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Toute cette fin de tableau est traitée avec une remarquable intelligence de la scène.
(i) Le quatrième tableau représente une salle du Louvre.
La duchesse d'Eramprs est à demi-étendue sur une ottomane ; le roi est assis près d'elle.
« Êtes-vous satisfaite, — dit le roi, — « et trouvez-vous ce pauvre Cellini assez puni de l'offense qu'il vous a faite ?» — Oui, répond la ducLesse. — « Vous m'aimez toujours ! »
Le roi lui baise la main. — « Adieu, beauté, ma mie, ma vie! » Ce madrigal du roi est d'une grâce incomparable et d'un parfum d'archaïsme délicieux. Poète et musicien s'y montrent les dignes émules de Ronsard.
Le roi se retire, accompagné de la duchesse. Aussitôt, entre Ascanio, conduit par un officier qui disparaît immédiatement. La duchesse revient, souriante. El e admire le Us de pierreries que lui présente Ascanio. « Parlez, — lui dit-elle. — « Quel prix demandez-vous de ce joyau? » Et Ascanio, timide, lui révèle l'amour qui le consume et dont la duchesse se croit l'objet, a J'ai fait un .rêve enchanteur et menteur ! » Mais, quand Ascanio lui dit : « J'adore un ange pur et doux! « Elle tressaille. Au même instant paraît Colombe. La duchesse a tout compris. « C'est elle ! » s'écrie-t-elle avec rage. Mais Ascanio devine l'inimitié de cette odieuse rivale. « Ah ! mon secret trop longtemps contenu, je le dis! » Et se tournant vers Colombe : « Ma vie est à vous! Je vous aime! » L'ensemble qui termine ce tableau est d'un bel accent de passion et d'un grand éclat de sonorité.
Le cinquième tableau représente le jardin des bois à
(1) Ce tableau a été supprimé à la représentation, le madrigal se trouvo ..reporté au commencement du tableau suivant.
Fontainebleau. Le roi y donne une fête à son frère d'Espagne, l'empereur Charles-Quint. Grand chœur d'entrée, plei 1 i e pompe et de noblesse, après lequel vient le divertissement.
Toute cette musique de danse est un modèle déforme, de couleur et d'instrumentation. M. Saint-Saëns y a répandu à profusion les richesses de son inépuisable palette. Parmi les douze morceaux dont se compo: e le divertissement, je citerai surtout le n° 2, d'un mouvement Jarge de menuet et d'une extrême élégance; le numéro 3, plein de souplesse dans sa sonorité délicate des instruments à corde ; le n° 4, danse de bacchantes d'un entrain vertigineux; le n° 5, une pavane d'un style superbe, d'une absolue beauté de forme et d'instrumentation, un pur chef-d'œuvre digne des plus grands maîtres, un enchantement de dessin et de sonorité; un unisson mélodique, doux et puissant des instruments à cordes, sous lequel les instruments à vent soutiennent des accords d'une majesté dont les notes graves du contre-basson complètent U noblesse en les enveloppant comme d'un manteau royal. C'est bien là le cortège symphonique d'Apollon et des Muses. Le n° 10, qui représeir.e l'Amour donnant la pomme d"or à la duchesse d'Etampes. 11 y a, là encore, une belle et pompeuse sonorité des instrumenta cordes scandés par des ac;ords de harpe. Enfin, le n° 12 qui termine la danse par un beau et majestueux choral d'orchestre en manière d'apothéose.
Le quatrième acte, qui forme le sixième tableau, nous reporte dans l'atelier de Cellini. Le rival hypocrite d'Ascanio, le traître Pagolo, est seul en scènQ au lever du rideau. On trappe à la porte de l'atelier. C'est la duchesse d'Etampes accompagnée de Scozzor.e. Toutes deux sont masquées. Toute cette première scène est
consacrée à la haine jalouse et aux rêves de vengeance .de la duchesse d'Eiampes. L'espace me manque pour l'analyser par le menu, et je le regrette, car J'auteury'a entassé des trojvailles d'harmonie dramatiques. Je signa'erai principalement celles qui se irouvent sous les mots: « L'enfermer dans ce reliquaire, la faire porter « au couvent, etc..» Il y a là des enchaînements d'accords qui suent la perfidie. De même lorsque la duchesse dit : « S'ils retrouvent Colombe, il faut que ce « soit dans la tombe ! » On entend comme un glas de mort dans les limbre-» lugubres de l'orchestre ; tout ici, le choix des sonorités, le dessin des instruments à cordes, si ram -ant et si ténébreux, l'anxiété de la déclamation, tout, plonge l'esprit dans une atmosphère de trahison et de noirceurs qui épouvante et suffoque la malheureuse Scozzo- e. La duchesse lui jette alors, avec une férocité de fauve, ce mot terrible. « Ah ! tu n'aimes donc pas !!! » Et le transport de la jalousie s'empare des deux femmes: « Meurs la rivale abhorrée ! »
La duchesse s'éloigne, Scozzone reste seule. Une lutte affreuse s'engage dans son cœur entre son amour et son serment de vengeance. Benvenuto parait. Scozzone lui révèle qu Ascanio est l'amant de Colombe. « Blasphème 1 » s'écrie Benvenuto. Et voyant ai river les deux jeunes gens, u Les voici — lui dit Scozzone, viens, tu vas tout savoir! » Et elle entraîne Benvenuto frappé de stupeur. Tous deux restent cachés au fond de la scène.
