CHAPITRE YIl Stérilisation des iustruments
Les iiislruments ne peuvent guère être stérilisés à l'aulocUive (lui rouille consLauunenl l'acier quelque parfait que soit le nickel âge.
Les procédés employés à la Salpèlrière pour la stérilisation des instruments sont le llambage, l'ébullition, etrétuve sèclie.
Flambage
J^e flambage est en lui-même une méthode parfaite de stérilisation, mais il présente des inconvénienls sérieux. En effet, si l'on flambe lesinstruments 1111 par un, il faut un tenqis énorme pour stériliser 20 ou 30 pinces ; si on les flambe en masse, il est à ci-aiiidre que la température ne soit trop élevée el n'altère la trempe de l'acier. Enfln le flambage ne convient pas pour stériliser la verrerie (crislallisoix's, canulesj qui casserait. — Ce procédé n'est vraiment pratique que pour flamber un petit nombre d'ius- Iruments (trocart, pince à pansement, etc.).
Moiir stériliser par llambage, on peut promener l instrumcnt dans la flamme d'une lampe à alcool ; mais ce procédé est long et risque d'être ou insuflisaut (température trop basse) ou excessif (tempéra-
STlhULISATION Di:S INSTHUMENTS
Lure trop élevée), — Il est plus simple de verser quelques grammes d'alcool au fond d'une cuvellc contenant les instruments à stériliser, el d'y iiicllrc le feu.
On les refroidira ensuite., en versant dessus de l'eau bouillie froide. Celle-ci au contact des instruments surchauffés se volatilisera en partie en produisant un sifllement caractéristique. Ce sifllement est la preuve que la température a été suffisammeul élevée.
On peut de cette façon flamber dans les boites en métal toute une collection d'instruments; le seul ennui c'est qu'on risque de les détremper. Ce serait une excellente ressource en temps de guerre pour obtenir une stérilisation rapide.
Ébiillition
La stérilisation par l'eau bouillante est un procédé très simple, et parfaitement suffisant pour la pratique courante.
Scientifiquement parlant, elle n'est peut-être pas sulfisante, mais les rares microbes qui résistent à 100" ne sont pas ceux des infections pyogènes ([ui sont surtout à redouter pour le chirurgien.
Dans les services hospitaliers très actifs où les causes d'infections sont nombreuses, on peut remplacer l'eau bouillante par la glycérine qui bout à une température très élevée, mais ce liquide dégage alors des vapeurs épaisses et d'odeur désagréable. Il en résulte qu'on est obligé de régler la température avec un thermomètre ou un régula- Heur.
STÉRILISATION DES INSTRUMENTS
Cette dernière méthode est peu pratique pour la ville à cause du prix de la glycérine et de la nécessité d'emporter un thermomètre ; à l'hôpital c'èst plus simple et peu coûteux, la glycérine pouvant servir indéfiniment.
Étuve sèclie de I»oupînel
L'étuve de Poupinel, quand on surveille son fonc-
Fig. 1 0. — Étuve de Poupinel.
tionnement, procure la stérilisation parfaite, absolue idéale. '
Los instruments entièrement métalliques sont
STÉRILISATIO.N DES INSTRUMENTS
placés dans des boîtes en cuivre sur un lit de ouate, qui absorbe la vapeur d'eau ambiante et évite l'oxydation de l'acier. Quand les instruments ne doivent pas être utilisés immédiatement, on interpose une seconde couche de ouate entre le couvercle et la boîte pour éviter l'entrée des poussières atmosphériques.
Fig. 11. — Boite métallique pour les aiguilles.
Le tout est porté à l'étuve et maintenu pendant une heure à 180 ou 200".
En sortant de l'étuve les instruments peuvent être employés à sec ou dans l'eau phéniquée.
Les bistouris ne peuvent être étuvés sans perdre leur tranchant ; nous les stérilisons de la manière suivante : on flambe le manche de l'instrument dans la flamme d'une lampe, et on lave la lame avec un tampon de ouate hydrophile imbibé de chloroforme.
Lorsque les bistouris ont touché du pus, on les envoie au repassage.
Les aiguilles à suture risquent d'avoir leur pointe cassée au contact des autres instruments ; pour éviter cet inconvénient, il faut les mettre dans des boîtes métalliques (fig. H) spéciales, à couvercle mobile, qui les empêchent de vaciller.
