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L EMPIRE COLONIAL DU JAPON

Aucun plan d'ensemble ne présida à cette colonisation. Les immigrés se bâtirent les mêmes villages malsains que dans leur pays d'origine, des maisons basses, entassées et presque sans ouvertures; ils cultivèrent le riz, le thé et firent le commerce du camphre. Bientôt ce fut le pullulement de tout pays chinois; à la fin du xix^ siècle, Formose comptait déjà plus de 2 millions de Célestes.

En face de tout ce peuple, il n'y avait pour ainsi dire pas de Japonais avant l'annexion (1895). Ils avaient paru à plusieurs reprises sur les côtes comme pirates ou comme négociants, tentés par la prospérité de l'île qui était devenue une sorte de marché franc entre la Chine, le Nippon et l'Insulinde. Mais ils ne réussirent pas à s'y installer, et leurs commerçants durent céder la place aux Chinois. Ce fut seulement en 1896 qu'on les vit réapparaître, d'abord dans les grandes villes, puis dans le plat pays, puis même dans les régions peu sûres. Et ils ne purent lutter contre les premiers occupants que parce que leur gouvernement leur donna tout son appui. Dès l'abord, il entreprit de grands travaux publics pour resserrer les relations entre la métropole et sa nouvelle colonie. Les anciens ports n'étaient que des rades ouvertes, où les navires restaient exposés à la mer très dure sur ce littoral et aux typhons si fréquents dans ces parages; aucun ne pouvait y séjourner sans danger pendant toute la durée de la mousson du Nord-Est. Deux ports sûrs et profonds furent aménagés, l'un au Nord dans la baie de Kiiroun (Keelung), l'autre au Sud dans celle de Ta-kao, et reliés par un chemin de fer qui traverse toute la région fertile; le réseau ferré est devenu très serré dans les régions de plantations. La colonie subventionne des services de navigation qui la relient aux ports de Nagasaki et Kobé. Elle a ainsi créé sur ses propres ressources l'outillage économique qui assure la mainmise du capitalisme nippon sur les richesses de l'île (fig. 27, p. 153).

Comment celles-ci sont-elles exploitées? Le sol de la plaine occidentale est partagé presque également entre le riz et la canne à sucre. Le riz ne vaut pas celui du Japon, et la culture de la canne à sucre est beaucoup plus rémunératrice; c'est sur elle que se concentre l'effort des compagnies japonaises. Elles ont introduit des variétés à grand rendement, originaires des Hawai; elles ont construit cinquante-sept vastes usines, de type tout moderne, à chacune d'elles l'administration concède un district, et, dans ce district, le fermier chinois ne peut vendre sa récolte qu'à elle. Les moulins primitifs disparaissent devant ces grandes installations qui raffinent aussi des sucres de Java. La culture de la canne pourra être considérablement étendue quand on aura achevé le nouveau programme d'irrigation (plus de 2 500 km 2). Mieux arrosées, beaucoup de rizières porteront deux récoltes au lieu d'une, et l'on pourra ainsi, sans diminuer les subsistances, donner plus d'espace à la canne. Le plus grand obstacle au progrès est dans le morcellement foncier et dans l'esprit conservateur du petit propriétaire chinois. Attaché à son champ, il refuse de le vendre aux sociétés nipponnes, qui auraient voulu créer autour de leurs usines de vastes plantations scientifiquement dirigées; il leur livre des produits de qualité variable et à dates irrégulières; le rendement moyen en sucre n'est que les 41 p. 100 de celui de Java. De même, il tarde à abandonner les vieilles méthodes employées au Fou-kien pour soigner les arbustes à thé, qui sont le principal produit du Nord, et pour préparer leurs feuilles. Cependant de grands progrès ont été faits dans la production et dans l'organisation commerciale, grâce à la demande américaine. Les eaux de la côte orientale, baignée par un courant chaud, sont très riches en poissons; la pêche

