‹ Asie centraleChapitre 15 sur 60 · III. i · texte numérisé non relu

III. i

relise végétation , on découvre d'immenses îlots de roche nue s'élevant à peine de quelques pouces au-dessus du reste de la plaine , j'ai trouvé , pendant les longues nuits des tropiques, la température des strates de granité gneis de 36 \ Pair ambiant n'étant qu'à a5°,8. Les effets calorifiques de ces strates et leur action sur le courant ascendant, continuaient par conséquent pendant l'absence du soleil. Je voyais les roches nues revenir aux mêmes heures, à peu près à la même température, parce que le milieu environnant qui détermine la perte de la chaleur * par rayonnement , éprouvait des variations très-régulières. Quant aux différences dts pouvoirs absorbants et émissifs dépendant de la couleur, de la densité , de la capacité et du poli de la surface , il suffit de rappeler les contrastes qu'offrent les formations blanches de calcaires secondaires ou tertiaires, de grès quarzeux (quadersandstein) et de trachytes feldspathiques avec les

1 Cette perte ne suit cependant pas la loi de Newton (Scala graduum coloris dans Phil. Trans. «701, p. 16a), comme MM. Dulong et Petit l'ont prouve* dans leur travail sur la loi du refroidissement.

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syénites riches en amphibole , lesdiorites, le* basaltes, les mélaphyres , les calcaires bleipes ou noires de transition , les thonschiefer soyeux et les micaschistes d*un éclat métallique; c'est de l'état particulier de la surface que dépend le partage entre les rayons absorbés et les rayons réfléchis.

Les savanes (plaines couvertes de graminées ) appelées prairies , entre le Missouri et le Mississipi, s'échauffent même là où elles restent entièrement sèches, par l'action solaire diurne bien moins que le sable des déserts. Les feuilles membraneuses , lancéolées et aiguës des petites monocotyledonées (familles des Cyperacées et des Graminées), leurs chaumes très-minces, leurs épillets souvent portés sur des pédicelles ramifiés, rayonnent vers les espaces célestes , et ont un pouvoir émissif extraordinairement grand. Wells et Daniell * ont vu , dans nos latitudes , par des nuits se*» areines , baisser le thermomètre dans l'herbe «le 6*, de 8° et même de 9% 4- C'est à cette clause frigorifique et à la condensation de la -vapeur qui en est l'effet, que nous devons at-

1 Mctereol. Essays, 1827, p. a3o> a3a, Q7S.

tribuer, dans les immenses Llanos de F Amérique équinoxiale, pendant une longue absence des pluies, la surprenante fraîcheur et la conservation de la végétation. Les petites graminées et les arbres- .des forêts se trouvent dans des circonstances très-différentes. Les arbres, en refroidissant l'atmosphère par rayonnement autour de leurs cimes, envoient des couchés d'air refroidi vers le sol que leur ombrage empêche de rayonner, tandis que les graminées restent potir ainsi dire plongées dans l'atmosphère même dont elles ont abaissé la température et précipité, l'humidité sous forme de rosée1; Etendus dans l'herbe par de belles nuits des tropiques, dans les plaines de Venezuela et du Bas-Orénoque , nous avons souvent éprouvé , M. Bonpland et moi, cette fraîcheur humide là où les couches de fatmosphère , plus élevées de 5-6 pieds , avaient encore 260 à 270. Le phénomène géologique de ces plaines, qui forment horizon, et dans •lesquelles aucune ondulation n'entrave 1

1 Voyez l'intéressant Mémoire de M. Daniell sur l< Climats considéré* dans leur rapport a fer rfforticuitn {Met. Essaya) p. 5aa).

- *97 ~ rayonnement de la surface verdoyante, appartient presque exclusivement au Nouveau- Continent. Près de Téquateur, sous le ciel brumeux du Haut-Orénoque , du Rio-Negro et de l'Amazone* les plaines sont cachées sous d'épaisses forêts ; mais au nord et au sud , la zone dé palmiers et de grands arbres dicotyledons qui forment les forêts , est bordée par des Llanos * et des Pampas *, savanes couvertes de graminées, offrant une surface dix fois plus grande que la France.

