CHAPITRE IV
ANAZARBA.
Le nom de cette ville nous indkj* une origine orientale : les anciens ecn vains ne nous donnent cependant aiw<
renseignement sur la fondation d'Ansnrba, Ptolémée et Pline se contentent de la mentionner, Etienne de Byzance suppose qu'elle prit le nom de la montagne voisine ou celai de son fondateur. Les orientalistes pensent que ce nom est composé de deux mots sémitiques, Aïozarba, la fontaine jaune. Cette ville fat la patrie de Dioecoride et d'Appien, poète grec du second siècle qui composa un poème sur la chasse, l'empereur Caraealla fut si charmé de cet ounage qu'il fit présent à l'auteur d'un éeid'or pour chaque vers.
Anazarba est située au pied d'un grand rocher calcaire, isolé au milieu de la plaine du Pyramus. La situation de cette villo est exactement semblable à celle de Van ; c'est pour nous un indice certain d'une origine commune. Nous retrouvons dans le grand rocher d'Anazarba des ouvrages creusés au ciseau pour assurer les murailles, comme ceux (juenous avons remarqués à Van : l'uneet I antre ville nous paraissent de fondation «mkfme.
Û existe encore dans le pays une tradition qui attribue à Sémiramis la construction de plusieurs châteaux et notamment celui qui porte le nom de Chanihram kalé si, le château de Sémiramis. Satrabon mentionne dans la Catao- &ie(i) plusieurs ouvrages attribués à cette reine, qui fonda la ville de Van. Ceux floi voudront examiner les plans de ces «eux villes, la nature des lieux, la perfection des forteresses et en un mot tout le système de défense, trouveront identité parfaite entre les deux villes, et comprendront qu'ellesdoivent avoir une origine commune.
Les souvenirs de la domination assyrienne se retrouvent dans la province.
Le baron de Moltke a observé au village d'isoglou, sur la rivegauchedel'Euphrate, une inscription cunéiforme de mrante lignes, gravée sur un tableau de deux mètres de hauteur et un mètre de largeur.
Anazarba fut si souvent exposée aux ravages des tremblements déterre qu'on De peut s'étonner de n'y trouver aucun reste des monuments du temps archaïque ; quatre fois la ville fut renversée. La
(OXX&raboo, XII, 537.
dernière catastrophe eut lieu sous le règoc de Justin ; 1 empereur fît de grandes dépenses pour la restaurer, et en sa oualité de nouveau fondateur il lui donna le nom de Justinopolis. L'ancien nom prévalut; il est encore connu des indigènes, qui disent tantôt Aïnvarza, tantôt Anavarza. La table de Peutinger marque Anazarba, à onze milles de Mopsuestia, sur la grande route deCésarée en Syrie passant par Cucusus et Flaviopolis et à dix- huit milles de cette dernière ville, ce qui permet de l'identifier avec la ville moderne de Sis.
Anazarba est aujourd'hui complètement déserte; la ville s'étend dans la plaine au nord du grand rocher ; ses mu rai Iles qui subsistent encore en entier trompent de loin le voyageur, qui croit avoir devant lui une ville populeuse; elles forment une enceinte quadraugulaire défendue par cinquante-six tours carrées, espacées de trente- cinq mètres d'axe en axe, c'est la mesure d'une demiportée de trait ; elles ont dix mètres de côté. En avant des murailles est le fossé; le mur de l'agger est défendu par des tours, mais celles-ci sont presque toutes tombées. Les murailles et les tours sont bâties en grandes pierres de taille, elles sont intactes, mais nous n'y découvrîmes aucune inscription grecque. La porte de l'est, qui se corn* pose d'une arcade fort simple, est aujourd'hui murée, on entre par une poterne qui est attenante.
L'intérieur de la ville n'est plus aujourd'hui qu'un vaste champ couvert de gazon dans lequel on ne voit pas même les éminences formées par des édifices détruits. De loin en loin quelques lignes de colonnes brisées indiquent la trace d'un portique qui formait une large rue ; les colonnes sont en pierre calcaire. Le seul débris d'édifice qui existe dans l'intérieur de la ville, consiste en une église du moyen-âge, dont la construction ne remonte pas au delà du douzième siècle, à cette époque la ville étant entre les mains des princes arméniens.
La ville avait quatre portes , l'une à l'est, deux autres font face au nord-est et au nord-ouest; la quatrième porte, qui fait face à l'ouest, a un caractère monumental : c'est un arc de triomphe
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à trois portes dont* la façade a $V*&4 de large , mais dont l'épaisseur n'est
3ue deôm 58, la grande arcade a 8m 7& e large, les arcades latérales ont 3*50* Une galerie transversale règne dans l'épaisseur de l'édifice , sx largeur est de 2m 10. Les iriassifs entre les portes sont décorés de colonnes accouplées en granit et d'ordre corinthien portées sur un soubassementqui règne tout a»»
tour de l'édifice. La hauteur de Tordra estde6m48. L'entablement est composé d'une frise ornée de rinceaux de feuillage et d'une corniche avec des modillons.
