LES PONTS ET LA VOIE DBS TOM- BEAUX
Tous les monuments importants de la ville d'Aizani sont situés sur la rive gauche du fleuve ; cependant, on trouve des restes assez nombreux pour être convaincu que la cité occupait les deux rives du Rhvndacus ; aussi , pour communiquer d un quartier à l'autre, avaiton construit deux ponts de marbre blanc , qui servent encore à la circulation. Dans l'intérieur de la ville, le fleuve était encaissé entre deux quais de solide maçonnerie, dont les parapets, comme nous l'avons dit, étaient en marbre blanc et sculpté. De l'autre côté de la voie étaient placés des tombeaux dont le caractère est particulier à la Phrygie, qui trouvent leurs analo-
§ues dans les grands monuments taillés ans le roc, et qu'on suppose dater des monarques phrygiens. Les deux ponts sont construits sur le même plan ; ils ont cinq arches de largeur inégale ; celle du milieu a 6m 50, les deux arches de culée S™ 15; mais lés terres de la rive ont presque entièrement comblé ces dernières, qui forment aujourd'hui des espèces de caves ; de plus , les barrages établis sur le Rhyndacus ont exhaussé le cours de l'eau , qui monte jusqu'audessus des impostes , et ne permet que difficilement de prendre ces relèvements. La largeur du pont est de 4m 10, et il reste de chaque c&té 0m 70 pour l'épaisseur des parapets. On voit sur l'extrados des voûtes, qui forme le seul dallage de ce pont , aes traces de roues de chars , qui datent certainement de l'antiquité, caries Aizaniens d'aujourd'hui ne font point usage de voitures.
Les tombeaux aizaniens représentent généralement un eedicule qui a dans le centre une porte à deux vantaux fermée par un cadenas. Il semble que ce soit la porte du séjour des morts qui s'est à tout jamais refermée sur le défunt. La partie supérieure de ces aedicules est ordinairement composée d'une espèce de fronton qui donne à la silhouette du monument une ressemblance frappante avec ces curieuses sculptures de la vallée de Nacoleia. Au
milieu de ces tombeaux sont aussi des autels funèbres décorés de sculptures plus ou moins riches, et qui étaient sans doute destinés à porter des statues.
D'autres inscriptions tumulaircs se trouvent en grand nombre, soit dans le cimetière turc, soit dans les champs qui environnent le fleuve; elles ont toutes été publiées (1).
Le Théatbb. — Il est situé dans la partie méridionale de la ville , en partie ereusé dans une colline et faisant face au sud-sud-ouest ; son grand diamètre est de 56 mètres, et la courbe de la cavea forme plus d'un demi-cercle. Le mur qui contient les gradins est de marbre blanc, et forme avec la face de la scène un angle de six degrés et demi. On sait que les théâtres d'Asie diffèrent, dans leur construction, de ceux d'r> rope , en cela que le mur de la cara est parallèle à la scène dans les théâtres latins. On ne trouve que de»
exemples de cette dernière constractid en Asie : oe sont le théâtre de Nicee et celui d'Aspendus. Les théâtres construits d'après le système grec sont oéifr moins presque tous postérieurs à lac»
quête romaine , et il en est bien pea q» soient antérieurs à l'époque d' Alexandre. La salle ou cavea du théâtre d'Ai/aa est assez bien conservée dans sa paru j inférieure. Il y a seize rangs de gradins, tous de marbre, dans la première prev cinction ; mais tout ce qui appartient! la précinction supérieure est complément détruit.
