CHAPITRE PREMIER LE CLIMAT
Supposons qu'un océan couvre toute l'Asie orientale et que le climat dépende seulement de la latitude. A l'équateur, il y a une zone de basses pressions, de pluies abondantes; deux maxima de température et de précipitations se présentent peu après les équinoxes où le Soleil passe au zénith de la Ligne, mais ils sont peu supérieurs aux minima. De chaque côté, les basses pressions attirent les vents qui viennent des hautes pressions tropicales : ce sont les alizés, qui soufflent du Nord-Est dans l'hémisphère boréal, du Sud-Est dans l'autre. Dans la zone tropicale du Nord, le Soleil passe encore deux fois au zénith, à des dates de plus en plus voisines du 21 juin à mesure qu'on se rapproche du tropique; au tropique, les deux maxima se confondent, et nous avons seulement deux saisons : un été qui accapare la pluie, un hiver qui n'en a guère. Les régions tempérées sont caractérisées par l'instabilité du temps, par la prédominance des vents d'Ouest, par la diminution des précipitations vers les hautes latitudes où l'évaporation est naturellement moins active. Le beau et le mauvais temps y dépendent du passage des aires cycloniques (dépressions barométriques où le vent converge et subit des mouvements ascendants).
Cette ordonnance est troublée par la présence d'un continent. L'hiver, il se refroidit davantage que les mers voisines, et la pression est plus élevée que sur celles-ci. Il devient le siège d'un anticyclone, d'une aire de hautes pressions, décroissantes vers la périphérie à partir d'un centre où l'air descend des couches supérieures pour diverger ensuite. Ces vents qui s'échappent tournent en spirale
l'asie des moussons.
dans le sens des aiguilles d'une montre. Leur origine les rend froids et secs. Inversement, pendant l'été, la terre plus chaude que l'Océan devient une aire cyclonique. Elle attire les vents marins. Il y a de nombreuses chances pour que cet air chargé de vapeurs les condense en se refroidissant, soit par son ascension à l'intérieur de la dépression barométrique ou devant une montagne, soit par la rencontre de masses d'air froid. Ainsi, quelle que soit la latitude, un régime analogue à celui des tropiques tend à s'établir, avec l'opposition entre un hiver sec et un été humide. Seulement ce régime est déterminé, non plus par le mouvement apparent du Soleil, mais par l'alternance de vents continentaux l'hiver, de vents marins l'été. Ce sont ces vents saisonniers qu'on appelle moussons, de l'arabe mausim qui signifie « saison ». Comme l'Asie est le continent le plus vaste, et comme les centres d'action atmosphériques y sont peu éloignés des océans, nulle part au monde les moussons ne sont aussi régulières, aussi étendues en latitude. La situation de notre domaine sur les faces orientale et méridionale de l'anticyclone asiatique lui vaut en hiver des vents qui viennent généralement du Nord-Est. Sa position par rapport aux basses pressions continentales de l'été donne alors aux vents la direction du Sud-Ouest, parfois du Sud-Est. Ils apportent la majeure partie des pluies nécessaires aux cultures; aussi la mousson du Sud-Ouest est par excellence « la mousson ».
Telle est la théorie. Une étude un peu moins schématique va pleinement la confirmer dans ses grandes lignes. Mais en même temps elle nous fera entrevoir l'extrême complexité d'un mécanisme dont certains rouages sont encore inexpliqués ou inconnus.
L'hiver, — En cette saison, l'anticyclone asiatique, le plus fort et le plus vaste de la planète, a son principal centre vers le lac Baikal (fig. 1). La pression moyenne de janvier est de 777 mm. 5 à Irkoutsk, de 771 mm. 5 à Pékin. Un centre secondaire s'établit sur le Pendjab (Péchaver, 765 mm. 1). D'autre part une aire de basses pressions occupe le Nord du Pacifique vers les Kouriles, Une seconde, beaucoup plus étendue, comprend la zone équatoriale au Sud de l'isobare hivernale de 760 millimètres; à l'intérieur se creuse un minimum sur l'Australie qui est alors en été. Cette disposition des centres d'action atmosphériques met toute l'Asie de l'Est et du Sud sous l'empire des vents continentaux, de la mousson hivernale. Elle s'installe progressivement dès la fm de septembre, aussi bien dans les régions septentrionales, voisines du maximum qui apparaît en ce mois sur le Baikal, que dans l'Indochine, un maximum secondaire se formant sur le Sud-Est de la Chine. Elle s'annonce souvent par des tempêtes soudaines. Les vents qu'elle amène alors sur la façade orientale de l'Asie sont relativement constants et souvent très forts, parce que la distance est courte entre les maxima et les minima de pression (de Han-keou à Mindanao, la différence est de 12 mm. et parfois de 20). A cette époque la navigation est parfois difficile, voire impossible pour les voiliers, La côte occidentale du Japon est balayée par de telles vagues que les vapeurs postaux ne peuvent souvent aborder à Niigata, Les puissants courriers européens ont parfois mis cinq jours de Hongkong à Changhaï, dans le redouté canal de Formose. Par contre, ces vents restent faibles dans les parages de l'Inde où la différence de pression est moins considérable, La direction ordinaire du vent est celle que l'on peut attendre sur le côté oriental d'un anticyclone : Nord-Ouest dans la Chine septentrionale, cen-
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traie et dans le Japon, Nord-Est dans les régions plus méridionales où la mousson renforce l'alizé normal. Il faut faire exception pour une partie de l'Insulinde, où le vent est dévié vers le Sud-Est par les basses pressions de l'Australie.
