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LES MERS ET LES COTES

Mers bordières et Pacifique. — On a indiqué la différence de structure entre les mers qui baignent le Japon à l'Ouest et celles qui le baignent à l'Est (p. 58). Il n'est séparé de l'Asie que par des « mers bordières » relativement peu profondes. Entre Vladivostok et Tsourouga, la sonde ne descend presque jamai; à plus de 3 500 mètres (on vient de découvrir une traînée Sud-Ouest— Nord-Est de bancs couverts de 260-400 m. d'eau); elle n'atteint nulle part 1000 mètres dans la mer de Chine orientale. Par contre, les rives Sud-Est du Japon et les Riou-kiou sont étroitement bordées par les courbes bathymétriques de 3 000 à 4 000 mètres, qui enferment la cuvette marine des Philippines. Puis, au delà du faîte qui porte les îles Bonin et Mariannes, commencent les longues fosses étroites du Pacifique Nord-Ouest, qui vont des abords de Yokohama à ceux de l'Alaska, avec un sillon dépassant 8 000 mètres, à peu de distance des rivages de Hondo (voir la carte hors texte en couleurs).

Ainsi l'archipel principal du Japon, les Riou-kiou et les Kouriles marquent l'extrême limite orientale des terres asiatiques, qui se terminent par de gigantesques cassures ou par des fosses synclinales sur les abîmes du Pacifique. Sans doute, des effondrements se sont aussi produits entre Hondo et les rivages de la Corée, de la Sibérie. Mais, dans l'ensemble, ces mers bordières n'interrompent pas le socle continental qui porte le Japon. Vers Sakhaline et le Nord de Hokkaido, vers Formose, surtout vers la Corée à laquelle ils seraient unis si la mer s'abaissait de 128 mètres, ses archipels se soudent à l'Asie par des seuils faiblement immergés. Il est d'ailleurs probable que cette immersion est récente sur plusieurs points, comme le montrent les ressemblances de la flore et de la faune nipponnes avec celles du continent. Le détroit de Corée, large seulement de 180 kilomètres, avec l'escale des îles Tsoushima, offrait un passage facile vers la péninsule, et permit, dès la plus haute antiquité, l'expansion des races jaunes et de la ci\'ilisation chinoise. Vers l'Est au contraire, c'était l'immense Océan sans points de relâche, sans une « côte d'en face » qui attire les navigateurs.

Les eaux qui baignent le Japon sont relativement chaudes. Leur température à la surface est de 22° à 27° en août entre le Nord de Hondo et le Sud de Kiou-siou; c'est à peu près celle de la côte sénégalienne. En février, elle est de 15° à Yokohama, soit sensiblement supérieure à celle de la Méditerranée; il est vrai que, sur l'autre rive, elle descend à 10° dès la péninsule de Noto. Si le littoral Est, au moins au Sud du 38^ parallèle, est plus tiède, il le doit à ce qu'il est mieux protégé contre les vents froids du continent, et aussi, dans une certaine mesure, à ce qu'il est longé par un courant marin chaud, plus puissant que celui de la côte Ouest. C'est le Kouro-shiwo, qui exerce sur le climat du Japon une influence analogue à celle du Gulf Stream dans l'Europe atlantique, bien qu'actuellement discutée et sûrement plus faible. Issu du courant Nord-équatorial, il se recourbe devant Formose vers le Nord-Est. Son cours principal, qui va en s'élargissant de 100 milles marins près de cette île à 300 près de Yokohama, passe légèrement au Sud du Japon, suit le littoral Est jusqu'à 38° latitude Nord l'hiver, 41° l'été; puis il traverse le Pacifique d'Ouest en Est. Sa limite polaire est très reconnaissable à sa couleur sombre (Kouro-shiwo signifie « eaux noires »), à ses bois flottés, à sa faune, à sa houle puissante que les vents du Sud et de l'Est poussent l'été tout près des côtes qu'assaillent d'énormes vagues. Il contribue sans doute aux fortes pluies de l'été. Entre lui et la côte Nord-Est de Hondo,

LE JAPON

s'intercale un courant froid qui vient de longer les Kouriles et Hokkaido, l'Oya- | shiwo, qui descend jusqu'à 37» latitude Nord, abaissant la température des terres ! voisines. Il est remarquable par la nébulosité qui l'accompagne, par sa richesse en ' poissons, comme le courant du Labrador près de Terre-Neuve, Une branche secon- I daire du Kouro-shiwo, le courant de Tsoushima, entre par le détroit de Corée, longe la côte Sud de cette péninsule, puis la côte Ouest du Nippon, et retourne dans le Pacifique parle détroit de Tsougarou l'hiver, parle détroit de La Pérouse l'été. Il se peut qu'elle réchauffe les côtes Ouest du Japon et leur vaille une partie de leurs pluies hivernales. En tout cas, elle les sépare du courant froid que la mer d'Okhotsk envoie sur la côte continentale jusqu'à Vladivostok. Tandis que cette rade et celle de Tien-tsin sont souvent bloquées par les glaces, les ports du Japon sont toujours libres. Si les icebergs encombrent les eaux des Kouriles et descendent jusqu'à Hakodaté, le Japon, y compris même Hokkaido et Sakhaline, est soumis à un climat beaucoup plus favorable que celui des côtes du continent à latitude égale (voir fig. 6, p. 17).

