CHAPITRE XXXVIÎ
PRKFECTDBB DE GABSAORITIS.
SOATRA. — SOANDUS.
L'eau est si rare dans la province , que les habitants n'ont d'autre ressource que des puits d'une profondeur considérable (1). Ce caractère du pays est appliqué spécialement par Strabon à la Lycaonie et à la Garsauritis. On peut donc en inférer que la frontière Occidentale de la préfecture de Cilicie se trouve entre Nemcheher et Méléhubi.
On remarque dans ce dernier village un puits dont la construction remonte certainement à une très-haute antiquité, car il serait au-dessus des forces de cette misérable population d'en creuser un pareil : il est carré, a trois mètres de côté et soixante-six mètres de profondeur ; un système de treuils est installé pour descendre des barils, faits en cuir et en bois. La corde qui s'enroule sur le treuil est en peaux d'animaux. Autour du puits sont placées des auges en pierre volcanique, avec un couvercle également en pierre , qui a un orifice pour les remplir. Chaque famille possède une de ces auges ; les plus pauvres s'approvisionnent a un réservoir commun. Aucune tradition ne put me faire connaître l'origine de ce puits : il n'y a pas d'inscription. Autant qu'on peut voir dans l'intérieur, il est parfaitement construit en pierre de taille. J'en ai obtenu facilement la profondeur en mesurant un des côtés du treuil carré, sur lequel s'enroule la corde.
Il est difficile de rencontrer une analogie plus frappante entre l'état actuel de ce village et la description que nous fait Strabon de la petite ville de Soatra
cOptlv Svvixov, paôuTaxa fpfaxa tôv **vtwv. (Strabon XH, 568.)
LTJNIVERS.
en Garsauritis, où l'eau 'se vendait comme elle se vend à Méléhubi. Ce n'est pas seulement en ce lieu que les puits étaient en usage : on en rencontre dans toute la province , et leur profondeur diminue à mesure qu'on se rapproche du sud. On ne peut rien conclure de ce fait sur la pente générale de la Cappadooe, car il n'est pas démontré que la' nappe d'eau qui passe sous la contrée soit horizontale; mais elle a une étendue considérable. Au moment du tremblement de terre de Césarée, l'effet de ce phénomène s'est fait ressentir dans la plupart des puits de la province; il y en a qui ont été mis à sec , et d'autres au contraire ont vu leurs eaux s'élever au-dessus du niveau habituel. Ces faits m'ont été attestés par divers habitants, et sont, en effet, d'accord avec l'action souterraine des couches terrestres.
Le peu de dureté des roches volcaniques, qui sont presque toutes composées de scories et de cendres agglomérées, permettrait d'opérer à peu de frais des sondages de puits artésiens dans toute l'étendue de la province, et d'augmenter considérablement la richesse du 6ol. Il s'agirait de déterminer la ligne d'absorption des eaux ; il est probable qu'il faut la chercher dans les pentes septentrionales du Taurus, et dans les couches calcaires des collines inférieures , qui plongent sans doute sous les tufs volcaniques de la plaine.
Non loin de Méléhubi est le village turc de Sou ver mess, dont le nom signifie • qui ne donne point d'eau ; »
c'est une allusion de plus à la pénurie d'eau qui se fait sentir dans la contrée; aussi je ne saurais trop recommander aux voyageurs qui visiteront la Cappadoce , de ne pas s'aventurer dans ces steppes inhospitalières , depuis le mois d'août jusqu'au moment ou les pluies de l'équinoxe de septembre ont un peu ravivé les citernes, s'ils ne veulent s'exposer eux et leurs gens aux plus insoutenables privations, qui engendrent des embarras sans fin.
La vallée de Soanli est à douze kilomètres au sud -est de Méléhubi; elle est indiquée sur la carte par ces mots :
EoaXi Bepeaf ônou 1000 'ExxXqafei. Ici le terrain forme uue plaine élevée et pres-
que sans ondulations, qui s'étend »
qu'au pied de l'Argée; mais les vam comme celle d*Urgub, sont en coofj bas de la plaine, et on ne les apere que lorsqu'on arrive dans leur voisin immédiat. J'ai souvent observé ce i ractère topographique dans les pi asiatiques, jamais en Europe.
Lorsque l'automne arrive, les I mades quittent les plaines, où les rf rages sont depuis longtemps brûles, se retirent vers le Taurus; de sortee, pendant le jour la solitude est cfl plète. Le soir, les gardiens des tri peaux de chameaux paraissent à l'ho zon , et de rares caravanes d'Arméù ou de Grecs, se rendant à Césarée à Kara hissar, viennent tant soit f animer le paysage. Les tufs grisai commencent à reparaître, et sont p que tbujours recouverts par des agi mérats de trachytes, de laves de rai et d'obsidienne. Les dépressions terrain servent de lit pendant l'hifj des torrents formés par la fonte ( neiges. Leur cours paraît se dirige l'est, mais ils sont à sec pendant Tel
SOANLI DÉBB. — SOAlfDUS. i
On entre bientôt dans une vallée al aride que celle d'Urgub, et dont lai mation paraît due également à l'adj des eaux ; mais la nature do la roi est plus sablonneuse, et les pitons ( niques ne se présentent que comme!
exception; ils sont infini ment ind réguliers que ceux d'CTrguh; leurs j gles sont saillants, et on reouN iu'il8 sont composés de plusieurs | Je sédiment. La vallée 6'élève de i et d'autre comme une haute murai découpée par des accidents bizarres, chacun des plans est perforé par i multitude de chapelles, de chambres de caveaux qui méritent une étude!
ciale. Mais ceux qui voudront l'eal prendre devront choisir la saison où I nomades sont encore dans leurs of pements d'été.
