CHAPITRE XVIII
PHELLUS.
Dans la partie la plus reculée du port Sévédo, et sur la côte nord, on aperçoit au milieu des buissons plusieurs pans de murailles en appareil pélasgique, qui paraissent avoir appartenu à un fort , ou à un arsenal. On peut suivre pendant deux ou trois cents mètres la ligne des murailles, qui va rejoindre dans la partie haute un réduit fortifié; quelques sarcophages dans le style lycien se trouvent aux alentours, les uns encore en place, les autres brisés. Cette place, qui n'est pas à plus de quatre kilomètres d'Antiphellus, doit avoir appartenu à la ville. A défaut d'un emplacement plus satisfaisant sur la côte, onestdis-
( i ) Asie Mineure, I. c (») H. a6, fig. a.
posé à y reconnaître le site d'Acrotérium, marqué sur le stadiasmos à cinquante stades d'Antiphellus. Noos avons reconnu, après avoir effectué note ascension à Phellus, en marchant droit as nord par des chemins irapratiquabks,
3ue la route ancienne qui reliait les etix villes venait aboutir en ce lieu, qui ne serait alors qu'un entrepôt maritime dépendant de la ville de PheHos.
Nous n'y avons observé aucun vtstige de l'époque romaine.
Les premières questions que nots adressâmes aux indigènes sur la situation des ruines de Phellus reçamt immédiatement une réponse satisfaisante : plusieurs d'entre eux connaissaient ces ruines sous le nom de Philo., et nous proposèrent de nous y conduire;)!
pense que les voyageurs qui ont visité ces parages depuis 1836 n'ont pas i éprouver plus de difficulté que noo.
ce qui ne les a pas empêchés de« donner l'innocent plaisir « d'une découverte » (1).
Le 26 avril 1836, l'agha cTAnu^* nous fit préparer des chevaux et w»
donna des guides pour pénétrer <b* l'intérieur du pays, où jusqu'alors aeens européen ne s'était aventuré. L'accu^ que nous avions reçu sur tontes te parties de la côte ou nous avions & barque, la compagnie des gens de l'acte, et la teneur de nosFermans, toutw* promettait une excursion sansdiffaifc et en effet, nous trouvâmes partout s* réception amicale. Le mutzellia ** Cassaba, sachant que nous avions i bord un docteur, envoya plusieurs fe gens de sa maison pour le prier deto taire une visite; il s établit, en-un.»* entre les habitants et Féquipagi * brick, des relations tout amicales. L«b vendait au commis aux vivres psari som me de vingt à trente francs les tas* dont il avait besoin pour l'équissç mais il fallait aller les tuer dasV* montagne, où ces bestiaux rssjp presque à l'état sauvage. Il s'ofp
(i) Et in recessu Phellus, ne veut jt»** « et dans un golfe Phellus; mais: en *"** d'Antiphellus (dans la montagne) «* & lus, ce contre-sens du traducteur à* &*** mis en défaut plus d'tm exptoftw (* Pline, Kv. V, eh. al. Ed. Pmckaocke).
oit alors une chasse qui n'était pas nos danger. Un seul incident se maafesta : tes matelots avaient tué un forme sanglier, qu'ils ne pouvaient fynsporter a bord ; non-seulement les ■digenes refusèrent leur concours, nais ils refusèrent même de prêter un tee pour porter la béte Immonde ; on i obligé de la dépecer sur place : les fera ne font aucune distinction entre t sanglier et le cochon, proscrit par jbhomet.
f Nous partîmes du port d'Anti phellus, Étoquant la montagne droit au nord.
mit le chemin des piétons, mais il fàt atroce pour les chevaux.
Nous franchîmes la montagne qoî irde la baie de Sévédo. Au bout d'une mi-heure , nous descendîmes au fond W profonde vallée, pour remonter pnéaiatement sur le flanc opposé.
pis nous trouvâmes bien tôt sur la crête ftm chaîne nord -sud, que nous par- •unîmes dans une assez grande étenp. Nous commençâmes dès lors à prdo coup d'oeil général de la Lycie : Il raste horizon de montagnes ," coupné par les sommets couverts de fcedu Cragus, se développait à nos re- Ws.Nous voyions çà et là ,- sous nos Ws, des plaines couvertes de verdure; ws aucune habitation ne s'offrait à P yeux. Nous avions repris la direc- ■n de Test pour contourner une haute Magne sur le penchant de laquelle pt trois vastes citernes où se désaltè- N les^ caravanes. Nous arrivons au iaged*Ag1it composé de cinq maisons, ■oout d'une heure, nous commen- ■te à nous diriger au nord , et après Je demi-heure de route, nous nous wons dans une vallée étendue, ftownt un plateau bien cultivé. C'est ! q^est situé le village de Tchoutortja, appelé aussi Orta keui, le vil- [S* du milieu , parce qu'il est le centre faje communauté de cinq hameaux ** ou même nom : nous insistons sur
* détail, parce que nous retrouverons J*Kot l'ancienne communauté lycienne *Cyaneae divisée en différents groupes.
