CHAPITRE PREMIER
ARAIviB DBS MYSIBNS EN À8IB. — LIMITB8 DE LA PBOVINCB.
La province qui du temps des Romains portait encore le nom de Mysie , n'était qu'une faible parcelle du vaste territoire acquis dans l'origine par les tribus mysiennes venues des bords du fleuve Strymon pour s'établir dans la Chersônnèse d'Asie. Nous pouvons avoir une idée de l'époque où ces migrations eurent lieu par ce passaged'Hérodote(l), rappelant , à propos de l'expédition de Xerxès, les grandes invasions qui eurent lieu antérieurement, celles desCimmériens ; celles des Scythes, et l'entre-
Çrise accomplie avant la fondation de Voie (2) par les Mysiens confédérés avec les Teucriens , qui passèrent en Europe en franchissant le Bosphore, allèrent soumettre tous les Thraces, descendirent jusqu'à la mer Ionienne , et s'avancèrent au midi jusqu'au fleuve Pénée.
Ainsi voilà une population partie de la Thrace pour s'établir en Asie, et qui a eu le temps de devenir assez puissante pour revenir sur ses pas et soumettre la contrée d'où elle était sortie, et tous ces événements se passaient longtemps avant la guerre de Troie.
Les Thraces, qui étaient passés en Asie, qui furent appelés Bithyniens (3), et qui de leur propre aveu devaient s'appeler Strymomens parce qu'ils venaient des bords du fleuve Strymon , avaient été chassés de leurs demeures par les Teucriens et les Mysiens. Cette dernière nation était donc devenue assez puissante pour faire la loi à la Thrace,
(i) Hérod., liv. VII, c. XX.
(») IIpo T»¥ TptDÏXWV.
(3) Hérodote, Uv. VII, LXXV. — Voy.
plut htut, p. 5o.
d'où elle était sortie. EUe était mattt de la Bithynie; la région Ascani tout le versant de l'Olympe étaien sa possession, et le détroit entre zance et Chalcédoine était alors ap le Bosphore Mvsien (1).
A 1 ouest, la Mysie s'étendait
Îu'au fleuve Caïcus; elle occupai euthranie et î'Elaïtide, deux rég qui en furent ensuite détachées. 1 les invasions des Bithyniens et Phrygiens forcèrent dans la suite premiers occupants à leur céder terres, et sous les rois de Bitbyni Mysie en était réduite au territoire bu par le Rhyndacus à l'est et le fie jEsepus à l'ouest. En largeur elle è comprise entre la mer et les versant l'Olympe.
La souche principale des Mysiens restée en Europe, et sous l'empire main elle formait sous le nom de M; une grande nation qui s'étendait j qu'au Danube.
La confraternité des Mysiens avee peuples d'Asie n'est pas moins étendi ils sont alliés avec leurs puissants ?< sins les Lydiens, et plus au sud w la nation demi- barbare des Carie Hérodote ne met pas ce fait en doute (
« Les Gariens et les Mysiens ont i origine commune avec les Lydiens;) Lydus et Mysus étaient frères de Cari tous ces peuples parlaient la m* langue. » Strabon confirme le fait i cueilli par Hérodote en rappelant q le temple de Jupiter Carien près de * lasa était commun aux trois peuplj à cause du lien de fraternité qui i unissait; cependant jamais les Cara n'ont passé pour un peuple torace^ avaient plus de rapport avec les Le»ej et les Pelasges; ces deux derniers pj pies s'étaient aussi établis dans le p*
(i) Strabon, XII, 566.
(») LW. I, c. GLXXI.
fil
èTaxriens sur les penchants de Abrtdo Gargare, et s'ils ne sont plus mats dans les traditions pins rëaria, est qu'ils se sont confondus me ^populations plus nombreuses.
