CHAPITRE XXXÏII
PERGA. — LB GESTBUS.
Le Cestrus prend sa source dans les plateaux élevés du Tau rus ; son cours supérieur est formé par deux petites rivières, Tune qui vient de l'ouest et qui
paase au-dessous des ruines de Sagalassus : on l'appelle Aglasoun tchaî; l'autre rivière, Isbarta tchaï, vient des environs d'Isbarta, l'ancienne Baris ; elle traverse la plaine de Pambouk ova si, qui appartient à la Pisidie, et coule droit au sud, à travers la grande plaine de Pamphylie, sans rencontrer aucun obstacle.
Dans son bassin inférieur le Cestrus reçoit une autre petite rivière venant de f ouest dont le nom ancien est inconnu, on l'appelle aujourd'hui Sari sou, l'eau jaune ou rivière de Mourtana, c'est cette rivière qui arrose les murs de Perga et non pas le Cestrus qui en passe à plus de trois kilomètres ; le Cestrus n'a pas d'affluent venant de l'est, les indigènes lui donnent le nom de Ak sou, l'eau blanche, parce que souvent ses eaux ont une couleur laiteuse à cause de l'argile qu'elles tiennent en dissolution.
Le bassin de l'Ak sou est séparé de celui du Douden par une ligne oe collines basses qui ont environ quatre kilomètres de large et qui se prolongent jusqu'à la mer, au lieu dit Laara. On y voit les vestiges d'un port artificiel formé de deux jetées ; Tune est encore en assez bon état , l'autre est aujourd'hui sous l'eau. D'après les mesures du Stadiasmus M. M., ces ruines peuvent être celles de l'ancienne Magidus. A la hauteur de Perga le Cestrus n'est plus guéable ; on le passe dans un bac; il va se jeter à la mer à douze kilomètres au sud de ce point. Tout le pays qu'il traverse est une plaine marécageuse en hiver.
Quand on a franchi la ligne des collines, la grande plaine de Pamphylie se développe aux regards jusqu'aux limites de l'horizon. On voit à ses pieds une grande ville avec ses murailles, ses tours et ses jardins. Mais cette ville est déserte ; ce sont les ruines de l'antique Perça. Le petit village de Mourtana, bâti sur la pente de la colline, au nord de la ville, est le seul lieu habité. Les ruines de Perga sont dominées , au nord , par un monticule de forme carrée dont le sommet est uni comme une table; c'est l'ancienne acropole, et probablement le berceau de la ville ; les habitants ne sont descendus dans la plaine que quand le pays a été assaini et pacifie.
bu haut de ce monticule on aperçoit à Test une autre montagne presque
juu apercevait oe rerga ^ij. Aspenaus est également située sur une montagne aux limites 4e Ja plaine.
PEBGA.
Les Grecs disent Pergé, Ttipw ; Pline (2) et Cicéron (3) disent Perga. Le nom de Perga, n%rj, vient, comme ceux de Pergame et du Pergama , de la racine indo-germanique Perg, lieu élevé d'où les Allemands ont fait Burg et Berg et les Grecs IIup-pç (4).
Perga était une des plus célèbres villes de Pamphylie ; l'époque de sa fondation est inconnue ; elle était célèbre par son temple de Diane Percéenne, qui attirait tous les ans un grand concours de peuples à ses fêtes ou panégyries. Le peu de mots que dit Strabon à ce sujet donne à croire que le service de ce temple était organisé comme ceux des autres temples de Diane à Comana, où Ton faisait aussi des processions en portant la statue de la déesse ;son culte était assimile à celui de Diane Éphésienne, d'Auaïtis et d'Aphrodite. Les médailles de Perga représentent le temple de Diane Pergéenne ayant au centre, le symbole de la déesse sous la forme d'un cône ou d'une borne avec deux sphinx ailés de chaque côté et la légende MANA^AS IlPIiNAS, Manapsa Pergéennedans ledialectedupays.