Or la Sibérie orientale est en hiver le pôle du froid; aussi la rigueur des influences continentales se fait sentir plus grièvement encore sur la côte Est de l'Asie que sur celle de l'Amérique, si analogue à certains égards, et c'est
FiG. 1. — Distribution des pressions et des vents en janvier.
1, Lignes d'égale pression (isobares; pression en millimètres); 2, Trajectoires des vents; les flèches sont d'autant plus longues que les vents sont plus constants; d'autant plus grosses qu'ils sont plus forts; 3, Régions ayant leur maximum de pluies en saison froide. — Échelle, 1 : 55 000 000.
l'une des régions où la limite des neiges approche le plus de l'équateur (pl. III, C). Pékin, presque sous le parallèle de Naples, a en janvier une température moyenne de — i°,7; Moukden, de — 13°. A la latitude de Port-Saïd, l'observatoire français de Zi-ka-wei, près de Changhaï, note alors 3°, 17 seulement, moins qu'à Dunkerque, tandis que Lahore, situé aussi par 31° latitude Nord, a plus de 12°. Jusqu'à son extrémité méridionale, la Chine a des hivers beaucoup plus rigoureux que l'Inde. Calcutta, bien qu'un peu plus loin de l'équateur, a une température de janvier (18o,4) supérieure à celle de Hong-
l'asie des moussons.
kong (15°,8) et même de Hanoï (17o,3). La raison en est surtout qu'à l'Est les vents subarctiques ne sont pas arrêtés par un écran montagneux comme celui qui protège la plaine du Gange. Cela est si vrai que les villes de l'intérieur, malgré leur situation continentale qui devrait leur valoir des froids plus vifs, ont une température très supérieure à celle de la côte quand elles sont abritées du vent (Itchang, 5°,Q; Tchong-king, 9°,2). A des latitudes plus basses, la différence entre l'Est et l'Inde s'atténue jusqu'à disparaître. Saigon a presque la température de Calicut.
Le régime anticyclonique vaut à la majeure partie de l'Asie un hiver sec, un air limpide. La nébulosité n'atteint alors que 4 (sur 10) à Tokyo, 2 à Pékin, 1 et même 0,3 sur l' Indus (7 à Paris). Toutefois, là-bas comme en France, le relèvement de la pression après une période pluvieuse peut déterminer un temps brumeux, avec de moindres oscillations de la température qu'en temps sec. A Changhaï, où la nébulosité dépasse 6 en janvier, ce voile s'abat souvent quand l'anticyclone du Baikal s'est allongé jusqu'au Japon et déclanche sur sa face orientale des vents du Nord-Est, qui ont le temps de se charger d'humidité. Les plaines intérieures de la Chine, les profondes vallées du Tonkin restent longtemps cachées sous les nuages; par contre, les montagnes du Tonkin, au-dessus de
I 500 mètres, ont le ciel clair du Yun-nan, dont le nom signifie « le pays au Sud des nuages », c'est-à-dire la cuvette nébuleuse du Sseu-tchouan.
Le règne de l'anticyclone, avec ses vents continentaux et descendants, est aussi celui des pluies rares, ou nulles dans certaines contrées. C'est la règle dans l'immense majorité des stations : le minimum de précipitations se place en hiver. Pourtant quelques-unes ont alors leur maximum. Ce sont celles des côtes montagneuses qui reçoivent de plein fouet les vents de la mousson hivernale, et qui condensent alors les vapeurs venues du Nord, tandis qu'en été le relief les met à l'abri de la mousson du Sud-Ouest. Un exemple typique est celui de Formose, où Kiiroun, au Nord-Est, a son maximum en décembre, son minimum en saison chaude, tandis que c'est l'inverse au Sud-Ouest. Sur une plus grande échelle, c'est aussi le cas du Japon, de Ceylan, de plusieurs îles malaises. Les rivages voisins de Madras et de Hué sont aussi rangés d'ordinaire dans cette catégorie de pluies de moussons hivernales. En réalité, il y a bien moins un renversement des saisons pluvieuses, comme dans le cas précédent, qu'un retard du maximum jusqu'à octobre ou novembre, suivi d'une baisse très sensible dès janvier ou février. Au Coromandel, les pluies de cette période sont sûrement dues, non à la mousson du Nord-Est, mais à des retours offensifs de la mousson estivale par des tempêtes venues de l'Est ou du Sud-Est. Pour l'Annam, M. Chassigneux les explique par le tracé des côtes, l'élévation du relief, les mouvements généraux de l'atmosphère, mais aussi par des perturbations atmosphériques locales qui se creusent alors sur la mer de Chine encore tiède.
