CICÉRON ET! CILICIE
Dans les dernières années de la république romaine , les provinces du sud lurent réunies en un seul gouvernement , et mises sous la juridiction en roconsul de Cilicie, dont le siège était Laodicée. Cicéron occupa cette chars) pendant une année ; il entra en fonctions le 3! juillet de l'an de Rome7«î il y a aujourdMwi SI juillet 1862. dixneuf cent quatorze ans. Le nouwaa proconsul fait de ces provinces un tableau peu flatteur ; on doit convenir qw depuis vingt siècles le progrès dans « pays n'a pas suivi une marche ascendante.
Cicéron arrive en Asie désespère* f honneur qui lui est fait, et malgrt »
paiiou au pruvuusui «si uv prcuure
set mesures pour ne pas rester en Asie plus d'une année. Il ne demeure qu'un jour à Épbèse, part de cette ville le 22 juillet, met une journée pour aller d'Épbèse à Trahies, et se plaintjbeaucoup de la poussière et de la chaleur.
Cieéron arrive à Tralles le 27 juillet et à Laodicée le 31. Les démonstrations de joie et d'affection qui lui sont prodiguées ne le touchent guère, et dès le premier jour de son entrée en charge il écrit (l), : « Vous ne sauriez croire combien je suis déjà las du métier que je fais; le bel honneur pour moi de juger les affaires de Laodicée et de commander dans mon exil une armée de deux légions. Je ne suis point ici à ma place ; faites en sorte que j'en sois quitte au bout d'une année ».
Cieéron est surtout frappé de l'état déplorable des vHlee de son gouvernement; les députés lui exposent qu'elles ne sont pas en mesure de payer les taxes qui leur sont imposées: plusieurs des habitants étaient ooligés de vendre leurs fonds. Il ajoute : * Ces pauvres villes sont bien à plaindre. » La loi Juha accordait au gouverneur et à sa suite le droit de prélever sur les habitants les vivres et les fourrages nécessaires'; Cieéron ne profite pas.de cette faculté: il payait jusqu'au bois ; il accepte quelquefois un gîte chez les habitants , mais le plus souvent H couchait sous sa tente. 11 n'y a rien de changé aujourd'hui dans . la manière de voyager dans ce pays , le ferman de voyage est une émanation de la loi Julia.
Cieéron passe trois Jours à Synnada ; il est trop préoccupé pour donner à son ami Atticus aucun détail géographique ; oq voit même qu'il connaît très-peu le pays. De Synnada , il se rend a Iconium, en passant par Philomelium (Ak cheher). Le 31 d'août (2), il part a Iconium pour se rendre de la Cilicie dans la Cappadoce, et va camper à Cibvstra, « ville de Cappadoce au pied du Taurus »; c'est là que le proconsul établit son quartier général pour protéger
Ad Att, 207.
Ad Ftin., CCXlir.
eu menu; leiups s opposer a un coup ae main sur la Cilicie , dans le cas où les Parthes attaqueraient cette province. Cieéron resta quinze jours au camp de Cibystra. Les avis qu'il recevait du sud lui faisait craindre une attaque de la part du roi des Parthes, il s'avança vers le Taurus avec sou armée : la (Cilicie même ne paraissait pas très-soumise, et les alliés, écrasés par la dureté et les injustices du gouvernement romain (î), étaient tout prêts à faire défection.
Malgré ses tristes prévisions, Cieéron marche en avant, et déploie, avec ses faibles contingents , toutes les qualités d'un général consommé; il soumet les peuplades du mont Amanus, brûle leurs châteaux, et reçoit sur les bords de Tissus le titre d'Imperator, aux lieux mêmes où Alexandre avait triomphé.
L'année de son commandement s'avançait, mais les campagnes de Cieéron n'étaient pas encore closes ^ il restait sur ses derrières une population aguerrie, dans les montagnes les plus inaccessibles de la Cilicie, ad infestissir mam Cilicix partem (2). Il est à noter que dans tout le cours de sa correspondance, Cieéron ne prononce pas une seule fois le nom de la Pisidiè ; il donne aux habitants de ces montagnes le nom d'Eleuthérociliciens. Toute cette campagne de Cieéron en Pisidie est décrite en peu de mots et a été, ce me semble, trop peu remarquée. Cieéron, du reste ne paraît pas trop savoir ni (juelle ville il a prise , ni quel peuple il a combattu; il altère le nom de la ville , et ignore le nom du peuple qu'il a vaincu.