Pour faire entrevoir quelle influence puissante cet état de la surface exerce sur le climat, il suffit de" rappeler que cette région des graminées occupe, dans l'Amérique du sud, 5o,ooo lieues carrées de plus que la chaîne des Andes, et que tous les groupes isolés des montagnes du Brésil et de la Parîma. Si l'on ajoute a cette étendue de surface les prairies du Missouri et les plaines entre le Lac des Esclaves

1 Les Llanos du Bas-Oréonoque, du Meta et du Guaviare ont 29,000 de ces lieues carrées marines, dont la France (y compris la Corse) n'a que 17,100.

* Pampas du Rio de la Plata et de la. Patagortïc, de 1 35,300 lieues carrées.

— *9* — et l'Océan boréal , parcourues par Hearne y Mackenzie et le courageux Franklin , on se formera une idée précise de la grandeur de 45e phénomène de savanes , qui , dans les régions les plus boréales , ne présentent que des {fiantes licheneuses ramifiées (Physciœ). Sous la zone tempérée, en Angleterre, par exeropie, comme M. Daniell le fait observer avec justesse, le rayonnement nocturne, dans les prairies et les bruyères , peut abaisser la température de l'air pendant dix mois de l'annéç» jusqu'au point de la congélation. A Paris *, même dans une année (18 i 8) d'une température moyenne asse? élevée (u°,3a) , il n'y a eu qu'un seul mois où l'on n'ait pas observé un abaissement au-dessous de 8°, et dans ce seul mois (juillet) , les extrêmes * ont été 34°,$ et 10°, 2 ; par conséquent, l'herbe, dans une nuit claire, a pu se refroidir jusqu'à + o°,8.

Les forêts agissent comme causes frigorifiques de trois manières différentes, soit en abritant le sol contre l'irradiation solaire , soit en faisant naître, par l'action vitale et la

* l* moyenne de ai ans est pour Paris io°,8« . > Àrago dans Ann. de Chimie , t. IX, p. 4a6.

— i99 — transpiration cutanée des feuilles , une forte évaporation de liquides aqueux , soit enfin en multipliant , par l'expansion laminaire de ceg mêmes organes appendiculaires , les «surface^ gui sont susceptibles de se refroidir par le rayonnement- Ces triples .eflels superposés ( fraîcheur de Foiphrage , évaporation et rayonnement) , sont d'une telle importance , que la connaissance de l'étendue des forêts , comparée & te surface nue ou couverte d'herr bes et de graminées , est un des éléments nu?», mériqueç les plus intéressants et les plus ne*gligés de la Climatologie d'un pays. La rareté. OU Fabsence des forêts augmente à la fois la température et la sécheresse de l'air, et cette sécheresse, en diminuant l'étendue des nappe* d'eau évaporante? et la force de la végétation du gazon , réagit sur la chaleur du climat logeai. La bande de terres en grande partie nues * et arides qui entourent les bassins de la Mér

1 Sur les effets remarquables des déboisements sous tes tropiques , par exemple dans le système des eaux des vallées d'Aragua et du plateau Mexicain , voyez ma ife/a/. histor. t. II, p. '269-77, etntoûi Esswfai. smr

diterranée , de la Caspienne et du lac Aral r offre le type de ces phénomènes dont, en Italie , l'industrie des peuples agricoles sait diminuer l'influence nuisible par des irrigations artificielles. En ne considérant que Pabri ou l'ombrage des arbres, l'effet frigorifique de cet ombrage sous la zone tempérée , est le plus grand au printemps et au commencement de l'été, où les neiges restent accumulées dans les forêts, même là où la température moyenne des mois , comme dans le nord de la Russie et en Allemagne, s'élève déjà à i3° ou i4°. Lorsque le sol des forêts est marécageux , ce qui est très-commun en Europe, dans l'Amérique septentrionale et dans les régions de l'Asie que j'ai parcourues, l'abri des arbres, par l'absence de l'irradiation solaire , devient encore plus dangereux pour le climat , parce que les marais, à demi-couverts d'Ericacées et de Rosages, gèlent jusqu'au fond et forment de petits glaciers qui résistent longtemps à la chaleur obscure.

