Un peu de mieux; P. commence à travailler, les pupilles
sont beaucoup moins dilatées.
13 Mars. — P.... quitte l’Asile, après4 mois de séjour, très-amélioré, si non complètement guéri ; il reste encore chez lui un peu d’étonuçment dans l’expression de la physionomie, d’hésitation dans les act( s.
Nous avons appris par le père que la guérison s’était maintenue.
Observation XX.
Sommaire. — Lypémanie avec excitation et prédominance d’idées de persécution; tendance au suicide’, hallucinations de l’ouïe malgré l'existence d’une surdité presque complète ; agitation maniaque et à la suite hémorrhagie cérébrale ; hémiplégie ; guérison de l’affection mentale.
R.. Pierre-Philippe, 52 ans, est entré à l’Asile le 21 avril
Ce malade est d’un tempérament nerveux et d’une santé habituellement bonne. Personne dans sa famille n’est ou n’a été affecté de maladies mentales ou nerveuses. Intelligent, d’un caractère doux , il a toujours bien travaillé; c’est un excellent père de famille. — Surdité presque complète depuis l’âge de 8 ans.
■Il y a ure mois enviion , à la suite de contrariétés de famille , on s’est
aperçu d’un changement notable dans le caractère de R.; sans
motifs, il cherchait [querelle à sa famille ; il avait pris des allures et des habitudes qui surprirent tous ceux qui le connaissaient. Avec les étrangers , il déraisonnait complètement au point que l’on croyait qu’il s’enivrait.
Depuis 8 jours surtout, le délire est devenu plus complet et plus caractérisé ; il dit qu’on lui veut du mal, qu’on veut le tuer ; tout le monde est jaloux de lui; il veut aller se noyer, dit-il ; mais il n’a fait encore aucune tentative de suicide. Il ces.se de travailler et perd le sommeil. Tantôt il est calme, tantôt il s’agite et veut s'en aller de chez lui parce qu’il croit qu’on va le tuer. Depuis deux jours, il est pris le matin d’un tremblement nerveux général. Il tremble comme un homme qui a peur.
24 Avril. — Calme au moment de son entrée , R.. paraît eu proie
à des idées de tristesse. Dans la journée l’agitation éclate; il nous dit qu’on veut le tuer, lui faire du mal, il a des hallucinations de l’ouïe et probablement aussi de la vue; il frappe plusieurs malades qu’il prend pour des ennemis. On est obligé dé le maintenir nuit et jour avec la camisole. Il crie, s’agite et essaye de passer sa tête dans la lunette des lieux d’aisances. Sa physionomie est toujours empreinte de la même anxiété. Plusieurs fois il refuse de manger.
Dans la journée , il a parfois des instants de calme qui durent une heure environ et pendant lesquels R.raisonne assez bien; puis l’a¬
gitation revient. Cette intermittence se produit presque tous les jours. Dans ses moments lucides, R.dit que c’est sa femme qui l’a rendu
malade ea le faisant mettre en colère; lorsqn^il est agité, au contraire, il appelle ses entants, sa femme; il dit quil veut aller
- R-- a las '^aits altérés; il a de la fièvre et est toujours
en proie à une vive agitation. . ,
2 Mai. — Nous remarquons que R.a le bras gauche plus raide que
d’habitude; le malade, du reste, se plaint de douleurs dans ce bras; il prétend même qu’il est cassé. Le gardien nous apprend que R..... est tombé la nuit, probablement en voulant descendre de son ht. Il nous fut facile de nous convaincre qu’il n’y avait ni fracture ni déplacement des os du bras; mais nous remarquâmes que tout le coté gauche du corps était froid et complètement insensible à la douleur. R..... remue encore un peu le bras et la jambe, mais les mouvements sont très-faibles. Nous ne pouvons savoir s’il y a eu perte de con-
— L’hémiplégie est complète; un peu de fièvre; langue saburrale; lavement purgatif; 0 gr. 60 de calomel; l’agitation a beaucoup diminué.
8 Mai. — La sensibilité est revenue, dans la jambe surtout qu il remue plus facilement. La sensibilité est aussi revenue dans le bras, mais le mouvement y est complètement aboli. La paralysie porte sur les muscles de la face du même côté. 1..,.
45. — L’état mental du malade s’améliore de plus en plus, il manifeste un vif désir de retourner chez lui.