Ici se place ui magnifique quatuor, une des plus belles pages delà partition. On y rencontre une phrase d'un sentiment très noble et très tendre : « En ton amour ma foi profonde », sur laquelle se détachent, dans une superbe combinaison vocale, les accents de douleur poignante de Benvenuto, et les reproches amers de Scozzone. Ce remarquable morceau peut rivaliser avec le célèbre quatuor du dernier acte d'Henri VIII.
A cet ensemble succède un épisode des p^s touchants. La loyauté d'Ascan'o souffre de cacher plus longtemps au maître le secret de son bonheur, « Mais. — dit-il, — quel homme est asse^ fore pour vaincre Ceiliui? » — v, Lui-même ! » — d'.t Ben\ enuio surgissant tout à coup entre les deux jeunes gens. Et 13, d'une voix brisée par l'émotion : « Enfants, — leur dit-il, je ne vous en veux. pas ! Ce n'est pas votre faute, hélas ! Si vous aimez, si l'on vous aime! » — L'auuiteur suffoque et sanglotte dvec l'orchestre devant cette résignation bi généreuse. Cette périoie se conclut par un dernier ensemble [ Lin de charme et d'attendrissement : Û bouté profonde, reflet de la bonté des deux ! »
Vaincue par le dévouement de Cellini, Scozzcne prend une résolution suprême. C'est elle qui prendra la place de Colombe dans la châsse destinée : ux L'rsulines. Le cantabile t Va sans regrets, va misérable ! » est navrant comme un adieu au bonheur et à la vie : « Fasse Dieu, qu'il me pleure autant que je l'aimais! » On emporte la châsse; Colombe, sous les habits de Scozzone, accompagne les porteurs.
« Et maintenant, — s'écrie Benvenuto, — au travail, à la tonte! » Ici reparait, dan> l'orchestre, la phrase de Frarçois 1er : « Voilà le pur chef-d'œuvre ami ! Ce Jupiter ! » accompagnant le beau chœur final : « Gloire à Jupiter ! » La toile tombe.
Septième et dernier tableau. — Au Louvre. Un oratoire.
La châsse est sur une estrade. Par l'ordre de la duchesse d'Étampes elle a été portée au Louvre au lieu d'être dirigée sur le couvent des Ursulines. L'abominable
maîtresse du roi espère qu'en ouvrant la châsse on y trouvera morte l'innocente rivale qui lui a ravi l'amour d'Ascanio.
Elle entre, un flambeau à la main. Elle savoure avec une joie tragique, le succès de sa ruse infernale. « Trois jours!... tout est fini !... » Le compositeur reproduit ici les accords lugubres qui, dans le tableau précédent, ont accompagné lts sinistres confidences de la duchesse «à Scozzone. « Si pourtant ce reliquaire était vide?... » crie-t-elle tout à coup. « Je veux le savoir!... J'ai peur!... » Elle hésiie... elle glisse la main dans le reliquaire... horreur!... elle y sent une main glacée!... « Oh! c'est donc vrai!... Moi!... j'ai voulu cela!... » L'orchestre, à ce moment, est livide d'épouvante.