Les fonctions vitales des feuilles se réduisent principalement à la transpiration aqueuse (à l'évaporation des liquides) et à la respiration aérienne , les stomates de l'épiderme of-

frant (diaprés les recherches de MM. Adbîphé BrongniaTt 1 et Dutrochet) une voie de libre communication entre l'atmosphère, le système des cavités aériennes et tes utricules du parenchyme. Je n'insisterai point ici sur les effets frigorifiques et calorifiques de la respiration gazeuse , si différente dans Pobsciirité et sous l'influence mystérieuse de la lumière solaire, selon que les feuilles absorbent de nuit Poxygène de l'air et dégagent de l'acide carbonique, ou que, de jour, elles décomposent ce dernier, s'approprient le carbone et exhalent du gaz oxygène. Pendant cette respiration aérienne , dans ces changements <Pètat\ accompagnés de changements chimiques (de substitutions de bases), des quantités de calorique deviennent sans doute latentes ou libres : mais, quoique l'absorption nocturne du gaz oxygène s'élève, d'après les belles expériences de M. Théodore de Saussure, à sept fois le volume des feuilles annuelles ou tombantes ', ob peut supposer cependant que ces pertes

* Adolphe BroDgniart dans les Annales des Sciences nat. déc. <83o, p. 446, 45o.

1 De Candollc, Organographiey t. I, p. 358, 36o.

et jdjdUions 4e carbone dans l'acte de la piration aérienne des forêts, influent d'une manière peu sensible sur la température de l'océan aérien.

Il n'en est pas de même de la transpiration aqueuse qui produit ce que, dans toutes les langues et surtout entre les tropiques, on désigne si bien par le mot defrafchevr hurnidç. De* torrents de vapeurs s'élèvent au dessus d'un pays équinoxial couvert de forêts , £i en #e rappelant que Haies a trouvé que les feuilles .d'un seul pied de Hélianthus* de 3 pieds et demi de hauteur, avaient près de 4° pieds carrés de surface, on peut concevoir quelle doit être la force de l'évaporation au-dessus. de la région des forêts de l'Amazone et du Haut-Orcnoque , qui n'esl interrompue que par le cours du fleuve, et qui offre une aire de 260,000 lieues carrées marines. Le ciel constamment brumeux de ces belles contrées et de la province de Las Esmeraldas, à l'ouest du volcan de Pichincha, l'abaissement de la température dans les missions du Rio-Negro \ les traînées de vapeurs1 que j'ai aperçues en plein

1 fUlat. hùt. t. II, p. 463.

jour dans les forêts vierges , entre la oime des arbres, sont les effets simultanés de cette transpiration (exhalation) aqueuse des feuilles et de leur rayonnement vers les espaces célestes. Quant au froid produit par ce dernier, le mode d'action de tout le système appendiculaire d'un grand arbre peut , je crois , être conçu de la manière suivante :

Les feuilles, loin d'être toutes dans une position horizontale et parallèle entre elles , offrent diverses inclinaisons avec l'horiaon; jnais d'après la loi de Leslie ', l'influence de ces inclinaisons sur la quantité -de chaleur émifte par rayonnement ou ce ijui est identique, le pouvoir rayonnant d'une surface évaluée dana une certaine direction., est égal à celui qu'aurait sa projection sur une surlace perpendiculaire à cette même direction. Or, dans l'état initial du refroidissement par émission, de toute la masse des feuilles qui forment la cime d'un arbre , et qui se couvrent en partie les unes les autres , celles, , ou les parties de

' if. Fourier a prouvé h généralité de cette loi par la voie de l'analyse. (iVoire. Mém..de Vlnstiê*tr art. go, 96.)

eettes qui , d'une de leurs surfaces, rayonnent librement vers le ciel, diminuent les première» de température, et cette diminution (cet épuisement de chaleur) est d'autant plus considérable que les lames foliacées sont plus minces. La seconde couche des feuilles , opposée par sa surface supérieure à la surface inférieure de la première couche . donnera , en rayonnant contre celle-ci, plus qu'elle n'en peut recevoir, et le résultat de cet échange inégal de rayonnement sera encore un refroidissement : cette action se propagera de couche en couche, jusqu'à ce que les feuilles de l'arbre entier, différemment influencées par leur situation respective , passent à un état d'équilibre stable , dont la loi peut être déterminée par l'analyse mathématique. C'est ainsi que Pair qui pénètre entre les interstices des feuilles et entoure la forêt , se refroidit pendant des nuits claires , et qu'à cause de la multiplicité de ses organes appendiculaires en forme de lames, tràs-minces , un arbre , dont la section horizontale du sommet n'a pas 400 pieds carrés , agit sur l'abaissement de la température de l'atmosphère par une surface plusieurs mil-r liers de fois plus grande que 4<>o pieds carrés

