DE LA MER CASPIENNE
BfeRLiN. — J'avais trouvé, en décembre 1 8o5T conjointement avec M. Gay-Lussac, par une boussole d'inclinaison magnétique de Le Noir (construction de Borda) qui avait servi dans le voyage autour du Monde de d'Entrecasteaux et que le Bureau des Longitudes m^avait confiée dans une course en Italie, 69°53'; le 28 novembre 1826, par une excellente boussole d^inclinaison de Gambey (toujours construction de Borda), au jardin de Bellevue, conjointement avec MM. Encke et Erman 6839' (une aiguille donnant G8°38'? Pautre 68°4o'); le 9 avril 1829, au départ pour la Sibérie, encore au jardin de Bellevue, 68°3o/,7. Je vais consigner ici Pensemble des résultais obtenus
pendant 3o ans avec des instruments pareils et rangés selon Tordre des temps. Ce tableau peut servir de supplément aux recherches que j'ai faites sur les variations périodiques de l'inclinaison en France, en Allemagne et en Italie. (Voyez Annalen von Poggendorf\ t. XV, p. 3 19-336, et ma Rel. hist. t. III, p. 625.)
Dec.
Gay-Lussac et Humboldt.
Mars
Erman fils.
Nov.
Humboldt.
Avril
Humboldt.
Dec.
Dove et Riess.
Avril
Rudberg.
Août
Encke et Dove.
Mars
Encke.
Juin
Encke et Galle.
Juill. 1839. 67 53,2 Galle.
(Comparez Berliner Astr. lahrb.fùr i 83g, p. 286.) EultT, dans sa Théorie de l'Inclinaison, trouve pour 1753 incl. 71° \ à 720 \ (Mém. de Tdcad. de Berlin pour 1763, p. 219). Si Ton pouvait se fier à ce résultat, on obtiendrait de 1753 à i8o5 un accroissement de 27,44) tandis que la période de i8o5 à 1837 donne 3', 4*5. Un excellent observateur,
trop tôt enlevé à la science, M. Rudberg, a constaté l'inclinaison à Berlin avec une telle précision , que plusieurs aiguilles de Gaonbey employées simultanément ont donné en mai i832, au jardin de M. Mendelsohn-Bartholdy, près de la maison magnétique que j'y avais fait construire, pendant trois jours
Le rapport de l'intensité totale des forces magnétiques entre Paris et Berlin parait avoir changé d'une manière frappante depuis les premières observations d'oscillations que nous avons faites à Berlin, M. Gay-Lussac et moi. En 1806, en nommant 1 l'intensité totale de la force sous l'équateur magnétique au Pérou, on trouva pour Paris 1,3482, pour Berlin 1,3^03. «Depuis, les intensités des deux villes se sont tellement rapprochées, qu'au printemps elles étaient (en supposant Paris 1,0000) à Bruxelles 1,021 5, à Berlin 1,0012. A la même époque les inclinaisons
étaient à Paris 67°4i', à Bruxelles 68*49' et * Berlin 68°i6. » (Notes manuscr. de M. Rudberg.)
Kobnigsberg. — Conjointement avec M. Bes* sel, sur le rempart près de l'Observatoire, 6g°26',o. M. Erman n'a pas observé l'inclinaison à Kœnigsberg.
Sandkrug. — Sur l'isthme (péninsulaire) appelé la Nehrung, vis-à-vis la ville de Memel, et, comme toujours, en plein air, près d'une petite auberge où la débâcle des glaçons nous a retenus trois jours, (ycfStffi.
St.-Pétersbourg. — Au jardin botanique, à File des apothicaires, 7i*6'7. Je présume l'observation un peu moins précise que celles qui suivent ou qui précèdent. J'étais surpris d'une différence plus grande entre les deux aiguilles que celles que j'avais remarquées ailleurs. Je me suis beaucoup tourmenté, à mes deux passages par St-Pétersbourg, en mai et en décembre 1829, pour découvrir la cause de ces déviations. Les différences de A et B se sont élevées, en mai à 8',5; en décembre (toujours de 10 heures à midi) à 6',6, lorsqu'avant et après, par exemple à Kœnigsberg et à Woronèje, les différences n'ont atteint que i',i et 2^9. J'ai cru de mon devoir d'indiquer toujours avec sincérité ce qui a rapport au degré de confiance que méritent les,
résultats auxquels je m'arrête. Je consignerai ici les éclaircissements que M. Kupffer a donnés sur cet objet dans une note lue à l'Académie de St.-Pétersbourg, le 5 mai i83o;
« En i8a8, au mois de juin, M. Hansteen trouva, dans le jardin botanique, sur Pile des apothicaires, l'inclinaison magnétique de :
Après avoir retournéde \ moy.7t°47/,g
90* l'axe de l'aiguille 71 *3, 6 )
Une autre observation lui donna 7 1* sq'9 0
Après avoir attaché un petit poids à l'aiguille, selon la méthode de M. Miter , il trouva . . . 71*14,1
Moyenne de toutes les observations de M. Hahsteen , en juin
«(On voit par les deux premières observations que Taxe de l'aiguille de M. Hansteen, quoique exécutée par un excellent artiste, n'était pas exactement cylindrique.
« En 1829, au mo>5 de décembre, M. de Humboldt obtint, dans le même jardin, avec l'instrument de Gambey , les résultats suivants :
Avec l'aiguille >4 71* 3', 4
Avec l'aiguille B 71 f 0,0
« Au mois de mai de la même année, le même observateur avail trouvé :
Avec l'aiguille A 71° fr
Avec l'aiguille B 71 t3.
« Les deux aiguilles de l'instrument de M. de Humboldt, ayant toujours donné, sur d'autres points, le même résultat, à 1' au 2' près, je soupçonnais qu'une d'elles pouvait bien avoir quelque défaut à Taxe qui n'altérait les résultats que lorsque l'inclinaison était fort grande. Pour nous en convaincre, nous résolûmes, M. Hansteen et moi, d'observer en même temps avec l'instrument de M. de Humboldt et celui de M. Hansteen, après les* avoir placés à une distance convenable l'un de l'autre.