Après sa victoirecontre les peuples de l'A m anus, il ajoute : « Tai conduit mes troupes chez les peuples les plus indociles de la Cilicie; la j'ai mis le siège devant Pindénissus, ville très-bien fortifiée (3); depuis vingt cinq jours nous avons fait des terrassements, avancé des mantelets, élevé des tours avec tant de fatigues et tant de génie, qu'il ne manque à ma gloire que le nom d'une
(1) Ibid., Epist. CCXXI.
(a) Ibid., CCXXVL (3) Ibid., CCXXVJ.
L'UNIVERS
ville pli» célèbre; nous la prendrons
bientôt, je l'espère. » Il devait encore s'écouler vingt-deux jours avant que les Romains entrassent dans la plaee.
Enfin le 21 décembre 702, Cicéron annonce sa victoire à son ami Atticus (1) : « La ville de Pindenissus s'est rendue à moi le jour des Saturnales,' après quarante-sept jours de siège. Qu'est-ce que c'est que ce Pindenissus ? je ne savais pas qu il y eut au monde une ville de ce nom. »
Cette ville que Cicéron n'avait jamais entendu nommer, et dont il altère le nom , ne manque cependant pas d'une certaine célébrité : c'est l'ancienne Pednelissus, une des principales villes des Pisidiens, la rivale de Selgé, dans la vallée supérieure de l'Ëurymédon. Elle est citée par Strabon (2), d'après Artémidore, qui la met au nombre des villes de Pisidie, par Etienne de Byzance et par Ptolémée. Hiéroclès étend les frontières de la Pisidie jusqu'au milieu du Taurus , et me t^Pednel issus (3) dans la Pampbylie. Des ruines encore fort importantes ont été découvertes dans une des parties les plus inaccessibles du Taurus, près du village de Baoulo. Cicéron dans la même lettre rend compte des événements qui ont suivi la prise de la ville. « J'attaquai ensuite Pindenissus (Pednelissus), ville très-forte de la Cilicie indépendante, qui, de mémoire d'homme, fut toujours en armes , gens rudes et féroces prêts à se défendre par tous les moyens. J'entourai la ville d'un fossé et d'un retranchement, et j'établis un grand terrassement; je Os construire des Vinea ou berceaux, une tour trèshaute et une quantité de machines; je lançai en outre une nuée d'archers. Nous sommes arrivés à notre but après de rudes fatigues et en employant de grands moyens; un certain nombre des nôtres ont été blessés , mais l'armée est sauve. Je lui ai abandonné le butin, excepté les chevaux. Je fais vendre les esclaves aujourd'hui 21 décembre, le prix en monte déjà à douze millions de sesterces (2,400,000 fr.). Voilà tout le détail de mes exploits militaires. Cicéron demeure
(i) Ad att., CCXXVUI.
(*)xnr,ôô7.
(3) Voy. plus bas Pednelissus.
encore en Asie jinqu'au milieu 4$ l'année suivante, il roccupe uniquement des affaires de son gouvernement
Pour ceux qui s'intéressent à la qu»
tion de savoir si l'on trouve des panthères en Asie Mineure, les passages dt quelques lettres de Cicéron prouvent qœ du Umps des Romains, on croyait que la Pampbylie en nourrissait à profuskHL M. Cœfius écrit, en effet, à Cicéron poor le prier de lui en faire passer un certain nombre. « Vous n'avez pas reçu nu seule lettre où je ne vous aie parlé da panthères ; il serait bien honteux qm Patiscus en eût envoyé dix à Canot* et que je n'en obtinsse pas an plus grand nombre de vous, qui pouvez en aie d'une quantité d'endroits. Pour vous, à vous avez la bonté de vous souvenir dt ma prière et de donner des ordres m Cibyrates et en Pampbylie, où l'ondi qu'il s'en prend beaucoup, vous m'« procurerez autant qu'il vous plaira (1) v
Cicéron ne parait pas avoir »
grande attention à la lettre de Cœlius; il ne lui répond pas, et se contente (Té» crire, le 13 févriersuivant, à son ami AV ticus (2) : « Il n'y avait rien denounat pour moi dans cette lettre, hors ce q* regarde les panthères de Cibyre; votf avez fort bien fait de dire à Octaviui i que vous ne croyiez pas que j'en en* i voyasse à son collègue. » |
Cicéron aurait eu beaucoup de peine | à satisfaire son ami; il est probable qu'à \ cette époque les panthères étaient es | Asie Mineure un animal aussi inconni j qu'aujourd'hui : il devait se trouver es en effet d'autant moins répandu qwfr i pays était plus peuplé. '