Géographie universelle. — Asie des Moussons. I. 33

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est pratiquée par six cents barques à moteur, et l'on expédie le poisson en quantité au Japon. Les forêts de l'île représentent pour l'avenir une énorme richesse, en particulier celles de l'Arisan, d'où l'on tire déjà d'excellent bois de construction. En attendant qu'on puisse attaquer celles du pays sauvage, les grandes firmes japonaises exploitent les bambouseraies de la plaine et les futaies des premières pentes. Mais c'est surtout le camphrier qui attire les Japonais. La plupart des fours à camphre sont installés, de façon toute primitive, dans les solitudes des montagnes, sous la protection des stations de police. Les produits doivent être livrés aux agents du fisc qui s'est réservé l'achat et le raffinage. Une stricte réglementation préserve les arbres, et même, dans la crainte de voir la forêt s'épuiser, l'État a déjà commencé à replanter le bas pays. Le camphre forme la principale expoitation de Formose, après le thé, le charbon et le sucre. Le Japon espérait devenir le seul fournisseur de cette matière première, mais on a réussi à la fabriquer par voie synthétique; de plus les plantations nipponnes ont des rivales dans celles de la Chine méridionale et d'autres pays tropicaux.

Le Nord de Formose contient de riches gîtes minéraux, dont l'exploitation se développe rapidement. C'est là que se trouve la mine d'or la plus importante de l'Empire japonais, non loin d'un vaste bassin d'une excellente houille tertiaire, Kiiroun devient un grand port charbonnier, qui pourra concurrencer dans ce rôle Hong-kong et Manille et qui permettra au Japon de continuer à exporter du combustible. En 1925, Formose a produit 242 kilogrammes d'or; — 47 tonnes de cuivre; on a découvert récemment de nouveaux gisements, grâce auxquels la production j aponaise sera triplée ; — 1 704 600 tonnes de houille ; — ■ 37 948 hectolitres de pétrole; ce dernier semble assez abondant (fig. 27).

Quel est le rôle des Japonais dans cette mise en valeur du pays? En 1925, ils n'étaient encore que 183 000 contre plus de 3 millions et demi de Célestes; il ne semble pas qu'ils doivent beaucoup augmenter. Formose n'est pas destinée à devenir pour eux une grande colonie de peuplement. L'avenir dira s'ils pourront s'acclimater dans une région nettement tropicale. Les premiers immigrants furent décimés par la malaria, les épidémies; mais on s'est efforcé d'assainir les villes et de les purger de la saleté chinoise; on bâtit pour les Nippons des maisons surélevées, bien aérées. Mais, surtout, c'est le pullulement de la race chinoise qui s'oppose à une forte immigration. Toute la plaine fertile est déjà occupée; sauf peut-être dans la montagne, où de vastes espaces s'offrent aux plantations de thé, il n'y a plus de place pour le cultivateur nippon. De même, le petit commerce est, et restera sans doute toujours, aux mains des boutiquiers et des colporteurs chinois. Restent les grandes entreprises industrielles et commerciales, les mines, les sucreries, l'exploitation du camphre, l'exportation : tout ceci a été accaparé par les firmes japonaises, mais elles ne salarient qu'un nombre restreint de leurs nationaux, et seulement comme ouvriers qualifiés, employés, courtiers. Le gros travail est fait par la population chinoise, manœuvres ou petits paysans, au profit de quelques grandes entreprises de la nation conquérante. Formose est, dans toute la force du terme, une colonie d'exploitation. Encore peut-on se demander si ces entreprises conserveraient cette prépondérance sans l'appui de l'administration. Celle-ci s'est manifestement proposé de détourner vers elles le courant commercial qui se dirigeait jadis vers la Chine. Si l'on a choisi comme ports Kiiroun et Ta-kao plutôt que les anciennes rades, ce ne fut pas seulement pour leur sécurité, ni parce que le premier est le plus

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proche du Japon et que le second devait devenir le débouché de la riche région sucrière du Sud. Ce fut aussi pour gêner le mouvement d'affaires qui se faisait jadis vers Tam-soui et Ampin (An-ping), au profit des négociants chinois et européens. De même, on n'a pas désigné comme capitale Tainan, parce que cette ville était toute chinoise, et l'on a préféré Taipé, où les conquérants ne sont pas gênés par le passé. Mais les faveurs systématiquement accordées aux nouveaux venus ne risquent-elles pas d'exciter un mécontentement dangereux parmi leurs sujets? Les Chinois du Sud sont une population énergique et turbulente, habituée à boycotter quiconque s'oppose à son gain^. Malgré les sévérités de l'administration nipponne, supporteront-ils toujours de travailler pour quelques milliers d'étrangers?

