LE RELIEF
La forte densité et l'essor économique du Japon sont d'autant plus remarquables qu'il est essentiellement un pays de montagnes, aux flancs abrupts et très boisés, souvent désertes. L'île de Kiou-siou fut la première occupée par le peuple nippon^; pourtant il y a dans le Sud de vastes massifs en futaies, inconnus même des indigènes. Dans la province de Satsouma, le berceau d'un clan qui joua un rôle capital dans l'histoire, le relief rend incultes les neuf dixièmes du territoire.
Si la structure rappelle çà et là les plissements qui ont dessiné la forme en arc de l'archipel, le relief a surtout été déterminé par de grands effondrements, jalonnés par les séismes et par les nombreux volcans où l'on trouve les points culminants du pays. Une érosion intense a été accélérée par les mouvements récents du sol (fig. 33 et carte hors texte en couleurs).
Le principal de ces fossés tectoniques est parallèle à la direction générale de Hondo, le long de l'épine dorsale de cette île. Çà et là, ce fossé médian est croisé par des fractures transversales, qui amènent des élargissements des aires volcaniques, et c'est seulement dans ces élargissements qu'il y a encore des manifestations éruptives. Éteints ou non, les cratères ont fait surgir des masses énormes de roches ignées qui interrompent parfois la continuité de la dépression axiale. Elle apparaît cependant très nette, entre le détroit de Tsougarou et Tokyo, dans une suite de vallées longitudinales où il a été facile de poser le rail. A l'Ouest de ces vallées se pressent de nombreux cratères, généralement ébréchés par de formidables éruptions toutes récentes : l'Azuma-yama, le Bandaï-san, le Shirané-san (3 150 m.) qui domine Nikko. La plaine de Tokyo est bornée à l'Ouest par un autre groupe, plus imposant encore, auquel appartiennent l'Asama-yama (2 542 m.) et le Fouji-yama (3 778 m.). Le premier fait songer au Vésuve par la pyramide tronquée de son soubassement,
1. Nous avons laissé aux grandes îles leurs noms habituels en français, au lieu des transcriptions plus exactes : Honndo, Shikokou, Kyoushou.
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son cône adventif, son épaisse colonne de fumée qui se déploie en parasol. Du second, inactif depuis 1708, le cône si régulier, aux courbes si pures, est un des motifs préférés de l'estampe japonaise (pl. XXXV). L'un et l'autre sont nés dans un effondrement qu'on a appelé la Fossa Magna, transversal au fossé médian suivant une direction Sud-Est, et recoupant l'arc plissé de la partie Ouest de Hondo qui se termine par la chaîne de Hida (mont Ontaké, 3 185 m.)^. A ce point où convergent des éléments tectoniques divers, se dressent les montagnes les plus hautes et les plus sauvages; c'est un des pays les plus bouleversés du Japon. La dépression axiale de Hondo se continue ensuite par la vallée du Kiso-gawa, par le lac Biwa, long de 60 kilomètres avec un ombilic de plus de 90 mètres, par la plaine d'Osaka, par la Mer Intérieure elle-même. Elle se prolongeait dans l'intérieur de Kiou-siou, mais elle y a été comblée par de vastes massifs de laves et de tufs hauts de 1 600 à 1 800 mètres.
A l'Est du grand fossé médian, s'étend un pays de structure plissée, régulière, pauvre en manifestations éruptives malgré les effondrements qui ont échancré cette « zone externe » : détroit de Tsougarou, baie de Sendaï, golfes et plaines de Tokyo, de Tsourouga, d'Owari, détroits de Kii et deBoungo. Malgré ces coupures, il est encore très visible, ne serait-ce que par le dessin des promontoires, que les chaînes plissées de Kii se prolongent par celles de Sikok (2 242 m.) et de l'Est de Kiou-siou. Les terrains primaires, qui jouent le rôle principal dans toute cette zone externe, sont en général fortement redressés. Les chaînes sont entaillées par des gorges rocheuses, très ramifiées entre des faîtes parfois aigus, qui conservent longtemps une altitude uniforme. Comme les couches sont de résistance inégale, les rivières zigzaguent à travers une alternance de bassins riants et de cluses où elles bondissent de cascade en cascade.
