CHAPITRE XXXfl
LA XàILÊB DB KETJBÎMÉ.
Chacun des sites que le voyage© rencontre sur la route offrant en soimême un sujet Mûépuis&ble d'osseru.
tioos, j'aurais voulu recueillir tocs ks détails de structure naturelle de chacun des cônes avec tout l'ensemble te monuments qu'ils .renferment; m»
comment songer, dans un tel pays, I un travail semblable, sans avoir me©pédition préparée tout exprès? Jeuùsst ce travail à d'autres, et j ai dû me bor» ner à réunir les sites les plus eorieu, les points de vue les plus inattendus.
La. vallée de Keurémé, par fegrnd nombre d'églises taillées dans le roc, la hauteur et le désordre des cônenp la remplissent, passe aux yeux des habitants pour un des endroits les pta célèbres de ces mille et une éçUxt sur lesquelles roulent la plupart des j* gendes'qui se content sous la tente « nomades ; et vraiment on est ee dm de défendre le voyageur Paul tac* qui, à une époque où la science géologique était si peu avancée, prit eu nombreuses pyramides peur des a* vrages faits de main d'homme, et tes* cette vallée pour remplacement d'an grande ville détruite; tl soupçoow »
pendant, à son second voyage, que* pourrait bien être une nécropole, et £ vient sur ce sujet pour convaincre m incrédules qui avaient accueilli sa F* mière découverte avec toutes les moques de la plus grande défiance, sas* s'inquiéter combien ces doutes étaient injurieux pour le caractère du voyage* Lucas s'exprime en ces termes a s« second voyage :
« le n'ai rien à dire.de mon ww de Konieh à Césarée, ânopqoe i* maisons pyramidales dont j'ai e^JJf
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leurs et dont aucun auteur avant « ni ancien ni moderne, n'a parlé, *■»
( i) Voyez la plaucbe rêpréseot** h *• d'Urgub. (PI. 55.)
oora en bien plus grand nombre que De l'avais dit ; et ron m'assura m£me e, de l'autre cdté d'une montagne e Ton me fit apercevoir, il y en- a voit isdecent mille. Étoit-ce le cimetière la ville de Césarée et de tous les enoas, ou plutôt une ville d'une cons- «tion particulière, et la seule de cette «ce qui soit dans l'univers? Je le wande aux savants. Ce que je sais n, c'est qu'il est difficile de trouver monument plus singulier et plus •onnu à toute l'Europe que celui-là.
* Comme cette découverte parut fort «ordinaire lorsqu'elle fut publiée m mon dernier voyage, la Cour m ordre à M. le comte Desal leurs, basadeur à la Porte, de s'en inforr exactement, et l'on rapporta que chose étoit non -seulement comme je rois dite dans ma relation, mais que nombre de ces maisons pyramidales
* les Turcs appellent des minarets, rce Qu'elles sont faites en pointes nmeles tours des mosquées, étoient ton plus grand nombre que je ne rois cru, et qu'il y en avoit plus de ix cent mille. M. Cherac, consul pour wt'on d'Angleterre, reçut le même JJi et son information a été conforme "le de M. Desalleurs, ce qui rend la «e aussi incontestable qu'elle est nnante. »
"cuit la seconde fois que le voyatr français venait dans ce pays. L'u* e était alorsde considérer comme des wrs tous les paysans que l'on rendit, et leur paisible allure n'était 'yeux des voyageurs prévenus que "gfie manifeste de la terreur ins-
* par la caravane armée jusqu'aux fc ^ Tournefort n'est pas exempt de k faiblesse, mais il est moins matait que notre ami Lucas. Celui-ci, fré sa bravoure, redoute d'appro- £des vallées d'Urgub, afin de con- «w de près cette ville incroyable.
1 coûtes qu'il recueille sont encore indus parmi les paysans de nos ». J'aime mieux remettre sous les 1 du lecteur le récit naïf du voyar« en certifiant qu'il ne diffère de acte vérité que par l'exagération si ["elle et si permise à un homme qui toroait ces contrées qu'à travers le difficultés.
