CHAPITRE XXXIV
LES CARfilÈEBS DE SYNIf ADA.
La plaine qui communique avec la vallée dans laquelle sont situées les carrières est fermée au nord et au sud par des collines volcaniques, dont la formation est remarquable; elles sont composées de globes spbériques et concentriques qui, par leur rupture et leur décomposition, forment sur le sol des ligues courbes qu'on ne saurait comparer qu'aux ondulations de la moire. Il y a quelques-unes de ces sphères qui atteignent un diamètre de trois a quatre mètres, et sont composées de feuillets d'une épaisseur variable ; dans d'autres endroits elles ne sont pas parfaitement spbériques, mais affectent la figure ovoide ; c'est ce qui donne aux sections sur le sol cette forme ondulée qui est très-remarquable. Après avoir franchi cette éminence, qui appartient à la croupe méridionale de la colline d'Eski karahissar, on arrive dans une plaine arrosée par un ruisseau , et qui n'est autre chose qu'un embranchement de la vallée de Synnada. Les carrières apparaissent sur l'autre flanc de la vallée, et la blancheur du marbre forme un contraste singulier avec les laves noires des environs. Toutes les collines qui précèdent l'entrée des carrières ne sont composées que de recoupes de marbre; cela seul donne une idée de l'immense étendue des exploitations. La plus grande et la plus belle carrière est ouverte au couchant; elle est large d'environ vingt mètres, et pénètre à plusieurs centaines de mètres dans l'intérieur de la monta-
§ue. On n'a aucun indice de la profoneur des travaux qui se sont exécutés en contre-bas du sol, car il est entièrement couvert par des monceaux de recoupes. L'exploitation s'est continuée sous les empereurs byzantins; mais alors l'administration de ces carrières n'étant plus aussi régulière , on a laissé encombrer peu à peu par les débris les voies de commumeatiou.
Il est peu de marbres, chez les anciens, qui aient eu une célébrité égale
à celle du marbre de Synnada, et l'emploi qu'en firent les riches patriciens, dès les premiers temps de sa découverte, fit que les poètes citèrent le mirbre phrygien comme l'emblème du luxe et de la richesse (1).
Cette partie de la Phrygie Salutaire portait anciennement le nom de Mysdonie; aussi le marbre de Synnada estil quelquefois appelé marbre mygdonien. Etienne de Byzance (2) et Strabon (3) disent qu'on lui donnait le nom de Docimia , parce que ce bourg était dans le voisinage des carrières. Qau« dien (4) l'appelle marbre de Synnada.
et Ju vénal (5) marbre phrygien. D'iw très poètes ont à l'envi chanté les beau tés du marbre phrygien. Pour eux id taches de pourpre' dont il est parsara sont les traces du sang d' Atys , àoà Cybèle déplore îe trépas (6).
La description qu'en fait Strabou ta laisse aucun doute sur l'identité des car rières que nous décrivons. £n effet, b variété de la roche fournit indistinct»
ment et en quantité considérable n marbre d'un blanc jaunâtre, d'ungrtf fin et très-cristallisé, qui cependaij n'offre pas de résistance à la taille A qui répond à toutes les qualités quw exige dans le marbre statuaire et dan le marbre de construction. Lasituati<N de la carrière et le gisement de ce cal caire sont très-remarquables; il ** cerné de tous côtés par les laves : cri comme un Ilot de marbre au milieu * volcans. La roche n'est pas stratifié elle est très-compacte, mais travond par de grandes fissures verticales, <W sans doute à l'action du feu, qui* pendant n'a pas altéré la roche. Gé* ralement, c'est la surface de la nx-t*
âui donne le marbre blanc. En entrai!
ans le cœur de la montagne , oa * trouve qui est veiné de bleu , de lih* * de violet foncé. D'autres parties ont w
(i) Hor., lib. Ht, od. a. Ovid.,ep. *v Tibull., eleg. 3, lib. XIII.
!a) Aoxi|iiov.
3) Ubi sttprà.
(4) Lib. II, in /?«/r., V, 171.
(5) Sat.t XIV, 307. , ,
(6) Martial ,1. IX , ep. 76 . ****» ' Sylvar. Carm. 5 , v. 36 liv. II, Car».' v.S7.
spect de brèche bien caractérisé; mais e m sont pas les gisements les plus tendus, bien qu'Us fussent les plus esa«;car c'est cette espèce que Paul foliaire (I) décrit lorsqu'il dit que la ■He générale était d'un blanc lucide m des taches presque circulaires , tnoe couleur rose et violette. Une .si iode quantité de ce marbre a été nsportéeen Europe par les Rqmains fil en reste encore dans les villes d'Ile un grand nombre d'échantillons.
es colonnes de l'intérieur de la basi- |ue de Saint-Paul hors les murs à Me étaient de ce nombre; elles «eut été tirées du tombeau d'Hadrien.