II rappelle également que l'automne est la saison où l'Annam est le plus souvent abordé par les typhons et leurs formidables averses.
Tel est l'aspect ordinaire de l'hiver. Mais il ne reste pas toujours pareil à lui-même. La puissance des anticyclones s'accroît bien de septembre à janvier, pour décliner ensuite et s'effacer en mai; mais ce n'est nullement par une marche régulière. Au lieu des moyennes mensuelles, qui nous donnent seulement les résultantes de cette évolution, examinons la réalité jour par jour : nous verrons une marche saccadée, avec des à-coups qui déterminent, là-bas comme en
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Europe, des alternatives de beau et de mauvais temps. Seulement les anticyclones sont relativement stables; aussi le temps de l'hiver asiatique est beaucoup moins incertain que celui de l'été asiatique et de l'hiver français. Pourtant il arrive que les anticyclones se renforcent ou s'affaiblissent, s'étalent ou se rétractent. Or une augmentation de pression signifie d'ordinaire une diminution de température et de précipitations. A Zi-ka-wei, le mois de janvier 1918 a eu la pression maximum du dernier demi-siècle, 772 mm. 49 (moyenne, 770 mm. 20); ce fut aussi la seule année où janvier fut absolument sec, avec une température moyenne de — 0o,03 seulement, un minimum de — 9°,6.
INIais l'influence des anticyclones s'exerce surtout en refoulant ou en laissant circuler des perturbations dont le rôle est essentiel dans l'Est de l'Asie, les dépressions continentales.
Ce sont, les unes, de vrais cyclones aussi violents que les typhons, les autres, des aires de basse pression semblables à celles qui, venant de l'Atlantique, rendent si variable le climat de Paris.
Comme elles,ces dépressions se transportent d'Ouest en Est, suivant certaines routes plus fréquentes (fig. 2).
Celles de la Sibérie et de la Chine sont très souvent attirées par la dépression des Kouriles; elles se creusent dès qu'elles atteignent la mer, jusqu'à faire descendre le baromètre de 30 millimètres en un jour à Hakodaté, et déchaînent alors desvents de tempête. Aucun mois n'en est exempt, mais elles sont plus nombreuses en saison froide, surtout en mars-avril. Si nous les étudions dans le bulletin mensuel de Zi-ka-wei, nous voyons qu'elles déterminent à leur arrivée, sur leur face orientale, des vents de Sud-Ouest et de Sud-Est; la température se relève; l'air qui, dans ces immenses tourbillons dont le diamètre atteint parfois plusieurs centaines de kilomètres, a passé sur la mer laisse tomber ses vapeurs en pluies souvent orageuses. A leur arrière, sur leur face occidentale, soufflent des vents du Nord et du Nord-Ouest; ils entraînent toujours un fort abaissement de température, accompagné souvent de pluies plus considérables que les premières. Prenons comme exemple février 1924. Le 3, haute pression, 772 mm. 07; minimum très bas, — 4^,6; temps sec. Puis le baromètre descend; l'humidité relative atteint le chiffre exceptionnel de 99,7 et commence à se condenser. Le 7, passe le centre de la dépression en marche du Sseu-tchouan aux Kouriles; le minimum de la nuit se relève à 9o,8; la pluie (16 mm. 3) de ce jour représente
lOO-E-Gr.
FiG. 2. — Dépressions continentales et typhons en janvier.
1, Trajectoires des dépressions continentales; 2, Trajectoires des typhons. — Les chiflres indiquent la température moyenne du mois le plus froid. — ÉcheUe, 1 : 85 000 000.
l'asie des moussons.
