CHAPITRE XVII
ANTIPHBLLUS.
L'ancienne histoire d'Antiphellus est des plus brèves : Strabon et Pline se contentent de nommer cette ville (1); le dernier nous apprend qu'elle s'appelait d'abord Habessus. Elle se nomma An* tiphellus parce qu'elle est en effet en avant de la vjQe de Phellus, située dans la montagne. Les inscriptions sont nombreuses, mais elles sont toutes se* pulcrales ; on n'a pas trouvé une seule inscription honorifique en mémoire d'un empereur ou de quelque magistrat. Antiphellus paratt avoir été seulement une place de commerce et d'entrepôt, surtout pour les grains. Les habitants suivant l'usage du peuple Lycien, mettaient un grand luxe dans leurs sépultures, on comptait dans la vallée de Vathy plus de cent tombeaux la plupart remarquables.
La ville, dont l'origine remonte à la Lycie indépendante , est bâtie en amphithéâtre sur une longue colline regardant la mer. Les murailles partent du
(i) Strab., XIV, 666; Ptioe, V, 3a.
port, suivent les sinuosités èk rôap, remontent ensuite vers le point culminant où est située l'acropole du côté du nord-ouest , et reviennent vers l'est rejoindre le rivage. La ville forme ainsi un triangle très-allongé dont là pointe est à l'est.
Les murailles sont fondées sur le ne; elles sont bâties en assises réglées formées de blocs de grande dimension; du côté de la mer elles ont six à aept mètres de hauteur. Toutes les porto sont détruites ; la pente du terrain, dam l'intérieur de la ville, est rachetée par la construction de plusieurs tenais sur lesquelles s'élevaient les prineipaax édifices, qui, vus de la mer, devaieat produire un effet grandiose avec te sommets sourcilleux du Taurus dsnsk fond du tableau.
L'acropole est presque entièresMot détruite ; on voit encore dans l'enceinte une grande salle qui était taillée eau II roc. La montagne descend à pic dw les eaux du port Vathy.
Le théâtre est assis sur la pente fe l'acropole faisant face à la mer; il* de petite dimension et tout le pros* nium , qui était peut-être béti en bob, n'a laissé aucune trace. La cavéa a* entièrement conservée, il y a vingt^n rangs de gradins, en une seule préce*tion. Les murailles de soutènement sont lisses et d'un beau travail, la partie circulaire de l'édifice est à bossageitr* saillants.
L'agora s'étend sur une terras» a pied de la colline de l'acropole; te murs d'enceinte sont en appareil a* lygonal ; les colonnes des portiques»* ça et là couchées par terre. An cent»
s'élève un piédestal rectangulaire «p»1 porté sur trois marches en pu"** taille, la face supérieure est percée * quatre trous qui retenaient une à* tue de bronze. On observe an nori* l'agora plusieurs salles taillées 4* le roc , gui dépendaient des magag souterrains ; en avant de ces <*•■■• sont six silos creusés dans le as!,»
sont des greniers de forme eveifc,* sept mètres de haut sur cinq de aM£ c'est une preuve que cette ville mam un grand commerce de grains.
Sur la terrasse inférieure on mit»
grand édifice circulaire dont le ■*
MS
«teneur ait soutenu par des contre- Ibrti. Ce monument rappelle l'église de Siint-Étienne4e-Rond a Rome; il avait fans rintérieur un rang de colonnes.
Nous le regardons comme une de ces anciennes églises circulaires qui furent Httstruites sous le règne de Constantin, et dont Eusèbe a laissé la description; «plus beau modèle de ce genre existe score à TbessaJonique.
Enfin, en revenant près du port, on Krire à un édifice dont la destination fct pas très-précise; il est bâti tout en prbre blanc ; il forme une vaste salle iwjue carrée de dix mètres sur onze; Muraille extérieure est en assises réto, qui ont 0,60e de hauteur et dans intérieur de l'édifice cette même mu- »Ilc est en appareil polygonal. Le rem- Ésage entre les deux faces est un béton k sable et de cailloux.
k La grande salle est sans fenêtres ; elle tt précédée d'un vestibule qui n'a pas k porte centrale, mais deux petites pies latérales. La façade se compote de deux an tes et de deux colonnes poêlées. On voit que ce plan ne se Morte nullement à celui d'un temple :
w pouvait être la salle d'assemblée des Hrcbaods ou des magistrats.
