CHAPITRE I
Considérations sur la doctrine antiseptique
L'antisepsie dérive en droite ligne des immortelles découvertes de notre illustre Pasteur sur la nature des maladies virulentes ; ses travaux sur les fermentations, la génération spontanée, les maladies du vin, de la bière, la maladie des vers à soie, le charbon, la septicémie, le choléra des poules, le furoncle, la rage, ont fait comprendre à tous le rôle des infiniment petits et aux chirurgiens la nature des complications des plaies.
En même temps Pasteur nous indiquait le remède en montrant l'importance de la suppression des germes en filtrant l'air par la ouate, en tuant les microbes par les antiseptiques ou par la chaleur.
CONSIUl'iRATIONS
Les applicaLiolis de ces doctrines à la chirurgie oiiL présenté plusieurs phases distinctes :
La première période est caractérisée par l'emploi du pansement ouaté (Guérin) et de l'acide phéniqu(! ( Le maire et Lister).
Guérin ne se préoccupait pas de l'infection opératoire, il se contentait de protéger la plaie contre les germes de l'air, conception fausse puisque nous savons aujourd'liui que l'air n'est pas l'agent habituel des complications infectieuses; cependant, malgré l'interprétation erronée, Guérin obtenait de bons résultats parce qu'il se lavait les mains et nettoyait au savon et à l'alcool camphré le membre à amputer. D'autre part ses pansements étaient rares et il n'inoculait pas ses opérés par des contacts répétés.
Lister faisait mieux encore en essayant de tuer les germes par l'acide phénique: son erreur était de croire qu'un instrument, que les mains, que le champ opératoire étaient complètement désinfectés par le contact avec cet acide. Ce qu'il y avait de bien plus important dans la pratique de Lister, c'était la propreté rigoureuse des instruments, des mains et des pansements; et l'on peut dire (|ue, malgré l'acide phénique, l'antisepsie ne serait jamais sortie des limbes si la propreté ne l'avait aidée à faire son entrée dans le monde.
Nous devons à la vérité dédire qu'au début, Guérin de même que Lister se garantissaient surtout contre les germes atmosphériques, tandis que, bien avant eux, dès 1865, Léon le Fort professait la doctrine du germe contage par les liquides et les solides (mains et instruments) par opposition aux germes de l'air.
Cette doctrine ne devait pas tarder à être admise
su M LA linr.THI.N E ANTISEPTIQUE •>
jiur lous les chirurgiens, et nous pouvons dire que c'est de cette notion que sont dérivés les perfectionnements les plus importants de la méthode antiseptique.
Soutenue par Cliampionnièi'e qui fut à Paris le promoteur le plus ardent de la méthode de Lister et (|ui nous enseigna à tous les bonnes doctrines, préconisée par Trélat et Terrier eu France, par Volkmann et Billroth en Allemagne, par Mac Cormack en Angleterre, la doctrine antiseptique prit nn brillant essor que vinrent encore favoriser les applications à la chirurgie de l'iodoforme (Mosetig-Moorhof) et du sublimé (Tarnier, Schede, Bergmann).
Un dernier pas restait à franchir ; jusqu'ici on se contentait de la désinfection par les agents chinii- (|ues; mais celle-ci est forcément insuffisante, car les antiseptiques, ou bien ne mouillent pas les matières organiques ordinairement grasses, ou bien forment avec ces matières un précipité, une croûte protectrice peut-être stérile, tandis que le centre reste sûrement virulent.
Seule la désinfection par la chaleur pouvait donner pour les instruments, les fils et les drains, la sécurité absolue.
Pasteur depuis longtemps préconisait le flambage comme la méthode par excellence pour les instruments ; malheureusement ce procédé dure trop longtemps quand on a beaucoup d'instruments à stériliser.
L'eau bouillante préconisée par Nœgelé, par Rosenzweig, par Terrillon, présente de grands avantages par sa simplicité. Elle ne donne peutêtre pas la sécurité absolue, puisque les spores cl certains microbes résistent à 100°. En pra-