Deux ans plus tard, M. Hamiltoo sitait en détail cette vallée, etreconoa sait l'emplacement de l'ancienne Soi dus, dont le nom, en effet, n'a si qu'une très-faible altération (1).
(x) Asia J/ôw, tom, II, a*8,
AS1£ MOtEUBC.
: L'ancienne nécropole est située an pot de jonction de deux vallées arrofcs par m petit ruisseau; plusieurs tarasses s'élèvent successivement et lot couvertes de débris de construcfeo en grands blocs de pierre, de Sofia murailles encore en bon état de ftservation; un tombeau assez re-
Puabie, composé d'une chambre un porche couronné d'une voûte aire, a été excavé dans le rof. Laissant ces monuments et se diat vers la branche ouest delà val- M. Hamiitoft arrivée un passage t entre de hauts rochers de tuf voljue, qui conduit à uu piton isolé à ehe de la route, dans lequel mille njxs et grottes ont été .excavées. Ce ' r indique l'entrée de la vallée de
> chaque ôdté de la vallée, les roi sont perforés par une multitude > cellules taillées jusqu'à une hauteur (soixante mètres dans le tuf; mais t grand nombre est inaccessible
r-s avoir franchi un passage praqw tous une arche taillée dans une
pto niasse de rocher, on .entre, dans la ■et des tombeaux, dont l'aspect offre tableau saisissant et imprévu, même «s le grand nombre de monuments [nrêma genre qui, chaque jour, se Jettent aux yeux de l'observateur, feu hauts rochers , à faces verticale sont cribles jusqu'au sommet de Users d'excavations , dont quelques- * tout ornées de façades monumen- ». avec des pilastres, des frontons "Pttt et des portes ornées de chamjwes et de coupoles. Le caractère de g architecture est assez indécis pour ni soit difficile de lui assigner de prime ■w une époque certaine. On peut Je que les générations se sont éver- « pendant des siècles à sculpter cette *re gigantesque, car depuis la cba- De byzantine jusqu'au lit funèbre, «Jequel les Grecs et les Perses fai- ■eat reposer leurs guerriers , tous les ™res de sépulture se trouvent réu- ■• Urtsins tombeaux ont une diqoennu si exiguë, qu'ils n'ont pu ser- !M»aox cendres d'un enfant. Puis iîvî!Dl ies cofowioaria romains, les ««beaux perforés dans la partie supé-
rieure, pour que de pieuses libations puissent arroser les cendres des morts ; des niches isolées pour mettre les urnes ; les sarcophages isolés , accouplés , creusés dans le sol ou exhaussés sur des estrades; des cellules pénétrant horizontalement dans la roche pour y glisser les corps, comme dans les tombeaux des environs de Jérusalem et d'Alexandrie, mais peu ou point d'inscriptions.
Les seuls débris que la roche friable offre aux yeux de l'antiquaire sont des lettres grecques et quelques mots vides de sens.
Ce qui paraît constituer un caractère commun entre tous ces monuments qui couvrent la Cappadoce , c'est de correspondre entre eux par des puits et des conduits intérieurs ; et si la forme sépulcrale et religieuse n'était pas si évidente, je hasarderais la pensée que quelques-unes de ces grottes ont pu servir de magasins ou de silos.
Une nouvelle bifurcation de la vallée forme un autre acrotère de rochers, sur lequel s'élève une église byzantine de très-ancien style ; elle est domiaée par un rocher perforé d'une autre myriade de grottes de toutes formes; quelquesunes conservent des traces de peinture et d'autres débris de décoration intérieure. Il y a en cet endroit des grottes assez spacieuses, communiquant ensemble par des passages étroits , dont quelques-uns paraissent avoir été élargis assez récemment. Cette même disposition oui s'observe près de Césarée et d'Urguh , ces lignes de trous de petite dimension, tantôt carrés, tantôt ayant la forme d'un trapèze, se retrouve aussi dans les grottes de Soanli déré.
La plupart de ces petites excavations sont aujourd'hui habitées par des familles de pigeons sauvages ; mais on ne saurait supposer que telle ait été leur destination dans 1 antiquité. Ces trous sont, placés sur deux ou plusieurs lignes, et creusés tantôt les uns au-dessus des autres, tantôt en échiquier.
Les communications entre les chambres sont établies dans l'intérieur du rocher
rir des conduits creusés parallèlement la face extérieure, de sorte qu'où peut circuler et arriver à une assez grande hauteur, en passant de chambre en chambre; elles sont pour là plupart
L'UNIVERS
éclairées par des fenêtres de dimension moyenne.
Des restes d'aqueducs et les ruines d'une seconde église byzantine, taillée presque entièrement dans le roc, témoignent que cette vallée a nourri une population assez nombreuse. D'après la disposition des lieux , il est facile de se rendre compte de l'extrême difficulté qu'éprouvait une armée d'invasion pour s'emparer d'une place si facile à défendre. Le stratagème dont Antiochus fit usage devenait un des moyens les
S lus assurés de succès (1). On trouve ans les itinéraires deux places du nom de Soandus ou Soanda : l'une sur la route de Tavium à Césarée , dont l'emplacement n'est point connu, et l'autre placée sur la route directe de Laodicée a Césarée (2), position qui correspond parfaitement à celle de Soanli aéré, opinion émise d'abord par M. Hamilton et qui paraît tout à fait conforme à la vérité.