hk NSCBOPOLB.
i Lestombeaux d'Ànuphellus sont sans «ledit les monuments qui méritent I plus sérieuse attention, car ils soulètatiui problème qui n'est pas encore W«,sur l'époque où la langue ly* N fat en usage , et sur celle où on taNé de la parler. Ces tombeaux se imposent de deux classes : les sar- Jpwges et les monuments taillés dans [y «Les uns et les autres imitent des ••tractions de bois ; où donc les Ly- *u ont-ils imaginé ce genre d'ornetoat pour l'appliquer à quoiP à des •diers. Il est probable qu'ils voulaient •prier le souvenir de leurs demeures en*tres : on voit encore dans les vil- ^modernes des maisons bâties en uu non équarris qui ressemblent à ces M^beaux (t). Un de ces monuments, si-
.(ij^Bffs planche 10, maisons de la vallée ■Uses;FbaeÉe ri, tonneaux ïfëm »«« dans ie roc.
tué près du port Vathy , porte une inscription en langue grecque et en lycien ; mais Jusqu'ici cette circonstance a été d'un faille secours pour interpréter cette dernière langue. J'avais, des 1836, levé par empreinte cette inscription qui était trèsbien conservée; je l'avais, de plus, collationnée sur place, elle a été envoyée à plusieurs savants qui s'occupent de ces recherches, mais cette langue lycienne est restée impénétrable (l). tin autre tombeau d'un style un peu différent est sculpté dans la partie nord de la ville ; l'entrée de la chambre sépulcrale représente une décoration en bois avec M8 poteaux, ses solives et la pièce horizontale nommée sablière par les charpentiers. Ce soubassement est surmonté d'une décoration en ogive dans rintérieur de laquelle sont simulés des panneaux (2). La plate-bande supérieure porte une inscription de cinq lignes en caractères lyciens, et sur le filet au-dessous (3), l'inscription latine : « Claudia Regelia Herennia à sa sœur aînée, monument de piété et de souvenir. » Les caractères sont de la fin de la république, c'est-à-dire du temps que Cicéron était
Souverneur de Cilicie. Un grand nombre e familles romaines étaient déjà installées dans le pays, et en même temps les lois qui protégeaient les sépultures étaient exécutées dans toute leur étendue. Peut-on imaginer que cette dame romaine se fût emparée d'un ancien monument? ce n'était pas un acte d'une si haute piété que de déposer le corps de sa sœur dans un tombeau usurpé, dans un tombeau d'oceasion. D'après ce simple énoncé, il n'est pas possible de décider que les deux inscriptions lycienne et latine sont contemporaines, mais c'est une question qui mérite examen (4).
Au-dessus de la maison de. Pagba d'Antiphilo, on voit s'élever un sarcophage colossal avec un couvercle ogival
(i) Spratt. and Fortes, Trtneb m Ljrcia, t. II, a3a, a35.
(a)Voy. Planche aô, Tombeau de Claudia Regelia.
(3) Claudia Regelia Herennia sorori sue prinugenita pietatis et memoria* causa.
(4) Voy. Duc. de tAsU Mineure, in -fol., t. III, où ces inscriptions sont publiées,
L'UJMIVERS.
décoré de chaque côté de deux avantcorps de lions. Le soubassement est surmonté d'une corniche ornée d'oves ; il porte une très-longue inscription en caractères lyciens, que j'ai aussi relevée par empreinte, il n'y manque que quelques lettres (1).
La vallée du port Vathy contient des centaines de sarcophages du même style, qui ont été imités par les Romains; nous donnons pour exemple le tombeau de Ptolémée (2), monument de marbre blanc, qui ne serait pas déplacé dans un musée. Enûn nous devons aussi signaler un tombeau de style grec formé d'un seul bloc de rocher équarri et séparé du reste de la colline par une petite aréa. Ce monument plus remarquable à lui seul que tous les monuments royaux d'Amasie, est du plus pur dorique; la frise est ornée de triglyphes, la porte à crossettes est entourée d'un chambranle architrave, la chambre sépulcrale contient trois banquettes sculptées en lits funèbres, et à la hauteur du plafond est une frise composée de danseuses qui se donnent la main : tel est l'ensemble des ruines de l'obscure cité d'Antiphellus ; nous passons encore sous silence bien des monuments qui mériteraient d'être décrits.