Nous nous reposons un moment dans
* village, et nous prenons des guides |taï nous rendre aux ruines de Phellus
* la montagne qui domine; il y a une *ure de roule.
Nous montons au milieu des roches les plus arides : le temps est couvert ; les nuages sont descendus jusque sur le sommet de la montagne. Longtemps avant d'arriver au sommet, nous voyions des traces de constructions gigantesques : ce sont des murs de soutènement des terrasses qui aplanissaient la pente. La route est encore tracée au milieu des rochers. Le brouillard est épais; on n'aperçoit les objets qu'à travers une petite pluie fine et pénétrante. Enfin nous entrons dans la ville. Ce n'est qu'un chaos de murailles et de rochers éboulés, du milieu desquels sortent des restes de monuments pelas* giques et grecs. La ville de Phellus s'étend nord-sud sur toute la crête d'une montagne fort élevée. Nous arrivons à la nécropole. Nous sommes dans l'admiration en entrant dans une enceinte carrée toute taillée dans le roc, au milieu de laquelle s'élèvent deux édifices monolithes taillés dans la masse même du rocher. Ce ne sont plus des colonnes et des frontons ; c'est un art tout à fait en dehors de ce que nous connaissons de l'antiquité, car il est aussi éloigné de l'égyptien que du grec. Un de ces grands tombeaux a* trois portes; son entablement ressemble à des charpentes posées de front, et sur les faces latérales , ce sont d'énormes solives recourbées représentant des becs d'ancre; tout cela taillé dans le rocher. Deux autres tombeaux du même style s'élèvent près du premier; quoique d'une dimension moindre, ils ne sont pas dessinés avec moins de recherche. L'un d'eux s'est écroulé sous l'influence des gelées et des neiges; l'autre, encore debout, est composé de deux chambres contenant des banquettes ou lits funèbres.
Pendant que nous étions occupés à examiner cette architecture si bizarre, le brouillard se dissipait; le soleil laissa tomber quelques rayons à travers la rosée humide ; nous jouîmes alors d'un des plus beaux spectacles qu'il soit possible d'imaginer : sur le premier plan , la nécropole avec ses tombeaux toujours plongés dans les nuages, et qui ont contracté une couleur verdâtre; sous nos pieds, un précipice sans fond. Las sommets des plus grands arbres
L'UNIVERS
fermaient comme un tapis de ? ordure, et en dernier plan l'admirable chaîne du Craajus, avec aea forêts, sa neige et ses nuages. Autour de nous, un désert immense et un absolu silence.
A mesure que les nuages se dissipaient, nous osions nous aventurer plus bas sur les flânes à pic du précipice : des arbres de toute espèce y forment des barrières impénétrables, et sur sa pente, nous voyons avec surprise un tombeau d'un seul bloc cubant plus de 75 mètres, qui s'est détaché de la montagne et chemine insensiblement dans l'abîme , entraîné par les pluies et la fonte des neiges.
Les murailles de la ville , du côté de cette vallée, sont bâties avec des pierres énormes, assemblées à joints irréguliers dits nélasgiques; elles cubent chacune plusieurs mètres; le sommet de la montagne est de craie assez dure.
Nous observons plusieurs de ces sarcophages couverts en ogive, et queloues-uns taillés dans le roc , du style de ceux de Maeri. En descendant plus bas dans la vallée , j'arrivai à un ravin profond , intercepté par une masse de tombeaux, de sarcophages et de débris accumulés par les eaux sans être rompus. Les lianes se sont fait jour au milieu de ces monuments entassés, et de vieux arbres les couvrent de leur ombre.
Nous redescendons vers le nord pour gagner le village de Bounar bachi, où nous arrivons au bout d'une heure. Nous passons au milieu d'une masse d'arbres sans apercevoir une seule maison. Ce village se trouve sur la ligne directe de Phetlus à Cassaba, chef-lieu de ce canton et la demeure de l'agha.
A Bounar bachi, la tête des sources, existent plusieurs sources très-abondantes formant un ruisseau qui prend son cours vers le nord : c'est une des sources de la rivière de Myra.
Nous descendons en suivant le cours de la rivière dans une large vallée dirigée nord et sud au centre de laquelle s'élève le bourg de Cassaba, demeure du mutzellim qui commande le canton; il nous dit installer dans le caravanseraï.
La rivière chance de nom» selon la mode turque, à chaque village qu'elle
traverse; de Bounar bachi ette code droit au nord et vient recevoir bout à bout un autre cours d'eau coulant de nord au sud et qu'on appelle la rivière d'Irnési; à partir de ce point, la rivière tourne subitement à angle droit, se précipite dans une gorge étroite prà d'une montagne conique, et entre dans une grande vallée qui va jusqu'à Myra, appelé par les Turcs, Déroérijocla nomme alors Déméri déré tchai, la rivière de la vallée de Myra.
L'agha de Cassaba, connaissant le but de notre voyage, s'empressa k réunir les notables pour nous taire donner les renseignements que m désirions.