CHAPITRE IV
TELMISSUS. — MACBI.
. Telmissus est une des plus anciennes
a .vues de la Lycie. Dès la plus haute anijté elle était déjà célèbre par un . ége de devins, qui furent souvent pi* pour arbitres dans les plus solennel- «s occasions. Crésus. au moment de «clarer la guerre à Cyrus envoya en Lycie une députation pour consulter les devins (2) ; les rois de Phrygie eurent aussi recours à leur science occulte, et
(0 Moud», IX, 9)7.
i <*) Hérodote, IW. 1,78.
Alexandre le Grand, arrivant â' Telmissus après le siège d'Halicarnasse, se confiait, pour connaître le secret de son avenir, aux jongleries du devin Aristandre (1). Il ne paraît pas cependant que le culte d'aucune divinité locale ait été pratiqué par les habitants.
C'est à Telmissus qu'on observe les premiers monuments de cette architecture monolithe qui fut pratiquée dans plusieurs villes de la Lycie, on en retrouve des vestiges , à l'est jusqu'au fleuve Arycandus près de Myra, au nord jusqu'au plateau du Milvas. La jnature et la forme des rochers du Taurus composés d'un calcaire compacte et formant des falaises de plusieurs centaines de mètres de hauteur provoquaient le génie des artistes lyciens; fart çrec et l'art indigène étaient pratiqués simultanément ; il n'est pas facile de dire quel est celui qui subsista le dernier ; les tombeaux couverts en nacelle ont été imités par les Romains (2) , mais jamais ils n'ont été transportés en dehors des limites de la Lycie.
L'ancienne Telmissus était bâtie dans la partie la plus reculée du Glaucus Sinus, aujourd'hui golfe de Macri (3),
3ui recevait les eaux d'une petite rivière u même nom le Glaucus amnis (4), elle était resserrée entre la côte et les versants occidentaux de 1' Anti-Cragus,de sorte qu'elle s'étendait toute en longueur ; un mamelon isolé servait d'assiette à l'acropole, qui existe encore, entourée de fortes murailles, mais qui datent des temps modernes ; elles ont été relevées par les chevaliers de Rhodes et par les Génois. On y trouve quelques inscriptions encastrées dans la maçonnerie. Cette acropole devait occuper le centre de la ville ancienne : on observe, sur la côte, les ruines d'un castrum.
Le théâtre est construit au sud-ouest à l'extrémité de la ville, à l'issue d'une vallée étroite ;, l'ensemble du monument présente un imposant aspect, tous les murs de soutènement et les gradins
(1) Arrien, Exp. AL Liv. x, a6.
(a) Voyez planche »6, fig. xi. Tombeau de Ptotémée à Aetiphellus.
(3) Strabon, XIT, 65x.
to Pline. V,*9. izedbyGo
L'UNIVERS
sont construits en pierres de grand appareil et soot entièrement conservés.
La scène seule, qui était construite en murs moins solides est presque détruite, mais les portes avec leurs linteaux monolithes, les piédestaux des colonnes existent encore ; cette partie de l'édifice offre nne particularité qui .ne peut être observée dans d'autres théâtres, c'est la disposition inférieure de la scène, l'hyposcenium , qu'il est rare de retrouver, parce qu'elle est ordinairement enterrée sous les décombres. On voit les traces des corridors souterrains et les amorces des solives de la scène qui montrent clairement que chez les anciens, la scène était en bois et disposée de manière à pouvoir faire jouer les machines.
La cavea ou salle, avait vingt- huit rangs de gradins divisés par le balteus ou précinction ; Jes petits escaliers taillés dans le mur du podium servaient de communication entre les deux préci nctions ; les gradins étaient desservis par neuf escaliers formant huit cunéi ou divisions. Il n'y a pas de vestiges du portique supérieur. Deux vomitoires latéraux communiquaient directement à la première précinction, et le mur de soutènement des gradins était oblique à la scène comme dans tous les théâtres grecs ; on n'a pas encore bien défini l'avantage aue présentait cette disposition, qui n'a jamais été adoptée par les Romains.
La mer vient presque baigner le pied du mur d'avant-scène ; on voit au tond des eaux plusieurs murailles qui appartenaient aux dépendances de cet édifice.
A droite et à gauche les rochers sont coupés verticalement et sont creusés pour former des grottes et des chambres qui selon le Dr Clarke, étaient habitées par la corporation des devins.
Quelques-unes de ces chambres sont en maçonnerie ; elles communiquent entre elles par des portes à chambranles décorés de crossettes ; on voit dans la roche des conduits avec des tuyaux de terre cuite qui permettent de supposer que ces grottes faisaient partie d'un ancien bain.