Les gradins de la précinction supérieure s'avançaient jusqu'au droit « parement des cellules , et le podii»
formait alors une sorte d'architraîe. k rayon de l'orchestre, relevé avec le p!«*
§rand soin, nous a donné une longue* e 20m 480 ; et la largeur totale dti théâtre est de I0301 52. Aux deux extrémités du demi-cercle, il y avait dem Sortes qui conduisaient de plarn-piede»
ehors de l'édifice, et qui correspondaient à un escalier des cvnei, part* ! de gradins comprise entre deux esc»- j liers. Tout ce qui est relatif au jeu <w » scène est assez bien conservé pourex* citer vivement l'attention d'un boffl^
(1) Voyez Desc*. At l'As. #/«., «• *" "'' et siiiv.
qui n'a vu que les théâtres de l'Europe ; on peut excepter celui de Pompéi ; mais la scène, il faut le dire, est bien ruinée, si Ton compare cet édifice aux autres du même genre en Karamanie. La partie de l'édifice consacrée aux jeux a pead'importancc ; elle est complètement détachée du corps du théâtre. Le mur do proscenium est bâti eu grands blocs k pimes calcaires, et il était revêtu de allés de marbre blanc.
La façade intérieure était décorée de lis couples de colounes d'ordre ionique, apportant une frise de la plus grande richesse. 11 n'entrait dans la construction ni ciment, ni crampons de fer; testes les pierres se soutenaient par few propre poids; aussi un léger af- Aisseiiient dans le terrain , occasionné far l'accumulation des eaux dans cet «adroit, a -t-il amené la destruction de torte la façade. Mais rien n'a été emftrté , et l'on trouve dans l'orchestre m monceau de décombres composé de chapiteaux , de fûts de colonnes , d'ar- Aitraves et de piédestaux , accumulés dans un désordre effrayant. Le mur du fnymélé se trouve aujourd'hui enterré Jus les décombres, mais on voit par- ■tement le soubassement qui supportait les colonnes , dont la plupart des «es sont restées en place. Les différâtes salles du proscenium, au nombre «cinq, communiquaient avec la scène pr autant de portes : la porte tragique, ?>i était au centre, la porte comique *? la porte satirique, qui en étaient voi- £°*. et les portes du chœur, qui «aient aux deux extrémités. A côté de «Hles-ci s'en trouvent encore deux auto qui, d'après leur disposition dans Jjfeç&de, paraissent avoir été dissimufe* par quelque boiserie , car elles se trouvent derrière un groupe de colonnes, **llts communiquent chacune avec •eux salles du proscenium. Ces portes JOTaient évidemment pour les jeux de ■ scène, comme des évocations ou des *Ppariuon8. Toute la partie supérieure « proscenium , au-dessus de Tordre "nique, est aussi détruite; mais on toit dans les décombres de nombreux vttàfts du premier étage. On ne sau- [M trop répéter, d'ailleurs, que dans («théâtres antiques les spectateurs ne Puisaient pas du coup d'oeil de la cam-
pagne, comme l'ont souvent dit des voyageurs et des antiquaires. Il semblerait que le théâtre des anciens ne se composât que de sièges pour les spectateurs, devant lesquels les acteurs venaient réciter leurs pièces, tout cela en plein air, avec les distractions du dehors, et exposé aux intempéries des vents et de la pluie. La salle de spectacle , chez les anciens , était au contraire close , et toutes les précautions possibles étaient prises pour que la voix des acteurs ne se perdit pas dans l'espace. Les murs du proscenium s'élevaient à la hauteur de la précinction , et le vélarium couvrait toute la salle ; de sorte que les spectateurs n'étaient pas même distraits par la vue du ciel. Dans les deux salles extrêmes du postscenium, on voit deux cages d'escaliers circulaires qui conduisaient aux étages supérieurs ; la étaient les salles de l'administration , du chorége, et les dépôts des costumes. M. Hamilton, qui a examiné les ruines d'Aizani en 1838, pense que le proscenium est d'une construction postérieure à celle du théâtre. 11 a été trappe de la rudesse des grosses pierres, des libages qui forment les murailles de la scène; mais quand l'édifice était entier, ces libages ne paraissaient point; ils étaient cachés dans l'élégante décoration de marbre qui est accumulée dans l'orchestre. Tout ce théâtre porte le cachet de l'art de transition entre le grec et le romain.