le maximum de ce mois, et elle continue à tomber, tandis que la pression augmente et que la température descend. Comme février 1924 fut signalé par de nombreuses dépressions qui s'attardèrent près des côtes, les pluies furent le double de la moyenne, et il y eut de longs brouillards épais. Le mois suivant fut remarquable au contraire par ses froids tardifs, ses pluies en déficit, son retard de la végétation : c'est que l'anticyclone du Baikal eut une persistance exceptionnelle qui écarta les dépressions. En décembre 1923, la disposition des isobares fut anormale par l'installation à demeure d'une aire de hautes pressions entre les fleuves Jaune et Bleu, tandis que la Mantchourie avait des pressions relativement faibles; les dépressions furent rejetées vers ce couloir bien au Nord du Yang-tseu. Aussi le mois fut exceptionnellement beau vers Changhaï, sans les tempêtes qu'amènent souvent les aires cycloniques; mais les pluies ne furent que le tiers de la normale, et les récoltes furent très menacées. Il arrive que l'anticyclone sibérien soit attiré par une dépression continentale : alors ses vents froids arrivent avec la violence glaciale des cold waves des États-Unis, dues à un mécanisme analogue. En janvier 1916, le thermomètre était monté à 20° à Changhaï au moment où passait le centre d'une dépression; la vague de froid du 24 l'abaissa à — 14° sur le sol, avec un relèvement de pression de 13 millimètres. En décembre 1923, l'arrivée d'une dépression fit monter le thermomètre à 18°,8 le 25, soit 6° de plus qu'à l'ordinaire; elle fut suivie par un coup de froid (— 7°,2 le 31), d'autant plus pénible que le vent descendait en rafales du Baikal, oii l'on aurait observé une température de — 42° et une pression de 810 millimètres.
Ainsi l'hiver de la Chine et du Japon est une lutte constante entre l'anticyclone sibérien et les dépressions continentales, celui-là avec ses journées sèches et froides, celles-ci avec leur temps instable, leurs tourmentes, leur succession de vagues de chaud et de vagues de froid; surtout ce sont elles qui interrompent l'aridité de l'hiver.
Au Tonkin, les dépressions suspendent souvent aussi l'action de l'anticyclone et créent la possibilité de grains orageux pareils à ceux de l'été. Le temps de la mousson hivernale, caractérisé de novembre à février par un ciel froid et clair, est alors coupé par de courtes périodes de temps chaud où l'on se croirait en plein été; les Européens abandonnent les lourds vêtements de drap pour reprendre le costume de toile, le thermomètre peut dépasser 30° pendant toute une semaine.
Dans la plaine indienne, l'Himalaya est longé par des dépressions pluvieuses, dont les neuf dixièmes viennent de la Méditerranée par l'Iran. On ne les a pas suivies au delà de l'Assam, mais, comme les dépressions de l'Asie orientale nous sont souvent signalées dès le Yun-nan, on peut se demander si ce ne sont pas les mêmes qui déterminent le temps depuis l'Atlantique jusqu'au fond du Pacifique. L'Inde, au delà du 21 « parallèle, et le Sud de l'Indochine échappent à leur action, et par suite aux chances d'ondées bienfaisantes, du moins de ce chef.
L'ÉTÉ. — A mesure que la chaleur augmente au printemps, le continent attire l'air de la mer (fig. 3). En avril, le vent est déjà en plein Sud-Est à Changhaï et à Hanoï. Il entraîne de la vapeur. Pourtant la mousson d'été, avec les fortes averses caractéristiques, ne s'établit qu'en mai ou juin. Elle débute d'ordinaire i)rusquement, après des journées chaudes, des brises légères et variables, par des
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rafales de vent, accompagnées d'ondées souvent orageuses. Puis viennent les grandes pluies de l'été. La mousson commence plus tôt vers le Sud et y dure aussi plus longtemps : jusqu'à la mi-septembre vers Changhaï, à la mi-octobre vers Singapour (pl. III, A et B).
Dans l'Inde, le changement de temps est si soudain, si radical, qu'il justifie le terme anglais : the burst of the monsoon, « l'explosion de la mousson ». Les courants de pluie arrivent dans ces régions desséchées avec la violence d'un fleuve
FiG. 3. — Distribution des pressions et des vents en juin.
1, Lignes d'égale pression (isobares; pression en millimètres); 2, Trajectoires des vents. — Les flèches sont d'autant plus longues que les vents sont plus constants, d'autant plus grosses qu'ils sont plus forts. — Échelle, 1 : 55 000 000.
qui a rompu ses barrages; ils apportent à Bombay 522 millimètres en juin au lieu de 14 en mai, au mont Mahabaleshwar 1 208 millimètres au lieu de 35. Or, si le changement est très rapide à Bangkok, à Saigon, à Hong-kong, surtout aux Philippines, nulle part il n'y a pareil écart entre deux mois consécutifs. La différence est de un à deux à Changhaï, contre un à dix dans le Nord-Ouest du Deccan; Tokyo passe progressivement de 134 millimètres en avril à 149 en mai, à 160 en juin. Sans doute, la transition est mieux ménagée dans l'Asie orientale que dans l' Inde, du fait que celle-là n'a pas de vraie saison sèche grâce aux dépres-
GÉOGRAPHIE UNIVERSELLE. — Asie dcs Moussons, I.
l'asie des moussons.
siens continentales. Mais surtout il arrive dans celle-ci, au début de l'été, beaucoup plus d'air, beaucoup plus humide, et cela tout d'un coup.