dHin soi nu ou courert de gazon. Dans ce sol i rabaissement est masqué par la chaleur, qui afflue de couche en couche de l'intérieur de la terre. Le mouvement de Pair qui augmente l'évaporation , et , d'après les ingénieuses expériences de M. Knight, l'ascension de la sève, est contraire aux effets frigorifiques de rayonnement. Cet effet est d'autant plus actif pendant les longues nuits de la zone, équinoxiale que , loin des Cotes , la diaphanéité et le calme nocturne de l'atmosphère y sont plus grands.

Après les trois modes d'action (l'abri contre l'action solaire , l'évaporation et le rayonnement) variables dans la zone tempérée , selon que les plantes sociales l, réunies en forêts ,

1 Agri naturà et circumfusi aétis càlor, pi*o diversi-

tate cœlt, modo temperatus, modo incitatifs, non solam

distributionem ordinum (familiarum ) moderatur, sad

in eo quoque vim suam cxercet, ut stirpes modo cater-

vatim , modo sigiliatim gignuntur. Vivunt enlm , ut

animalia sive sparsœ, swc sociatœ; et si Erica? vulgaris

plantulàm in quolibet agro solam animadvertas exfra

nature sua? legem erra n terri putes, eodem jure, ac

formicam singulam per s ylvas vagantem . (Humboldt, de

diêinb. plant, p. 5o.)

kH» ^1 ..

— ao6 —

sont de la famille des Ametttacées (< hêtres , bouleaux ) ou de la famille des fier es, je devrais faire encore mention d'un quatrième mode d'action, de signe contraire, de l'obstacle que l'ombrage oppose au refroidissement du sol par rayonnement; mais cette influence calorifique devient insensible au milieu de tant de causes frigorifiques superposées. Par une nuit obscure, je n'ai pas trouvé l'intérieur des forêts du Cassiquiare et de l'Atabapo plus chaud qu'une savane Le sol de la forêt, rayonnant contre un feuillage épais, en reçoit sans doute l'influence; mais, abrité par le même toit végétal , pendant le jour, contre les rayons du soleil, sa température, à l'entrée de la nuit, s'est déjà trouvée moins élevée par l'action solaire.

Nous venons de considérer la surface du sol, selon qu'elle est nue (rocheuse), couverte de gazon ou abritée par desjbréts. Il reste à rappeler les effets que produisent soit les eaux stagnantes des marais et des lacs , soit celles qui circulent dans le lit des grandes rivières sujettes à des inondations périodiques. Sous la zone extratropicale , ces eaux tempèrent les ardeurs de l'été, parce qu'elles ne s'échauflènt

— ao? —

pas au même degré que les surfaces opaques , et parce que , dans leur évaporation , elles absorbent du calorique. Une grande profondeur des eaux diminue le froid de l'hiver ausài longtemps que la glaôe ne se forme pas. Nous observons que , dans les latitudes où la température moyenne de l'hiver est au-dessuà <$e 3* \ , les rivières ne gèlent que lorsque le thermomètre, exposé à l'air, est descendu, pendëtot quelques jours , à — 8° ou -— io°. Au Contraire, au-delà des parallèles de 58° et 6o% le dégel tardif des rivières , des lacs et des marais augmente le froid du printemps.

Sous les tropiques , la température si peu variable de l'atmosphère, calme et agitée, égalise là chaleur des éléments de l'eau et de l'air. Entre les 4° et 8° de latitude , j'ai trouvé les eaux de l'Orénoque ' constamment de 27°,5 à 2g°,5 , par conséquent peu différentes de la

1 Voyex, pour les observations partielles , ReL hùi. t. II, p. a33,377, 38g, 6°7t 8ur Ie8 températures beaucoup plus basses des eaux du Rio Negro et du Rio Congo, t. Il, p. a5? et 463. Dans les inondations de la rivière de Guayaquil , j'ai vu monter le thermomètre 4 35 ,5 (t. II, p. 38g).

