CHAPITRE XXXVIII
BUGHI. — SINGULIER COSTUME DBS FEMMES.
J'arrivai pendant la nuit à In-Eughi, et je campai au milieu 'des meules de blé, car nous étions à l'époque de la moisson. Jusqu'ici je n'avais trouvé chez les habitants de la Cappadoce que peu de variété dans les costumes, quelques détails d'ornements communs aux chrétiens et aux Turcs. Mais quelle fut ma surprise, en m'éveillant à In-Eughi, de voir une troupe d'êtres cornus et armés de fourches, se rendant à l'ouvrage en chantant une hymme sur un ton mélancolique! J'eus peine au premier abord à discerner si j'avais devant les yeux des hommes ou des femmes, si je n'assistais pas à quelque cérémonie particulière d'une peuplade païenne; mais j'appris bientôt du papas, que les habitants d'In-Eughi étaient tous chrétiens et appartenaient à la communion grecque.
Nul ne put me dire l'origine de cette coiffure singulière et de ce costume ex-
(i) Voyet ci -dessus, page 507.
(?) Straboo, XIV, 663.
centrique qui peut lutter avec ce que l'imagination des sauvages de la mer du Sud a inventé de plus braire.
La coiffure des femmes d'In-Eughi consiste en un bonnet en tonne de caserne, armé de deux grandes cornes, formant un croissant complet; ce bonnet est en outre orné d'oripeaux et de verroteries suspeudues aux cornet et autour de la coiffe. Un rabat de soie noire est accroché derrière le bonnet et
Eend jusqu'aux jarrets; il est orné de ordures gauffrees et d'une moltirode de petits émaux , comme les chemises des momies égyptiennes ; un rabat semblable est noué sous le menton, et n passer dans la ceinture, qui est ordinairement composée de deux grosses plaques d'argent ; le tablier est en drap brodé de différentes couleurs; la tonique ou robe de dessus est rouge wt de grands parements en soie bleue;»
charvary pantalon blanc et brodé et des babouches jaunes complètent le t»
tutne (1). Je décris là l'habillement fe femmes aue je voyais travailler m champs , lier les gerbes et les charger sur de lourds chariots traînés par des buffles. Ceux des femmes riche* mit encore plus somptueux, dit-on, etkers cornes sont d'une grandeur démesurée, tandis que celles des pauvres font très- 1 petites et sans verroterie. Les femmes vieilles, qui devraient être plus sensées, s'affublent également de cette eoifiri isiaque. Les jeunes filles portent le ttrban jusqu'à leur mariage, et laisses!
pendre en tresses leurs beaux chef* ornés de pièces de monnaies, et alloat* quelquefois par des ganses de soie, artistement mélangées. Le costume des hommes est semblable à celui de tom les paysans d'Asie et d'une grandes* plicité.
Dans l'état d'ignorance où estptaft le clergé grec de ce village, il est mpossible d'en tirer le moindre édaira*sèment, et je n'obtins du prêtre t* cette réponse banale : Kofoç #df* qui sait? laquelle correspond an M»
biiihr, Dieu sait, des-Turcs.
Les monuments et les traditions masquent complètement pour suivre l'histoire d'un usage qui certainement s'a*
( 1) Voyea la planche, Gostnnesà to-Bm**
pas le résultat d'un caprice de femme, au milieu d'un pays où le dieu Pharnace fut si longtemps adoré (1). Peutêtre, malgré les efforts du christianisme, est-il resté dans le pays quelque rite de cette religion dont nous connaissons si peu les détails, et la figure du dieu s'est-elle perpétuée comme une parure de la tête des femmes, quoique depuis longtemps ses autels soient abattus et
Je regrette que depuis mon passage en ce lieu, en 1834, nul voyageur n'ait Inversé cette peuplade pour en rapporter quelque document qui m'aura peutêtre échappé.
La préfecture de Garsauritis est celle pour laquelle la nature s'est montrée le plus ingrate. Il n'y avait certainement qu'un mépris complet des biens de ce monde qui pouvait y retenir les populations de nouveaux chrétiens qui la couvrirent d'églises. Les anachorètes trouvaient dans les cellules des rochers, des habitations qui les séparaient du reste du genre humain; aujourd'hui, que les mêmes motifs ne peuvent plus prévaloir, la province est presque entiè» renient déserte-