On retrouve souvent les mêmes aspects dans la « zone interne », à l'Ouest du fossé médian, où les terrains paléozoïques constituent aussi la plupart des massifs; parfois des calcaires s'opposent par leurs cimes déchiquetées aux croupes doucement arrondies des schistes cristallins qui sont, eux aussi, largement représentés. Aux fortes altitudes des « Alpes Japonaises », vers 37° latitude Nord, le granité se profile en sierras qui atteignent de 2 400 à plus de 3 000 mètres sans laisser entre leurs dents de cols praticables (pl. XXXVI, A). Dans l'ensemble, cette zone apparaît comme plus élevée, souvent plus sauvage et plus morcelée que la précédente. Peut-être a-t-elle été plus disloquée par les effondrements. En tout cas, les volcans sont aussi nombreux à l'Ouest du fossé médian que rares à l'Est. Ils forment plusieurs des promontoires par lesquels Hondo se termine en face de Hokkaido et de la Corée; ils parsèment tout le Nord du plateau qui s'étend entre la Mer Intérieure et la mer du Japon. Dans Kiou-siou, c'est leur juxtaposition qui a dessiné certaines des presqu'îles, si bizarrement recourbées, voisines de Nagasaki (fig. 34); la baie de Kagoshima renferme dans une de ses îles le Sakoura-shima qui, en 1913, lança une quantité de cendres et de laves suffisante, d'après un calcul, pour recouvrir d'une couche épaisse de 31 mètres l'immense cité de Tokyo (80 km^).
On devine les ravages produits par ces éruptions, d'autant que plusieurs
1. On a trouvé dans cette chaîne des cirques, dont le fond est à l'altitude presque unifoime de 2 550 mètres, qui doit correspondre à la limite des neiges à l'époque quaternaire. Celle-ci semble n'avoir été marquée au Japon que par des glaciers suspendus, peu importants. Aujourd'hui aucun scmmet n'atteint la limite des neiges éternelles, malgré les fortes précipitations de l'hiver.
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des régions les plus prospères sont justement limitées par les alignements volcaniques, La riche plaine de Tokyo a souvent soufïert de la proximité de l'Asama-yama, le plus actif des appareils japonais et l'un de ceux dont les éruptions sont les plus violentes. Celle de 1783 coûta la vie à douze cents personnes,
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FiG. 33. — Le relief du Japon.
1, Terrains volcaniques récents; 2, Terrains volcaniques anciens; 3, Volcans; 4, Courbe hypsométrique de 200 mètres;
5, Côtes rocheuses élevées; 6, Côtes à rias. — ■ Échelle, 1:11 500 000.
et les cendres s'étalèrent sur plus de 10 000 kilomètres carrés. Vers 1912, il lançait des blocs de 50 mètres cubes, et des constructions furent endommagées à 15 kilomètres du cratère par le seul mouvement de l'air. Les lapilli rejetés par le Fouji ont souvent atteint la capitale. A maintes reprises, des pluies de cendres ont dévasté les cultures et rendu les champs absolument stériles pour de longues années.
Les régions volcaniques sont souvent ébranlées par des séismes en liaison avec l'activité éruptive. Ils deviennent plus nombreux et plus violents avant
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chaque crise et les annoncent souvent à temps. Mais ils n'ont jamais l'intensité des tremblements de terre tectoniques, de ceux qui affectent un vaste bloc mal équilibré de l'écorce terrestre. La région la plus éprouvée est celle qui borde le Pacifique, dont la grande fosse paraît l'origine des séismes les plus étendus. La plaine de Tokyo est très exposée à ces chocs. Celui de septembre 1923 fit périr près de cent mille personnes; il détruisit trois cent soixante-dix mille maisons dans la seule capitale. La station séismologique de Gifou, près du lac Biwa, n'enregistre pas moins, année moyenne, de cinq cent seize secousses. Dans la même région, celle de Nagoya en compte annuellement deux cent quarante. Une autre zone très instable correspond aux rivages Ouest de Kiou-siou (Koumamoto, cent cinquante et une secousses). Toutes les plaines littorales du Japon, surtout à l'Est, sont en outre fréquemment désolées par des vagues séismiques, les isounami, sorte de raz-de-marée, dont l'un, en 1896, balaya plus de 250 milles de côtes et fit plus de trente mille victimes. Ainsi la position du Japon le long d'une des lignes les plus instables de l'écorce terrestre, au delà de laquelle commencent les abîmes du Pacifique, lui vaut un désastre séismique tous les six ou sept ans, d'après des statistiques remontant à l'an 416 de l'ère chrétienne. On renonça longtemps à construire en maçonnerie : la maison typique est faite de bois et de bambous, de matériaux légers qui peuvent s'effondrer sans trop de danger.