L'aiguille de M. Hansteen me donna . . . 7t°i6 ,6
Après avoir retourné
v iv- «il j ^ mov. 71° 11', 5.
1 axe de 1 aiguille de 1 . / >
Les deux aiguilles de M. de Humboldt
donnèrent à M. Hansteen, l'aiguille A
. . . • 7* 9i 5 1 l'aiguille* . 7* 3,*/71 6'4'
L'aiguille ^ de M. de Hdmboldt, donna avec un poids. 7 1 ° 1 1 ', a
Enfin, une aulre observation , exécutée par vol avec une excellente bousaolede Gambey, faiaant partie de la collection d'instruments pour le magnétisme terrestre, qui appartient à l'Observatoire magnétioue de St-Pétersbourg donna, 7101 i',o.
« On voit que la véritable inclinaison ds ce jour était très-probablement 71*1 t'^o et qu'entre les deux résultats que donnèrent les aiguilles de M. de Humboldt» le premier qui
offrit 71*9', 5, s'approche le plus de la vérité, il n'est en erreur que de i',5.
« Ces observations nous font voir en même temps, que l'inclinaison diminue constamment à St.-Pétersbourg d'une année à l'autre. Effectivement cette inclinaison a été :
au mois de juin 1828. . . 710 17', 3
au mois de mai 1829. . 71 i4,5
au mois de décembre 1 829. . 7111,5
au mois de mai i83o. . . 7111,3.
« Le décroissement annuel de l'inclinaison à St.-Pétersbourg peut donc être évalué à 3'. Après avoir examiné arec soin la boussole
de M. de Humboldt restée entre mes mains, j'ai découvert que les deux petites pièces en agathe sur lesquelles l'aiguille repose, ne sont pas exactement dans le même plan, ce qui a pu causer quelque erreur. Je conclus de l'ensemble des observations exécutées successivement par MM. de Humboldt, Hansteen et moi, qu'il y a dans ce moment peu de points sur la surface du globe dont l'inclinaison magnétique soit si bien déterminée que celle de St. -Pétersbourg. » Il me reste, je l'avoue, quelques doutes sur l'inclinaison de 70*1 7',3 en 1828. Elle me paraît bien forte, de même que celles qui suivent jusqu'en i83o. M.Erman a trouvé en juin 1828, aussi avec une boussole de Gambey, au jardin botanique là où nous avons tous observé 7i°8/, 1 et à Wasiljewski Ostrovr seulement 7i°4'i5. (Physikcd Beobachtungen, t. II, p. 79, 80 et 53o.) Ce dernier lieu n'est que de 2 minutes plus méridional : l'inclinaison doit avoir diminué de 1828 à i83o. Dans un mémoire que M. Hansteen a publié en i83i sur ses observations magnétiques en Russie dans les Annales de Poggendorf (t. XXI, p. 4?* et 49#), ce sa»
Tant qui a rendu de si importants services m la connaissance du magnétisme terrestre , s'arrête aussi définitivement, pour l'inclinaison à St-Pétersbourg en avril i83o, à 7i°8',8.
Moscou.— Je me suis placé a Sokolnikowm- Poley un peu au N. E. de la ville de Moscou, entre 10 et 11 heures du matin, dans k même ferme de M. Einbrod où M. Erman avait observé 16 mois avant moi. J'ai trouvé (au nord du parallèle de la tour d'Ivan Weliki, dist. ig5o sagènes) 68°56',7; les deux aiguilles ne diffèrent que de i7,5. M. Erman (t. H, p. go et 53o) a obtenu en juillet 1828 par A 68°55',8, par B 69V, 7, moyenne 68°58\2.
Kazan. — J'ai observé une seule aiguille, à 2 heures après-midi , au milieu de la grande place Arskoé - Pôle , conjointement avec MM. Simonof et Lobatchefsky ; cette aiguille m'a donné 68°267,7. M. Erman a trouvé 68u2i/,4 en août i828;M.Hansteen à la même époque 68°26',5; M. Fuss , en i83o , lors de son voyage à Peking, 68°25',7.Comme la diminution annuelle de Hnclinaison n'est probablement que de 3 minutes, mon observation est confirmée par celle de M. Fuss, car
terreur moyenne de deux bons instruments de Gambejr pourrait bien ne pas être pour deux, observateurs expérimentés au-dessous de ces mêmes 3 minutes. Dans le trajet de Moscou, en partie par terre, en partie sur le Volga le cercle vertical de la boussole d'inclinaison de Gambey commençait à se détacher du pivot pat* lequel il se meut sur le cercle azimuthal. Une légère réparation a été faite par l'habile mécanicien de l'observatoire impérial de Kazan.
Ekatherinen bourg. — Dans une plaine où passe ^ la route qui conduit à Ouktousk , à 3oo toises de distance de l'église d'Ouspenki, les deux aiguilles ont donné l'inclinaison 6g°9',7 dans la même minute angulaire. Sachant que M. Hansteen et M. Erman avaient trouvé en 1828 une inclinaison beaucoup plus forte, j'ai retourné encore une fois les pôles de l'aiguille A et j'ai trouvé , quoique plus à la hâte, 6g°ii'. Cette observation, combinée avec l'aiguille B, donnerait 69*1 o',4 à huit heures du matin en juillet 1829. Il ne m'est resté aucun doute sur la précision du résultat pour le lieu et l'époque de l'observation. M. Erman a eu, par deux observations III. 29
faites avec la même aiguille, le 3 et le a 5 tembre 1828, comme résuhat moyen, 69*24' déduit de 6g°25',4 et 69°22^6. Selon les observations communiquées à M. Gauss, rinclinaison d'Ekatherinenbourg n'a été trouvée en i83o par M. Fuss que de Stfitf (Schumacher, Astr.,Nachr. i834, n° 253); en i832, au ihcms de décembre , par M. Fedorow , q«e de 6g°i5',3. La déclinaison magnétique a éprouvé dans le même endroit des changements bien considérables. En 1828, M. Hansteen obtint 6°27', et M. Erman 7°23' E. En i836 M. Reinke n'a trouvé que 5°5/. (Gauss und Weber , Bcob. des magnetischen Vereins fur i838, p. 40; Kupffer, Obs. met. et magn. dans V Empire de Russie, n° 2, p. i42.)