Voyons en effet la distribution des pressions en juin. C'est presque l'inverse de janvier. Une aire de hautes pressions se rencontre sur le Pacifique dès les îles Boninetles Mariannes, Une autre séjourne sur l'océan Indien et l'Australie, avec son centre au Sud-Est de Maurice. Le continent asiatique réchauffé se trouve presque entièrement à l'intérieur de l'isobare 757, avec trois minima, le premier dans le Nord de la Chine (Pékin, 753,6), le second vers le Tonkin (Phu-lien, 754,8) et le troisième dans le Pendjab (Moultan, 746,9), Donc le continent fait appel aux vents de l'Océan, qui tournent autour de cette aire cyclonique : vents du Sud-Ouest dans l'océan Indien, du Sud et du Sud-Est au-dessus de la latitude de Changhaï, du Sud-Est dans les parties de l'Insulinde proches de l'anticyclone australien, A l'inverse de janvier, ils sont faibles et variables dans les mers de Chine, très forts et constants dans l'océan Indien, En effet, le minimum du Pendjab est de beaucoup le plus creusé, le plus puissant. D'autre part, de ce côté, la courbe de 752 millimètres n'est qu'à 6 100 kilomètres de la courbe de 770 de l'anticyclone de Maurice; du côté de Pékin, elle est à 9 800 kilomètres de celle de l'anticyclone du Pacifique Nord, Il en résulte que le second est peu intéressé par la dépression asiatique, et que le premier au contraire va participer à son agitation. L'alizé qu'il émet sur sa face septentrionale vers le Nord-Ouest est dévié par le minimum du Pendjab : la mousson de l'Inde n'est pas autre chose que la continuation de l'alizé austral. Ainsi l'air qui arrive au Malabar ne vient qu'en faible partie des mers voisines; la masse a parcouru plus de 7 000 kilomètres sur des mers chaudes : de là l'intensité extraordinaire des pluies indiennes. Mais pourquoi la soudaineté de leur début? En mai, l'aire de basses pressions indiennes était encore distincte de celle qui correspond à la zone équatoriale; celle-ci formait comme un fossé où se jetait l'alizé austral. Une fois ce fossé comblé par cet afflux d'air, la pente devient continue des hautes pressions de Maurice aux basses pressions du Pendjab; l'alizé y dévale rapidement dès que l'attraction de celles-ci se fait sentir sur lui sans aucune interruption et que la dépression barométrique de l'équateur ne l'arrête plus au passage. Au contraire, sur la façade orientale de l'Asie, l'élan des vents pluvieux est rompu au Sud par le passage sur les terres de l'Indochine et de l'Insulinde. Plus au Nord, ils n'arrivent que sous une impulsion et avec un volume relativement faibles, en luttant contre des vents continentaux encore assez fréquents. Il y a donc transition et non opposition entre les deux saisons. On a l'impression que la mousson chinoise procède de mers relativement proches, tandis que la mousson indienne a son origine dans les lointains de l'hémisphère austral.
Une fois établie, la mousson d'été amène partout des pluies très abondantes, par averses violentes, et presque partout elle produit le maximum annuel des précipitations. Mais il ne faut pas se la figurer comme un courant continu de la mer vers la terre, comme une averse interminable pendant des mois. Ici encore, derrière l'apparence simplifiée des moyennes mensuelles, il faut chercher la réalité dans le cours quotidien du climat. On s'aperçoit ainsi que la mousson, de par son caractère cyclonique, crée un temps instable, moins certes que celui de la Bretagne par exemple, mais avec une différence de degré et non pas de nature. On insistera plus loin sur son aspect spasmodique dans l'Inde. Mais de même à Manille, à Hanoï, en Chine, il ne pleut pas continuellement. Et il ne
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lpi<outsk ISA
pleut pas du seul fait que le continent est balayé par l'air marin. Le bulletin mensuel de Zi-ka-wei signale à plusieurs reprises, en mai-juillet 1915, «le règne de la mousson normale », avec ses vents constants du Sud-Est, de la mer; or ce furent « de très belles journées ensoleillées, chaudes, sans p/uie». En juin, parfois en juillet, ces parages peuvent avoir une chaleur très pénible par la saturation de l'air, où l'humidité relative reste longtemps à 92, 95 p. 100; mais aucune pluie ne tombe de ce ciel brumeux. Pour qu'il y ait condensation, un refroidissement est nécessaire. Il peut être dû, dans une large mesure, à l'influence des reliefs, même bien en avant de ceux-ci : c'est un facteur essentiel pour l'Inde, et sûrement pour d'autres régions. Mais en plaine ce refroidissement nous semble subordonné au passage d'une dépression barométrique, qui produise une ascension de l'air humide et mette en contact des vents de température inégale. Au début de l'été, dans l'Est de l'Asie, la plupart de ces dépressions ont une origine continentale; elles provoquent de fortes précipitations dans cet air saturé, soit par les orages qui les accompagnent, soit par les vents du Nord-Ouest, qui dégagent le temps ; la température, d'abord abaissée par la pluie et par ces vents, remonte avec le baromètre (fig. 4). L'influence de ces dépressions, semblables à celles de l'hiver, apparaît, par exemple, en mai 1923. Ce fut un mois ensoleillé, de pression assez élevée, de température douce, presque sec jusqu'au 24, malgré la prédominance