température moyenne de l'air. L'absence* presque totale du vent au milieu des forêts y rend les effets frigorifiques de l'évaporation presque insensibles*

Telles sont les causes de la variation de température qu'offre l'état du sol dans les plaines. Les montagnes peuvent être considérées, soit dans leur influence sur le climat des plaines voisines , soit dans celles qu'elles exercent , par leur, élévation au-dessus du niveau des mers , sur leur propre surface, La première de ces actions se mamifeste par la réverbération de la chaleur au pied d'un mur de rochers escarpés \ par l'abri que donnent les chaînes de montagnes contre certains vents prédominants , et par le froid que répandent les courants descendants, refoulés le long de la pente rapide d'un pic dont le sommet est très-élevé. Sous les tropiques comme dans les fortes chaleurs de l'été de la zone tempérée , lorsque la température des basses régions de l'atmosphère s'élève à 270 ou 28% dés couches d'air qui n'ont que io° de tempé-

1 Positions des villes de Ste-Croix de Ténériiïe, de la Guayra et d'Acapulco.

— 209 ~ rature se trouvent déjà suspendues à i4oo où i5oo toises de hauteur au-dessus des plaines. Des vents obliques peuvent , par conséquent , devenir une des causes frigorifiques les plus puissantes et les plus générales; mais pour que cette cause agisse, il faut des circonstances particulières de conflit entre courants opposés, de changement de densité , de rétablissement d'équilibre. L'expérience nous prouve que la configuration du sol ou le relief des montagnes , c'est-à-dire la présence d'un récif on haut-fond dans Y océan aérien, favorise singulièrement la fréquence de ces courants descendants. Le mélange des couches supérieures et inférieures s'opère tant par la résistance que les pentes opposent au mouvement de Fair, que par les variations de température qu'une masse rocheuse (solide et opaque), pénétrant dans les hautes régions de l'atmosphère, produit localement par les effets de l'absorption des rayons solaires et de Fé* mission nocturne de la chaleur obscure; Lé froid que l'on éprouve à de certaines heures , au déclin du jour, au pied d'un pic isolé , les oscillations des couches de nuages dans le sens

Vertical, des résultats quelquefois très-douteux III. 14

— ato —

des mesures barométriques sont les effets des courants descendants. La forme et la continuité des pentes, surtout lorsqu'elles sont couvertes d'un gazon très-court, m'ont paru accroître1 la force des mouvements obliques de l'air. Au contraire, une large ceinture de forêts tropicales, une pente interrompue par des plateaux qui , par leur rayonnement , élèvent la température de l'air ambiant et ralentissent te décroissement du calorique , rendent peu se&stbles les effets frigorifiques que nous venons de désigner. Dans la province de Quito , au Pérou et au Mexique , j'ai vu les plaines se prolonger jusqu'au pied des Nevados (jusqu'à la pente des Cordillères), et offrir, dans toute leur étendue , la même chaleur du climat tropical. On doit croire aussi que la grande hauteur de la limite des neiges sous la zone équinoxiale , contribue à diminuer l'influence des Nevados sur les basses régions, tandis que, dans la zone tempérée , des cimes très-peu élevées , mais qui restent couvertes, jusqu'au commencement de l'été, de neiges tombées pendant l'hiver, refroidissent puissamment , par des vente

1 Voyez sur l'air qui descend du sommet arrondi de la Silla de Caracas, Rel. hist* 1. 1, p. 58o, 586, 597.

obliques ou courants descendants , les plaines voisines. Ces effets de neiges sporadiques , restreints , il est irai , à une partie de Tannée seulement , commencent déjà à se faire sentir au Mexique par les 19° de latitude. Dans la partie boréale de la zone torride , les neiges se montrent déjà très «•» communément , et avec une certaine durée, jusqu'au-dessous de i5oo toises de hauteur.