Beresowsk. — Au nord d'Ekatherinenbourg et aussi en juin 1829, je trouvai l'inclinaison seulement de 6g°i3',2. Une seule aiguille. Grande place de Beresowsk. A 10 heures du matin. (De n° 7 à n° io tous les lieux appartiennent à la pente orientale de l'Oural.)
Nijnby-Taguilsk. — Le fameux site des lavages platiniferes et aurifères de la famille Demidoff. Inobservation a été faite le matin, au bord du village, dans une place très-libre,
l'église principale étant située à 5oo toises de distance au N. O. La seule aiguille B a donné 69°29',8. Nijney-Taguilsk étant d'un degré plus boréal qu'Ekatherinenbourg , cette différence de latitude m'a paru confirmer que l'inclinaison d'Ekatkerinenbourg, à l'époque de mon expédition, n'était pas plus grande que 6g°io/.
Nuney-Tou*inb£. — J!ai fait dresser la tente magnétique dans une plaine au N. N. O. du village, .trèfr4oin des dangereux magasins de fer forgé. Deu* aiguilles: observations faites avec le plus grand soin à il heures du matin. Inclinaison par A 70°57/,5; par B 7o059;,9# Occupé des travaux souterrains de la mine de Bogoslovsk, je n'ai pas pu y déterminer l'inclinaison magnétique» M. Erman l'a trouvée en septembre 1828 de 7i°24'; M, Hansteen à la même époque 7i°36/; M. Fedorow en avril i833 de 7i°29/. C'est l'inclinaison ob- .servée dans la partie la plus boréale de l'Ooral, car j'ai trouvé la latitude de Bogoslovsk que la carte russe de 1825 donne 59°32', de 59°44'36". Il faut rappeler à cette occasion, si l'on veut comparer mes observations d'inclinaison de l'année 1829 à celles de MM. Er-
ùian et Fedorow, que le premier a obtenu (en 1 828; à Ekatherinenbourg 6g°24'i & Werkhoturie (lat. 5$°5d) 70*57' et à Tobolsk 7i°6'; que le second a trouvé à Ekatherinenbourg 6g9±5f et à Tobolsk (en i833) 71V. Il entre par conséquent dans cette comparaison les deux éléments variables du changement .séculaire et de la différence des instruments employés, Tobolsk. — J'ai observé à 6 heures du matin, près de la basse ville devant la porte d'Irkoutsk, à gauche de la route de postes, au milieu d'une grande place toute libre. Il a fallu serrer de nouveau les vis du cercle vertical, Paiguille s'ècartant un peu inégalement du limbe, mais Inobservation (70°55/,6) est très-digne de confiance, quoique les deux aiguilles aient différé de o^-y. En 1828, au mois d'octobre, M. Erman (Phys. Beob. t. II, p. 535) a trouvé par une seule aiguille 7i°6',6 et M. Hansteen 70°56/,5; en i83o M. Fuss l 7i°i/; en i833, au mois de septembre (Mém. de St-Pètersbourg, Sciences mathématiques', série VI, t. III, p, 109), M. Fe*-
1 Une aiguille a donné à M. Fuss yo°58}i'y l'autre 7i°3 ,5. Mém. de St-Pétersb. série 6, t. III, p. 109.
dorow 71*2' toujours dans la ville située dans la plaine, non sur la colline de l' Archevêché. Une ancienne observation de M. Schubert en 1808 (Bode Iahrb. 1809, p. i63) a donné 68V, observation probablement peu certaine. L'inclinaison de 1808 à 1828 aurait donc été croissante à Tobolsk.
Barnaoul. — Pente septentrionale de l'Altaï ou plutôt dans la plaine qui borde cette pente, Incl. 68°()',8. Lieu de l'observation : une plaine très-libre, éloignée de toute habitation, un peu au nord de la belle ville de Barnaoul, sur les bords du grand fleuve de l'Obi (6 heures du matin).
Zmbinogorsk. — A la pente occidentale de l'Altaï, la fameuse mine du Schlangenberg. J'ai observé en plein champ près de Ka~ raulnaya Gora, à 64 toises de distance à l'est de l'église du Schlangenberg. Très-bonne observation 66°5',5. Après avoir tourné les pôles, les deux aiguilles ont été trouvées d'accord à ^ de minute près.
Oust-Kamenogorsk. — Sur les bords de l'Irtyche, derrière la maison de M. Nakaria-* kof, dans un endroit très-libre (à 7 heures du matiq). Inclinaison 64°47't6* Les deux ai-*
guiiles après avoir tourné les pôles, ont encore été d'accord à g', 8 près. M. Fedorow, en août i834, a trouvé 64°57',4>
Omsk. — A sept heures du matin, sur une très-grande place de la ville, entre l'église du culte grec, Pécole des Cosaques et la Manufacture Impériale des draps. Le vent était très-violent, j'ai regretté de n'avoir pas fait dresser la lente magnétique. Inclinaison 6854/,2. En i83i M. Fuss a obtenu 68°58'; et en décembre i833, M. Fedorow 6805</,2. (Vorlaufiger Bericht, p. 179.)
Petropawlowsk. — Un peu avant midi, près de la petite ville très-commerçante de la steppe d'Ichim, dans un champ entre le nouvel hôpital et le cimetière grec. Incl. 68°i8/,4- Différence des deux aiguilles, moins d'une demi-minute.
Troitsk. — Le matin ait heures, en plein champ à l'est de la ville. Un vent furieux a interrompu l'observation de l'aiguille B : mais on a souvent répété les observations, face à gauche et face à droite, en tournant sur le pivot le cercle vertical. Incl. 67°i4/,2.
