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CHAPITRE L1V

SEVBI HISSAR.

On aperçoit le château de Sevri hissar douze heures avant d'y arriver. Dans toute notre route, nous ne rencontrâmes qu'un seul village appelé Kaîmaze ; nous en passâmes à une lieue. Après neuf heures de marche, nous fîmes naite près de quelques cabanes, dans le hameau de ïchifleler. Quelques familles exploitent une ferme du gouvernement. En sortant de ce village, on traverse un ruisseau qui va se jeter dans la Sakkaria ; un autre cours d'eau du même nom coule du sud au nord ; mais ce n'est pas le Sangarius. Les habitants ont donné le nom de Sakkaria à tous les affluents du fleuve qui arrosent cette plaine.

C'est sans doute la cause de plusieurs erreurs géographiques que l'on remarque sur les cartes.

Sevri hissar commande une vaste plaine , qui s'étend en tous sens à plus de dix-huit milles ; la ville est dominée

Î>ar une montagne, formée par un souèvement de syénite, sur laquelle est bâti un château ; mais on n'y trouve pas les traces d'une grande cite antique. Quelques débris de marbre épars dans les cimetières sont , au dire des habitants , apportés d'un lieu voisin, et je cherchais en vain ces temples et ces portiques de marbre blanc, ouvrages des Attales. Les renseignements qui me furent donnés m'apprirent qu'à vingt-quatre kilomètres au sud il existait des ruines étendues qui, depuis un temps immémorial , fournissaient à la ville du marbre

(i)Strabon,XII, p. 54a.

pour ses bains, ses fontaines et ses ton beaux. Ce lieu n'avait jamais été visité il est seulement mentionné parPockock en ces termes (1) « 11 y avait autrefo dans la plaine de Sevri hissar quantité d villages, et même de villes , dont un pouvait être dans l'endroit appelé Bak azar ou Bala hissar, quatre milles % sud-est où l'on m'a dit qu'il y avait plu sieurs ruines. »

Ce hameau est éloigné de trois lien de la ville ; il est situé sur un terra de craie qui s'étend sous tout le ba sin de la plaine; mais, dans quelqw endroits, ce dépôt crétacé est père

Car des soulèvements des trachytes 'out le pays situé entre Bala he sar et la ville est absolument incoto Le terrain est accidenté et coip

{>ar des torrents qui sont à sec pend» 'été. En arrivant en vue des ruina je fus frappé de l'étendue déterrai qu'elles occupaient et de l'importas!

des édifices dont on voyait çà et la k débris. Je n'eus pas plutôt examiné I disposition des lieux, que je demeon convaincu que j'étais sur l'emplacenw de Pessinunte. Les collines qui s'ata cent dans la plaine sont les contrefort d'une grande montagne calcaire et de

f)Ouillée de verdure, oui représenta e mont Dindymène ; il est difficile 4 se faire une idée de l'aspect aride < désolé que présentent ces ruines. L terre, d'une blancheur éclatante, n flétait les rayons d'un soleil ardent. Troi ou quatre pauvres cabanes, bâties a* des débris de monuments, sont ta seul s Indices qui annoncent la préseifl de l'homme. Les cailloux de craie, pai par les eaux, montrent que dans 11"* la principale vallée est sillonnée parfl torrent rapide qui, à trois milles de k, va se jeter dans le Sangarius.

BALA HISSAB. — PESSINPlfTE

En arrivant du côté de l'ouest, on « trouve de plain-pied avec le sol de I* cropole, dont il reste encore de nombreux vestiges. Cet ensemble d'édifices était complètement bâti en gros qo»tiers de marbre blanc, dont l'appar*'

(i) Voyage, lom. V, p. 176 de U Induction française.

ASIE MINBÛHË.

ippelie tout ce qui s'est fait de plus su en constructions de ce genre. La lopart des pierres n'étaient pas à bosje, comme les Grecs ont l'habitude de foredans les constructions militaires ; ais les mors étaient lisses et polis, et •joints des pierres étaient évides dans le «lieu, pour que l'appareil présentât une os grande régularité. Marheureuseat, le voisinage de Sevri hissar fut»

ds le moyen âge, fatal aux monuents de Pessinunte , et l'acropole qui i présente d'abord offrit la carrière la & facile à exploiter, puisqu'on en tii des blocs équarris et de grand apwil. La solitude et l'abandon de ces su oe me permettaient pas d'espérer f prolonger mon séjour. 11 eût fallu poiser un campement, prendre de inbreox ouvriers, et faire venir de la le toutes les choses nécessaires ; et ) ressources dont je pouvais disposer tient trop limitées pour que je sontsse à une semblable entreprise. Je i obligé de me contenter d'un relève- «général, pour établir une esquisse ^graphique du terrain , car les mast accumulées de décombres qui cou- «eut l'emplacement de chaque édifice empêchaient de faire un travail régur. Ce fut sur le plateau de l'acropole e j'établis rapidement la base de ma angulation. D'après l'inspection des n«, je crus reconnaître que l'acrole était divisée en deux parties, une «inte irrégulière , autour de laquelle naissaient avoir été placés quelques fiées, et une seconde cour rectangu- Mans laquelle je trouvai quelques » de colonnes. Un chemin encore n praticable conduit dans la vallée ; * ce qui m'a donné à penser que les pvlées de la citadelle donnaient ao flans cette première enceinte. L'esse que je présente n'est rien moins une chose positive, c'est une opinion fr sur l'inspection rapide des lieux, colline de 1 acropole s'étend de l'est West; j'avais à ma gauche un cimet ture. dont les nombreux tombeaux ftit presque tous marqués par des ments d'architecture.

ttt TfiMPLE.