Il résulte de l'ensemble de ces considérations que regroupement des montagnes* puisqu'il divise la surface de la terre en bassins ou en vastes cirques , comme dans la Grèce et dans l'Asie mineure , individualise et diversifie lé àlànat de* plaines sous les rapports de la chaleur, de l'humidité et de la diaphanéité de l'air, sous ceux de la fréquence des vents et des orages.Ces circonstances influent sur la variété des productions et des cultures , sur les mœurs* la forme des institutions et les haines nationales. Le caractère à% individualité géographique atteint , pour ainsi dire , son ïnaximum, là où les différences de configuration du sol dans le plan vertical et le plan horizontal, dans le relief et la sinuosité des «contours {V articulation de la surface plane).

sont simultanément le plus grandes possible. Il nous reste à terminer l'examen du sol par la considération de l'influence des montagnes et des plateaux sur leurs propres surfaces et les couches d'air dans lesquelles ils sont plongés. La loi du décrois se ment du calorique est un des objets les plus importants pour l'étude de la météorologie et de la physique du globe en général , pour la géographie des plantes et les cultures appropriées à chaque hauteur, pour la théorie des réfractions et les diverses hypothèses qui tentent de fixer la limite de l'atmosphère. J'ai traité cette matière d'une manière très-étendue dans d'autres ouvrages *, et je me bornerai ici à ajouter, à des

1 Voyez dans mon Recueil d'observations astronomiques, t. I, p. i26-i4o, le Mémoire sur les réfractions astronomiques clans la zone torride, correspondantes à des angles de hauteur plus petits que io° et considérées comme effet du décroissement du calorique; les Mémoires a" Arcueil, t. III, p. 5g2t ma Relat. hist. t. I, p. 119, 1 4i - 1 43 j 227 ; Biot, dans la Connaissance des temps pour i84i9p* 90-109. Sur le décroissement à différentes heures (dans l'hiver et dans l'été de chaque jour), voyez les observations faites par MM. Horner et Eschmann au Rigi, à la petite hauteur de 920 toises, mais presque d'heure en heure pendant vingt-six jours,

considérations générales et aux résultats que j'ai obtenus dans mes voyages , quelques ob-

en janvier et en juin (JBibL univers. 1 83 1 , avril, p. i49)< Ce§ savants ont obtenu pour i° cent, à 7 heures du matin 129 toises de décroissement ; pour 5 heures après midi 95 toises. Les heures du jour représentent ici de nouveau les saisons de Tannée , car Saussure trouvait aussi i 4 1. (correspondantes à i°du therm. cent.) de plus « hiver qu'en été. Comparez sur l'influence des saisons les nouvelles observations de M. Râmtz dans Vorlesungen ùber Météorologie , i84o, p. 245 ; et M. Doye9 dans son Répert. t. III, p. 33i. Dans la célèbre ascension aréosta tique de M. Gay-Lussac, le 16 septembre 1804 (les deux stations étant 3o°,8 et — 90 -)-, le décroissement moyen a été de 7 3°, 7 toises. La rapidité de ce décroissement a augmenté un peu au-dessus de la hauteur du Mont-Blanc. Saussure s'arrête pour Tannée entière à 98 toises ; Raymond à 75 toises ; Delcros à 78 toises (toutes ces évaluations n'ont rapport qu'à la zone tempérée); d'Aubusson à 88 toises. Mes observations sous les tropiques ont donné , sur la pente des Cordillères, 95 toises, mais en comparant seulement des plateaux, 1 1 3 toises. Si la loi du décroissement était la même dans toutes les couches superposées, et si, à la limite des neiges , sous toutes les latitudes, comme on l'a admis longtemps par erreur, la température moyenne était zéro, la hauteur des neiges donnerait d'une manière très-simple, patr un multiple, la température moyenne des plaines. Voyez, pour la plus grande réu-

nervations très-récentes sur les variations qu'éprouvent, sous l'influence de circonstances très-compliquées et pas suffisamment explorées , la limite des neiges éternelles.

Le tableau suivant renferme les résultat» des observations que j'ai faites , près de Péqua- .teur, dans les Andes de Quilo et vers l'extrémité boréale de la zone torride, dans le» Cordillères du Mexique. Ces résultats sont les vraies moyennes, telles que les donnent, soif les observations stationnaires faites pendant plusieurs années, soit les observations isolées. On a eu égard , dans ces dernières , à l'heure du jour, à la distance des solstices, à la direction du vent et aux effets de la réverbération des plaines.

pion de résultats numériques qui aient rapport au décroissement du calorique, Munck, dans Gehler, Neuet physik Worlerbuch) t. III, p. 1008-1020, et Kamts, Lehrbuch der Météorologie , t. II, p. 1 4 1-169. Dans la zone tempérée boréale, la direction des vents Influe puissamment sur la lenteur du décaissement. Par des vents ouest, le décroissement est de beaucoup plus rapide que par des vents sud-esty les couches supérieures de ratmo8phère étant comparativement plus froides lorsque les vents soufflent de l'ouest. Schumacher, lahrduch, i84*,p« i45.

