CHAPITRE XXXI
LA VILLE D'URGUB.
le plan général des terrains coniques i compose d'une grande vallée principe, qui vient s'amortir à angle droit ntre les collines formant les contre»
Nrts de la plaine, et communiquant ins tout son parcours avec des ansetuosités qui ne sont autre chose que es vallées secondaires, ébauchées par » nature, tendant insensiblement à fccroHre par l'effet de l'érosion des nu. A son extrémité sud-ouest, la rande vallée se bifurque ; elle gagne * largeur, et remonte ensuite sur les lateaux supérieurs.
La ville d'Urgub est située à l'entrée \ la grande vallée du côté de l'est ; le est bâtie sans aucune régularité ; tais dans le centre il y a quelques les alignées et des places spacieuses «oagées à dessein. Elle est dominée
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par une plate-forme élevée sur laquelle est bâtie une petite mosquée avec un minaret.
Les maisons n'ont jamais plus d'un étage au-dessus du rez-de-chaussée; mais H n'est pas d'habitant qui n'ait à sa disposition quelque grotte ancienne pour lui servir de magasin. La chaux étant très-rare dans le pays, les maisons sont bâties en pierre blanche à base de ponce, et cimentée avec de l'argile. C'est aussi l'argile qui forme le sol des terrasses. Or, dans un pays où ' les pluies et la neige tombent pendant plusieurs mois d'hiver, ce système de couverture est extrêmement défectueux; mais le bois de chauffage est tellement rare dans ces régions, qu'il n'existe pour les habitants aucun moyen de fabriquer de la brique et des tuiles. La charpente des maisons est faite delà tige de maigres sapins apportés à grands frais des cantons du sud.
Il faut, pour que les eaux de pluie ne traversent pas le sol artificiel de la couverture, que les propriétaires veillent constamment à 1 entretien de leurs terrasses. Aussi, après chaque ondée, at-on soin de passer sur le toit un rouleau de pierre très-lourd , qui tasse la terre sans secousse. Dans les pays qui renferment quelques débris de monuments, les fûts de colonnes antiques sont généralement employés à cet usage. On ne saurait dire combien de colonnes ont été détruites pour cette destination.
11 semble que toute idée de décoration architecturale soit restée étrangère aux constructeurs de la ville d'Urgub.
On ne trouve en aucun lieu un monument portant la moindre traee de décoration. L'intérieur des maisons est aussi pauvre et aussi dénué d'ornements que l'extérieur ; et au milieu des peu-
filades de la plaine, qui mettent dans eurs vêtements tout le luxe que comporte leur fortune, les habitants d'Urgub ne sentent pas même ce besoin de la toilette qui est si vif chez tous les Asiatiques chrétiens ou musulmans. 11 est évident que l'aspect mélancolique de ces lieux a influé sur le caractère des habitants. On n'y voit point, dans les baiars , ce mouvement incessant qui s'observe dans les villages d'une impor-
SM
wmsms.
tance beaucoup moindre. J'attribue cette monotonie à l'absence presque complète de chevaux dans l'interjette 4* la ville.
Les habitants sont divisés en trois classes comme dans toute la Cappadoce, Les Musulmans sont peu nombreux ai occupent les environs de la place élevée qu'on appelle Katé (le château). Lft forteresse , qui défendait Urgub dans le moyen âge n'est pas cependant en cet endroit; elle occupe la crête d'une éminence du côté du nord. La base de ses murailles parait d'une construction qui n'est pas éloignée de l'époque romaine Les Arméniens habitent le quartier nord de la ville; Us sont plus nombreux que les Turcs et vivent en assea bonne intelligence avec ces derniers.
Leur église a peu d'apparence. Pendant mon passage à Urgub, ils se préparaient à en faire construire une dans fe genre de celle des Grecs. Tous les habitants d'Urgub sont cultivateurs; ils récoltent du blé, des fruits, et cultâ" vent un peu de tabac. Les troupeaux fournissent la laine, qui est travaillée dans le pays même par les femmes. On fait aussi quelques étoffes de coton.
Les Grecs forment la majeure partie de la population. Le caractère de cette race difôre essentiellement des Grées de Smyrne et de la côte occidentale ; il n'y en a pas un qui connaisse la langue grecque, et leurs prêtres même n'en font guère usage que dans la liturgie. Je considère cette population comme très-mélangée avec la race arménienne, ou même comme des Av* méniens d'origine, qui sont restés fidèles à la religion grecque et ne se sont point réunis au schisme d'Butychès. L'église, bâtie par les soins des chrétiens de la communion grecque, a la forme d'un rectangle, entouré d'un portique de colonnes soutenant des arcades. Il est impossible de s'éloigner davantage de toutes les traditions de l'école byzantine; mais dans ces contrées Part de bâtir est tombé, chez les Turcs comme chez les chrétiens, à un degré inouï d'abaissement; il ne reste plus le moindre vestige d'un art national. Les colonnes au portique sont surmontées de chapiteaux qui se rapprochent du dorique de l'époque ro-
mane. Les bases sont très-énaltées et affectent la forme attique, celle qui a le mieux surmonté toutes lesviàssiUite M'ont subies les moulures de toutes ki époques (t).