Naturellement les reliefs hardis abondent dans les districts volcaniques : pitons aigus, montagnes aux silhouettes de castels, de tours, de dents, de cônes plus ou moins émoussés; les coulées retiennent les eaux des lacs ou occasionnent ces multiples cascades qui sont l'une des beautés du Japon (pl. XI, B, et XXXVI, B). Mais on trouve aussi des cimes déchiquetées dans les granités et les couches paléozoïques. Partout les formes de jeunesse sont fréquentes, dans les vallées sinon sur les faîtes. L'érosion est en effet très active : les fortes variations de température, le gel la préparent sur les sommets; l'abondance des pluies et l'inclinaison des pentes, souvent très proches de la mer, font de la plupart des fleuves des torrents, tantôt presque à sec, tantôt gonflés au point d'arrêter les communications pendant des semaines. Ils roulent surtout des alluvions grossières, des galets, qui tombent en masse à la rupture de pente qui sépare la plaine de la montagne. Près d'Osaka, les torrents coulent sur des lits surélevés que la voie ferrée franchit en tunnels et qui dominent dangereusement les rizières. Les chutes et les rapides qui interrompent la plupart des fleuves, au profit de leur utilisation par l'électricité, manifestent encore une érosion en pleine activité. Aussi le ravinement est-il très poussé, et souvent les voyageurs signalent, comme à l'Est du lac Biwa, des collines dénudées, très disséquées, analogues aux Bad Lands du Dakota (pl. XLII, A).
Il n'en est que plus curieux de constater la fréquence des surfaces usées dans les massifs non vulcanisés. Ce que Fesca et Harada décrivent comme le modelé typique du granité et des schistes cristallins aux altitudes moyennes, c'est celui que prennent ces roches lorsque l'érosion a presque achevé son œuvre : des sommets réguliers, couverts d'une épaisse couche d'arène, des plateaux jonchés de petits tertres arrondis. Autour de la cuvette tectonique en partie occupée par le lac Biwa, les crêtes présentent une remarquable constance d'altitude partout où ne se sont pas surajoutés des cônes volcaniques. De même les blocs taillés dont les escarpements en facettes dominent la plaine d'Osaka sont bien aplanis à leur faîte. Il semble que l'on trouve souvent, entre les falaises.
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LA NATURE JAPONAISE
les vallées jeunes et les cimes aiguës, d'ordinaire volcaniques, l'équivalent de ce modelé sénile décrit par Bailey Willis dans la Chine du Nord. Ici, comme sur le continent, la pénéplaine aurait été relevée en certaines régions, et ce rajeu-
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FiG. 34. — La région de Nagasaki (Kiou-siou).
Altitudes : 1, De 0 à 200 mètres; 2, De 200 à 500 mètres; 3, De 500 à 1 000 mètres; 4, De 1 000 à 2 000 mètres. — 5, Voies ferrées; H, Ports exportateurs de houille. — Échelle 1 : 1 500 000.
nissement expliquerait les cluses qui entaillent très souvent les massifs cristallins dont la surface est le plus monotone. Ce soulèvement n'est pas douteux en plusieurs points, où il est attesté par le profil des vallées ou par la présence de terrasses marines (à 20 et 30 mètres dans la presqu'île de Kazousa, à 50 et 100 mètres près de Tsourouga). Par contre, en d'autres points, parfois très voisins, il y a des preuves non moins évidentes que le sol s'est abaissé très récemment, par
Géoobapbie universelle. — Asie des Moussons, I. 25
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exemple sur les côtes à rias. Il semble que les différentes régions du Japon aient été affectées par des mouvements en sens contraire, hâtant ici l'érosion, la ralentissant ailleurs. C'est là un nouveau principe de diversité pour les paysages japonais.