Lucas vient d'Angora; il travers PHalys près du vîMage d'Avaiu-Ss (1)É « Nous partîmes de Madji-llechtasi-ii a onze heures du soir, et cette même nuit nous fûmes attaques trois fois par ih-s voleurs. Au lever du soleil , nous entrâmes dans Âvauess, village sur FErmaq (Kizil Irmak ). Dans tes montagnes auprès de TErmaq, on voit partout quantité de grottes. Nous nous reposâmes là une heure; ensuite nous passâmes la rivière à gué. La beauté de ces grottes m'avoit surpris; mais j'entrai dans un étonnement incroyable a la vue des monuments antiques que j'aperçus... de l'autre côté en sortant de l'eau. Je ne puis même y penser à présent sans en avoir l'esprit frappé. J'avois fait déjà beaucoup de voyages, mais je n'avois jamais vu ni même entendu parler de rien de semblable. Ce sont une quantité prodigieuse de pyramides qui s'élèvent les unes plus, les autres moins, mais toutes faites d'une seule roche et creusées en dedans de manière qu'il y a plusieurs appartements les uns sur les autres, une belle porte pour y entrer, un bel escalier pour y monter, et de grandes fenêtres qui en rendent toutes les chambres très-éclairées. Enfin , je remarquai que la pointe de chaque pyramide étoit terminée par quelque figure.
« Je rêvai longtemps sur la structure et principalement sur l'usage que l'on pou voit avoir fait de tant de pyramides, car il n'y en avoit pas pour deux ou trois cents, mais plus de deux mille de suite à quelque distance les unes des autres. Je crus d'abord que ce pouvoit être la demeure de quelaues anciens ermites , et ce qui m'en aonnoit la pensée , c'est qu'au haut je voïois ou des capuchons, ou des bonnets à la mode des papas grecs, ou même des femmes qui portaient un enfant entre les bras, et que je pris tout d'un coup pour des
images de la Vierge A travers les
murailles, je vis comme des restes d'anciens portraits, de sorte qu'il sembloit qu'il y eût eu des peintures, mais cela étoit trop effacé pour y rien connottre. »
La crainte d'une attaque de la part
(x) Tome I, p. 157, éd. 171a.
L'UNIVERS
des Turcomans empêcha le voyageur d'observer avec soin cesformations qu'il fût parfaitement reconnues comme dues à un phénomène naturel.
L'exagération naturelle à son caractère, et l'amour du merveilleux, qui est un des cachets de son livre, se retfou* vent dans tout le reste de cette description (1). « Cest, dit-il, la chose la plus admirable qu'un mortel puisse voir de ses yeux. » Il porte à vingt mille le nombre de cônes qui se trouvent dans ces vallées. « On en voit à perte de vue, à peu près comme de grandes quilles que Ton aurait arrangées à plaisir. »
Cette expression rend assez bien l'effet que produit la partie de la vallée Keurémé.
Depuis Paul Lucas jusqu'à l'époque de mon voyage, je ne sache pas qu un écrivain européen ait rien publié touchant les cônes d'Urgub; aussi, ce passage du livre de Lucas reste-t-il comme un témoignage des mille fables qu'il a débitées, Tenet que produisit son rapport n'étant pas affaibli après up siècle et demi. La nouvelle de cette découverte rencontra en France beaucoup d'incrédules ; les gens envieux de Lucas avaient saisi cette occasion pour l'attaquer près de M. de Pontchartrain, et demandaient qu'on leur donnât la subvention de Lucas pour aller constater l'authenticité de sa relation. Ils faisaient publier, dans le Mercure du temps, des articles dans lesquels le voyageur était peint comme un inutile touriste, et allaient jusqu'à dire que ses voyages n'étaient que le fruit de son imagination. D'autres voyageurs furent en effet envoyés, mais leur relation ne parut jamais.