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CHAPITRE LUI

PBSSlNtTNTE.

Les trois peuples galates, en s' établissant dans la Phrygie, choisirent la meilleure partie de cette contrée , dont ils formèrent trois districts. Les Trocmiens s'engagèrent plus avant vers l'est, et allèrent s'établir aux environs du fleuve Halys. Tavium fut leur capitale. Les Tectosages occupèrent le territoire d' Ancyre. et les Tolistobolens se fixèrent sur les bords du Sangarius, et choisirent pour métropole Pessinunte , la ville la plus importante et la plus célèbre de la coutree. Il nous reste peu de documents sur les événements qui se passèrent au moment de l'établissement des Gaulois dans ce pays. Ces provinces étaient déjà soumises aux rois de Pergame, et paraissent néanmoins s'être résignées facilement à la domination nouvelle, car les Gaulois, par une politique bien entendue , ne portèrent aucune atteinte aux prérogatives des prêtres et du temple de la mère des dieux, qui jouissait aune célébrité immense dans toute l'étendue du monde ancien. La mythologie, comme 1* histoire, s'accorde pour montrer que le culte de Cybèle est originaire de Phrygie , et qu'il fut transporté sous différents noms chez les divers peuples de l'Europe. Selon la tradition, le culte de Cybèle ne serait pas antérieur à l'arrivée des Phrygiens dans la contrée, car les mythologues placent la fable d'Agdis sous le règne de Midas, qui habitait à Pessinunte (I). Cybèle, dans un accès de jalousie, vint troubler les noces d'Agdis et de la fille de Midas, et força les portes de la ville

Sour arriver dans la salle du festin. C'est epuis ce temps que les Phrygiens la représentaient avec une couronne de tours. Son culte se répandit dans toute la Phrygie, et particulièrement dans les monts Bérécynthe, Dindymène et Ida , qui donnèrent en même temps leurs noms à la déesse. Midas lui bâtit dans Pessinunte un temple magnifique, et institua des sacrifices qu'on offrait annuellement à la mère des dieux (2). Atys,

(r) Arnobe, Advenus rentes, lib. IT.

(a) Diod. Sicul., III,V.

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pleuré par Gybèh, reçut aussi les honneurs divins daus Pessinunte; on lui éleva un temple, et on institua des sacrifices en son honneur. On voit par ces traditions que l'origine de Pessinunte remontait même, selon l'opinion des Grecs et des Phrygiens, à une antiquité très-reculée; mais on ue cite pas le nom de son fondateur, et plusieurs grammairiens font dériver son nom du mot grec qui signifie tomber ( wéaaeiv ). Les uns disent qu'elle fut ainsi nommée à cause de la pierre qui tomba du ciel, et que l'on regarda comme une figure de la mère des dieux; c'est l'opinion d'Hérodien, qui l'exprime en ces termes (1) : « La statue de la déesse vient du ciel si l'on veut s'en rapporter à la tradition. On n'en connaît pas l'ouvrier, et Ton est persuadé qu'aucun homme n'v a mis la main. On raconte qu'elle tomba en Phrygie daus la ville de Pessinunte, qui a tiré son nom de cet événement. » Selon Etienne de Byzance, elle fut ainsi nommée à cause de la chute delà colline où était enterré Marsyas(2). Le même écrivain prétend que cette

Elace s'appelait primitivement Arayza.

Antérieurement à l'invasion des Calâtes, Pessinunte avait suivi le sort de toute la Phrygie, et avait passé successivement sous la domination des Assyriens, des Lydiens et des Perses. Il ne parait pas que cette ville ait joui dans toute cette période d'un pouvoir politique autre que celui qui dépendait du culte de la déesse. La vénération qui s'attachait à la statue mystérieuse tombée du ciel, suffisait pour donner à la ville une existence brillante, à cause des offrandes que les peuples et les rois de l'Asie y apportaient à l'envi ; et les ruines que l'on observe aujourd'hui, sont là pour attester qu'elle n'avait point d'égale pour la magnificence de ses temples et de ses édifices publics

L ancien temple de la mère des dieux fut renouvelé par la munificence des Attales; mais la jalousie de Rome, qui voulait posséder dans son seiu tout ce qui était propre à en imposer aux peuples, soit comme puissance, soit comme

(i)iHérodien, liv. i, ch. a, (a) Yerbo IIe<r0ivo6e.

sainteté, demanda et obtint la staj qui, d'après les livres sibyllins, dei donner au peuple romain un poui formidable»

Hérodien raconte d'une manière < férente de Tite live le prodige qui s! complit au moment de l'arrivée de déesse dans les eaux du Tibre (1) i son récit il n'est pas question de Scçi Nasica.

« Lorsque les Romains eurent j les fondements de cette grandeur Us sont depuis parvenus, ils appris par un oracle que leur empire se a tiendrait et irait toujours en augsl tant s'ils faisaient venir à Rohm déesse de Pessinunte. On députa al vers les Phrygiens , et Ton obtint à peine ce qu'on demandait. On mi déesse sur un vaisseau qui, étant | rivé à l'embouchure du Tibre fut rété soudain par une forée invisihk insurmontable ; tous les efforts quelj put faire furent inutiles, ior&jirt vestale qui était sur le point d'être fl damnée pour avoir violé son vœ»

virginité demanda qu'on s'en rappq au Jugement de la déesse. Ayant atiaj sa ceinture à la proue du navire et J une invocation à la déesse, le nu suivit comme de lui-même au gia étonnement du peuple, qui reconori puissance de cette nouvelle divinité

La fête de Ja Translation fut rea velée annuellement à Rome, et DU d'Halicarnasse rapporte que tous ans, le 6 des calendes d'avril, un boni phrygien et une femme de la uatiflj faisaient l'office des prêtres, et portai la déesse par la ville, en ramassant \ aumônes pour les besoins du temnk des ministres qui le desservaient ffl très-difficile d'éclaircir ce qui est il tif à la tradition touchant cette dit»

phrygienne. Plusieurs peuples de 11 tiquité ont adoré les dieux sous le ; mulacre de pierres plus ou moins' formes. La Vénus des Phéniciens et une pierre conique. Il ne parait pas q la pierre de Pessinunte ait porte moindre trace de travail ; et si nous » croyons Arnobe, témoin oculaire, e était noire, irrégulière, et avait par co séquent tous les caractères d'un aeroi

(i) Hérodien, foc. cit.