Tout l'entablement' se profile autour du grand arc et forme l'archivolte ; cet exemple est unique dans les monuments antiques. Au-dessus de l'ordre règne un massif de maçonnerie qui composait l'attique, mais dont la décoration a disparu. Le style de cette architecture est du second siècle de notre ère, aucune inscription ne fait connaître le nom du fondateur. Deux murs en retour, ornés de pilastres conrinthiens cannelés, forment devant la porte nn large parvis, qui donnait un caractère grandiose 6 cette entrée monumentale de la ville.
A droite de l'arc de triomphe et adossés à la montagne sont les restes d'un théâtre et d'un stade , ce dernier édifice lonçe une grande muraille de rochers et a une certaine hauteur on voit des trous de scellement qui ont reçu les solives formant la couverture d'un portique.
La partie ceintrée du stade était taillée dans le roc ; la spina est apparente dans toute la longueur de la piste. La nécropole domine le stade et le théâtre ; elle se compose de sarcophages fort simples, dont la plupart sont taillés dans le roc, quelques-uns portent a leur chevet un petit autel circulaire .
A Test de la ville on voit aussi quel-
Sues tombeaux et des bas-reliefs taillés ans le roc. L'un d'eux représente une scène funèbre composée de trois personnages. Une autre représente les trois Parques; l'une tient le fuseau. Ces figures ont un large vêtement flottant, les cheveux en désordre comme des bacchantes.
lie château d'Anazarba couronne le rocher qui défend la ville du côté du sud, il est presque inaccessible par trois
cotés ; il se composé de deuxeeceink dans la première on voit une petite ésl arménienne dont la frise est ornée <nï longue inscription qui fait tout le toi derédifice; les peintures sontenen conservées dans l'intérieur. L'eneett du château est d'une conservation pg faite , on peut parcourir les chemins i ronde , l'intérieur des tours et la plat forme des créneaux. A l'extrémité < de l'enceinte, la montagne esteoipét pic, on ne peut arriver dansk seeosj partie du château qu'au moyen fl pont-levis ; il est donc maccessutle i joùrd'hui. Sur la tour opposée an îm est une longue inscription en lang arménienne dont j'ai copié quelqd lignes. Le patriarche arménien de i m en donna la traduction ; ee ehâtsj fut construit en 1075 par un prince* nom deTheurench ou Thons desca dantdes JPagratides d'Ani. Il est ki marquer que ces édifices se coosU 8aient en même temps que les églisetj méniennes d'Ani (1).
Anazarba était à peu de distance Pyramus, nuas n'était pas pourvue<P*J potables ; les maîtres de la vile y si
giéèrent par la construction de de gnes d'aqueducs dont le premierprt les eaux d'une belle source âtaés milieu de la route de Sis. Le seeo allait chercher sa prise d'eau sari flancs du Taurus à une distance dette kilomètres. Ces deux aqueducs si conservés presque en entier.; d'apièl nature de la. construction , ils sont!
déminent l'ouvrage des Romains, ■ construction est antérieure aa quième siècle; les piles et les sont en pierres de taille bien lées, les remplissages sont en On peut se faire une idée de Pi . grandiose de ces ouvrages, qui travail une plaine unie comme une table <f un désert où pas une maison, par tente ne révèle la présence de T Le château et la ville dV commandaient la plaine du aujourd'hui le fleuve pftoouo,etdéfa datent l'entrée de la Cilicie champêtre! place tomba à la fin du douzième si de entre les mains des Musulmans. I ue paraît pas qu'ils s'y soient éubft
(i) Voy, description de II Perse, t, l
ASIE fttiftEtTRE.
ear, sauf de rares débris, on ne trouve aucun ouvrage arabe , ni mosquée, ni bains, Ips premiers édifices qui indignent une prise de possession ; on ignore à quelle époque la population a abandonné la ville; la rupture de l'aqueduc a suffi pour chasser les habitants , Tinsalubrité du climat a dû être la prin: cipale cause de cette désertion.
SIS. — FLÀVIOPOL1S.
La vOle arménienne de Sis est établie sur la pente nord d'une montagne rocheuse, isolée dans la plaine comme le rocher d'Anazarba ; elle est située a trente-six kilomètres au nord de cette dernière ville,des ruines romaines encore importantes prouvent qu'une ville existait déjà à cette place du temps de l'empire romain, si l'on en juge par les distances données par les itinéraires. Cette mcienne ville devait être Flaviopolis.
On ignore complètement l'origine du 3om de Sis, mais dans le onzième siècle c»i!e était le siège des princes Roupéniens de la race des Pagratides, et avait le titre de capitale de la seconde Armé- Jie.
Le nom de Sis apparaît pour la prenière fois dans l'histoire à la fin du douième siècle, elle tomba entre les mains tes Turcs lorsque cette faible dynastie rménienne des Roupéniens fut anéane; cependant les Arméniens conservèrent toute leur organisation civile et ?ligieuse, et à la place du palais des rinces s'éleva un vaste monastère qui rt à lui seul une petite ville, c'est là ne réside un grand patriarche qui rime celui de Césarée et gui porte le tre de Catholicos. L'intérieur du cou- ;nt renferme des églises , des bibliolèques et des bâtiments d'habitation ms lesquels les étrangers sont reçus rec la plus cordiale hospitalité. Le >uvent, espèce de forteresse, est bâti ir une terrasse entourée de murs et inquée de tours. La façade du monasre se compose d'un grand mur au mira duoiiel s'avance unq tribune : tous s bâtiments sont modernes et datent i siècle dernier.