‹ Arwed, ou, Les représaillesChapitre 2 sur 29 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

CLINTON, puis POLWARTH.

CLINTON

Cette guerre devient plus sérieuse qu'on ne l'avait présume d'abord. Nos ennemis sont dignes de nous» et si, comme tout le fait craindre , la France leur envoie des secours. . •

polwartii, à la cantonade, à gauche, dans le deuxième

salon.

C'est bien, j'y suis. . . je m'annoncerai moi-même. Général, je vous présente mes devoirs.

CLINTON

Que vois- je! le capitaine Polwarth ?

POLWARTH

Moi-même, Général. Arrivant d'Angleterre, sur le brick VHamilton, avec mon régiment, le 47e d'infanterie légère, d'autant plus légère que , pendant la traversée, nous avons manqué de vivres; c'est au point qu'on m'avait mis au biscuit, moi, John Polwarth. . . Le mal de mer et la diète m'ont mis à deux doigts du trépas.

air : De sommeiller.

Oui , j'ai failli perdre la vie.

Les requins , tout joyeux déjà , En apprenant ma maladie , S'apprêtaient à faire un extra.

C'est en vain que chaque semaine On leur jetait quelque soldat \ Ils prétendaient qu'un capitaine Est un morceau plus délicat.

Aussi, ce matin, je n'ai pas attendu le débarquement, je me suis jeté dans une chaloupe, et une fois sur le rivage , je suis entré dans la meilleure taverne, où j'ai appaisé les cris d'un estomac long-temps ravagé par l'abstinence.

CLINTON

Toujours gastronome, à ce que je vois.

(6) POLWARTH

C'est le moyen d'être bon soldat, on n'est jamais plus brave qu'après dîner.

CLINTON

Alors, je tous plains, mon cher Polwarth; car vous savez que dans les villes assiége'es. . .

POLWARTH

Comment, Boston est assiégée ? Pardon , mais si je l'avais su j'aurais donné ma démission. Je veux bien me faire tuer, c'est mon état, mais non pas mourir de faim. . . ça passe la plaisanterie.

jVir : Un homme pour faire un tableau.

Oui, je redoute avec raison

Le sort d'une ville assiégée ;

Je plains surtout la garnison

Par la famine ravagée.

Je ne puis songer sans frémir

Aux repas de l'infanterie,

Alors qu'il faut , pour la nourrir ,

Démonter la cavalerie !

CLINTON

Nous n'en sommes pas encore là, dieu merci.

POLWARTH

Aussi il est inconcevable que quatre mille hommes de troupes anglaises se laissent assiéger par des Américains, un ramas de paysans sans ordre, sans discipline... à ce que j'ai lu dans les journaux anglais.

CLINTON

Mon cher Polwarth, vous parlez de cela comme un bon bourgeois de Londres qui n'est jamais sorti de la cité. Ces paysans américains, que nous avons trop long-temps dédaignés, sont des ennemis dangereux; ils nous opposent line résistance opiniâtre. Hier encore nous avons attaqué leurs redoutes. . .

POLWARTH

Eh bien?

CLINTON

Le champ de bataille nous est resté , mais non la victoire. Plusieurs de nos officiers sont tombés entre les mains des rebelles , entr'autres le colonel Rivers.

POLWARTH

Le colonel Riyers? Je ne le connais pas.

CLINTON

II est Américain , et avait pris du service dans les troupes royales; c'est un brave officier, fort aime' des soldats. De notre côté , nous avons fait aussi quelques prisonniers d'importance. Parmi eux, il en est un surtout... Mais, parbleu ! c'est un de vos amis , le colonel Arwed.

II se pourrait! Arwed est ici? et il a suivi l'étendard de la rébellion! Je suis charmé qu'il soit prisonnier. . . je me charge d'adoucir sa captivité.

CLINTON

Vous devez penser qu'elle n'est pas bien rude. . . la ville lui sert de prison... j'ai le plus grand intérêt à le ménager. Vous savez qu'Arwed n'est pas d'origine anglaise , il est né à Boston, et il a conservé dans ce pays un grand nombre de partisans. Ils révèrent en lui le rejeton d'une famille à qui la ville doit une partie de sa prospérité. Vous sentez tout l'avantage qu'on peut tirer de cette circonstance.

POLWARTH

Sans doute!

CLINTON

Qu'Arwed abandonne la cause de l'insurrection , qu'il rentre dans nos rangs , et bientôt nous ne compterons plus que des auxiliaires dans cette cité importante, où jusqu'ici les mécontens sont en majorité.

POLWARTH

Je le crois sans peine. Ça tient peut-être à l'indiscipline des soldats. Tout-à-l'heure, en sortant de la taverne, j'en ai vu plusieurs qui maltraitaient un pauvre diable. C'est fort mal!

CLINTON

Ce sont de ces excès que mon autorité ne saurait prévenir; et cela doit vous faire comprendre davantage le besoin de rattacher Arwed à notre cause.

POLWARTH

Mais certainement , il faut qu'Arwed soit des nôtres , et il en sera. Il a été élevé à Londres , il a été nourri dans nos

principes. . . nous sommes tous ses amis. . é nos drapeaux doivent être les siens. Si vous voulez , j'entamerai la négociation ?. . .

CLINTON

Il ne faut rien brusquer. Il serait plus politique de l'attirer dans notre parti doncement et par gradation, de manière qu'en changeant d'opinion il crût n'obéir qu'à sa conscience.

POLWARTH

C'est aussi mou avis. Je commencerai par linviier à dîner. . .

CLINTON

Cela ne nous mènerait pas au but que je me propose. C'est le cœur qu'il s'agit d'attaquer.

POLWARTH

J'y arriverai par l'estomac !

CLINTON

Mais j'entends lady Redwood , ma belle-sœur. . . Je ne serais pas fâché de causer avec elle à ce sujet. Vous savez qu'elle se mêle assez volontiers d'intrigues politiques.

POLWARTH

Oui , je la connais ; elle s'en tire fort bien.

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