23 Mai. - R..., est redevenu gai et n’a plus d’idées de persécution, il paraît s’ennuyer beaucoup et nous n’hésitons pas a le rendre a sa famille, complètement guéri de sa lypémanie, mais incapable de se servir de son bras ; il marche également en traînant la jambe.
Le délire chez R. a été jugé pour ainsi dire par une hemorrhag
cérébrale.
Observation XXL
Lypémanie avec stupeur, obtusion complète de Vintel-^ ligence; perversion des sentiments affectifs; immohiMe complété mutisme obstiné; œdème et cyanose des extrémités et tation énorme et immobilité des pupilles ; séton; hydrothérapie, amélioration progressive; guérison.
B., Florent, célibataire, 27 ans, d’une forte constiUilion, d’un
tempérament bilioso-sanguiu, est admis à l’Asile de Blois, le 2b sep embre 1862.
Aucune cause prédisposante connue; amour contrarie.
I y a 5 mois environ que la maladie a débulé chez B... nar dp la tristesse, delà taciturnifé, l’inaptitude au travail, tout .ela av»
des rémittrncrs plus ou moins longues; à mesure que la maladie fak
es progrès, les penodis de rémission diminuent de durée et l’affection mentale dpient bientôt continue-vers le comment ment de LptfXe epuis cette epoqne, le malade a toujours été triste, taciturne ne
de traSr' complètement
Le l^demain de son entrée à l’Asile, le 27 septembre, nons trouvons ..... la tete penchée sur la poûrine, paraissant comp’étement ab orbé e e,ranger à tout re qui se passe autour de lui. Il est impossible d’ob “ neparaftpas;!:?;
deux moTs™ n7ce .l’état duquel nons avions constaté depuis
deux mois une certaine ameboraiion, est redevenu ce qu’il était au L meut de son entrée à l’Asile. ^
d7z^:"L”'ïe„z7:jd:
B., se tient des jours entiers la tète baissée , les bras perdants et dans hmmobilité la plus comp'ète. OE ’ème et cyanose des extr^mitt la face ; dilatation ér orme et immobilité des pupilles.
13 Mars. — Le malade dont on n’a pu denuis oln» » •
SI nous consentons à les discontinuer- ™
24 Mai. — L’amélioration a fait de nouvi aux nroerès • R a
La guérison s’est maintmiie dans la famille.
Observation XXII.
persécution ; absence complète de sens moral ; démence imminente ; travaux des champs, retour des sentiments affectifs", guérison.
L.. François-Jose[ih-Alphonse, 18 ans, d’une constitution assez
forte, d’un tempérament lymphatico-nerveiix, est admis au pensionnat St-Lazare le 12 niai 1862.
D’après les renseignements fournis par les parents du malade et le médecin qui l’a soigné, le jeune L.aurait rtçu une certaine instruc¬
tion ; il a fait sa seconde dans un lycée. Assez affectueux pour les sien», il a toujours été d’un caradèr.; difficile et d’une intelligence très-ordinaire : incontinence d’urine nocturne jusqu’à l’âge de 12 ans; L.
depuis longtemps, se livrait avec fureur à l’onanisme.
Le début de la maladie remonte an mois de juillet 1861, époque à
laquelle L.. voulant sauter par une croisée, fit une chute violente et
brisa une table en marbre. La crainte d’êlre puni, — et peut-être aussi la secousse'de la chute — paraît avoir été la cause occasionnelle des accidents qu’il éprouve aujourd’hui.
Depuis cette époque, en iffet, le jeune L..,.. a présenté des alternatives de tristesse et d’excitation maniaque. Il prend les personnes qu’il voit passer dans la rue pour des ennemis : chacun lui veut du mal et on le traite en paria. Tantôt il boit et mange à l’excès; tantôt il quitte la maison paternelle et disparaît pendant des jours entiers sans vouloir donner des renseignements sur l’emploi de son temps, et n’ayaut d’autre ressource pour vivre que de mendier son pain.
Lorsque M. L.nous a étéionfié, il y avait déjà plusieurs mois
qu’il était malade. Le proviseur du collège où il était, en effi t, l’avait renvoyé à ses parents eu disant qu’il n’en pourrait rien faire.
De retour dans sa famille, Ali)hoo=e s’était livré à des extravagances de langage qui avaient inquiété ses parents ; il parlait à tort et à travers "avc c une loquacité intarissable, et émettait Sur les rouges, les bleus, les blancs, sur la république, les idées h s plus paradoxales ; et si par malheur ou essayait de le contredire, il se mettait en colère et faisait di smtnaces. Un jour même, à la suite de reproches que lui avait adressés son père, il partit brusquement et se mit à errer à l’aventure pendant quatre jours. C’est à la suite de cette escapade que les parents d’Alphonse se décidèrent à nous l’amener.