>k probablement ce prince qui donna l'exploitation des carrières de Synnada i «grand développement; car, sous bère, elles étaient à peine entamées, idricn fit aussi construire à Athènes i temple commun à tous les dieux , wrquable par cent vingt colonnes marbre phrygien, et entouré de ffcpies dont les murs étaient de même [tiere; c'étaient probablement des rekments (2). La statuaire employait Ki ce marbre pour les statues pol yftmei, et Pausapias cite également pme des chefs-d'œuvre les statues des Pet soutenant le trépied de bronze , qui étaient eu marbre de Phrvgie.
ttploitation de ce marbre a toujours fcu à ciel ouvert comme dans la •P*rt des carrières anciennes; la we était taillée en banquettes à la tte et au poinçon ; et l'on voit en- Ktor la paroi verticale, des traces '«seau formant des lignes parallèles, tys ou en arêtes de poisson. Lors- «je bloc était détaché , on refendait | Pâques en traçant une rainure et en ■ut de distance en distance des trous J* lesquels on introduisait des coins.
y*te exploitation n'est pas la seule a ait été pratiquée dans ces roches ; toute dans la partie supérieure queltt, excavations qui ont dû fournir •adu marbre. 11 y a encore plusieurs ** morceaux sur place. Les inspec- UJ des carrières faisaient mettriun «nre qui indiquait ou le volume de
10 Description de Sainte-Sophie , ubi su
1 ' fttuanias, Attique, lib. I, c. 1 8. <l(f>îtorumm
** livraison (Asm Mineure.) t. u
la roche ou le prix de revient; car j'ai trouvé dans les ruine* du port d'Ostie des blocs de marbre brut sur lequels étaient inscrits un certain nombre de sesterces.
L'exploitation se faisait par le moyen des esclaves, dont le régime était réglé par une loi (1). Il existe également un éditde Constantin qui, après l'abolition des jeux de l'amphithéâtre , condamne aux carrières les criminels , qui primitivement étaient condamnés aux bêtes.
Le Gode Théodosien contient un passage curieux d'une loi des empereurs Arcadius (2) et Honorius, qui faisait grâce aux débiteurs des provinces d'Orient de tout ce qu'ils devaient en nature , en espèces de cuivre, d'argent et d'or, excepte toutefois les entrepreneurs des carrières de Docimia, de Proconèse et de Troas, auxquels la dette ne fut
Sas remise , sans «foute parce que l'état orissant de ces établissements industriels leur permettait d'acquitter ce qui était dû au fisc.
Toutes les voies antiques étant entièrement détruites en Asie Mineure, il est bien difficile de dire par quel chemin les produits étaient portés a la mer. Il y a environ vingt lieues de ce point jusqu'à la vallée du Méandre, et, pour y arriver, il faut traverser un pays hérissé en tous sens de montagnes plus ou moins rudes. Le Méandre, d'ailleurs, n'est pas navigable, et à peine pourraitil , au moyen d'un barrage , porter des radeaux un peu considérables. Cest un sujet constant d'étonnement pour le voyageur qui parcourt ces contrées de voir dans des bassins entourés de tous côtés par des montagnes , des ruines si étendues avec des monuments de marbre, des blocs d'un poids incalculable, et transportés de régions aujourd'hui tout à fait ignorées. Quant aux alentours , il n'existe plus aucune trace de grande route ni de voie de communication.
La position de ces carrières étant déterminée d'une manière positive, il s'agissait de retrouver le bourg de Docimia.
(i) Cod. Theod., De met allants.
(a) Leg. IX, Cod.Tbeod., De intfutgenria Jtbitoritm.
L'UNIVERS
En se dirigeant fers le sud, la vallée communique avec la grande vallée de Kara hissar, et partout dans les villages on trouve des débris de ce marbre; mais rien ne paraît répondre à la position de Docimia , qui devait être dans le voisinage immédiat des carrières de Synnada. Le village de Séïd el ar, situé à une lieue de là vers le nord, renferme d'assez nombreux débris d'architecture, et les habitants sont presque tous logés dans d'anciennes chambres sépulcrales; les plus grandes servent d'écuries. Il est hors de doute que dans ce lieu il a existé quelque ville ancienne , car tes habitants attestèrent que tous les fragments sculptés que Ton voyait dans le cimetière et dans les maisons étaient extraits du sol même. "Beaucoup de blocs de marbre brut sont épars dans ce lieu. D'après toutes ces considérations, il était naturel de regarder Sétd el ar comme l'ancienne Docimia.
Un grand rocher qui s'élève sur la route est tellement transpercé par des.
cellules sépulcrales que la partie extérieure s'est écroulée , et que chaque année il s'en éboule quelque partie. Les chambres sont sans aucune espèce d'ornement ; elles renferment ordinairement trois cercueils taillés dans la masse même du rocher, et au-dessus est une petite niche, sans doute pour poser une lampe.'
Quoique toutes les parties de l'ouvrage ne contiennent aucune inscription , et que la sculpture soit sans ornement, tout porte a croire, par l'ana:
logie quj existe entre ces monuments et d'autres mieux caractérisés, qu'ils sont fort antérieurs à l'invasion romaine, et peu éloignés de l'époque des rois de Phrygie.
Le sol de la contrée prête merveilleusement à ce genre de travaux ; c est un tuf assez compacte,, n'ayant point de lits , de sorte qu'on peut exécuter dans la masse des ouvrages aussi étendus que l'on veut. Cette formation d'agglomérats volcaniques s'étend indéfiniment à l'est et au nord, jusqu'au village de Seîd el G nazi, ('ancienne Prymnesïa.
L'inscription suivante se voit près d'une fontaine située sur le chemin qui mène du village d'Eski kara hissar aux carrières de marbre. Elle est grossièrement tracée sur une plaque qui sVmblc
avoir été enchâssée dans une irnrçi Il paraît que le rez-de-chaussée * dince avait été bâti primrtivemei que la partie supérieure apaartèi Hésychus , qui avait placé cette in tion pour constater sa propriété :
A partir de la place de cette foteripfei ce qui s'élève en haut, a- été bétijar ■ avenus rainé, arec mes orients, Pisma Epiphanius, de notre propre avoir.