‹ Arwed, ou, Les représaillesChapitre 3 sur 29 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

CLINTON, JOB, Lady REDWOOD, POLWARTH.

lady , elle entre par la gauche du deuxième salon avec

Par ici , Job , par ici, ne craignez rien. Général , je vous amène ce pauvre Job, qu'on a maltraité, et qui vient porter plainte.

polwarth, à Lady.

Madame, j'ai bien l'honneur... Il s'appelle Job? Il a l'air aussi pauvre que son patron.

LADY

C'est un garçon qui est connu dans toute la ville pour sa simplicité.

POLWARTH

Il est vrai qu'il a le physique assez naïf; mais, parbleu! je le reconnais, c'est celui dont je vous parlais tout-àl'heure.

CLINTON

Voyons , qu'as-tu à me dire ?

JOB

Général , Job est un enfant de Boston , vous devez le protéger. . . Figurez-vous que j'étais sur le port, tranquillement à regarder la mer , parce qu'on dit que c'est par là que les Français doivent venir , et moi je ne serais pas fâche' de les voir un des premiers... C'est curieux, des Français; ça doit être assez farce. . . Pour lors, voilà que tout-à-coup , sans me prévenir, vos soldats, vos satellites se sont mis à me frapper;. . . ce qui leur arrive souvent; parce que je suis bête, ils s'amusent à me battre, et une fois qu'ils s'amusent, ils n'en finissent plus; c'est comme quand ils boivent. Ils feraient bien mieux de battre l'ennemi.

Et pourquoi t'ont-ils maltraité?

JOB

Dam ! parce qu'ils ont voulu me faire boire à la santé du roi.

CLINTON

Et tu as refusé?

JOB

Dam ! c'était avec du rhum . . . Job aime le roi , mais Job n'aime pas le rhum.

POLWARTH

Dans le fait, s'il n'aime pas le rhum , ce jeune Mohican.

CLINTON

Job, je ne suis pas content de toi. . . On m'a rapporté qu'hier, pendant le combat, on t'avait vu parmi les rebelles. . .

JOB

C'est vrai, Général , j'y érais... Job s'est bien battu, c'est lui qui a fait prisonnnier le colonel Rivers*

CLINTON

Sais-tu bien qu'il ne tiendrait qu'à moi de te faire fusiller?

Ânved. 2

( îo ) JOB.

Bahî. . . Dam', vous ferez ce que vous voudrez, je n'ai pas de conseils à vous donner.

Pour quel motif es-tu rentré dans Boston?

JOB

Ah! parce que mon maître a été fait prisonnier... le colonel Arwed.

POLWARTH

Comment, tu es au service d' Arwed?

JOB

Oui, c'est mon Colonel, et jamais je ne quitterai mon Colonel; je suis attaché à lui de père en fils. . . Depuis ce matin, je le cherche dans toute la ville , et je n'ai pas encore pu le trouver. . . Vous ne pourriez pas me dire par hasard?. . .

LADY

Je sais qu'il loge chez un de ses parens . . . An surplus , il va venir ici tot.t-à-1'heure.

job.

Il va venir. . . Ah! permettea-moi de l'attendre, je serais si content de le revoir.

POLWARTH

Et moi aussi , c'est bien naturel.

air de Turenne.

Cette demande est juste et je l'appuie.

CLINTON , à Job.

Tu peux rester.

JOB

Je 1' verrai donc enfin !

Général , je vous remercie.

( Ilpassse daus le coin à droite , tire un morceau de pain d'un petit sac , et se met à manger. )

Là , dans un coin , j' m'en vais manger mon pain. Job n'a rien pris encor depuis ce matin.

POLWARTH

Quoi ! du pain sec pour toute subsistance?

( Il )

JOB

Dam' ! les Auglais donn'nt de si grands festins , Qu'il faut bien que les Américains Vivent de pain et d'espérance.