U est à croire cependant que le temple renfermait une statue de la déesse avec les attributs que lui donnaient les Grecs.
En effet, dans son action contre Verres Cicéron s'écrie : Dans Perga, Diane, comme vous le savez, a un temple trèsancien et très-respecté ; je dis, Verres qu'il a été entièrement pillé et dépouillé par vous : vous avez même détaché de Diane elle-même tout l'or qui la couvrait (6). U semble que Cicéron ne se
U) Strabop, XIV, 667-668.
(*) Pline, V, 99.
(3) In Verrem, IX, liv. I, 20.
(4) ntfpyoç indè Burg Schrevelîus lex.
tJn éditeur de Pline remarquait il y a ceut ans qne Perga devait se trouver sur une montagne; sa conjecture s'est vérifiée. Poinsinet de Sevry, Pline, Hp. V, *ç, i77,f jn-4<\
(5) Cic. v. «/. M.
E* ipsa Diana, quorf habet auri, detrat~ tum attjH* abtatum.
ngure de la déesse eût ete un grossier simulacre.
Aujourd'hui le temple de Diane est entièrement détruit, quelques restes de chapiteaux de style grec semblent indi-
S 1er qu'il était bâti sur la montagne. n ne peut pas oublier que saint Paul est venu prêcher à Perga ; que cette ville a été une métropole ecclésiastique, où tous les temples du paganisme ont été détruits. Cicéron ne manque pas de rappeler que Perga et Aspendus étaient des villes alliées et amies du peuple romain; cette condition, jointe à la qualité de ville religieuse, a dû valoir 4 Perga une période assez longue de tranquillité. Oo peut imaginer quelle affluence d'étrangers y arrivait au moment des panégrries. Les murailles existent encore; nous avons relevé le plan de la ville et des monuments, qui sont encore d'une observation parfaite; il ressort de cette comparaison que la ville occupait trentesix hectares, dont il faut défalquer les rues et les monuments publics. Le théâtre contenait treize mille spectateurs, et le cirque attenant au théâtre dix mille spectateurs.
Alexandre et Manlius, qui se sont soi* vis à cent quarante-trois ans de distance, ont paru devant Perga pour la rançon- 11er un peu ; mais les habitants ont sa se faire des amis de l'un et de l'autre, ils servirent de guide à Alexandre pour le conduire à Aspendus (1). Garsyerô, général d'Achaeus, vint aussi se ravitailler à Perga après avoir soutenu Pednelissus contre Selge. Saint Paul et Barnabe débarquèrent à Perga en arrivant de Chypre (2), ils n'y séjournèrent p»
et se rendirent à Antioche de Piskte et de là à iconiura, répandant partout la doctrine do l'Évangile; ce fut àlev retour qu'ils s'arrêtèrent à Perga et commencèrent leurs prédications. L'effet è la parole de saint Paul avait été tel dass toute la Caopadoce,que plusieurs églias furent fondées, notamment à Lystraet à Derbé. Si nous ne connaissons p»
l'effet direct des prédications de sawt Paul à Perga, nous pouvons supposer qu'elles n'eurent pat moins de retentit-
(i)PoWh. t. 7», XII, *5.
''•i)Acf. Xlf, iî.
it, car dès les premiers siècles du tianisme, Perga fut élevée au rang Popote de la Pampbylie, et comme i n'y retrouvons, an milieu de tant imoaumeats, aucun vestige de temple, i devons admettre an'ils furent déalispooffétreremplacéspardes églises.
! L'obscurité règne sur l'abandon de fcrga par sa population; on ne reconttt aucune cause immédiate de déserbn : les édifices antiques étaient dans tor intégrité lorsqu'ils ont été aban- Imoés, et leur destruction n'est due p'à one cause aeeidentelle,comme pourrit rtre un tremblement de terre : la awe en est que le stade, qui est peu âeré as-dessus du sol, est encore intact, rtqm demain on pourrait y donner des Mines.