un splendide printemps.

En Italie les arts décoratifs commencent à renaître et à se développer suivant une méthode intelligente.

La ussie s'éveille doucement et la Finlande a peut-être des architectes dignes de Sarinen, qui nous émerveilla par son pavillon Finlandais en 1900.

Telle est, à l'étranger, la situation de l’Art décoratif moderne et M. Roblin a raison de conclure :

Comment, devant cet assaut presque unanime, ne pas meltre avant toute autre préoccupation, chez nous, celle de donner aux artistes décoraleurs toutes facilités pour affirmer -dignement l’indéfeclible vitalité du génie français ? Peut-on accepier sans douleur l'hypothèse que, dans dix ans, notre public acheteur se refusera encore à aïder l'art moderne el s'obslinera à gaspiiler dans de folles enchères, sur des bibelots anciens, des fortunes dont la vingtième partie suffirail à assurer le triomphe de la France sur le terrain de l’art moderne ?

En présence de celte situalion, l'évidence éclate de la nécessité pour la France de faire plus qu'elle n’a fait encore et, en organisant à son tour une Exposition d’Art décoratif, suscite à la fois l’effort deses nationaux el démontre à l'étranger qu’elle ne consent pas à déchoir du rang qu'elle à toujours tenu.

Or, une Exposition de ce genre peut comprendre, soit à la fois, soit exclusivement :

Ou des œuvres anciennes ; Ou des œuvres copiées ou inspirées de modèles anciens ; Ou des œuvres résolument modernes.

Mais de quelle ulililé serait aujourd’hui une Exposilion d'œuvres anciennes ? La prééminence de nos décorateurs dans les siècles passés n’est plus à

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