Mjask. — Dans la partie australe de l'Oural, à l'est de la chaîne centrale. J'ai fait dresser
la tente magnétique au sud de l'église du Zavod, à 5oo t. de distance ,' dans le faubourg des colons de Pensa. De la tente l'église a été relevée N. 12° E. Incl. 67°4o',2. Les
deux aiguilles se sont accordées à 27,3> près.
Slàtoust. — A l'occident de la chaîne centrale de l'Oural : j'ai observé le matin devant la porte qui conduit à OufFa, dans un endroit entièrement libre. Incl. 67°43',2. Différence des deux aiguilles o*,?.
Kyschtim. — Entre Miask et Ekatherinenbourg. La tente magnétique a été dressée dans le jardin de M. Sotof, sur la rive occidentale du petit lac (prise d'eau) célèbre par ses îles flottantes. La boussole d'inclinaison ayant essuyé d'horribles secousses dans la route de Soimonofsk à Kyschtim, j'ai dû redoubler de soins. J'ai tourné plusieurs fois les pôles. L'accord de A et B n'a cependant été que de 3',!,* Incl. 68°45',g.
Oren bourg. — Au milieu de la grande place, devant la porte de Sacmara, le matin à il heures; vent furieux. Cependant les deux aiguilles s'accordaient de nouveau à i',6. Inclinaison 64°4o'?7 en septembre 1829. Trois
années plus tard, en septembre i832, M. Fedorow a trouvé 64°47/*2.
Ouralsk. — Sur ie fleuve Iaïk, au chef-lieu des Cosaques de POural . Sur la grande place où Ton lient les foires, à 10 heures du matin. Incl. 64°19S3. Différence des deux aiguilles i',7-
Saratow. — Dans un champ près de la maison de campagne du Gouverneur- général, devant la porte d'Astrakhan, vers midi. Incl.
Sarepta. — Colonie des Frères Moraves, au
milieu de la steppe des Kalmuks. Je me plaçai par un temps très-calme dans un champ près de la petite ville de Sarepta, à 5oo toises de distance de l'église. Soudainement un vent furieux s'éleva dans la steppe. L'instrutrument très- lourd fut non-seulement renversé, mais emporté par une rafale semblable à celle que nous avions subie sur les bords de l'Obi, vis-à-vis de Barnaoul. Heureusement l'aiguille n'avait point encore été placée sur les pivots. Une des portes de la cage en glaces était restée ouverte et offrit au vent qui s'introduisait dans l'intérieur de la boussole un plan de résistance. L'instrument fut lancé à plusieurs pas de distance et couché sur les
- 457 ~ hautes herbes de la steppe qui amollirent la violence du coup, A mon plus grand étonneinent les glaces de la cage ne furent pas brisées, rien ne fut dérangé, à l'exception du petit niveau à bulle d'air, qui commençait à se détacher de son support. Je suis entré dans ces détails, parce que parmi les divers accidents que j'ai éprouvés pendant le cours si long de mes voyages de terre, celui de Sarepta est un des plus extraordinaires. Pendant l'observation je pus rappeler par des pas de vis la bulle d'air vers le centre de la division du niveau. L'observation réussit si bien lorsque la rafale avait cessé, qu'après avoir tourné les pôles, les deux aiguilles ne différaient que de i',4- ^e trouvai 62°i6/,6 et 62°i5',2.
Astrakhan. — Ma tente magnétique fut dressée un peu au sud de la ville, sur la grande place Bakhtscha, près de l'hôpital et de l'église Notre-Dame de Techwine. Différence des deux aiguilles if,j à 1 0 heures du matin. Incl. 59 58',3.
Ile Birutchicassa. — Dans la Mer Caspienne aux bouches du Volga, à la partie septentrionale de l'île. J'ai taché de déterminer avec beaucoup de soin les inclinaisons d'As-
trakhan et de Birutchicassa pour que dans ta suite des temps on pût vérifier si les variations angulaires sont les mêmes dans les deux endroits. Les deux aiguilles ont été d'accord à moins d'une demi-minute. Incl. 59*21 ',4- La détermination de la déclinaison magnétique à Astrakhan et dans le nord de la Mer Caspienne mérite, comme je l'ai déjà rappelé ailleurs 1 , une grande attention. Les connaissances acquises par les beaux travaux de Hansteen , d'Adolphe Erman et de George Fuss sur la grande sinuosité qu'affectent les lignes isogones de la Sibérie, rendent trèsdifficile de se former aujourd'hui une idée précise def la liaison de ces lignes avec les lignes correspondantes dans la Mer de l'Inde et de la Chine. D'après les cartes intéressantes qui accompagnent l'exposé de la Théorie générale par M. Gauss, la ligne de déclinai-
1 Dans une lettre adressée à M. le comte de Minto, alors ministre secré.taire-dVtat au département de la marine britannique (octobre 18^9), imprimée dans les Instructions que la Soiieté nrvale de Londres a données au capitaine James Clark Ross. Voyez Report of tl.e Commiticc of Physics and ftlcteorology relative ta ihc Autan-tic Expédition, 1840, p. 90.
— 4^9 — sou zéro, en remontant depuis te N. O. de la Nouvelle-Hollande ne commence à toucher le continent asiatique que près de rentrée du Golfe Persique : elle se dirige directement de là vers le nord de la Mer Caspienne et vers la Mer Blanche. D'après M. Barlow, au contraire, cette ligne remonte du Cap Vansittart de la Nouvelle-Hollande vers le N. O. sans toucher le Golfe Persique, de là elle se replie de l'ouest vers Test et reparaît dans les mers de la Chine et du Japon entre l'extrémité septentrionale de l'Ile Formose et la péninsule Seghalienne 1. Une troisième opinion est celle de M. Erman. Ce savant croit que la ligne sans déclinaison qui descend entre Osablikovo et Doskino (au S. E. de Nijney- Novgorod), vers la Mer Caspienne et le Golfe Persique est la même qui, après avoir coupé Péqualeur dans la longitude orientale de 85°, reparaît dans la Sibérie orientale à Test d'Irkoutsk* La déclinaison magnétique d' Astrakhan déduite de la Théorie de M. Gauss, loin d'être trop petite d'un demi - degré , comme Ta cru cet illustre géomètre (Resultate
1 Brewsler, T réalise on Magnétisme, i837,p. 189.
der Beob. des magne t. Vereins fur 1 838, p. 38), coïncide au contraire merveilleusement bien avec l'observation directe.
