CHAPITRE XU
COTYŒUM — KUTAYAH.
Cotyœum, dont le nom s'est conservé avec très-peu d'altération sous celui de Kutayah, est citée par Straboo parmi les villes de la Phrygie Épictète (1). Le fleuve Thymbrius, Poursak, qui arrose son territoire marque la limite orientale de cette province. La fondation de cette ville remonte à une haute antiquité , si en effet , elle est le lieu de naissance d'Ésope, dans le sixième siècle avant notre ère (2). C'est à peu près tout ce qui nous est révélé de l'ancienne histoire de Cotyœum , il ne reste dans la ville moderne aucun monument antique digne de fixer l'attention; Cotyœum fut cependant classée parmi les villes épis* copales, et si Ton en juge par l'état assez florissant de la ville moderne , elle fut toujours le centre d'un grand commerce et conserva une population con?
sidérable ; c'est toujours dans de semblables conditions que les monuments antiques disparaissent.
En 1390, sous le règne du sultan Bayazid, elle était reconnue comme la métropole de la Phrygie ; mais en 1403, après la bataille d'Ancyre, elle fut prise et saccagée par les troupes de Timour et les habitants emmenés comme es* claves.
Du nom de Kermian, qui est celui de la province de Kutayah, M. de Hammer conclut que cette ville était située dans la célèbre plaine appelée Céramorum Agora, le marché des Céramiens, ou des potiers , et qui fut traversée par l'armée du jeune Cyrus (3).
Rennel accepte cette hypothèse. Nous ne pensons pas, en effet, que cette plaine soit bien éloignée du site de Kutayah, la région nord de la province entre Kutayah et Ouscbak est trop montagneuse
(i) Slrabon, XIT, 5-6.
(a) Suidas, Cotyœum.
(3) Xenopb.» j*nnai.,tt a, xo.
pour offrir une route facile à un mée ; Kutayah est d'ailleurs un { stratégique important. Quoique jeune Cyrus ne fût pas encore guerre déclarée, il devait faire i cher ses troupes dans les meilte conditions de sécurité , et- les. pij montagnes ne sont pas dans ce cas
La ressemblance au nom deCcn rum Agora avec celui de Kermia tout à fait fortuite ; ce nom est < d'une famille d'émirs qui gouren contrée du temps des premiers sri et qui le transmit à son fief.
Sous les empereurs byzantins Kot fut une place forte importante. Uo teau fut construit sur la colline esti de toutes parts qui domine la riH est fortifié par une double enceinfei quée de tours. ■
Ce château occupe sans doute l placement de l'ancienne Cotyœou plupart des villes antiques étaiefl effet assises sur des hauteurs; de j on trouve aux alentours du m plus de vestiges d'antiquité qoe < aucun autre quartier ; nombre di de colonnes, de chapiteau! et d'à traves sont encastrés dans les mai remarque un lion de marbre brie deux et extrêmement mutilé, maisj le mouvement indique une bonne i que. On commence ici à entrer dj région des lions de marbre; ellesj jusqu'au delà de Konieh, et au dm qu'à Ancyre : il est peu de villes m ne rencontre plusieurs figures m animaux.
Au milieu de l'enceinte du eM est une église byzantine ruinéet i pas assez ravagée cependant pour q1 ne distingue plus les peintures q( décoraient. Au-dessous est un cf dans lequel on enterrait les personn de haut rang, un sarcophage d'une^ servation parfaite en avait été réc ment tiré au moment de notre séjo Kutayah. Nous ne pourrions affir qu'on le retrouverait encore en p* car les Turcs ne remuent pas les i
Stt
noKDts par par intérêt historique : il tfprobaole que le tombeau du gouneor byzantin était destiné à faire e belle ange de fontaine.
De sarcophage est de marbre blanc.; s antérieure est divisée en quatre s par des arcs et des pilastres orun treillis réticulé. Les deux arcs ont leur partie centrale ornée croix grecque , entourée d'une reformée par huit cercles qui se cou- Un des arcs du centre présente is-relief d'un travail assez raédiomais dont le sujet se perpétue, ainsi dire , sans lacune depuis les s les plus reculés. Un lion nionsi dévore un daim ou une gazelle.
plus anciennes représentations de [pe, purement asiatique, se renient sur les cylindres babyloniens, les monuments de Persépolis, sur wnbeaux de la Lycie. Plusieurs mo- Knts grecs, phrygiens et romains en offrent la répétition , sans autre ntr que la nature de l'animal dét par le lion , mais qui est toujours urbivore, un taureau, une anti- , un daim, et même un lièvre. Les liens ont adopté ce type, comme le ive ce monument.
est probable que le principe de ^représentation a été d'abord un fow tout astronomique, qui a de signification par la suite des jusqu'à représenter aux yeux peuples la lutte du bon et du mauprincipe.