La Mer Intérieure. — La Mer Intérieure, ou Séto-no-outchi, constitue un monde à part, où les navires n'accèdent que par des détroits très resserrés, en luttant contre des courants très violents. Le détroit de Shimonoseki n'a que 700 m. de largeur; aussi le courant y dépasse-t-il 13 km. à l'heure. Entre Sikok et l'île d'Awaji, c'est la « porte du tonnerre », où le bruit des tourbillons s'entend à plusieurs lieues. Dans ces défilés se creusent, jusqu'à plus de 150 m., des cavités dues sans doute aux remous des puissants courants de marée. Mais, dans l'intérieur du Séto-no-outchi, la sonde ne descend pas à plus de 40 m. Il représente donc une mer de transgression peu profonde, préparée au Néogène par un affaissement le long du fossé médian. De là, les rias des détroits de Boungo, de Shimonoseki et leurs pédoncules évidés par le rongement des tourbillons. Mais souvent ces formes de jeunesse ont été déjà oblitérées par les apports des torrents et des volcans; aussi la côte Nord est-elle généralement plate, et de même, souvent, celles de Sikok et de Kiou-siou. Ces deux îles se terminent en général vers le Nord par des plaines de roches granitiques nivelées, surmontées de collines arrondies qu'une faible submersion isolerait, donnant à tout le pays l'aspect du Séto-no-outchi avec ses îles. A Kiou-siou, ces plaines s'étagent en plusieurs niveaux, qui montrent un relèvement du littoral par saccades. D'autre part, beaucoup d'îlots sont nettement sculptés en terrasses. Après l'affaissement qui permit l'invasion de la pénéplaine par la mer, il semble donc qu'il y ait eu un soulèvement tout récent, mais en certains points seulement, tandis qu'ailleurs les rias conservaient toute leur fraîcheur. De là, en partie, les formes si variées du littoral : tantôt des polders, tantôt de hautes montagnes, des volcans aux flancs abrupts. Parmi les innombrables îlots, derrière lesquels s'abritent les jonques, les uns sont couverts de superbes forêts, les autres surgissent brusquement comme des rocs dénudés. Une foule de petits ports desservent les provinces voisines, qui sont parmi les plus riches et les plus peuplées (leur densité varie de 150 à 520 habitants au kilomètre carré). Avec ses eaux tranquilles et l'abondance des « reposoirs » pour les barques, cette Mer Intérieure fut, dans l'histoire primitive du Japon, ce qu'a été la Méditerranée pour l'Occident. Elle mit en relations des pays que le relief isolait, et la civilisation implantée dans Kiou-siou se répandit aisément dans les autres terres nipponnes (pl. XXXVII, A et B).

LA NATURE JAPONAISE

Les côtes. La vie maritime. — Les rivages tournés vers le Pacifique et vers le continent présentent des aspects plus variés encore. Ceux de la mer du Japon sont d'un dessin relativement simple. Peu de larges échancrures, sauf les baies de Wakasa, de Nanao et d'Aomori; peu ou point de rias. Çà et là, de hautes falaises; vers Tsourouga, elles enferment des ports excellents (pl. XLI). Dans l'ensemble, prédominent les plages rectilignes, sablonneuses, les dunes amoncelées par le vent du Nord qui souffle l'hiver (pl. XXXIX, A). La plus grande étendue est donc inhospitalière; il est vrai que la côte Est de Corée, bordée par la Cordillère, incite peu aux transactions. Par contre, en face des rias qui découpent l'extrémité Sud de cette péninsule, s'offrent les multiples articulations de Kiousiou, avec les singulières digitations recourbées voisines de Nagasaki : excellent emplacement pour un emporium à l'extrémité du Japon la plus proche de la Chine et la première atteinte par les marins de l'Europe (fig. 34; pl. XXXVIII, C). Peu de ports, sur les rives Est de Kiou-siou, Sud de Sikok, ainsi qu'au Sud des chaînes de Kii : tantôt des rebords élevés de terrasses tertiaires ou de plateaux, tantôt des promontoires effilés; aucune ville ne pouvait d'ailleurs s'y développer, car le pays est montagneux et pauvre. De la baie d'Owari à celle de Tokyo, on trouve au contraire d'excellents ancrages et surtout des golfes qui s'avancent dans l'intérieur vers des plaines fertiles. Celle de Tokyo est limitée à l'Est par des dunes, les plus élevées du Japon (50 m.), qui retiennent les eaux dans de vastes lagunes. Puis, c'est une côte basse jusqu'à la baie de Sendaï, au Nord de laquelle les chaînes tombent brusquement sur la mer (pl. XXXIX, B).