Les plaines méridionales. — L'analyse des formes de terrain, qui commence à peine, nous aide déjà à comprendre le relief et l'occupation du sol dans ces plaines, d'Osaka à Tokyo, où se concentrent les forces productives de l'Empire. Ces dépressions paraissent creusées par effondrements dans une pénéplaine, dont les blocs restés en place constituent un pays peu habité, couvert de forêts et de maigres cultures en terrasses. De ces montagnes, parfois finement découpées, aux flancs souvent très ravinés, sortent par des chutes des rivières travailleuses, dont les apports ont commencé à combler les cuvettes lacustres et les golfes. Ils furent légèrement soulevés à deux reprises : d'où naissance de deux plaines côtières, ancienne dans l'intérieur, et récente un peu plus bas. La première a déjà été trop disséquée pour offrir beaucoup de ces surfaces planes qui conviennent au riz : d'où nécessité d'y ménager des terrasses. Elle est assez élevée (20-25 m. dans la région de Tokyo) pour qu'on ne puisse guère utiliser pour l'irrigation les fleuves qui s'y encaissent. Rarement assez d'eau; des cultures sèches, comme le blé, le riz de montagne; des plantations de thé, d'orangers, de mûriers. Sur les routes accidentées, moins de voitures que de porteurs. Cette suite de terrasses, parsemées de larges cônes torrentiels, finit sur la plaine basse par des éperons d'une altitude uniforme, des promontoires et des pitons d'où la vue s'étend au loin; presque tous sont parés de temples et d'arbres vénérables. Au contact des deux pays se sont établis de grandes villes, Yokohama, Tokyo, ainsi que de nombreux et gros bourgs. Situées sur les plaines basses, Osaka et Hiroshima sont tellement sillonnées de canaux que ces villes rappellent la Hollande. Les plaines d'alluvions modernes, très plates, sont soumises à une culture des plus intensives : presque partout, des rizières, où l'on sème, en saison froide, l'orge et le blé. La terre y est d'une extrême richesse là où les hauteurs voisines lui ont fourni des particules sablonneuses pour rendre le limon moins compact. Ces régions fertiles ne sont guère étendues. Mais elles nourrissent des populations serrées dont la densité atteint 400 habitants au kilomètre carré dans la plaine d'Owari, d'un aspect néerlandais avec ses polders endigués. Ce sont également des paysages j de polders qui se déroulent à l'Est de Tokyo, près de Niigata et de Toyama sur la | côte Ouest de Hondo, près de la Mer Intérieure, sur le rivage Nord de Kiou-siou.
Ces plaines fécondes ont condensé la population japonaise en petites unités, séparées par des montagnes où l'on s'aventurait peu jadis et par de vastes forêts i désertes. Un trait essentiel est le morcellement en nombreux « pays », sévèrement isolés, où le régime du clan et de la féodalité s'implanta solidement, où la vie archaïque a pu parfois persister jusqu'en plein xx^ siècle. Aucune région n'était préparée à centraliser l'existence nationale. La plaine de Tokyo semble convenir à ce rôle par son étendue, sa richesse, ses libres relations vers le Nord grâce au fossé médian. Mais son horizon est limité par les chaînes d'Akaïshi et de Hida, par le massif du Fouji; c'était là une barrière qui diminuait son influence sur tout l'Ouest du Japon. Il est vrai que cette plaine, comme beaucoup d'autres, est en bordure de la mer. Ce fut la mer qui assura l'union des « pays » japonais; de tout temps son rôle a été capital dans la vie politique et économique.
riicil. Frnnci'i niiellan.
A. LES ALl'KS JAl'ONAISKS.
Cnlliiics de l i/, cl (lo inùi'icr clans la vallée du Malsoii-g'awa i ri vicrc divs Pins}. Village (le ^Varabi-dai^a (département de Naganoi.
l'Iidl. Fninci^ IliuMl.in.
B. LE LAC ASHIXO.
A f>2 kilonièlres Snil-Oiiest de Yolioliauia. Sur les rives de ee lae |>ill(ires(iue I se trouve la ville de Hakonc', lieu de villégiature.
G. U., I. I\, l"i.. X.X.WI.
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