CHAPITRE XXX
OUSCHAK.
AC1IOMA.
La ville d'Ouschak est située au pied d'une colline tournée vers le sud, et commande une grande plaine qui s'étend de l'est à l'ouest ; on y compte quinze cents maisons , sur lesquelles il y a deux cent cinquante maisons grecques ; la ville offre un aspect d'aisance et de propreté dues à l'esprit industrieux de ses habitants. Les maisons sont bâties en briques crues ; cette méthode de construction n'est pas due au manque de pierres, c'est un usage qui date de la plus haute antiquité, et toutes les villes que nous allons rencontrer vers l'est , même jusqu'au fond de la Perse sont construites de la même manière, les édifices publics sont seuls bâtis de pierre et de briques cuites.
Ouschak et Koula et deux autres petites villes des environs ont hérité de cette belle industrie qui fit la célébrité de ia Phrygie : la fabrication des tapis s'est perpétuée dans ces pays depuis les temps les plus reculés, grâce à l'abondance des laiues et des matières tinctoriales.
(i) Voyez la planche 44.
LUN1VERS
La fabrication des tapis est presque exclusivement entre les mains des femmes grecques ; les moyens d'exécution sont extrêmement simples : un grand châssis vertical porte la chaîne, qui est tendue par une traverse de bois ; un cylindre placé dans le bas sert à rouler le tapis a mesure qu'il est exécuté , les femmes sont à genoux devant la trame ; le dessin du tapis se compose d'une quantité de Gis ne laine qui sont noués à la trame par un nœud coulant, la chaioe se passe ensuite à la main, et les (ils sont serrés au moyeu d'un grand peigne de bois, on tond ensuite le tapis avec une paire de ciseaux. On ne saurait se faire une idée de l'agilité avec laquelle les femmes choisissent leurs couleurs et nouent leurs laines ; la manière de travailler est si simple qu'en peu de jours une ouvrière peut être formée ; mais il n'en r st pas ainsi de l'exécution du dessin qui est presque toujours exécuté de mémoire par l'ouvrière, voilà pourquoi les tapis d'orient présentent souvent des incorrections de dessin. Chaque ouvrière n'exécute d'ordinaire qu'un seul dessin , elle sait de mémoire le nombre de ses fils et combien il en faut pour chaque couleur.
Lorsqu'on veut exécuter quelque dessin nouveau ou de commande, on étend derrière le châssis une toile sur laquelle est desshié le modèle : les ouvrières attachent les laines sur chaque couleur correspondante.
Dans cette méthode de fabrication le tapis ne présente sous les pieds que les têtes des laines, la chaîne et la trame sont préservées; on comprend alors que la durée de pareils tapis soit indéfinie.
Les ouvrières ne gagnaient en 1834 que douze francs par mois, six ouvrières travaillant à un tapis de quatre mètres de long font par jour cinq centimètres d'ouvrage.
En 1834 le fabriquant vendait le tapis velouté dix piastres 2 f. 70 c. le pic (0m,63 centi.) carré, ainsi un tapis de 6m,30 sur 6n,30 coûtait mille piastres ou 270 francs. Ces tapis veloutés sont ceux de première qualité; on en fabriquait aussi à points carrés, dans le genre de la tapisserie au canuevas , qui sont vendus par le fabriquant six pias-
tres et demie le pic; ainsi un tapis d? 3 mètres sur lm,65 coûtait 21 francs à Constantinople, et à Smyrnc on les vendait alors quatorze piastres le pie.
En 1837 ils étaient à vingt piastres, et la qualité diminuait; aujourd'hui ils ont presque doublé.
Ou voit que c'est une erreur que de donner à ces produits le nom de tapis de Smyrne : il ne s'en fabrique pas dans coite ville. Il est une autre espèce de tapis appelée dans le pays sédjade, petits tapis de prière qui passent en Europe pour être des tapis de Perse. Ils sont aussi fabriqués en Asie Mineur?, et sont connus dans le pays sous le non de tapis de Gherdess. Nousiçoorouslej détails de leur fabrication ; ils sont remarquables par la On esse dLu tissu et il beauté des couleurs , mais leur prix est
2uatre ou cinq fois plus élevé que eelf es tapis d'Ouschak.
La population représente envim quinze nulle habitants, dont les dem tiers sont de race turque ; les Arménie* n'y comptent que pour deux ou trai cents familles, le reste se compose* familles grecques, presque toutes adot»
nées au commerce et à l'industrie.
Les Turcs sont les propriétaires fi* ciers. i
La forteresse qui domine la ville p* rait tout à fait disposée comme uneaij cienne acropole. Vers la fin du dernier, un déré bey, du nom de Mourad Oglou , tenta de se rendre \\ pendant, et fortifla le château, qu'il *1 approvisionné de vivres et de munitw mais Kara Osman Ogtou d'Atdin l'assiéger, et comme il ne pouvait rendre maître ouvertement , il prarâ des intelligences dans la place, et 1*1 fut livré à Kara Osman, qui envoya tête à Constantinople.
On ne voit dans la ville d*0usd aucun débris de grand monument, oi des fragments d'architecture en mari blanc sont extraits journellement sol, encastrés dans les murs des raaisti ou transportée dans les cimetières.
M. Wagener, professeur de l*unrj site de Gand , a trouvé près d'une II taine un monument intéressant : c!
un bloc de marbre percé de &ri sphériques de différentes dimensions, qui ne paratt être autre chose <juv
étalon de mesures pour les liquides (1). Quelques inscriptions , presque toutes tumulaires ont été copiées par des voyageurs; ces monuments suffisent pour qu'on puisse considérer Ouschak comme occupant remplacement d'une ville antique. M. Letronne l'assimilait à l'ancienne Eucarpia (1); cette ville appartenait à la juridiction de Synnada.