La Micronésie (Bonin, Marcus, Carolines, Mariannes, Marshall). — ■ La majeure partie de la Micronésie japonaise est d'origine corallienne et recouverte de végétation tropicale. Le principal produit est le coprah, comme l'annonce le rideau de cocotiers qui surmonte tous les rivages; les administrateurs ont donné ordre d'en planter sur toutes les terres désertes; ils ont introduit l'industrie de l'huile et du sucre. Il y a environ 49000 indigènes, 7000 à 7500 Japonais qui ont accaparé tout le commerce de ces parages. La valeur de ces petites îles tient surtout à leur position en bordure de l'Asie, sur la route entre San Francisco et Manille, et aux câbles océaniques qui y touchent. Lors de la conférence de Washington (1922), toute cette partie du Pacifique a été soumise à l'interdiction d'établir de nouvelles fortifications ou des bases navales; les Américains ont reconnu le mandat japonais, sous réserve d'avoir libre accès dans Yap et de pouvoir l'utiliser pour leurs câbles.

y. — CONCLUSION

Dans quelle mesure la colonisation japonaise a-t-elle déjà atteint les divers buts que le gouvernement lui proposait? Quelles sont ses perspectives d'avenir?

Malgré l'importance des travaux publics (réseaux de voies ferrées déjà considérables, aménagement de ports modernes, mesures sanitaires), les possessions du Japon ne grèvent plus guère le budget de la métropole. De plus, elles absorbent une part notable de ses exportations, part qui s'accroîtra avec les progrès du bien-être; elles lui fournissent plusieurs des produits qui lui manquaient; parfois même elles accroissent le chiffre de ses ventes à l'étranger. La Corée deviendra avant tout son grenier à riz; elle lui enverra une partie du riz de qualité inférieure, acheté jusqu'ici en Indochine, au Siam, en Birmanie, pour vendre les sortes supérieures. De plus, la péninsule et la Mantchourie livrent déjà en abondance les haricots soja, les fèves, le bétail, les peaux pour l'industrie de la tannerie qui naît à Osaka. Les plaines du Leao-ho et de Hokkaido sont largement cultivées en blé; le Japon trouvera donc chez lui la farine de froment le jour où la base de l'alimentation populaire ne sera plus uniquement le riz. Ses pêcheries commençaient à s'épuiser; mais celles de la Corée et surtout celles des mers froides ont des réserves qui leur laissent le temps de se rétablir et qui donnent lieu à une industrie des conserves rivale de l'industrie européenne. Avec le poisson,

1. Actuellement les paysans, obligés de céder leur récolte de canne à des prix trop bas, s'entendent pour remettre leurs terics en riz, au grand dommage des usines japonaises.

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la principale richesse des possessions septentrionales est le bois : ressource précieuse, à proximité de la Chine qui en manque totalement, alors que les forêts américaines elles-mêmes doivent être ménagées. La pâte à papier pourra être fabriquée en quantité avec les conifères du Nord et avec les bambous de Formose. Cette île est, dès maintenant, l'un des fournisseurs de riz et la grande usine sucrière de la métropole, qui a pu, grâce à elle, diminuer ses achats de sucre à Java, augmenter sa vente en Chine. Elle détenait jusqu'ici le quasi-monopole du camphre. Le coprah sera bientôt fourni par les plantations qui s'étendent rapidement en Micronésie.

Ainsi, grâce à l'étirement de son empire colonial sur 40 degrés de latitude, le Japon réunit les denrées de la zone tropicale à celles de la zone subarctique. Parmi les produits agricoles, il lui manque le caoutchouc, et surtout le coton. Osaka, le Manchester de l'Extrême-Orient, doit faire venir presque toutes ses matières premières de l'Inde, des États-Unis, de la Chine. De là le soin apporté à étendre cette culture en Corée; les progrès sont assez rapides, mais il est douteux que, de longtemps encore, ils dispensent le Japon de recourir à l'étranger. De même pour le fer, et c'est l'une de ses grandes faiblesses économiques; à moins de découvertes peu probables, les quelques mines de Mantchourie et de Hondo ne sufTiront jamais au développement pris par l'industrie métallurgique. Par contre, le cuivre est déjà activement exploité (Formose), ainsi que l'or (Formose, Corée), et l'on a signalé des poches de pétrole à Formose, à Sakhaline. Surtout les dépendances du Japon recèlent de vastes bassins houillers, évalués par le bureau des Mines, en 1918, à 2 675 millions de tonnes pour Hokkaido, 1 326 millions pour Sakhaline, 385 millions pour Formose, 81 millions pour la Corée; il faut y ajouter le bassin de Moukden, qui approvisionne le chemin de fer mantchourien. L'extraction, qui débute seulement, donne au Japon l'assurance de ne pas manquer de force motrice et de conserver sa prépondérance sur le marché du charbon en Extrême-Orient, où les vaisseaux brûlent de la houille japonaise jusqu'à Singapour. C'est pour la marine et les exportations du Nippon le même gage de prospérité qui a contribué si puissamment à l'essor de l'Angleterre. Le Japon dépendra donc de moins en moins de l'étranger pour les matières premières, sauf le fer et le coton, et les denrées alimentaires; par contre, il trouvera dans son empire une foule de produits à exporter, soit bruts, soit manufacturés.