M. Hansleen a trouvé en i83o à Saratow (lat. 5i°3i', long. 43 46') décl. o°6' N. 0.; à Astrakhan (lat. 46°2i', long. 45°45') décl. i^i'N. O. {Poggendorf Annalen^ t. XXI, p. 364)- J'avais trouvé (sept, et oct. 1829) par un appareil moins précis et sans retournement de l'aiguille, à Ouralsk, chez les Cosaques du Iaïk (lat. 5i0i2/, long. 49°20 décl. o°277 N. E. ; sur les bords du Lac Elton (lat. 49°.7/i l°ng* 4415/) au nord-est des ruines de Tancienne capitale mongole de Saray, décl. o°io N. E.; à la ville $ Astrakhan décl. o°37' N. O.; et dans la Mer Caspienne , à l'Ile Birutchicassa (lat. 45°43'i long. 45°i8') décl. o°32/ N. O. Une vérification postérieure de Taxe de la petite aiguille réduit mes observations d'Astrakhan et de l'Ile Birutchicassa à o°56' et o°5t', ce qui, vu l'incertitude de la marche horaire, donne un accord satisfaisant avec les résultats de M. liansteen. Les observations qu'offre f Atlas de la Mer Caspienne de Kolotkin prouvent de plus que la déclinaison
occidentale diminue rapidement dans ces parages.
Woroneje. — J'observai dans la tente magnétique placée entre l'église Woscrecenzie et la maison de Charité. Le vent du S. £. était tellement impétueux qu'il fallait faire tenir la tente par plusieurs hommes, puisque chaque instant on la croyait prête à être renversée. Je ne parvins à mettre d'accord le résultat des deux aiguilles qu'à S7, 7 près; mais comme j'ai changé deux fois les pôles de l'aiguille B et que cette aiguille a toujours donné le même angle, il est probable que l'inclinaison de Woroneje est très-près de 65° 1 4'.
Les observations d'inclinaison magnétique d'Europe et de Sibérie qui précèdent ont en partie déjà été publiées lors de mon second séjour à Moscou, au retour de la Mer Caspienne, dans le Bulletin de la Soc. Imp. des Naturalistes de Moscou, 1829, n° 10. De légères différences proviennent d'une détermination plus exacte des moyennes. L'intensité des forces magnétiques a été déterminée dans ces mêmes lieux par les oscillations de plusieurs petites aiguilles cylindriques de Yap-
pareil dû Hanstemipïe mon savant ami k
major Sabine a bien voulu me procurer. Use de, ces mêmes aiguillé* 'a servi depuis s M. Kupffer dajpg son -nayage aArCauoaàft lias observations J'OdciUatioaa de Paiguille hori*» ■ontaie noyant pas encotieété réduites avec un degré de précision suffisante à nii mens degré de rtempératijweV je n'aidas yonUr con> ailier ici les intensités obsewées. dPonr 1Wsemble ide mes absorptions magnétiques .< entre les latitudes t%* aud et 6o- noriet les longitudes de %t | est et ào6« | ouest^ correspondantes à la longue période de 1798* à 1829, on peut consulter * la Relation historique de mon Voyage aux Régions équinoxiales, t. III, p. 6i 5, 623 et «627; et Sabine, Report on the variations 0/ the magnetic intensity, i838, p. 5 à 8.
' La grande importance que j'ai attachée dans les traversées de 1798 à i8o5 aux observations d'inclinaison et d'intensité magnétiques faites au milieu des mersf par conséquent dans des positions libres d'attractions locales, a été sentie par M. Erman qui, dans son voyage autour du globe, 1829-1 83o, s'est servi d'un appareil beaucoup plus précis que le mien. Vov. Adolphe Erman, Phys. Beoèockt. t. II, pb- 18-37.
L'erreur moyenne de toutes mes observations d'inclinaison magnétique de Aussie et de Sibérie, ou plutôt la différence moyenne de mes deux aiguilles de la boussole de Gambey (construction de Borda) a été, en excluant St.-Pétersbourg et Woronèje, de i',8. Souvent l'accord a été même au-dessous d'une minute (ancienne division). Cet accord de différentes aiguilles a été également satisfaisant dans les observations publiées par M. Fuss. Je citerai les observations que cet astronome a faites à Kazan , à Irkoutsk, à Ourga et à Peking pendant son voyage en Chine. Partout les aiguilles A et B ont donné le même résultat, à une minute près. Je consigne ces faits pour prouver combien les instruments sortis des célèbres ateliers de M. Gambey peuvent acquérir de perfection. Tous sans doute, malgré le soin extrême de l'artiste et des observateurs, n'offrent pas la même harmonie. M. Hansteen a cru pouvoir conclure de la comparaison de i5 de mes observations de la boussole de Gambey avec des observations faites à peu près à la même époque avec sa boussole plus petite d'Ertel, que mes observations
ont une erreur moyenne de -+-2;,7. (Poggend. Annalen, t. XXI, p. 4to-) ^e doute qu'une erreur angulaire si petite puisse être précisée par le genre de comparaison qu'on a choisi. Voici d'ailleurs le tableau comparatif que j'ai formé d'après la publication des observations de M.Hansteen faite à Pétersbourg dans le Bulletin scientifique de T Académie, au mois d'octobre i83o (p. XLIV), une année après mon retour de la Mer Caspienne, et par conséquent après la première publication de mes propres observations dans le Bulletin de la Société des Naturalistes de Moscou (1829, n° 10). L'accord, vu la différence des époques, est ce me semble assez satisfaisant dans Téiat actuel de nos instruments et des méthodes employées.
