CHAPITRE XXXII
AHAT KEUI, TBAJAN0P0L1S.
La route d'Ouschak à Kara hissar, traverse une riche plaine de trois milles de large, où Ton cultive le pavot à opium; cette route passe un peu au nord de Abat keui. A quatre milles d'Ouschak, on traverse le village ruiné de Iki serai près duquel est un cimetière turc, contenant quelques fragments d'ancienne sculpture; au village de Tchorek keui, à sept milles d'Ouschak, M. Hamilton a trouvé dans le mur de la mosquée deux inscriptions , dont la
Sremière contenait ces mots : La ville es Trajanopolitains (1), ce qui le mit sur les traces de la ville de Trajanopolis, dont le site était inconnu ; cette inscription avait été transportée du village de Ahat keui. A onze milles d'Ouschak la route franchit, sur un lonç pont de bois, la rivière Banas tchal qui prend sa source dans les montagnes au nord de la plaine, et va se jeter dans le Méandre aux environs d'ischekli.
Ahat keui est à dix-sept heures de marche à l'est d'Ouschak ; le village, construit dans une vallée arrosée par un torrent, est dominé par une colline sur laquelle est bâtie l'acropole de Trajanopolis ; le théâtre est établi sur le flanc de la colline. Le mur du proscenium subsiste encore , et tout I édifice est construit en grands blocs de pierre en assises réglées, mais dont les joints sont obli-
aues; c'est le genre de construction pseuisodomon. Les gradins ont été enlevés, il ne reste plus que le creux de la cavéa, rempli par les débris du proscenium et de la scène, dont il reste cependant quelques pans de murailles debout. Une des salles latérales du proscenium est encore conservée, à l'extrémité nord -est ; on y remarque deux portes dont l'une ouvre dans le proscenium , tandis que l'autre conduit dans l'orchestre. La scène, comme cela s'observe dans d'autres théâtres, était séparée de la cavéa ou salle par un espace vide large de six mètres.
On observe parmi les débris, de nombreux fragments de frises d'architraves
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et de corniches, et quelques restes d bas-reliefs.
Le sommet de la colline au-dessi du théâtre est couvert de ruines, ma qui sont, à peu d'exceptions près, dai un état trop avancé de destruction pou qu'on puisse en reconnaître la destio:
tion première. Un autre petit théâti est placé sur le revers de la colline; i ne reste plus que les fondations de I scène et cinq ou six rangs de gradins 4 la cavéa.
Sur le côté sud-ouest de la colline c peut suivre dans un long parcours k anciens murs de la ville, construits!
grands blocs de marbre ; plusieurs \»
ties ont été restaurées par les Byzantin qui ont employé de nombreux frai ments d'arcnitecture , et les sièges i théâtre. D'autres constructions byzai tines, parmi lesquelles on remarque I ruines d'une église, sont éparses àâ l'enceinte de la ville; à deux cents o très environ vers le sud on retroaj les fondations d'un petit temple , d«le plan peut être facilement tracé; il 4 bâti de pierres grossières , et dans I substructionssont deux cellules vodiéj l'une est immédiatement au-dessus i centre de la Cella, et séparée de l'a* caveau par un mur épais de pierres < taille.
Au sud-est de l'acropole s'éleva deux tours demi- circulaires qui appl tenaient au mur de défense ; une roi pavée semble indiquer que l'entrée i cette ville était de ce cô lé. Les tombe* sont creusés dans le rocher, au piedj l'acropole. Ils se composent de celte] avec un sarcophage; quelques-unes cd tiennent de petites niches pour dép4 des urnes.
Les ruines de Ahat keui avaient « ▼ues par M. Rennell, qui, n'ayant p retrouvé le nom de 1 ancienne riw était disposé à les identifier avec A monia. Aujourd'hui le doute n'est p permis, et il faut nécessairement che cher les ruines de cette dernière pli plus à l'ouest; c'est ce qui nous autofj a les mettre dans le voisinage de 11»
kaia si. Peut-être finira-t-on par trou» dans les ruines d'Ouschak quelque»
cription qui lève toute incertitude cet égard.
APBJO0M KAHA HISSAH.
La région méridionale de la Phrygie et le eeotre de la culture du pavot à opium, et la ville principale est désignée par les indigènes sous le nom de iphioura kara hissar, le château noir è l'opium ; elle est située à l'origine ■W grande vallée qui s'étend à l'est fau'à fieleuadoun, et qui déverse set Jw dans le lac de Tchaî gheul , au sud à Beiouadoun , Kara hissar est située p pied d'un baut rocher qui s'élève à Mu de quatre cents mètres au-dessus fc la plaine, et sur lequel est construit château du moyen âge. On y arrive on chemin taillé dans le roc, et it l'accès était jadis défendu par une Boité de tours et de bastions. Au jourbai toutes ces fortifications tombent ruine , et les pierres éboulées dans efaemin rendent cette route presque praticable. La porte du château s'ou- * vis-à-vis d'un énorme rocher qui [te le passage; de sorte qu'il y a à Tfe assez de place pour faire passer cheval ou deux hommes de front, atérieur de la pince n'est plus qu'un «eau de décombres; on n'y trouve an vestige qui prouve que ce châsoit antérieur aux temps byzantins, ois citernes profondes d'environ huit 1res, et larges de cinq mètres, sont usées dans le roc. Dès l'an 1300, les qonkides s'étaient rendus maîtres cette province, à laquelle ils donnent nom de Kermian ;lcchefOthman rçot à titre de fief, dans le partage But le sultan Ala Eddin des provin- 1 nouvellement conquises , et à la ttd'Othman elle devint la possession son fils Orkhan.