POLWARTH

Les malheureux!

CLINTON

Etes-vous bien sure qu'Arwed doive se rendre ici?

LADY

Très-sure; je l'ai invité au bal. . . Le moyen que nous cherchions pour nous l'attacher , je l'ai trouvé!. . . l'amour ! . . . Il n'y a rien comme une passion pour changer le cours des idées... et si nous pouvions lui faire aimer quelqu'un . . .

CLINTON

Vous ne pensez donc pas qu'il soit amoureux ?

LADY

Pas encore, mais il ne faut qu'un moment. . . une personne qui lui plaise . . . moi , peut-être!

Vous, ma chère amie?

LADY

C'est dans ce cas là qu'on doit se sacrifier... Je crois d'ailleurs me rappeler qu'à Londres, il me faisait la cour; il est vrai qu'il la faisait aussi à miss Anna , ma cousine.

POLWARTH

Il la faisait à toutes les femmes.. . On doit lui pardonner. . • la légèreté, l'inconstance de son caractère. . .

LADY

C'est précisément sur quoi je compte pour réussir. Hier, j'ai déjà cru remarquer dans ses regards. . .

CLINTON

Hier, dites-vous? vous Pavez-vu?

LADY

Oui , par hasard. . . Pendant le combat, miss Anna était inquiète, agitée; elle voulut sortir , pour avoir plutôt des nouyelles , je l'accompagnai. En traversant la grande place, nous rencontrâmes les prisonniers Américains ; Arwed nous salua en passant, et ne pouvant nous adresser la parole, il nous suivit des yeux aussi long - temps que cela lui

fût possible. . . Qui regardait - il? était - ce moi » ou miss Anna? 1/ ne peut guère songer à ma cousine, qui l'a toujours traite' très-froidement; quoique sa compatriote , elle ne m'a jamais parlé de lui.

POLWARTH

Elle n'en parle pas , mais elle y pense peut-être.

LADY

Ses principes sévères, sa morale un peu puritaine s'accommoderait mal avec la frivolité d'Arwed... Ainsi sa conquête m'est assurée!

CLINTON

Si vous l'amenez à soutenir notre cause , je vous mets au nombre de nos plus habiles diplomates.

LADY

C'est une question qui se décidera au bal de ce soir.

CLINTON

Pensez-vous qu'il y vienne?

LADY

Un des premiers , j'en suis sure.

POLWARTH

Un bal!

LADY

Capitaine, je compte aussi sur vous.

POLWARTH

Sur moi, Madame? qui suis armé de pied en cap,.. J'effrayerais le plaisir.

CLINTON

C'est un bal militaire que nous donnons. Tous les officiers sont reçus en uniforme. J'en ai même fait une obligation.

LADY

Ne vous faites point prier. Nous avons si peu de danseurs. . . D'abord les habitans de Boston refusent de prendre part à nos fêtes. . . Nous n'avons que leurs femmes , et cela vaut mieux. Ces dames sont toujours pour nous, . . elles viennent danser sans leurs maris pour leur donner l'exemple de la fidélité j mais il faut des cavaliers.

POLWARTH

Désolé de vons refuser, belle dame; mais la danse est tellement en opposition avec ma manière de voir. . .

LADY

Nous aurons des femmes charmantes.. . cela doit voua (Jécider. . .

POLWARTH

Certainement, c'est une raison 5 mais...

LADY

Eh bien , il y aura un souper magnifique.

POLWARTH

Diable! ça change la thèse; et comme vous le disiez tout-à-Pheure, c'est dans ce cas là qu'on doit se sacrifier. Je danserai , Madame , je danserai.

arwed , en dehors.

Vous pouvez me laisser passer, je ne suis pas un ennemi. Prisonnier et danseur , voilà mes titres.

( // entre par la droite du deuxième salon. )

JOB

Mon colonel ! c'est sa voix i

( // s'élance au-devant de lui. )

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