Soudain éclate, au fond, un chœur d'abord invisible. Les draperies se relèvent, et laissent vcir une grande salle brillamment illuminée. Le Jupiter d'or se dresse au milieu. Toute la cour félicite Benvenuto qui entre en scène avec le roi ; Ascanio marche auprès de lui. « Benvenuto,
— dit le roi, — qu'exigts-tu de moi pour récompense ? »
— Sire, — répond Cellini, — la main de Mlle Colombe d'Estourville pour Ascanio qui l'adore !» — « Ah ! qu'il en soit ainsi, dit le roi, — « si la duchesse y consent, car elle a ma parole ! « — Sire, dit-elle, — « je vous la rends : rien ne vous manque ici, sinon la fiancée! —
— La voici, dit Benvenuto, montrant Colombe, conduite par une Ursuline. — « Ah ! — s'écrie la duchesse, — si Colombe est vivante, ah! quL.donc est là? morte? » Benvenuto, égaré, se précipite, et ouvre la châsse, dans laquelle apparaît le cadavre de Scozzone. Puis il éclate en sanglots et tombe à genoux. « Ah ! Dieu ! Scozzone ! morte! et pour moi ! »
Ainsi se termine le dernier tableau de ce drame. Il serait difficile d'en détacher un morceau proprement dit ; mais l'intérêt de la déclamation et de l'orchestre n'y lan-
guit pas un instant : la couhur sombre en est saisissante, et l'instrumentation en est empreinte d'un effroi qui vous 8lace.
Voilà une noble et belle œuvre de plvs dans le bagage déjà si glorieux de son illustre auteur. La clarté dans la richesse, le calme dans la verve, la sagesse dans la fantaisie, un jugement toujours maître de lui, au sein même des émotions les plus troublantes, voilà ce qui fait de M. Saint- Saëns un musicien de haute liguée et de premier ordre d^ns tous les ordres.
Ce compte rendu, forcément bien incomplet, le serait bien plus encore si j'omettais d'y mentionner les directeurs qui ont monté l'ouvrage et les artistes qui l'ont interprété. Je suis heureux de l'occasion qui m'est offerte de rendre justice à MM. Ritt et Gailhard pour l'infatigable activité avec laquelle ils suivent et dirigent les travaux de notre Académie nationale de musique : J'en puis parler savamment, les ayant vus à l'œuvre. Ils ont mis, au service d'Ascanio, des interprètes dont le crédit auprès du public suffirait à faire l'éloge : Mmes S. Adiny Bosman, Eames ; MM. Lassalle, Cossira, Plançon et Martapoura, qui, tous ont dignement, et vaillamment soutenu la responsabilité qui leur incombait. M. Lassalle, dont'Porgane est si vibrant et la déclamation si émouvante, est superbe de tendresse et d'éneTgie dans le rôle de Benvenuto ; il a, tour à tour, dans la voix, l'éclat du métal et l'émotion des larmes et des sanglots. M. Cossira chante avec goût, intelligence et sentiment le rôle d'Ascanio. M. Plançon a, dans la direction et dans l'attitude, la noblesse et la majesté qui conviennent à un roi. M. Martapoura n'a qu'une scène, celle du mendiant, mais il sait y montrer tout ce qu'il possède de charme et de sensibilité.
La belle et altière duchesse d'Etampes ne pouvait être mieux personnifiée que par Mme Adiny dont la beauté,
le port majestueux et les attitudes hautaines, just pleinement le titre de reine du roi. Mme Bosm.» tou.ou'S la consciencieuse tt scrupuleus.- artiste quv sait ; elle est bien émue tt bien touchante dans le rôu. Scozzone, en dépit des lâcheuses transpositions q' fallu faire subir à la version primitive du contrai vue duquel le rôle était écrit. Enfin, Ml'e Earm montrée pleine de candeur et de grâce danslacharm figure de Colombe d'E tourville.
Les chœurs, sous la direction de M. Jules Cohe, l'orchestre, sous celle de M. Vianesi, ont apporté à cution de cette œuvre si délicate, un soin scrupulel'absence de l'auteur, il faut le dire à leur louang fait que de raviver, et dont une bonne part revie concours intelligent, sûr et dévoué de M. Guiraud, . gué par l'auteur pour surveiner l'étude de la part:-
Quand j'aurai signalé la beauté des dècorsy des mes, de la mise en scène, du ballet et de la figu. j'espère que je n'aurai oublié personne.
On raconte qu'Haydn, entendant un jour Mozart cuter une de ses pro.res compositions, s'écria: v Ct! jeune homme est le plus graud musicien que je c«»* naisse! »
Si, aujourd'hui..., — mais chut!... je n'ai rien -
Ch. GOUNOD.
Grands Imprime ri g, 19, r. du Croissant, Paris.— J. Cussr
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