CHAPITRE XXXII
TEHMÉSSUS.
Termessus,. une des places les plus importantes de la Pisidie, commandait le passage entre la Cibyratis et le Milvas, dans la Pamphylie. Alexandre, dans sa marche sur Issus , et Manlius pendant sa campagne de Galatie , vinrent tour à tour attaquer Termessus.
Les historiens nous ont laissé des détails circonstanciés sur ces expéditions.
Depuis le commencement du premier siècle avant notre ère, Termessus rentre dans une nuit de quinze siècles. Nous savons seulement qu'elle fut le siège d'un évéché, mais il n'est plus question de cette ville pendant toute la période byzantine. On n'en parle pas davantage è l'époque de l'invasion seldjoukide ni au moment du passage des croisés dans les montagnes du Taurus ; nous ignorons les causes de son accroissement, de sa prospérité et de son abandon. Timour, qui a détruit tant de villes, n'en a pas approché; d'ailleurs elle était déjà déserte de son temps. Son enceinte n'est pas même occupée par un village turc : un simple oaravanseraï suffit aux rares
tagne.
Cependant les ruines de Termessus, retrouvées par M. Spratt et presque en même temps par M. Scbsenuorn, couvrent une étendue considérable de terrain ; les monuments qui subsistent encore surpassent en nombre et en importance ceux de bien d'autres villes d'Asie; ils annoncent une place forte du premier ordre, qui dut subsister jusqu'aux derniers temps de l'âge romain. Les monuments chrétiens y sont rares, on doit croire qu'elle fut abandonnée au commencement du moyen âge, c'est-à-dire du neuvième au dixième siècle. Tant de ténèbres sur le passé d'une seule ville prouvent combien de lacunes présente l'histoire de ces Dopulatious moitié romaines, moitié asiatiques.
Alexandre, assuré de la soumission de la Lycie et de la Pamphylie , dirigea sa marche vers la Phrygie. 11 devait traverser les défilés de Termessus, ville de6 Pisidiens située sur une montagne élevée, gui défendait le passage. Les Termessiens, eomme tous les autres
Keuples de la Pisidie, s'étaient déclarés ostiles à Alexandre. Us occupèrent, en dehors de la ville, les crêtes du défilé; Alexandre ordonna à ses troupes de dresser leur camp, sachant que les Pisidiens n'auraient pas la patience de rester longtemps en observation. En effet à la tombée de la nuit, la plus grande partie des troupes rentra en ville; Alexandre envoya des hommes armés à la légère pour déposter ceux
?|ui restaient ; mais une fois en face des ortifications de Termessus qui lui parurent formidables, il jugea prudent de ne pas tenter une attaque de vive force, et après avoir reçu une députation des Termessiens, il se mit en route pour Selgé.
La topographie moderne est tout à fait d'accord avec les faits rapportés par Arrien , et le système de défense est encore assez complet pour qu'on puisse suivre pas à pas toutes les phases des opérations d'Alexandre.
La position de Termessus avait été vaguement indiquée par M. de Corancez et le {général Kaehler sur la route qui conduit d'Adalia à Smyrae, dans la
Gulik dagh, à vingt-quatre kilomètres environ a l'ouest d'Adalia et à neuf kilomètres de l'entrée de la vallée, an lieu nommé Gulik khan, le caravanséraï des roses; il se compote de trois bâtiments de pierre et d'un café. La route de Termessus est indiquée par M. Spratt de la manière suivante:
1° d'Adalia au caravanseraî d'Evdir.
2° en face d'Evdir khan s'ouvrent <km profondes vallées qui descendent des montagnes des Solymes dans la plaine d'Adalia; elles sont séparéts par on pic rocheux appelé Gulik dagh, dont le sommet est de seize cents mètres environ au-dessus de la mer.
En entrant dans la vallée de Gulik, qui monte en se rétrécissant de puis en
S lus , on remarque des ouvrages avances e construction grecque, fortifiés w des tours, c'est dans ce passage quA* lexandre s'arrêta avant d'être en vue de Termessus. 11 faut faire encore dem kilomètres, toujours en montant, dans un défilé commandé par deux pics rocheux, avant d'arriver aux ruines de la ville. Après avoir franchi un ton* mur on arrive a une vaste esplanade entre deux rochers , entourée de précipices inaccessibles; alors.se développe aux regards un magnifique ensemble de monuments presque tous de l'époque romaine; une porte de ville monumentale, un temple et plusieurs édifices publics. Un grand mur d'une conservation parfaite ferme la partie la plus étroite de la vallée, et dans cette enceinte s'élèvent encore des édifices d'un beau style et d'une conservation remarquable, notamment un grand palais, avec de nombreuses fenêtres , dont les surs intacts s'élèvent jusqu'au comble; il est bâti en grands blocs de pierre unis sans ciment. Tous ces monuments indique* seulement le faubourg; une troisiè* muraille défendait l'accès de la vit même, qui est bâtie sur le sommet à plateau entouré de tous cétés d'atfireai précipices. Après une ascension pénâfe au milieu des buissons et des bta éboulés , on se trouve au milieu <fr* amas confus de monuments divers ffl mériteraient tous un examen détaillé.
Un grand portique, dont les piédestaux sont encore en place traverse la ville;
l'un d'eux porte en grandes lettres le nom de Termessus. Plus loin est le quartier des habitations particulières:
1 Agora est au centre ; sur la face nord est une ligne de salles souterraines qui ont pu servir de citernes ou plutôt de silos, pour conserver les grains ; on retrouve la même disposition à Antiphellus et à Aspendus. Un rocher qui s'élève dans l'angle de l'Agora est couronné par un sarcophage ; a l'angle opposé est on grand édifice d'ordre dorique, et un peu plus loin s'élèvent deux petits temples. Un grand bâtiment qui a pu appartenir à un monastère et une église attenante sont les seuls monuments chrétiens que l'on observe à Termessus. Le théâtre est construit à l'angle de l'Agora, auquel il était réuni par un portique; il a dix-huit rangs de sièges à la première précinction et neuf à la seconde. Le proscenium est en partie conservé; l'architecture en est simple et sans sculptures ; il domine un profond ravin en communication avec le bas delà ville par un chemin tortueux. Tous ces monuments sont de l'époque romaine, mais les fortifications sont généralement des ouvrages grecs. Les tours sont au nombre de dix ; elles ont environ six mètres de front ; dans l'intérieur on retrouve les escaliers de service, une des tours s'élève à la hauteur de huit mètres.
Ces deux longs murs qui coupent la vallée paraissent avoir été faits dans le but de défendre la ville , du côté du sud contre les Pamphyliens et du côté de l'ouest contre les Cibyrates. On ne voit aucune construction faite avec les débris antiques , ainsi qu'on le remarque dans les autres villes, vestiges d'une population plus pauvre qui aurait occupé les ruines de Termessus. L'obscurité la plus complète règne sur l'abandon de cette ville, qui n'a plus même de nom chez les indigènes d'aujourd'hui.