MM es qu'on peut recueillir de pMk sur les Mysiens primitifs. 11 ifr /a certain qu'Us aient bâti des *, n moins n'en est-il pas fait Mn durant tonte la période où ils tl~m\s maîtres du pays. Autant es et les Lélèges étaient consbanfas et actifs, autant les paraissaient-ils peu disposés à eràns l'enceinte des murailles, costume sauvage consistait en un (de peau de renard et en une tunwwj erte d'une espèce de surcot, &«ara, les jambes garnies de bottes pav de daim, une courte sagaie anee à la main , pour arme déiiua petit bouclier, tel est le taqu'en feit Hérodote (1). On y
Ktâ plutôt le type du guerrier ase celui d'un cultivateur et oo sédentaire.
«Mfaen s'est mélangé avec les 2*maDt avant lui la Chersonnèse ■«tle peuple lydien, confondu J*** de Méones ou Mœones avec *^os, finit par acquérir la supré- J** ^^tte race inculte, et par la 2?*$* à sa domination. Sous le 2*jfAlvatte, père de Crésus, la " lydienne s'étendait sur la
ÏTJel temps de Gygès, les rois ■fydie régnaient sur le territoire de fj*. Si nous devons assigner une date •^première invasion mysîenne en *Jf Mineure, nous avons pour base la g** conduite par Teucer, qui vint Ijjjjr dans la Troade vers le com- •«fflent du quinzième siècle avant ffj*** et qui fit alliance avec les g*8 P°»r aller subjuguer la
Jtoérieureraent à cette époque, cette ■/te de la presqu'île soumise de nom *fois d'Assyrie, était de fait ouverte ■^uraions de tous les peuples voi- JJ* notamment des Scythes , qui la jettent avec leurs femmes et leurs r'.PBux, exerçant leurs déprédations ** peuplades sans défense, mais ne
('lUb.yn
ap. LXXV.
fondant aucune ville et aucun centre de population.
Nous avions sous les yeux un tableau de ce genre de vie nomade des peuples du Nord , lorsque nous rencontrâmes cette tribu russe établie aux bords du Rhyndacus (1). Cette existence se comprend dans une contrée abondante en pâturages , couverte de forêts, fournis* sant avec abondance le gibier et le poisson. Il faut qu'en définitive cette contrée soit bien propice à la vie nomade pour
Su'elle y reparaisse après dix siècles e domination grecque ou romaine. Si les Turcs demeurent dans des villes, c'est qu'il les ont trouvées toutes faites; mais toutes leurs aspirations sont pour le grand air et la vie de la tente. Avec quelle joie les voit-on aux approches de la belle saison abandonner les villes pour aller s'installer au bord des fleuves sous la verdure des arbres et vivre là au milieu de leurs chevaux et de leurs moutons, tantôt sous des tentes de peaux, tantôt sous des huttes construites à la hâte, mais qu'ils préfèrent aux habitations des villes. Le yaela, la demeure fraîche, est le temps heureux de la vie du Turc. L'étranger qui arrive dans une ville pendant cette saison croit entrer dans une nécropole; toutes les maisons, tous les bazars sont fermés; à peine trouve-t-on un seul individu auquel est confié la garde de la ville. Cela n'a pas lieu sur le littoral où le commerce retient la population; mais plusieurs villes de l'intérieur et surtout le plus grand nombre des villages ont conservé cette habitude. Il n'y a pas tant de changement qu'on le croit entre la haute antiquité et les temps actuels de l'Asie; la civilisation grecque y a porté l'éclair de son génie , ses arts et sa poésie , la puissance romaine sous sa main de fer y a maintenu une sorte de gouvernement à la surface; mais l'Asiatique de pur sang dédaignait toutes ces splendeurs et n'aspirait qu'à vivre en contact avec la nature sauvage et superbe, sans autre souci qu'une indépendance de fait qu'il a conservée sous le despotisme de ses beys ou de ses sultans.
(r) Voy. ch. XXXIV.
JW
L'UNIVERS