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INTRODUCTION

Le centre du continent asiatique s'oppose à la périphérie méridionale et orientale. D'un côté, c'est le pays des hauts plateaux steppiques où errent des pasteurs barbares; de l'autre, les contrées riches des dons de la nature, du travail des sédentaires, parées du prestige des vieilles civilisations. Dans cette bordure s'isole l'Asie antérieure. On y revoit quelques-uns des aspects de l'Asie centrale, les bassins arides, le peuplement en oasis le long des montagnes, la fragilité de l'humanité que notre siècle y trouva déchue. Or de l'Inde à la Malaisie et au Japon s'étend un monde tout différent, qui connut celui de l'Iran et de la Méditerranée, mais par des relations trop limitées pour qu'il perdît son originalité. Monde complexe et infiniment varié : un Norvégien ressemble plus à un Andalou qu'un Pendjabi à un Cinghalais. Mais, sauf dans les montagnes et les silves équatoriales, la culture sédentaire y règne partout sans partage. Si les empires qu'elle nourrit furent singulièrement instables, les civilisations ont montré une extraordinaire force de résistance, et contre les assauts répétés des hordes de la steppe centrale, et contre les transformations imposées par l'Europe.

Il a fallu une logique imperturbable à ceux qui ont voulu dériver du milieu physique les civilisations indienne et chinoise. On peut seulement indiquer qu'il leur assurait une base ample et solide. De grands peuples, capables d'absorber les envahisseurs, pouvaient se développer à l'aise dans ces plaines démesurées, terminées en vastes deltas, enrichies des limons enlevés à l'Asie intérieure. Un autre principe de fécondité est le climat, avec ses alternances saisonnières de vents de terre et de mer. Il marque d'une si profonde empreinte l'Inde et l'Extrême-Orient qu'on peut appeler ces régions 1' «Asie des moussons ». Il tend à reporter bien au delà du tropique la luxuriance de la végétation tropicale, à permettre loin vers le Nord et dans le continent des cultures comme celle du riz. Or le propre de ces cultures est de procurer sur un espace très restreint une abondance d'aliments et de travail. Grâce à elles, des densités égales à celles des régions industrielles de l'Europe sont fréquemment atteintes dans des contrées purement rurales. L'Asie des moussons nourrit plus de la moitié de l'humanité. Mai,s la mort y pullule comme la vie, même hors des régions exposées aux

C^^OGRAPHiE UNIVERSELLE. — Asie des Moussons, I.

l'asie des moussons.

éruptions et aux séismes. L'excès ou le défaut de l'eau fait dépendre toute la subsistance de ces fourmilières d'un climat essentiellement capricieux. Le duel constant entre les peuples de cultivateurs et les nomades attirés par leurs richesses amoncela ruines sur ruines.

Le contact de l'Europe a provoqué une crise économique et morale qui entraîne bien des souffrances et des laideurs comme rançon des progrès réalisés ou espérés. D'autre part les Européens ont lié au leur l'avenir de l'immense Asie mystérieuse, et ils ont ainsi introduit une formidable inconnue dans les destinées de l'Europe, de sa civilisation^ (pl. I et II).

BIBLIOGRAPHIE

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1. Nous sommes heureux de dire ici combien nous devons à la science et à l'amitié des orientalistes français : MM. Sylvain Lévi, Jules Bloch, Granet, Przyluski, ainsi qu'à celles de M. Ch. Jacob. Nous remercions encore tous ceux qui nous ont donné des renseignements ou procuré des documents.

Pour la transcription des noms chinois, nous avons suivi le système de M. Vissière; M. Revon a bien voulu nous conseiller pour celle des noms japonais. Pour l'Inde et l'Insulinde.nous avons adopté des graphies qui se rapprochent le plus possible de la prononciation française, sauf pour certains vocables passés dans l'usage sous une autre forme. Comme elles s'écartent souvent de l'orthographe officielle, l'index alphabétique indique celle-ci en même temps que la forme employée dans cet ouvrage.

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