îe; ce qui expliquerait le sentiment de rainte et de respect de ces peuples pn* litifs pour un phénomène encore si eu expliqué, et itérait à ce fait son iractère absolument fabuleux.

Voici la description qu'en donné auteur chrétien : « Ce n'est pas autre irose qu'une pierre noire de petite dit tension apportée de Phrygie et qui ne jrtB aucune trace du fer ou du travail e l'homme; elle est d'une couleur fouie et noire, d'une forme inégale avec & angles proéminents, et nous l'avons oenous-méme fixée à la place de la cache de la statue, ce qui nuit à l'exression de la figure ( 1 ). » Cet usage d'entâsser la pierre dans le visage d'Une atue, pour y tenir lieu de bouche, est mSrmé par deux vers de Prudence.

11 Cuit peut-être voir l'image de cette erre mystérieuse dans les bœtyles que s prêtres de Cybèle gardaient sur la ptrine, et dont quelques-uns étaient •avés, et portaient la figure de la liesse, ainsi qu'on le remarque dans \ dessin donné par Montfaucon (2) .

e simulacre, conservé précieusement Rome, fut transporté par l'empereur eiogabale, ainsi que le feu de Vesta le palladium , dans un temple qu'il rait fait élever au dieu dont il portait nom (3).

Quoique Pessinunte eût été très-célère dans l'antiquité par le culte de la mère « dieux , qui attirait des adorateurs » toutes les parties du monde connu, ras la voyons disparaître dans les entiers siècles du christianisme, et tmber dans un oubli si profond, que i oos jours son emplacement même ait inconnu. Les voyageurs qui parurent l'Asie dans les deux siècles derers la cherchent vainement sur les H-ds du Sangarius, sans s'écarter de giques milles du fleuve, pour retrour la route qui joignait Nicée à Amoum , sur laquelle la ville était située, après les tables et les itinéraires. C'est cette persistance à trop s'approcher i fleuve qu'ils durent le peu de succès 1 leurs explorations.

En cherchant les traces de Pessinunte,

( i / Arnobe, loco citato.

U) Moitfeucoo, Dusin d'un archifmlie.

(i) Lampridius. Hisl. Aug»

j'étais moi-même disposé à suivre le grand cours du Sangarius, en négli-

Îjeant les affluents méridionaux , dont es voyageurs n'avaient pas assez tenu compte. Lorsque j'explorai la plaine qui sépare Seid el Gnazide Sevrihissar, je reconnus les ruines * de plusieurs places , dans lesquelles on remarque de nombreux fragments antiques, mais j'avais négligé d'en déterminer le nom, préoccupe que j'étais de la recherche de Pessinunte, dont la topographie est donnée par Strabon, en ces termes :

« Pessinunte est la place de commerce la plus considérable de ce canton ; c'est là où est le temple de la mère des dieux, qu'ils nomment AgdUtis, et pour laquelle ils ont une grande vénération. Les grands prêtres de ce temple étaient anciennement des espèces de souverains, qui jouissaient de revenus considérables attachés à la prêtrise. Aujourd'hui leur autorité est beaucoup diminuée; mais le commerce de Pessinunte subsiste toujours. Le temple et les portiques de marbre blanc, dont la construction est due aux rois de Pergame , ornent le bois sacré d'une manière digne de la sainteté du lieu ; et les Romains en ont augmenté la célébrité en transportant de Pessinunte à Rome, d'après les oracles de la Sibylle, la statue de la déesse , de même qu'ils avaient fait pour l'Kseulape d'Épidaure.

Au-dessus de Pessinunte, s'élève le mont Dfndymuin , ce qui a fait donner à la déesse le surnom de Dindvmène, comme elle a été nommée Cybele des monts Cybèles. Près de la ville coule aussi le fleuve Sangarius, sur lequel on retrouve

savoir celles de Midas, et avant lui de son père Gordius et de quelques autres. Elles n'ont même pas conservé de traces de villes ; ce ne sont plus que des bourgs, un peu plus grands que les autres (1). » Pessinunte n était pas, comme nous le voyons par l'itinéraire d' Antonio , sur le chemin d'Ancyre à Dorylée, d'Eski cbeher à Angora, mais se trouvait à une petite distance de cette route, et à seize milles de Germa. Strabon, en mentionnant le bourg de Sangia, où se trouvait la source du Sangarius, et en évaluant

(i) Strabon, liv. XII, p. 507.

L'UNIVERS

à cent cinquante stades, la distance de ce lieu à Pessinunte , ne dit pas que cette dernière ville fût sur le bord du fleuve (t). 11 fallait donc trouver, pour satisfaire aux données de la question , une ville située au pied d'une montagne, et dans les conditions itinéraires mentionnées ci-dessus. Rien de tout cela ne se rencontrait dans les ruines nombreuses qui couvrent la plaine de Sevri bissar. Je me dirigeai clone vers cette ville pour me rapprocher du bassin du fleuve.

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