En somme, les rivages du Japon vers le Pacifique, comme ceux de la Mer Intérieure, sont beaucoup plus articulés que ceux de l'Ouest, grâce aux effondrements, grâce aussi à la transgression marine qui créa les rias et le commode couloir du Séto-no-outchi. Cependant, même dans ces sections favorisées, la nature n'avait point préparé les amples bassins, facilement reliés à l'intérieur, qu'exige la navigation moderne. Les rivières, obstruées par des rapides dans les montagnes, par leurs alluvions dans les dépressions, terminées par des deltas, sont très peu utilisables par le trafic, et la pénétration économique est étroitement limitée par le relief. Les vastes baies méridionales aboutissent à des rivages sans profondeur, où jadis les navires devaient ancrer au large, exposés sans défense aux vents du Sud et à la forte houle du Pacifique. A Kobé, ils étaient à peu près protégés par des flèches de sable, et ce fut la raison du choix de ce site par les étrangers qui voulaient commercer avec les populeuses cités voisines. Mais cet avantage eût été loin de suffire sans de coûteux travaux de dragages et de jetées. Yokohama a dû aussi approfondir ses bassins à très grands frais. Ainsi les deux premiers ports du Japon se trouvent dans de très médiocres conditions locales. Si le littoral japonais ne se prête qu'en peu de points aux besoins de la navigation moderne, il offre, par contre, à la petite batellerie, du moins au Sud et à l'Est, une multitude de rades excellentes dont tout le défaut est de s'insinuer entre des montagnes sans ressources, d'anfractuosités rocheuses, de plages où l'on tire les jonques sur le sable à l'abri de quelque écueil. Dans le vieux Japon, dont la vie se concentrait autour des échancrures si nombreuses de Shimonoseki à Tokyo, la fine articulation du littoral invitait à l'activité maritime dès les temps les plus anciens. N'y a-t-il pas là une analogie avec la Grèce, dont les ports innombrables, mais en général minuscules et sans hinterland, sont taillés à la mesure, non de nos vapeurs et de notre commerce, mais des barques antiques?

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Comme la Méditerranée, les eaux japonaises contribuent largement à l'ali- i mentation populaire, grâce à l'abondance de leur faune, à son extrême diversité qui correspond à celle des températures marines. Le Kouro-shiwo entraîne le long des côtes méridionales des thons, des bonites, des soles, des dorades. Des | espèces plus septentrionales sont amenées par l'Oya-shiwo :1e hareng, la morue, le maquereau, la sardine; et la Balaena japonica suit fréquemment leurs bancs pressés jusqu'aux environs de Tokyo. Les poissons pullulent vers 38° Nord, à la rencontre des deux courants, — comme à Terre-Neuve, — ainsi que dans les parages de Hokkaido, de Sakhaline, des Kouriles, dans toute la mer d'Okhotsk. Le hareng et la sardine, surtout, se prennent en telles quantités que les pauvres seuls s'en nourrissent et que la majeure partie servait jusqu'ici à fabriquer de l'engrais. Aussi les Japonais font-ils une consommation prodigieuse de poissons, comme aussi de langoustes, de crevettes, de coquillages, de ces multiples « fruits de mer » qui entrent dans la préparation des soupes ou des condiments. Des algues, soumises parfois à une sorte de culture, on tire l'iode ou une fumure très employée. C'est encore la mer, principalement la Mer Intérieure, qui fournit presque tout le sel du Japon. Sans doute ces ressources si variées ne sont pas inépuisables : on a observé récemment que le poisson, très pourchassé, diminuait, que les algues se faisaient çà et là plus rares à cause des apports torrentiels. Mais, jusqu'à présent, cette richesse explique en partie la fertilité des plaines littorales et la concentration de la population sur celles-ci. La pêche et la navigation permettent à des régions rurales, assez accidentées, d'atteindre les densités étonnantes de 266 habitants au kilomètre carré dans la péninsule de Kazousa, voire de 420 au Nord-Est de Sikok. Encore aujourd'hui, un vingtième delà population nipponne vit de la pêche.

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