‹ Asie centraleChapitre 5 sur 60 · III · texte numérisé non relu

III

paru qu'en discutant les anciennes variations des climats , les géologues ne devaient pas séparer le phénomène des monocotyledonées arborescentes ( dépourvues d'écorce et de ces organes appendiculaires que le froid hivernal fait tomber sans danger dans nos arbres dicotyledons ) du phénomène des grands pachydermes fossiles. Je conçois comment à mesure que l'atmosphère s'est refroidie ( parce que l'action de l'intérieur du globe sur la croûte extérieure a été moins puissante, parce que les crevasses 9e sont remplies de matières solides ou de roches intercalées), la distribution du climat est devenue presque uniquement dépendante de l'inégalité de l'action solaire, comment les tribus des plantes et des animaux dont l'organisation exigeait une égalité de température plus élevée , se sont éteintes peu à peu*

Parmi les animaux, quelques-unes des

la vie et aux habitudes des animaux antédiluviens, insiste aussi sur cette liaison intime entre la coexistence ou plutôt entre les rapports de localité qu'offrent les coraux lithophytes, les bois monocotyledons, les tortues de mer(Chelonia)etles mastodontes fossiles des régions froides. (Beechey, t. H, p. 611.)

races les plus vigoureuses se sont retirées sans doute vers le sud et ont vécu quelque temps encore dans des régions plus rapprochées des tropiques. Des espèces ou des variétés (je rappelle les lions de l'ancienne Grèce, le tigre royal de la Dzoungarie, la belle panthère Irbis à longs poils de la Sibérie ) ont moins rétrogradé ; elles ont pu, par leur organisation et les effets de l'habitude, s'acclimater1 au centre de la zone tempérée, et même (c'est l'opinion de M. Cuvier relativement aux pachydermes à poils épais ) à des régions plus boréales. Or , si dans une des dernières révolutions qu'a éprouvées la surface de notre planète, par exemple dans le soulèvement d'une chaîne de montagnes2 très- récente , pendant l'été

1 Le tigre royal monte sur les montagnes de Java jusqu'à 2000 toises d'élévation.

* Cest Pallas qui , en 1775, insiste déjà avec force sur la liaison intime qu'il y a « entre Je soulèvement des chaînes de montagnes, le déluge que ce soulèvement a causé et la destruction des grands animaux pachydermes. » Acta Acad. Petrop. 1775, P. I , p. 57-64. Comparez aussi Darwin , Journal , p. 293-298 ; Charpentier, Essai sur les glaciers , p. 3a 1; Brown, dans Uconhard * Journ. der Min, 1842 , n° i , p. 70-75.

sibérien , des éléphants à inâchoire rieufe plus obtuse , à dents màchelières plus étroitement et moins sintieusement rubariéeà, des rhinocéros à deux cornes, trèsdifférents de ceux de Sumatra et d' Afrique , ont couru vers les bords du Vilhbui et vers l'embouchure de la Lena, leurs cadavres y ont trouvé , dans toutes les saisons, à la profondeur de quelques pieds, d'épaisses couches de terre congelée, capables de les garantir de la putréfaction. De légères Secousses , des crevassetnents du sol , des changements datis l'état de la surface bien moins importants que ceux qui ont eu lieu encore de nos jours sur le plateau de Quito ou dans l'archipel des Grandes Indes, peuvent avoir causé cette conservation des parties musculaires ou ligamenteuses d'éléphants et de rhinocéros. La supposition d'un refroidissement subit du globe, si contraire aux lois connues du rayonnement , ne me paraît par conséquent aucunement nécessaire. Le tigre royal que nous sommes accoutumés à appeler un animal de la zone torride , vit encore aujourd'hui en Asie depuis l'extrémité de l'Hindoustan jusqu'au Tarbagataï, jusqu'au Haut

Irlyche et à la steppe des Kirghiz1, sur une étendue de 4°° en latitude, et de temps en temps, en été, il fait des incursions cent lieues plus au nord. Des individus qui arriveraient, dans le N. E. de la Sibérie, jusqu'au parallèle de 620 et 65°, pourraient, par Y effet des éboule ments ou sous d'autres circonstances peu extraordinaires, offrir, dans l'état actuel des climats asiatiques , des phénomènes de conservation très-semblables à ceux du mammouth de M. Adams et des rhinocéros du Vilhoui. Je rappellerai aussi la part que des courants peuvent avoir eue en accumulant

1 Pour prouver la continuité de cette habitation du tigre royal sur une bande qui , du sud au nord, a plus de mille lieues de long , j'ajouterai aux régions placées entre l' Allai* et les Monts Célestes , citées dans le mémoire zoologique de M. Ehrenberg, les marais couverts de grands roseaux aux environs de la ville de Chajar (sous le parallèle de Constantinople et du nord de l'Espagne) , dans la petite Boukharie , marais qui sont des repaires de tigres très-féroces. Ces animaux vivent aussi au milieu des épais bocages de Saksaouls ( Anabasis ammodendron) , sur les rives du Kouvan et près du delta du Syr. (Meyendorf, Voyagea Bokhara, p. 59.) lues tigres augmentent vers l'ancienne Hyrcanie , entre le golfe du Balkhan et le Mazanderan .

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dans de certaines localités les ossements et les troncs d'arbres * •

Depuis la publication de la première esquisse de ce mémoire , d'importantes observations sur les glaciers , le mode de leur action sur la roche voisine et le mouvement des blocs , ont fait naître de graves divergences d'opinions parmi les géologues. On n'a pas seulement admis que l'empire des glaces ait été jadis considérablement plus étendu, on a cru aussi devoir supposer une ancienne période de glaces (Eis-Zeit) pendant laquelle le globe entier aurait été couvert d'une calotte épaisse de glace. Il ne m'appartient pas de discuter ici l'ensemble de ces questions , et je regrette de me trouver en dissentiment théorique avec un savant illustre, M. Agassiz, auquel j'ai voué une affection inaltérable , et dont les nombreux et solides travaux ont tant contribué aux progrès de l'étude des formations géologiques, de l'histoire naturelle et de l'anatomie comparée.

1 Erman, t. II, p. 261-263. Arago , dans X Annuaire du Bureau des Longitudes pour 1 832, p. 273-277. Wrangcl , Beise lângs der Nordkùstevon Sibirien, t. !• p. 102, 1 08 , if 7 ; t. II , p. 3. Proceed. ofthe G col. Soc» 1 84© y t. IIÏ, p. 24< •

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