A défaut de grands monuments anon rencontre à Kara hissar nombreux vestiges d'antiquités, être assuré qu'elle occupe lem plant d'une ville antique. Si l'on pous'en rapporter à la relation de Paul *» il aurait trouvé à Kara hissar lantité de ruines de temples et de 1* où les colonnes étaient prodis(t).. F
1 «t bien difficile de croire qu'il n'a 5 «é le jouet d'une illusion. Pococke,
qui voyageait peu d'années après Lucas , ne dit pas un mot de ces ruines, dont on ne saurait aujourd'hui discerner le moindre vestige. Le voyageur anglais mentionne une inscription qui porte le nom de Prymnesia (I). Mais on est plus disposé à regarder Kara hissar comme occupant remplacement de Synnada.
Au nombre des antiquités qui existent encore, il faut citer une statue de femme drapée à laquelle manque la tête, et une figure de lion en marbre blanc, ces deux morceaux de sculpture sont sur le chemin du château. Il existe dans différents quartiers de la ville, un certain nombre d'inscriptions presque toutes mutilées , une seule paraît contenir un décret émanant de l'empereur.
M. A . Antonin , les autres inscriptions sont tumulaires. C'est à Kara hissar que nous avons observé pour la première fois des fragments de ce beau marbre blanc, veine de violet connu sous le nom de marbre de Synnada, et dès lors nous eûmes l'espoir de retrouver ces célèbres carrières. Un des blocs de ce marbre sert de seuil à la porte d'un bain. Ces carrières sont distantes de Kara hissar de plus de trente kilomètres.
Les monuments modernes n'offrent aucun intérêt historique ; il ne reste rien du temps des Seldjoukides.
La ville, qui s'étend depuis le pied du rocher jusque dans la plaine, est bâtie en briques crues recouvertes d'argile , et les maisons sont couvertes en terrasses; chaque maison se compose d'une véranda ouverte, derrière laquelle sont situés les appartements. On fabrique dans le pays des feutres imitant ceux de Perse , la laine employée est d'une qualité supérieure; elle se vend toute préparée dix piastres, 2 f. 70 c. Toque; on ne la carde pas, mais on la met en flocons au moyen d'un arc dont la corde passe au milieu de la toison ; on frappe sur la corde dont la vibration frise la laine et la rend légère comme une mousse.
La fabrication des armes est uue autre industrie qui avait jadis une certaine renommée ; mais qui aujourd'hui, est en
)b*u, Forages, t. icr|Ch. 19, p, i43. (1) Pccockc, TraveU, cb. XT, p, 3
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LTOC1TERS.
grande décadence ; elle ne se distingue plus que par l'extrême bon marché de ses produits, fusils et pistolets, qui sont achetés par les nomades; pour vingtcinq francs on peut se procurer on fusil.
La culture de l'opium est la grande occupation des habitants de Kara hissar ; toute la grande plaine qui s'étend en avant de la ville est semée en pavots. Les semailles se font à la Gn de l'hiver, mais on peut faire une récoite d'automne en semant à la fin du printemps.
On cultive généralement le pavot blanc à fleurs simples. Lorsque les fleurs sont tombées, des hommes et des femmes vont dans les champs, et fendent horizontalement la tête du pavot ; il en sort une liqueur blanche qui se fige aussitôt et qui n'est autre chose que l'opium. Le lendemain en va récolter cet opium en grattant la plante avec un cou* teau ; on en fait des boules de la grosseur du poing, et on l'enveloppe dans des feuilles de pavot : c'est en cet état qu'il est livré au commerce.
Depuis 1882 le commerce de cette drogue est un monopole du gouvernement, qui l'achète sur le pied de oin* quante piastres les 250 drachmes. 11 est revendu au commerça sur le pied de cent quatre-vingts à deux cents piastres. Les habitants ne se plaignent pas de ce monopole , parce qu'ils trouvent sans peine un débouché certain.
Le grand cône volcanique qui domine la ville est le résultat d'un soulèvement trachytique très-remarquable, dont les effets se sont étendus à plusieurs kilomètres aux environs. Il forme comme le centre d'un épanchement qui a engendré autour du grand cône une série de monticules de même nature rocheuse, ces montagnes n'atteignent pas la moitié de la nauteur du grand cône; l'examen de la planche représentant le rocher de Kata hissar fera facicilement comprendre la disposition respective de ces éruptions (1).
(x) Yoyes la vue de Kara hissar.PJ. 4j.