des vents marins du Sud-Sud-Est; puis le passage de dépressions continentales amena de très fortes averses. Au Japon, les « pluies des prunes », du 15 juin au 15 juillet, si utiles pour le repiquage du riz, sont dues aux dépressions venues du Yang-tseu. Au Tonkin, les dépressions continentales substituent au vent normal de Sud-Est un vent de Nord-Ouest, qui amène de grandes pluies au Tran-ninh, mais qui redescend dans le delta comme un fœhn; ces « vents du Laos » font monter le thermomètre d'Hanoï au-dessus de 40°, dessèchent la végétation et les rizières dont ils peuvent ruiner la récolte d'automne. D'autres dépressions viennent de la mer, et, parmi celles-ci, les typhons. On sait les dangers de ces bourrasques cycloniques pour les navigateurs, même pour le littoral : celle d'août 1922, aggravée par un raz-de-marée, aurait coûté la vie, près de Swatow, à 200000 victimes. Elles naissent dans le Pacifique, généralement sous le tropique, s'avancent vers les côtes de l'Asie, puis beaucoup
2000 Km
J Batavia
Fig. 4. — Dépressions continentales et typhons en juin.
1, Trajectoire des dépressions continentales; 2, Trajectoires des typhons.
— Les chiffres indiquent la température moyenne du mois le plus chaud.
— Échelle, 1 : 85 000 000.
l'asie des moussons.
rebroussent chemin vers le Nord-Est, décrivant ainsi une parabole. Les anticyclones semblent jouer le rôle d'un môle qui les repousse et les oblige à le longer. Pendant l'hiver, celui de la Sibérie les tient éloignées des rivages asiatiques, l'Annam excepté. Mais en mai ils semblent le suivre dans sa retraite vers le Nord, et leur trajectoire se moule sur le rebord de l'anticyclone qui vient de se constituer dans le Pacifique. De plus en plus nombreux dans les mois suivants, ils se propagent de plus en plus loin vers le Nord et vers l'Ouest jusqu'en septembre, mois où ils sont le plus nombreux (quatre à cinq en moyenne). Puis la zone dangereuse revient vers l'Indochine en même temps que les basses pressions reculent vers le Sud. Or ces typhons amènent des averses formidables. A Baguio (Philippines), celui de juillet 1911 fit tomber 1 168 millimètres en vingt-quatre heures (la plus forte quantité qui ait été recueillie en un jour dans aucune station de la Terre) et 2 m. 239 en quatre jours. Naturellement de pareils déluges relèvent les moyennes mensuelles, et il est certain que les typhons sont pour beaucoup dans les pluies de toute l'Asie orientale. Sans doute il ne faut pas exagérer leur rôle^. Mais, à côté des typhons violents, il existe des dépressions marines moins creusées, capables cependant de susciter des orages et des pluies considérables. D'elles dépend en grande partie la physionomie de la saison. Ainsi août 1920 fut signalé vers Changhaï par des calmes prolongés, des chaleurs accablantes, par une humidité constante, élevée, mais sans aucune condensation; la sécheresse fut désastreuse dans le Nord de la Chine. La raison en était dans l'absence des dépressions marines, maintenues loin du continent par l'établissement précoce d'un régime de hautes pressions au Nord du Fleuve Bleu. On peut donc se demander si les pluies du début de l'été ne résultent pas des dépressions continentales; celles de la fin, des dépressions océaniques. Dans l'afflux d'air humide apporté par la mousson, ce seraient elles qui déclancheraient la condensation. Et l'on s'expliquerait ainsi l'alternance de périodes sèches et de périodes d'averses orageuses, selon la pression et le vent, alternance maintes fois répétée et vraiment caractéristique de l'été.
Caractères généraux. — Le climat de moussons ressemble au régime tropical par l'opposition entre la sécheresse de l'hiver et l'humidité de l'été. Mais il amène ce contraste dans des régions auxquelles leur latitude devrait assurer des pluies mieux réparties : çà et là au voisinage de l'équateur, et surtout dans les régions tempérées. Il fait pénétrer en été les influences maritimes loin dans la masse asiatique ; ainsi il lui vaut une température plus fraîche, des pluies abondantes. Mais en hiver il fait régner les influences continentales jusque sur les côtes; la sécheresse de l'air où prédominent les vents de terre rend rigoureux l'hiver même à de basses latitudes, et le fait suivre d'un relèvement rapide de la température qui peut devenir torride. Aussi l'amplitude thermique devient beaucoup plus considérable que sur la face occidentale de l'Eurasie, soumise
1. Pour distinguer le climat des mers de Chine et celui de l'océan Indien, on a dit que dans celles-là 1 la mousson d'été ne se manifeste pas directement, et qu'en réalité l'année se divise en deux parties, la saison des typlions, et la période de décembre à juin où ils sont moins nombreux ». Mais l'ouvrage du P. Froc, sur les typhons, montre que leur maximum ne coïncide nullement avec celui des pluies et que, même en septembre, ils ne font sentir leur effet que sur la périphérie du continent. De plus, le bulletin mensuel de Zi-ka-wei indique nombre de mois très pluvieux sans aucun typhon qui puisse en être responsable (juin 1915 : 252 mm.; moyenne, 185). Enfin la distinction entre les faces Sud et Est de l'Asie s'atténue, si l'on songe au rôle joué par les cyclones du golfe duBengale, analogues aux typhons du Pacifique.