En descendant de l'acropole, et se dirigeant un peu vers l'est , on arrive à un vaste ensemble de ruines qui, toutes bouleversées qu'elles sont, ne permet* tent pas de douter qu'on est sur remplacement du célèbre temple de la mère des dieux. Il était du genre qu'on appelle Téménos, c'est-à-dire, renfermé dans une enceinte , et comme il est bâti sur le penchant de la colline appartenant au mont Dindymène , toute fa partie sud est soutenue par un grand soubassement de marbre blanc qui formait une magnifique terrasse. 11 reste encore aujourd'hui en place une portion de ce mur, qui est renforcé d'espace en espace par dtos contre-forts de marbre.

Il est construit en assises réglées, et l'appareil est formé par des blocs posés alternativement de front et en boutisse, {tertre de construction tout à fait helénique. L'intérieur de l'édifice présente une série de fûts de colonnes cannelées et rompues, qui appartenaient sans doute au portique du péribole. Quant au temple, sa place est indiquée par des monceaux de débris et par des excavations multipliées, faites dans le but d'en extraire les derniers vestiges. Je doute que des fouilles exécutées en cet endroit puissent jamais être profitables aux recherches archéologiques. Ce qui reste de ce monument suffit pour montrer que ce ne sont pas les ruines du premier temple des Pessinuntiens, car il porte tous les caractères de l'architecture des Attales, telle qu'on la retrouve à Pergame et dans les autres lieux de leur domination. Parmi les rares débris de chapiteaux qui jonchent le sol, je n'ai rien trouvé qui pût m' indiquer positivement quel était l'ordre de ce temple(l). Les plus grosses colonnes qui se trouvent en place n'ont pas plus de 1 m, 10 de diamètre, et les colonnes que je suppose avoir appartenu au portique ont un diamètre de Om, 932, et un entrecolonnement d'axe en axe de 2m, 562.

Au nord du temple se trouvent encore de nombreuses ruines plus ou moins

(t) Les chapiteaux antiques sont trèsrecherchés par les Turcs pour faire des mortiers à piler le grain.

L'UNIVERS

indéterminées, *t que -j'ai restituées comme ayant appartenu à ces différents temples que las princes asiatique avaient élevés dans Pessinunte.

En s' avançant plus versi'est, on trouve une rangée de colonnes, dont quelquesunes sont enterrées jusqu'à l'astragale.

Elles appartenaient à un portique qui conduit à une masse de ruines dont il est difficile de reconnaître la disposition première. Au-dessous du temple, on remarque un grand mur de marbre qui se rattache à une partie circulaire ornée de pilastres. J'ai pensé que ces débris occupaient la place delà basilique.

Au fond d'une fouille asse* profonde, j'aperçus quelques Turs occupés patiemment à débiter, avec de nMuvais outils, un bloc de marbre çrai cubait environ trois mètres. La destination la plus ordinaire que l'on donne aux beaux échantillons , est de les transformer en pierres tumulaires; les blocs sont refendus dans leur largeur par le moyen de coins ; opération dont les modernes Pessinuntiens s'acquittaient avec beaucoup d'adresse. Les blocs sont ensuite dégrossis sur place, et chargés sur des chameaux, pour être envoyés à Sevri hissar. Voilà l'opération qui depuis, trois siècles s'exécute incessamment dans les ruines de Pessinunte, et, «bose singulière, il n'est jamais venu dans l'idée d'aucun de ces ouvriers, de rechercher la carrière qui servit à la construction de la ville ; cette question leur parut aussi étrange que si le marbre eut dû se trouver naturellement dans ces ruines. Néanmoins , vu la grande quantité de marbre employée dans lesmonumeuts , il n'est pas à présumer que les carrières soient très-éloignées. Ce marbre est d'un beau blanc, mais d'une qualité assez médiocre pour la sculpture, parce qu'il est pailleté, et que sa cassure n'est pas très- homogène. Les affleurement»

de calcaire cristallin que Ton remarque au nord de la montagne de Sevri hissar conduiraient infailliblement à la découverte des carrières tout voyageur qui voudrait consacrer quelques jours à rétude de la géologie de ce district.