STÉRILISATION DES INSTRUMENTS
Xrîple stérilisation des instruments
Double stérilisation à l'étuve, avant et après chaque opération. Stérilisation complémentaire à la glycérine bouillante.
l^e stérilisation. — Après chaque opération, tous les instruments qui viennent de servir sont lavés à l'eau tiède, brossés, essuyés et séchés. Ils sont ensuite stérilisés à l'étuve pendant une heure avant d'être rangés dans la vitrine; pour ce rangement, on évite de les toucher avec les doigts, on les prend avec une pince.
De cette façon, tous les instruments de la vitrine sont débarrassés des germes pyogènes des opérations précédentes; et si, au cours d'une opération ultérieure, on a besoin d'instruments qu'on n'avait pas prévus, ceux-ci sont propres, sauf la poussière ambiante dont on se débarrasse facilement par une ébullition glycérinée de quelques minutes.
»e stérilisation. — Ordinairement les instruments déjà stérilisés après l'opération précédente sont désignés d'avance pour chaque opération ; on les groupe dans la boîte de l'étuve sèche et on les stérilise spécialement pendant une heure à 200"...
3« Stérilisation. — Immédiatement avant l'opération on les plonge dans l'eau bouillante ou la glycérine à 130°; de cette façon les instruments n'arrivent sur le champ opératoire qu'après une triple stérilisation.
L'ébuUition paraît n'être qu'une superfétation. Elle a cependant son utilité. Il est possible en efifet que
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l'éluve ail mal fonctionné, que le gaz se soit éteint, que la stérilisation n'ait pas duré le temps nécessaire, auquel cas notre ébullition devient indispensable.
En multipliant ainsi les précautions, on se met absolument à l'abri des fautes de technique, car il est impossible que les trois stérilisations aient été toutes mal faites.
En outre, c'est un prétexte pour avoir de l'eau ou de la glycérine bouillante en permanence pour stériliser les instruments supplémentaires que le chirurgien demande au cours de l'opération et qui sortent de la vitrine incomplètement stérilisés.
Aide spécial chargé des instruments
Nous avons l'habitude de confier la stérilisation des instruments à un aide, toujours le même ; c'est un externe âgé, intelligent et soigneux, que nous dressons au début de l'année et qui connaît tous les détails de la stérilisation des instruments.
Chaque jour l'opérateur annonce l'opération du lendemain. L'externe réunit les instruments nécessaires, les range dans la boîte duPoupinel, et la surveillante allume l'étuve l'après-midi. Le lendemain matin l'externe procède à la stérilisation dans la glycérine et au rangement dans les plateaux.
Stérilisation des plateaux à instruments
Nous stérilisons les plateaux par le flambage. On verse dans chaque plateau quelques grammes d'alcool qu'on enflamme. La température dévelop-
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pée par celle combustion esl tellement élevée qu'elle fait casser les cuvettes ordinaires.
/ // Le plateau est refroidi avec un peu d'eau phéniquée forte dans laquelle on range les instruments.
On dilue ensuite considérablement la solution phéniquée avec de l'eau
Fig. 13. — Pinces hémostatiques.
Articulation de Collin.
vwr ,9 A- bouillie tiède, afin d'éviter la brûlure
rig. 12. — Al- '
Euiiic de Lam- dcs mains du chirurgien.
Pendant 1 opération, le plateau d'instruments est placé à droite et tout près de l'opéra-
STÉRILISATION DES INSTRUMENTS
leur qui les prend lui-même. Aucun aide n'est chargé de les passer; on supprime ainsi les intermédiaires gênants et dangereux.
Stérilisation des cristallisoîrs et cuvettes
Les cuvettes et cristallisoirs sont lavés à l'acide
Fig. 14. — Articulation do Favre.
nitrique et à l'eau bouillie, puis stérilisés à l'éluvc sèche.
De cette façon, tout ce qui sert au cours de l'opé-
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ration est absolument stérile. De cette méthode absolue découle une sécurité absolue; défait, nous ignorons maintenant ce que c est que la septicémie.
Choix des instruments
On doit n'employer que des instruments entièrement métalliques (les manches en bois seront proscrits), sans rainures ni dépressions.
On bannira les trocarts compliqués, les aiguilles tubulées, et celle de Reverdin à laquelle nous préférons l'instrument plus propre et plus simple de Lamblin (flg. 12).
Les nouveaux modèles de pinces de Collin et de Favre (fig. 13 et 14) sont préférables aux anciens, surtout les derniers dont l'articulation est plus simple et plus facile à nettoyer.