— ai5 —

HATJTEUBS

du niveau m L'OCÉAN.

COUMLLÊfcfiS DES ANDES, de 10° de latitude boréale i 10" de latitude australe.

(On a ajouté imSle*mule . une haut.

Mût.

00* met,)

fétave (180 m.

(1*4* met.)

HoepteeduS.* Gotbard, 2076 ftn*res.

(2929 met)

tOUOt.

(3898 met)

Pie de Téné- S7J0-mèt

(4672 met.)

afonl-filane

tl°3

qui peuvent servir de type.

( 10 ». ) de Jour «•— 30°, de] nulttsc— 23°,6>max.

32°,7; mtnlm. 21V Tempér. moy. 27°,7

MONTAGlf ES DU MEXIQUE,

da

17° à 21° de latit. boréale.

Caracas (930m.) , de Jour 18°— 2T, dV nuit 16°— 17°; mu.

2§V; mtaun. I*\6.

Tempér. moy.2lu,9.

Vega de Znpia (1126 met.); tempér. moy 2I°,6.

Ponayan(1808m.) de Jour 19»— 24°, de) nuit 17°— 18°. TemH moy. I8%2. Santa Fé de Bogota ( 2669 met.); tempér. moy.

U°f6, de Jour I6nl —19°, de nuit 10*1 —12; min. +«•,6.

Quito ( 2908 m. ) deJourl6°.6— 19°,S, de nuit 9«— 11°; max. 22°) min. 6°.

Tempér. moy. 16»,6

Mlculpampa (3618 m.), de Jour 6°— 9°, de nuit +2 à — 0°,4; les Paramos ( 8600 met.), en général tempér. moy. 8°,4.

A ta unité Ihf. desn nd«es perpét. (4800|| met.), de Jour, 4V— 8°, de nuit — 2" A —6°; au Chunoonoo] AffftO m.), en Juin.

1 heure , J'ai vi . à— 1°,»,

qui peuvent senrlr de type.

(0 m.), de Jour 27°— 30°, de nuit 26<\7 — 28 en été; I9°— 24°, et 18" —22° en hiver. Tenv| pérat. moy. 26J,4.

Xalapa (1320 m.).

tempér. moy. I8°,*2 en hiver, de Jour 14 — !6°i CMpantihiso ( 1379 m. )> sur un plateau qat rayonne, tempér. moy. 20°,«.

ValladoUd de Mérhoacan ( 1960 m.) J temp. moy. 19*— 20; Mexico (2266 m,), de| JourI6'V-2I°,denutt 13 — 16 ; dans les mois les plus chauds ll%6 — 16° et 6* à 4-7* dans les roots" les plus froids. Tempér moy. 16°;3— I7U.

Totuca (2690 m.); tempérât, moy. 16 ; au Itevado de "toluca (3408 m.); source 9*.

An Itevado de Ta-4 luea ( 3713 m. ), < aeptem.,mldl, II" ,6; au Coffra de Perote (3700 m.;, en fév., à 9 h., 10°,2.

Au Pie dd Frafle (4621 met). J'ai vu le) therm. en septembre àmku\a+4«4.

J'ai réuni , dans le Mémoire sur les lignes isothermes , trente-deux points dont la hauteur au-dessus du nireau de la mer, et la température moyenne de Tannée ont pu être déterminées avec une précision suffisante pour en déduire le décroissement de la chaleur daiis les couches superposées de l'atmosphère* Ces points sont tous situés dans la zone torride et sur la pente des Cordillères. Mon savant ami, M. Boussingault, qui a visité l'Amérique équinoxiale trente ans après moi, a publié , dans son Mémoire sur la profondeur à laquelle on trouve la couche de température constante entre les tropiques !, un tableau