Essaiera-t-il d'implanter l'industrie dans ses possessions? ou verra-t-il en elles seulement des clients, lui fournissant les matières premières, pour les recevoir ensuite après leur passage à l'usine japonaise? La dernière solution a longtemps paru la plus probable. Toutefois, en dehors même des raffineries et des fabriques de pâte à papier, qui devaient naturellement se fixer près des plantations de Formose et des forêts du Nord, on a vu, dans les dernières années, des usines s'installer en Mantchourie, en Corée, avec des capitaux considérables. On ne peut préjuger de l'avenir de ce mouvement. Peut-être les industriels nippons auront-ils avantage à se rapprocher des consommateurs du continent, à chercher parmi eux une main-d'œuvre abondante et docile. Mais actuellement encore il y a division du travail. C'est le labeur du paysan coréen, mantchou, formosais, qui nourrit le vieux Japon et lui permet de voir sans inquiétude l'exode de ses cultivateurs vers les villes d'usines. Nouvelle ressemblance avec l'Angleterre : il ne produit plus assez d'aliments, et il doit demander le surplus au dehors, à ses colonies en premier lieu. D'où la nécessité d'une flotte puissante.

Mais le parallèle se poursuit-il, et les Japonais iront-ils en assez grand

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nombre dans leurs possessions pour en faire l'analogue des Dominions? Dans celles du Nord, c'est vraisemblable. Il n'est peut-être pas exagéré de prédire à Hokkaido un avenir comparable à celui du Nord-Ouest canadien; il suffît que les immigrants sachent adapter au milieu leur genre de vie; beaucoup y répugnent, mais ceux du Nord de Hondo, qui forment la moitié de ces immigrants, ont prouvé qu'ils en sont capables. Ce qui facilite leur tâche, c'est qu'ils arrivent dans un pays vide, où les misérables Aïnou ne leur disputent point la place.

Il en est autrement dans les autres possessions, occupées depuis longtemps par des populations relativement denses et civilisées. Sans doute, il reste encore bien des terres libres en Corée, et le Coréen, passif, résigné, ne peut être un rival. Dans l'ensemble de la Mantchourie, il y a encore près de 10 millions d'hectares cultivables et non cultivés; à l'allure actuelle du défrichement (300000 à 400000 ha. par an), on peut prévoir que d'ici trente ans l'aire cultivée sera quatre fois supérieure à celle du Japon. Mais le Chinois, solidement implanté en Mantchourie et à Formose, forme une de ces populations rurales indestructibles, qu'on ne peut songer à éliminer; tout au plus peut-on créer dans son voisinage quelques rares colonies agricoles. A côté de lui, le Japonais n'est arrivé jusqu'ici que comme fonctionnaire, négociant (en lui laissant même généralement le petit commerce), directeur ou agent des grandes entreprises. Il est significatif qu'à Formose moins de 2 p. 100 des Nippons soient occupés à la culture, contre 40 p. 100 dans les professions libérales et les emplois du gouvernement. On peut se demander s'il ne viendra pas encore en Mantchourie quelques millions de paysans chinois, contre quelques milliers d'ouvriers et de contremaîtres nippons. Dans ces pays sinisés, les Japonais constituent le personnel dirigeant, tandis que le gros travail est fourni par les coolies. Source de profits, mais aussi de dangers : cette situation sera-t-elle toujours acceptée par les Chinois, qui se croient les égaux des insulaires? Quel péril possible en Mantchourie, si jamais ils s'unijssent à un retour offensif des Slaves! Aussi le gouvernement, s'il paraît avoir renoncé à faire de la Mantchourie et de Formose les colonies de peuplement rêvées jadis, encourage l'immigration de ses nationaux en Corée. Cette péninsule est trop près du Japon et de Pékin pour qu'il ne s'applique point à y assurer sa domination et, dans ce but, à y établir sa race. Ajoutons que, depuis la fermeture de l'Amérique anglosaxonne et de l'Australie à l'immigration jaune, celle des Japonais est obligée de se concentrer dans leurs colonies. Et remarquons combien ils y sont encore peu nombreux : 950 000 en 1925, Hokkaido mis à part.