«t rare de trouver sur les monudes dates aussi précises que celle »n peut lire sur celui-ci. L'orthoflt de l'inscription, horriblement taeuse, est cependant d'accord la prononciation de la langue grec- Wle qu'elle est parlée en Grèce, fais avons publié jadis le dessin de nonuroent dans UHevUe archéolo-
mus nous bornons à reproduire ici ^ction de l'inscription grecque du J«*au d'un protospathaire ; elle est ^euseen ce sens qu'elle prouve qu'en J [1071 les Byzantins étaient tran- ■w possesseurs de Kutayah. Ce pro-
,\l)fovu« archéologique, 1845, tombeaux «"^venigeiKulayab.
totpathaire était sans doute gouverneur de la province :
« S'est endormi le serviteur de Dieu, « Grégoire, protospathaire (impérial) « et général d'Asie, le 3f août de la « dixième indiction. L'an 6679. »
Cette année correspond à l'année commune 1071.
L'aigle sculpté sur l'autre compartiment indique que le défunt occupait une haute charge à la cour des empereurs. En effet, le protospathaire (porteépée) était une des grandes fonctions à la cour de Byzance.
L'aigle des Paléoiogues se retrouve encore sur plusieurs monuments à Constantinople, et notamment sur la porte du bazar appelé le B&zestein.
En montant au château, on voit, encastré s dans les murs, quelques fragments de sculpture antique et une seconde figure de lion en marbre d'un très-mauvais travail. Dans la cour intérieure, inch kalé, nous avons remarqué une pièce d'artillerie qui est une véritable curiosité , elle est composée de bandes de fer juxtaposées et reliées entre elles par des cercles de fer. Cette pièce est sans doute une des premières qu'aient fabriquées les Osmanhs de 1430 a 1450.
Sous les émirs de Kermian, qui étaient de race seldjoukide, la ville de Kutayah réunit une population considérable et s'embellit a'un certain nombre de monuments; elle comptait sept grandes mosquées, autant de bains, parmi lesquels on distinguait Baloukli hammam, le bain aux poissons, parce que dans le centre était un bassin d'eau froide rempli de poissons
Les monuments de Kutayah Quoique bâtis par des artistes seldjoukides sont loin d'égaler comme art et comme goût ceux de la capitale Iconium Konieh ; l'art des faïences émaillées n'y fut jamais pratiqué qu'avec une médiocre intelligence; en un mot Kutayah offre fort peu d'intérêt sous le rapport des monuments.
Les maisons sont bâties partie en bois, partie en briques; elles sont toutes couvertes en toiles. La résidence du pacha est un composé de grands bâtiments qui ne s'élèvent que d*un étage, et qui ne se distinguent que par leur mauvais état d'entretien
L*URIYER&
Aaemi vestige des monuments de l'ancienne Cotyœum ne subsiste plus, les pierres ont été employées pour élever les édifices modernes : cependant, dans les cimetières et les lieux abandonnés, on trouve ça et là quelques pierres tumulaires dont le style se rapproche des monuments d'Aizani.
Au commencement de Tannée 1833, Kutayah , sortant tout à coup de son obscurité séculaire, devint le point de mire de toute la diplomatie euro* péenne , et fit trembler sur son trône le sultan Mamboud. Le fils de Méhémet-Ali, Ibrahim pacha, vainqueur à Konieb des troupes du sultan avait suivi sa marcbe triomphante jusqu'à Kutayah; mais Ibrahim manqua à sa fortune le jour où il fit halte dans cette ville. N fallait qu'il vînt occuper les hauteurs de Broussa, qu'il fortifiât le passage de Ak serai. A cette époque, le secret de sa faiblesse n'était pas encore connu ; la Russie n'eût pas osé l'atta-
Suer. Les flottes réunies de France et 'Angleterre se tenaient prêtes aux Dardanelles, et le premier mouvement des Russes aurait été le signal d'une collision que tout le monde était d'accord pour éviter. Ibrahim faisant halte à Kutayah fut bientôt enlacé dans les filets de la diplomatie, qui elle-même ne savait pas au juste ce qu'il fallait lui demander.
Ibrahim avait établi son camp à deux lieues de la ville , dans le voisinage de sources thermales ; à côté du camp s'était formé le quartier des diplomates, qui venaient aussi prendre des bains. Ibrahim donnait déjà des ordres dans toute l'Asie pour commencer des réformes urgentes-, mais bientôt, obligé de battre en retraite, il se retira avec son armée sur Konieh , et la diplomatie crut avoir triomphé parce qu'elle avait prolongé le chaos dans ce malheureux pays.
La population de Kutayah dépasse
3uinze mille âmes : les deux tiers sont e la religion musulmane, l'autre tiers est composé de chrétiens, arméniens ou grecs.
Les premiers sont en possession de tout le grand commerce; leur vie ressemble en tout point à celle des Turcs ; les seuls ameublements de leurs maisons sa composent de divans et de coussins.
Les femmes ne sortent que voilé elles ne mangent jamais avec lesta mes, et ont leur appartement séparé, elles reçoivent leurs visites. Les £ai les arméniennes catholiques n'ont | un genre de vie différent. (Voy. PI. 4