LIEUX. d'oBSF.RVAT. «ANSTEEIf . HUMBOLDT.
aoiu-oct. 1828. juin-juitl. 1829.
Moscou, 69 • i ',4 68" 56 ,7
Kazan, 68 26,5 68 26,7
Nijnev-Toiirinsk, 71 2,0 70 5S9j
Tobolsk, 70 56,6 70 55,6
sept. i&2Q-jani>. i83ô. juiit.^oct. i83o.
Barnaoul, 68° 1 5' 68° 9 ,8
Zmeïnogorsk, 66 2 66 5,5
Omsk, 68 43 68 54,2
Petropawlowsk, 68 26 68 i8,4
Troitzk, 6y 21 6y i4>2
Slatoust, 67 43,5 67 43,2
La méthode d'observation que j'ai presque généralement employée a été celle de 16 lectures au cercle vertical de 9 pouces de diamètre, 8 avant et 8 après avoir changé les pôles de l'aiguille. Lorsque j'ai été pressé par le temps, je n'ai pratiqué le retournement sur les pivots qui altère très-peu les résultats, que sur une seule aiguille. Constamment les pôles ont été changés. Des deux aiguilles, celle qui est désignée par B m'a paru préférable, surtout après les secousses de la voiture dans un voyage de plus de i5ooo verst ou 2860 lieues marines (de 20 au degré). Borda avec qui j'ai observé à l'époque du départ de l'Expédition d'Egypte, recommandait de chercher le plan du méridien magnétique soit par le minimum des inclinaisons, soit par des inclinaisons correspondantes. J'ai préféré trouver le méridien magnétique par la perpendiculaire de l'aiguille, en ajoutant 90° au cercle azimuthal. Les corrections par le retournement sur les pivots qui percent l'axe de l'aiguille, par l'observation des deux pointes (extrémités supérieure et inférieure) de l'aiguille et par le
retournement des faces à l'est et à l'ouest,
n'ont pas été négligées. Trois exemples choi- III. 3o
sis au hasard et d'une précision inégale, expliqueront la méthode d'observation que j'ai suivie pour chaque aiguille. (N°. I, II, III.)
La méthode qui est aujourd'hui assez généralement employée, celle de chercher le plan du méridien magnétique par l'azimuth correspondant à la position perpendiculaire de l'aiguille, a le désavantage que les lectures de l'inclinaison se font presque toutes dans une même partie assez petite du limbe du cercle vertical. Ce désavantage disparaît si l'on .détermine l'inclinaison vraie par des inclinaisons observées en différents azimuths , par exemple en 4 positions de 10% ioo°, 1900 et 280°. Le retournement des pivots (axes de l'aiguille) et celui des pôles magnétiques doit avoir lieu comme dans la méthode que j'ai employée. Sur les formules qui donnent la vraie moyenne ou inclinaison vraie, comparez un mémoire très-intéressant de M. Encke dans le Berliner Iahrbuch fur i83g, p. 286, et Erman, Physik Beob. auf ciner Reise um die Erde^ t. II, p. 8-24.
J'ai constamment observe en plein air, dans des endroits dont je pouvais déterminer la position astronomique et la hauteur
Position
du limbe
divine.
à l'en.
à l'oueil.
à l'est.
« rouent.
l'oftiiioD
'le la Jivifcion.
ouest.
» l'oufft.
à l'est.
à l'ouest.
On a obsem
au-dessus du niveau de la mer, au moyen d'instruments de réflexion, de deux montres de longitude et de deux excellents baromètres de Fortin et de Bunten. En Sibérie, comme dans la Cordillère des Andes, j'ai mis beaucoup d'attention dans le choix des lieux d'observation, en me plaçant constamment loin de la demeure des hommes. Ce soin est surtout indispensable pour la détermination de l'intensité des forces magnétiques. J'ai tiré grand parti dans le voyage de Sibérie d'une tente dont toutes les parties vissées et les anneaux métalliques étaient en cuivre rouge, et qui m'a été fournie par les ateliers du grand Etat-major Impérial. J'en ai fait usage chaque fois que les pluies et l'horrible violence des vents du sud-est, qui viennent des plaines de la Tatarie, m'y ont forcé. Sans cette tente, beaucoup <f observations sur le magnétisme terrestre auraient été perdues pour la science. Les observations d'inclinaison faites à Astrakhan étant les premières qui aient été tentées dans le bassin de la Caspienne, il m'a paru important, à cause du prolongement de la ligne de déclinaison zéro vers le sud, de consigner ici, en les sauvant de l'oubli,
LU
les excellentes observations fiâtes dans Plndfe par l'infortuné M* de Blosséville en ito8t par conséquent peu de temps avant le commencement de mon expédition de Sibérie.
Ces observations, restées manuscrites, avaient été recueillies par le capitaine "Herbert qui rappelle (Asiat. Researches, vol. XV III, p. 4) que ce sont les premières des parages de l'Inde.
Lieum. inclinaison. Décimais* m.
Paris. 67°5i'4*'N. M*if4i" N. 0.
Calcutta. *6 3* 38 N. a 38 5 N. E.
RaDgoun. 175147 N. o 49 52 N.B.
Souiiperan (Ceylan). o 36 34 S
Ja&apatnain. 039 45 S. 1 16 o N, E.
La boussole d'inclinaison employée par M. de Blosséville était celle de Gambey. Par cette même boussole l'inclinaison a été trouvée à Peking par M. Fuss, en décembre j83o (couvent de la mission grecque, lat. 39a54/9//) de 54°5i',5. Déclinaison magnétique (le 10 janvier i83i ) de i*fo95j19 au N. 0. par un froid de — i3°,5. Des observations précises comparables entre elles à cause de Fidentité des instruments et du rapproche» ment de l'époque, depuis les mers de l'Inde à
la Caspienne, et en Chine sont importantes pour le tracé des courbes magnétiques et leur marche progressive. C'est cependant cette marche même qui me semble assez contraire à une liaison supposée « entre la configuration (stable) des continents et la direction (allure) des chaînes de montagnes et des courbes isodynamiques. » (Necker, Etudes géologiques dans les Alpes, i84t9 t. I, p. XVI, et Biblioth. univ. t. XLIII, p. 166.)