Colonies de peuplement à Hokkaido et en Corée, colonies d'exploitation à Formose, en Mantchourie, dans les Kouriles et la Micronésie, les dépendances du Japon ont toutes un grand intérêt stratégique. Elles surveillent les routes de navigation dans tout l'Extrême-Orient au Nord de l'équateur; elles fournissent des bases navales dans d'excellentes rades bien pourvues de charbon; elles permettent d'intervenir partout en Asie orientale et constituent les points d'appui de l'impérialisme japonais si ardemment soutenu par le sentiment national. Quelles formes prendra-t-il : annexions, sphères d'influence ou simple expansion économique? On ne peut que marquer des directions possibles. Désormais le Japon ne peut plus convoiter ces rives du Pacifique peuplées par les Anglo- Saxons qui se sont mis en garde. Aucun indice sérieux, jusqu'ici, ne le montre à l'œuvre en Indochine. Par contre, il peut viser les riches colonies hollandaises de l'Insulinde, où il trouverait, à côté d'immenses terres vierges, les produc-

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tions de la zone équatoriale qui lui manquent encore ^ Il essaiera peut-être encore, comme vers 1918, de profiter des troubles de la Russie pour pénétrer dans le continent, beaucoup moins pour y chercher des espaces à peupler qu'en vue d'écarter le péril slave, d'accroître ses réserves minières, de faire de la Sibérie orientale une colonie d'exploitation, une autre Mantchourie : occasion de conflit, il est vrai, avec une Russie régénérée, et aussi avec les États-Unis qui surveillent déjà jalousement ses progrès ici et dans l'Amérique latine.

Une autre question grave sera celle de ses rapports avec la Chine, excellents en 1904 quand le Japon se prétendit le champion de la race jaune, souvent tendus depuis que les Chinois ont éprouvé son arrogance et son ambition. Par la possession de Port-Arthur, même en abandonnant celle de Kiao-tcheou, par ses entreprises en Mantchourie, il porte sa menace jusqu'au voisinage de Pékin. Sa politique semble être d'empêcher l'ancien Empire du Milieu de redevenir un État centralisé, puissant, et, en même temps, d'y arrêter toute ingérence européenne, d'y substituer ses financiers, ses ingénieurs, ses courtiers à ceux des Blancs ^

Les capitaux que le Japon a drainés pendant la guerre, l'essor de sa navigation lui préparent une situation de premier plan dans la vie économique de l'Extrême-Orient et même du Pacifique entier. Mais un réveil de la Chine reste possible. Ce réveil serait dangereux, en raison de l'énorme supériorité de la population et de l'abondance des matières premières qui font toujours défaut à l'Empire du Soleil Levant : le coton et le fer. Et les États-Unis ont trop d'intérêts vitaux dans ces régions pour ne pas s'opposer à toute mainmise exclusive. Ils n'admettraient pas sans une lutte acharnée, où ils seraient aidés par tous les peuples anglo-saxons du Pacifique, la prépondérance d'une nation ambitieuse sur la rive occidentale de cet Océan.

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1. Les compagnies japonaises ont engagé 18 560 000 yen à Sumatra et Bornéo, 51 195 000 en Malaisie anglaise dans les plantations de caoutchouc (26 000 hectares en plein rendement en 1927).

2. On a évalué en 1927 le montant des placements japonais en Chine à 1 900 millions de yen. En dehors de la Mantchourie, les intérêts du Japon sont concentrés dans le bassin du Yang-tseu (vers Changhaï, Han-keou, dans le Kiang-si). Il contrôle 50 p. 100 de l'industrie cotonnière chinoise grâce à ses prêts.

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RENSEIGNEMENTS STATISTIQUES

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