LE CLIMAT
constamment à l'action modératrice de la mer; elle est de 22°,5 à Tokyo, 30°,7 à Pékin, contre llo,6 à Lisbonne. Sans doute l'écart se réduit vers l'équateur. Mais jusque dans l'Indonésie les moussons tendent à introduire leur rythme contrasté, avec ses fortes oppositions.
La sécheresse de la saison froide peut être plus ou moins longue, plus ou moins complète. Si nous calculons le pourcentage des pluies tombées dans le mois le plus sec par rapport au total annuel des précipitations, nous voyons qu'il reste élevé, proche du chiffre de Paris (5,3 p. 100), dans deux régions bien différentes, Hokkaido (4,8 à Hakodaté) et l'Ouest de l'Insulinde (4,6 à Kota Radja). Dans le premier cas, cette égalité dans la répartition annuelle est due aux nombreuses pluies cycloniques de l'hiver ; dans le second, à ce que le soleil, toujours proche du zénith, conserve à l'air une grande richesse hygrométrique toute l'année : près de l'équateur, toutes les oppositions saisonnières tendent à s'atténuer. Viennent ensuite le vieux Japon (Tokyo, 3,6 p. 100), la région de Changhaï (3) et de Fou-tcheou (2,9). Mais cette partie de la Chine est encadrée entre d'autres moins favorisées. Au Nord du 35*^ parallèle, Pékin et Nieou-tchouang ont des hivers très secs (0,3). L'écart entre les saisons est beaucoup moins marqué au Sud de la Chine ; cependant le pourcentage se réduit à 1,5 à Hong-kong et à Hanoï. Dans une zone trop méridionale pour être visitée par les dépressions continentales de l'hiver, Saigon n'a que 0,2. Des valeurs analogues se retrouvent dans quelques îles de la Malaisie (Manille, 0,6; Timor, 0,2). Mais c'est surtout dans l'Inde que la sécheresse s'exagère. L'Assam, la région la plus épargnée, n'a pourtant que 0,6 p. 100 de ses précipitations en décembre; malgré les pluies d'hiver le long de l'Himalaya, Lahore n'a que 0,5, et Calcutta, 0,4. Dans le Deccan et la Birmanie, la sécheresse est presque complète en saison froide (0,1 à Pouna; 0,08 à Rangoun). Enfin, sur presque toute la côte occidentale de l'Inde, dans le Sind et le Radjpoutana, toutes les stations ont au moins un mois sans une goutte d'eau; de ses 6 m. 807, le mont Mahabaleshwar ne reçoit que 1 millimètre en février. Dans l'Inde occidentale, le Deccan et la Birmanie, les dépressions ne mettent jamais en échec le triomphe des vents continentaux l'hiver; ce sont les pays des moussons sous leur forme extrême.
Généralement, il y a un maximum de pluies, qui se place en juin ou juillet au Nord de l'équateur. Mais parfois on observe deux maxima, l'un au début de l'été, l'autre à la fin. Dans la zone tropicale, on est tenté de les expliquer par le double passage du Soleil au zénith. Il en est bien ainsi près de l'équateur, mais pour une zone assez étroite; déjà, dans une grande partie de l'Insulinde hollandaise, ils proviendraient plutôt, selon Braak, des courants ascendants qui se forment aux changements de moussons, époques de brises faibles et variables. En général, le double maximum correspond tantôt à la montée et à la descente de la vague pluvieuse entre les basses et les hautes latitudes, tantôt à des conditions topographiques locales, tantôt à la fréquence des dépressions cycloniques.
Les pluies de l'été ont pour efi'et de diminuer la chaleur de cette saison. A Batavia, on a pu calculer que le refroidissement causé par 1 millimètre de pluie est de 0°,15 à 0°,34 selon les mois; les fortes averses de l'après-midi font souvent tomber la température plus bas que celle de la nuit. Or, si les averses de moussons n'ont pas une intensité supérieure à celles de l'Europe occ dentale, elles peuvent conserver cette intensité bien plus longtemps. Tandis que dans le bassin de la
l'asie des moussons.