Il ne reste aucune trace des murs de la ville; on ne saurait dono en déterminer l'étendue d'une manière tant soit peu probable. Tous leeérftâces publies

se trouvent rassemblés dans la ni centrale, et les versants de toutes] collines, particulièrement de celli dépend du mont Dindymène,8ûi lonnés par des routes en ligne dm aplanies, qui, à mes yeux, ne sont chose que les anciennes rues* ville. Sur le versant occidental de dernière colline se trouve un ti qui est dans le même état de déf tion que les autres menumenti scène est entièrement détruite, il y a encore un grand nombre d dins en place. Devant le théâtn terrain \ aplani dans une largeur, viron deux cents •mètres, indiqua y a eu là un hippodrome dont toi gradins ont. été enlevés. En traH la vallée, on aperçoit presque ta.

du théâtre une assez grande mai blocs de marbre d'une couleur plu sâtre* et qui ne paraissent pas ara remués. Quelques débris d'archi et de colonnes font voir que cet était orné avec assez de soin. Je sur une stèle l'inscription sur ce qui m'autorise à croire qutces ont appartenu à un temple d'Esci

A Escuîape sauveur, remerciaient deSJ gfDantiene. ^

Dans toutes les villes antiques, qi que ruinées qu'elles soient, on voitt jours des traces de monuments chrétà d'églises ou de monastères, qui il quent que la cité n'a pas péri es un I jour, mais s'est détruite peu à peu j la force des choses; mais ici, aprat ruines romaines , on ne voit plus i il semble que la propagation de toi ligion chrétienne ait suffi pour anéa] en très-peu de temps la ville et le fl de la déesse.

Les rares tombeaux qui s'y trot* encore portent les caractères des aul monuments funéraires de la Phflj J'en ai trouvé un assez remarquât* représente deux portes sculptées i leurs panneaux, et à droite et à gai* s'élèvent deux stèles ornées de têtes béliers, auxquelles sont suspendue!

lourdes guirlandes. Tout cela est a très-bon travail, mais d'une épo< évidemment romaine. La forme du sig indique que ce monument est poster* aux Antonins.

fous les autres tombeaux et les Ensilions, se trouvant sur des blocs fai à soulever, ont été transportés à fi hîssar, où l'on en remarque un id nombre dans les cimetières, ainsi des bons de marbre, qui sont trèstipKés en Galatie , et qui avaient doute une destination sépulcrale.

jt la certitude que j'avais d'avoir urert Pessinunte , d'après les courations rapportées ci-dessus , J'étais adant préoccupé de la pensée de kiTer le nom de la ville , qui n'est lit nulle part dans ses ruines ; car \ l'inscription précédente, le nom tesinunte n'est pas complet ; mais i lacune fut comblée l'année sui- ? par M. Hamitton , qui copia à inissarune inscription où sont relie nom et les titres des Pessinun- Tolistoboïens. Ces peuples avaient i, comme les Galates d'Ancyre , le wn de Sébasténi, regardé par tyies auteurs comme ethnique, mais 1 épitbète ne me parait qu une dis- >n honorifique , qu'on pourrait par Augustaux,

tint et le peuple des Tolistoboïens Au- Ji de PeMioante honoreot Théodote, «Théodote (surnommé) le tvran, qol a Je h charge d'Agoranome, celle d'Irénar- ^Mnbleneot, et très-sotmot ceHe d'Às-

ae trouve rien de positif dans ^-ire, sur la décadence et la ruine tajuinte. I! est certain que la pro-

• d'Ancyre absorba peu à peu les » peuples galates, et leurs métro- [■ par conséquent, commencèrent

WÊÊk~\r quand les Romains eurent un pouvoir central à Ancyie.

•Jt de Pessinunte fut le même que de Tavium, qui était également Rt par un grand temple de Jupiter droit d'asile (1). Jusqu'à présent, f a aucun indice certain de la po-

• de Tavium.

\ la nouvelle division des pro- GonsUntin le Grand fit de Pesla métropole de la Galatie Sais). La dernière mention qu'en les historiens anciens se trouve

Ammieo-Atareelliii (8), qui s'ex-

W SJrabon, XII, p. 657 % * °

(')Hiérodès, p. fai. .„ , .

prime en ces termes: « Julien se rendit par Nicée sur les frontières de la Gallo- Grèce; de là, prenant à droite, il fut à Pessinunte pour y voir l'ancien temple de Cybèle, dontScipkra Nasica, conformément aux ordres de la sibylle, transporta le simulacre Rome. » La Bletterie ajoute (1), sans eiter l'auteur dans lequel il prend ce fait , que Julien ftit choqué de l'indifférence des Pessinuntiens pour leur ancienne protectrice, et déchargea sa colère sur deux chrétiens qui avaient abattu l'autel de la déesse. Ce fut à Pessinunte même, et apparemment pour ranimer le zèle du peuple, qu'il composa en l'honneur de la mère des dieux le discours que nous avons encore.

Cest depuis ce temps que la renommée de Pessinunte commence à décroître, et elle suit la destinée de toutes les villes qui ne tenaient leur rang que d'une prospérité factice, due à leur importance religieuse chez les anciens.

Ainsi, Éphèse , Magnésie et Perga, ont eu leurs temples de Diane; les deux Gomana, qui honoraient le dieu Men, et enfin, Tavium, Pessinunte et Aizani, toutes ces villes sont aujourd'hui, désertes ou à peji près ignorées. L'agriculture et le commerce ont pu seuls sauver quelques autres villes , qui ont encore aujourd'hui une sorte de prospérité.

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