Plus d'un siècle avant la mémorable expédition magnétique de Hansteen et d'Adolphe Erman, le génie de Leibnitz avait déjà entrevu en partie la haute importance que pouvaient exercer sur la connaissance du magnétisme terrestre , d'un côté l'immense étendue de l'empire de Russie en Europe et en Asie, de l'autre le mélange singulier de déclinaisons orientale et occidentale dépendant soit d'une seule ligne très-sinueuse, soit de plusieurs lignes sans déclinaison. J'avais été frappé, en visitant les archives de Moscou , Ion? de mon second passage par cette ville, de l'ardeur avec laquelle Leibnitz, dans une lettre adressée à Pierre-le- Grand, excitait ce monarque à faire examiner dans la région continentale de sets.
— 47° — Etats les phénomènes de magnétisme terrestre. Des documents que le savant historien M. Perte a trouvés dans les archives d'Hanovre et dont il a bien voulu me communiquer la copie, jettent le plus grand jour sur ces rapports en* tre le czar et le métaphysicien-géomètre. On apprend par une lettre de Leibnitz au général Bruce, chef de l'artillerie du czar, en date de Dresde du 21 novembre 1712, que le géomètre et le czar s'étaient vus à Torgau. Le premier avait fait construire un globe magnétique sur lequel étaient tracées les courbes de déclinaison d'après l'ensemble des notions nautiques qu'à cette époque on avait pu trouver sur les cartes *. 11 demande au prince de lui renvoyer le globe « lorsque Sa Majesté
1 II est probable que Leibnitz s'est servi , en 171a , de la Carte de variations magnétiques et des importants travaux de llalley, présentés à la Société royale de Londres, de iG83 à 1692. 11 devait connaître aussi la lettre de Melchior Leydeker, de varia fione Magnetis, insérée dans les M iscell. Âcad. Nat. Curios. i683, p. 445- Une série continue d'observations de déclinaisons magnétiques dans l'Océan Atlantique, date d'ailleurs déjà de la fin du i6c siècle. Voyez Edward Wright on certain errors in Navigation lately detectet, i58(), p. 137.
czarine se sera plu à contempler les merveilleuses formes des lignes magnétiques. » Le globe qui se trouve encore en dépôt aux Archives d'Hanovre et qui n'a point été copié, devait être échangé contre un autre « plus digne d'être présenté au prince* »
La lettre que Leibnitz adressa au général en chef de l'artillerie est accompagnée d'un mémoire explicatif rédigé en allemand , de i4 pages, offrant une simple description du tracé des courbes de déclinaison, sans aucune vue théorique. Leibnitz insiste de préférence « sur la direction d'une (seule) ligne sans déclinaison , linea magne tic a primaria, qu'il poursuit du Cap Vert aux côtes orientales de P Amérique du Nord (par 36° de latitude)etde là en Asie. Cette ligne, quelqu'irrégulière qu'elle paraisse dans ses sinuosités, partage selon lui le globe en deux portions à peu près d'égale surface. Elle a quatre puncta flexus contraria sur lesquels de concave qu'elle était, elle de* vient convexe , d'abord entre le pôle antarctique et le tropique du Capricorne, puis dans l'Amérique septentrionale, puis vers l'Asie orientale, enfin près de la Nouvelle-Hollande. La ligne sans déclinaison est récurrente en
elle-même de pôle à pôle. Au commencement du i8° siècle, le pôle antarctique a le singulier avantage que la lùiea magnetica primaria vel rudlius variaùonù s'en approche le plus, tandis que cette même ligne reste tellement éloignée du pôle arctique que la déclinaison sur ce pôle dent être de a5* ouest lorsqu'elle est seulement de 5° est sur le pôle sud. On peut supposer cependant que dans la suite des siècles le pôle nord jouira de la prérogative qu'a aujourd'hui le pôle opposé. La ligne primaire va s'éloigner du pôle antarctique. Partout sur le globe les lieux situés à l'est de la ligne primaire (courbe à déclinaison zéro) ont une déclinaison vers l'occident; les lieux situés à l'ouest de la ligne primaire ont au contraire la déclinaison vers l'orient. Cette déclinaison orientale de la boussole de o° à i5° embrasse aujourd'hui (171a) une grande partie de l'Atlantique entre l'Amérique et l'Afrique, la Mer Pacifique, les confins de l'Amérique et de l'Asie, une partie de la Chine, le Japon l'Océan Indien et la Nouvelle-Hollande. » On voit par le fragment que je traduis littéralement que le tracé des courbes qu'offre le globe de Leibnitz se fondait sur des idées assez
vagues. L'aperçu général des inflexions d'une seule ligne sans déclinaison divisant le globe entier, est une idée moins précise qu'elle n'est curieuse et hardie.