"• Annales de chimie, juillet i 833 , et Codazzi , Resujnen de la Geografia de Venezuela , i84i > p- 82. J'ai corrige' dans le tableau de o à 2600 toises de hauteur qui précède, les températures moyennes de Caracas, de Popajan et de Quito, d'après les données de M. Boussingault. Je les avais évaluées : 2o°,8; i8°,7 et i4°>4- Pédant trente mois d'observations faites à Quito par le colonel Hall et M. Salaza de 18 25 à 1827, les températures moyennes des mois ont oscillé entre i3°,7 et i6°,9. La température moyenne de Quito (i5°,5) supérieure à celle de Bogota (i4°,5), malgré la différence de hauteur de 25o mètres et le peu de différence de latitude, rst un phénomène assez frappant. Les pbservations

de température moyenne renfermant cent vingt-huit points , tableau probablement plus précis que le mien , parce que la plupart des résultats se fondent sur le sondage. En réunissant L'ensemble de ces éléments numériques , il faut , pour en déduire des lois générales de décroissement de chaleur, distinguer les plateaux des pentes rapides des montagnes, et avoir égard à la configuration du sol.

M. Boussingault et moi, nous n'avons pas observé dans les stations isolées , comme le seraient des ballons fixés dans l'océan aérien . Nos stations étaient situées sur la pente des Cordillères , sur cette partie de la masse solide du globe , qui , en forme de mur ou d'arête , s'élève dans les hautes régions de l'atmosphère. Or, ces montagnes ont à chaque hauteur*, outre le climat général , des climats particuliers modifiés par le rayonnement des plateaux , l'escarpement du terrain , la nudité du sol , l'humidité des forêts , les courants qui descen-

météorologiques les plus récentes faites à Mexico (Butkart» A uf ont hall und Reisen in Mexico, t. I,p. 2 5a) ont À peu près confirmé la température moyenne à laquelle je m'étais arrêté en « 804. Elles offrent i6%7 au lieu dis

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fient des cimes voisines j mais l'air qui repos* sur les plateaux des Andes se mêle à la grande {nasse de l'atmosphère libre, dans laquelle règne , sous la zone torride , une stabilité de température surprenante. Quelque énorme que soit le massif des Cordillères 9 il ne peut agir que faiblement sur des couches d*aif.qtû se renouvellent sans cesse. D'un autre côté, si les plateaux s'échauffent pendant le jour, ils rayonnent d'autant pljis pendant la nuit ; car c'est justement au-dessus de ces plaines que le ciel est le plus pur et le plus constamment serein. Au Pérou, par exemple, le magnifique plateau de Caxamarca, dans lequel le froment donne le dix-huitième , Forge le soixantième grain , a plus de douze lieues carrées; U est, d'après mes mesures , élevé de 1 466 t. au* dessus du niveau de la Mer du Sud , uni comme le fond d'un lac , et abrité par un mur circulaire de montagnes dépourvues de nei-r ges. La température moyenne est de l6°; cependant le froment y gèle souvent de nuit, et dans une saison où le thermomètre descendait , avant le lever du soleil , à 8°, je l'ai vu monter de jour, à l'ombre , à 25°. En comparant les villes situées sur des

idéaux à celles gui sont placées sur l'escarment des montagnes , je trouve , pour les unières , une augmentation de température i , à cause du rayonnement nocturne , n'exie pas i°,5 à 2°, 3. Cette augmentation est peu plus grande dans les basses régions s Andes, dans ces larges vallées dont le fond i atteint de 200 à a5o toises d'élévation abue, principalement dans la vallée entre >nda et Neiva. On est frappé de trouver, au lieu des montagnes, des chaleurs qui égalent ssque celles des plaines. Le décroissement de 4evr depuis le plateau de Neiva jusqu'au lit» al est cependant beaucoup moins lent que du oral a Bouda '. M, Boussingault a fait I'qI?yation curieuse que les habitations qu'où icontre sur les bords des plateaux ont un mat plus frais que les villages de l'intérieur, cafatiya, par exemple, situé h l'extrémité qdent^le de la vaste esplanade de Santa-Fé Jtagota, a une température moyenne dp ,1, tandis que Santa- Fé, à la même

D'après M. Boussingault, Honda, quoique pour le lis i 1 06 toises de hauteur absolue, a encore la temiture moyenne (?7*,7)du littoral sous les tropiques : f* , à 966 Utises de fauteur, a a5^o.

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