Seine la plus forte quantité recueillie dans un jour a été de 88 millimètres, la très grande majorité des stations de Java ont un maximum pour 24 heures supérieur à 200 millimètres dans la plaine, à 350 dans la montagne. Ce maximum a dépassé 1 mètre dans les montagnes de l' Assam, à Luçon, à Formose. On devine combien de pareilles ondées abaissent la température. Dans les régions tempérées, leur influence n'apparaît guère dans les moyennes mensuelles, mais elle est très marquée sous les tropiques, où le maximum de température devance la saison des pluies. Elle s'accuse surtout dans l'Inde, et en particulier dans ses plaines. Agra a 4^,4 de moins en juillet qu'en mai, parce que les précipitations s'élèvent de 16 millimètres en mai à 246 en juillet. A Bombay comme en de nombreuses stations tropicales, un maximum se place en avril ou en mai; un second survient en automne après le retrait de la mousson. L'année de l'Inde se divise ainsi en trois saisons : une saison froide et sèche en hiver, une saison brûlante au printemps, et en été une saison pluvieuse assez froide pour mériter le nom d'hivernage. Ce régime est moins net au Siam et en Cochinchine; il disparaît au Nord de Tourane. La raison de cette nouvelle différence entre les façades méridionale et orientale de l'Asie semble être que la seconde est exposée encore au printemps aux vents continentaux glacés; l'Inde au contraire est protégée par l'Himalaya, et la température peut s'y élever dans un air sec jusqu'à égaler celle du Sahara.
Un trait essentiel du climat des moussons, c'est la grande variation des pluies d'année en année. Cela se comprend, s'il est vrai qu'elles dépendent d'un élément aussi irrégulier que la fréquence des dépressions continentales et maritimes. A Zi-ka-wei, où nous disposons d'une série d'observations s'étendant sur un demi-siècle, le rapport de l'année la plus humide à la plus sèche est de 2,24 (il est inférieur à 2 dans les villes européennes, sauf sur la Méditerranée). Et, si l'on étudie les relevés mensuels, on voit que juillet a reçu seulement 3 millimètres en 1886 contre 306 en 1903; août, 12 en 1901 contre 343 en 1886. L'écart est encore plus grand en hiver (janvier, 0 mm. en 1918, 197 en 1887). Or il suffit d'une période sèche de dix jours pendant les semailles et le repiquage du riz pour compromettre toute la récolte. En Chine, le rapport des années extrêmes ne dépasse 3 qu'exceptionnellement. Cependant les provinces situées au Nord du Fleuve Bleu sont soumises à de terribles sécheresses; celle de 1920 y fit plus de 15 millions de victimes; au Fou-kien il y aune sécheresse meurtrière tous les huit ou neuf ans. Aux Philippines, un même mois peut être tantôt très sec, tantôt très humide; des périodes de plus de cent jours consécutifs sans une goutte d'eau contrastent avec des inondations causées par des pluies de plus de 500 millimètres en un ou deux jours. Mais c'est surtout l'Inde qui se distingue fâcheusement par l'écart des années extrêmes : 3,5 à Bombay, 4,5 à Madras, plus de 9 dans les Provinces Unies, le Deccan, la Birmanie centrale. Dans l'Asie orientale, en effet, la richesse de l'air en vapeur d'eau peut varier selon la température et la pression, mais dans des limites assez rapprochées. Dans l'océan Indien, elles s'espacent beaucoup plus, puisque cette humidité a une origine plus complexe et plus lointaine. L'Inde est par excellence le paj^s des famines. Nulle part au monde une population aussi dense ne dépend aussi étroitement de pluies aussi aléatoires. Mais les années de sécheresse et « de vaches maigres » apparaissent fréquemment dans les Annales de la Chine et de l'Annam, avec leur cortège d'épidémies, de troubles sociaux et politiques.
LE CLIMAT
En pays de mousson, la prospérité de l'humanité est particulièrement instable, parce que ces fourmilières de paysans attendent toute leur subsistance d'un mécanisme extrêmement compliqué, où il suffît d'un rouage inactif pour abolir l'efficacité de tous les autres. Nous commençons seulement à soupçonner son amplitude : il y a un rapport entre les pluies de l'Inde et la situation atmosphérique vers Maurice et le Chili, peut-être en Méditerranée. Nous croyons que le cycle de la mousson ne dépasse guère une altitude de 4 000 mètres (Hildebrandsson), et même dès 2 000 mètres on a constaté souvent le règne permanent du contre-alizé au-dessus des vents saisonniers; pourtant il y a lieu de penser que les couches inférieures ne sont pas sans subir l'action des courants supérieurs. C'est l'océan atmosphérique de la planète entière qu'il faudrait sonder chaque printemps pour prévoir si l'Asie recevra assez de pluies pour nourrir son pullulement d'humanité.