Je terminerai cette notice historique sur les progrès des travaux magnétiques en Sibérie, par la traduction d'une partie de la lettre que Leibnitz adressa directement au très-puissant et invincible Czar. La première ébauche de cette lettre trouvée par M. Pertz dans les archives d'Hanovre, n'a pas de date, mais appartient indubitablement à la même année 1712 : « Depuis que Votre Majesté Grand-Czarine a daigné me faire savoir à Torgau que mes propositions ne lui déplaisaient pas , je n'ai pas manqué de faire construire un, globe magnétique , unique dans son genre, et répandant comme une nouvelle lumière sur la navigation. Si tous les dix ans de nouvelles observations faites au moyen de bonnes boussoles étaient compulsées et que de nouveaux globes construits sur ces fondements étaient employés dans la pratique des navigations, on obtiendrait, à n'en pas douter, quelque chose qui, pour chaque intervalle de dix ans, pour-
rait servir aux longitudes, c'est-à-dire a ce que les Hollandais appellent (la connaissance de) Y est et V ouest. En renouvelant plusieurs fois ce travail, on parviendrait à la fin à découvrir un point de dépari fixe et permanent (c'est-àdire des lois générales). Or comme l'aimant n'a pas seulement sa déclinaison dans le plan horizontal , mais aussi son inclinaison in piano verticali, il est de toute nécessité d'observer aussi cette dernière avec soin. J'ai construit à cet effet un appareil particulier (instrumentum inclinationis) et je prétends qu'i/ serait à désirer que dans le grand Empire de Votre Majesté la déclinaison et Vinclinaison soient observées en beaucoup d 'endroits et à différentes époques , ce qui offrirait une grande utilité (pratique) pour la marine. Je suis dans la vive attente de voir paraître l'ordonnance que Votre Majesté daigne me promettre à cet effet. Pour tout le détail des opérations, je me rapporte aux propositions que j'ai osé Lui soumettre à Torgau. JVspère que, malgré les calamités des guerres , Votre Majesté trouvera le temps (chose la plus inappréciable parmi celles dont nous disposons! ) pour organiser les recherches (magnétiques) et pour
obtenir sans dépenses majeures de grands résultats, utiles aux progrès et à l'agrandissement du domaine des sciences et des arts. En examinant un extrait de lettres l reçues (récemment) du Cathaï (de la Chine) et que j'ai l'honneur de communiquer à Votre Majesté, El le verra avec quelque satisfaction que là aussi on est occupé de la culture des sciences. Votre Majesté sera le lien entre V Europe et la Chine. J'ai la confiance qu'ayant en vue un but si important, je pourrai me flatter de la gracieuse indulgence de V. M. Le docteur Donelli, son premier médecin, étant mort, je fais des vœux pour qu'Elle donne cet emploi à une personne versée dans les sciences physiques et capable de coopérer au progrès des sciences. Puisse un tel homme pendant de longues années être encore utile à Votre Majesté czarine, moins comme médecin par des dtdonnances et des médicaments qu'en embrassant la carrière scientifique et en en étendant les limites. »
On reconnaît de nouveau par cette lettre
» Sans doute des communications faites par les mis-* sionnaires de la Compagnie de Jésus.
avec quelle noble ardeur et en même temps avec quelle adresse l'illustre géomètre savait rendre utile au progrès des sciences ses liaisons avec les princes. Tout, jusqu'au choix du premier médecin de la cour, doit conduire au même but, à celui d'avancer les recherches sur le magnétisme terrestre et les phénomènes de Physique générale dans un empire grand comme la partie de la lune que nous voyons. La prédilection toute hollandaise qu'a montrée le czar pour la pratique de la navigation fait espérer que les propositions magnétiques seront accueillies avec intérêt. On exagère adroitement pour cela l'amour des sciences que les Pères Jésuites ont excité en Chine : c'est le moyen de piquer la vanité d'un puissant monarque qui peut servir de lien entre les deux civilisations européenne et chinoise. Il est remarquable que le grand géomètre qui le premier avait conçu les avantagesd'une Expédition française en Egypte ait aussi devancé les vœux des Physiciens relatifs aux travaux du Magnétisme terrestre. Le désir de Leibnitzque dans le vaste empire de Russie on observe régulièrement et à des époques fixes les phénomènes d'inclinaison et de déclinai-
son, a été accompli en 1829. Par la noble munificence du gouvernement Impérial, une longue série de stations magnétiques et météorologiques a été fondée à travers tout le nord de PAsie , depuis Pétersbourg , Kazan et la chaîne de l'Oural jusque vers les rives de P Amour, près de POcéan Pacifique. Le zèle infatigable de mon savant ami M. Kupffer a accéléré et coordonné ces grands travaux en les dirigeant d'un point central et en parcourant récemment lui-même Pimmense ligne qui traverse le continent de l'Asie de Pouest à Test. Des observations de M. Arago ! sur des perturbations ou orages magnétiques correspondantes aux observations de M. Kupffer à Kazan, avaient fait sentir depuis longtemps Pimportance des observations simultanées.
Une maison magnétique a été construite dans la capitale de la Chine où les travaux de M. Fuss ont été continués par M. Kovanko, qui vient de revenir de Peking où il a été établi plus de 10 an». J'ai eu la satisfaction d'être admis à partager, au sein de P Académie de St.-
' Comparez ma lettre adressée à S. A. R. le duc de Sussex (avril i836), p. 3.
- 47* - Pétersbourg, les travaux de la première fondation de ces grands et utiles établissements.
Note. Pour spécifier chronologiquement avec uoe exactitude plus rigoureuse les rapports personnels que Leibnitz a eus avec Pierre le Grand, je vais consigner dans cette note les données suivantes que M. Pertx, aujourd'hui Conservateur en chef de la Bibliothèque Royale de Berlin, a tirés des manuscrits inédits de Fillustre géomètre conservés aux Archives d'Hanovre. «Le Czar se trouvait en Allemagne dans les années 1711 et 171a, la première fois à cause du mariage de Czarewitch Alexis, son fils, avec une princesse de Bruns wick-Wolfenbûttel ; la seconde fois à cause de la guerre avec les Suédois en Poméranie. Leibnitz suivant, par office, les petites cours de Wolfenblittel et de Blankenbourg, assistait aux fôtes des noces d'Alexis. Il eut les premiers entretiens scientifiques avec le Czar àTorgau en octobre 1711. Il est probable que dès -lors les projets relatifs aux variations de magnétisme terrestre furent communiquées verbalement au monarque. Celui-ci, en septembre 1712, quitta Parai éc en Poméranie et se rendit par Berlin, Wittenberg et Leipzig aux eaux deCarlsbad. En novembre 1712 le czar retourna sur PEIbe à Dresde. Il y séjourna pendant i5 jours et rejoiguit son armée en Poméranie en passant de nouveau par Berlin. Or comme Leibnitz, dans son voyage à Vienne où il séjourna jusqu'en 1714» devait traverser Dresde, il est très-probable que dans cette capitale de la Saxe il eut de nouveau de fréquentes entrevues avec Pierre le Grand. La lettre dont la traduction a été donnée plus haut est de cette époque. »