A le voir, au premier abord, on le prendrait volontiers pour un idiot, tant il a l’air abruti, et cela d’autant mieux que la conformation extétérieure de sa tête semblerait dénoter une certaii e faiblesse d’intelligence. Et cependant Alphonse n’est pas un idiot ; il a pu acquérir une certaine somme d’instruction, tt ses études ont été même assi z bonnes.
Chez L., ce qu’il y a peut-être de plus saillant, c’est une absence
complète de jugement.
D’abord taciturne, dphonse ne tarde pas à donner un libre cours à sa loquacité. Il revient sir les rouges, les bleus, les blancs, et accole à chaque couleur les apréciations' les plus bizarres ; puis, se mettant eu scène, il se.dit rouge nais non français ; il renie son pays ; il est italien. Une autre fois, il paie en professeur des planètes et des étoiles, et explique les phénomèes astronomiques de la façon Ja plus impossible. En d’autres momentsil parle religion et se met alors à déblatérer contre Dieu, le Christ, la saiite Vierge; il prétend qu’il n’y a pas de Dieu, et il s’attribue à lui-mêmeuu pouvoir illimité. II fait la pluie et le beau temps; il pourrait, s’I le voulait, noyer le genre humain dans un nouveau déluge : il fait, ison gré, la paix ou la guerre, et enfin, selon qu’il se couehe sur le côté laucbe ou le côté droit, il donne à ses voisins un
sommeil paisible ou açité. L.débite tout cela avec une loquacité qui
dénote chez lui un 4at d’excitation maniaque, dont nous avons dû rechercher la cause. Nous souvenant des renseignements’qui nous avaient été fournis, mus avons fait surveillerattentivementM. Alphonse, et nous n’avons pas tcdé à acquérir la conviction que l’excitation chez lui était chaque fois èterminée par la masturbation.
Pendant son séjour à St-Lazare, M. Alphonse nous a présenté des alternatives de calme it de délire moral, si je puis m’exprimer ainsi. La maladie de M. L.,3n effet, est plutôt une folie morale à forme con¬
vulsive qu’une folie inellecluelle. M. Alphonse, même dans les moments où, abandonné à lui-tême, il émet les idées les plus fausses, semble avoir pour ainsi dire onservé son intelligence, et dès que son professeur vient le chercher au nilieu de ses dissertations sur les rouges et les bleus, il se remet imnédiatement à l’étude et travaille d’une façon trèssatisfaisante.
La lésion porte don chez M. Alphonse sur les facultés morales, et sa folie peut être eomps-ée à la manie hystérique si fréquente chez la femme. M. Alphonse l’a jamais, depuis son entrée, témoigné le moindre sentiment affectueux jour ses parents, dont il recevait les visites avec la plus complète indifirence. Rien ne l’arrête, d’ailleurs, il ne connaît pas le danger et n’a nillement le sentiment du bien et du mal. Ainsi il s’évade un jour à 8 bures du soir, marche toute la nuit et se rend à Orléans (à 13 lieues di Blois) sans la moindre hésitation, sans la moindre frayeur. Une autre fus, un de ses camarades, lypém^niaque suicide, le prie de l’étrangler, et ans façon, il se met en devoir de serrer la cravate; et aux reproches qi’ou lui adresse, il répond simplement : Il me l’a dit.
Les mois se suciéiaient, et l’état mental de M. Alphonse loin de s’améliorer semblait putôt s’aggraver, les accès d’excitation devenaient de plus, eu plus fréquuts et bientôt, nous allions le ranger parmi les
incurables, lorsque une lueur nous apparut; il se produit chez M. kl- ILe un réveil des sentiments affeclifs, il parle plus souvent de a mère et demande à lui écrire. Sa lettre nous fait entrevoir la possibihie d’une guérison. Mais pour cela il nous fallait tenter un nouvel effort Inr dé -acinero, . ' M. Alphonse la funeste habilude de la masturbation Là du reste, bien affaiblie. Les travaux agricoles nous ont éte^ sous ce
rapport d’un grand secours. M. L . se fatigue tout le jour a faner et
la nuit il ne se masturbe plus : Aussi redevient-il ce qui était autiefois, et pouvons-nous bientôt le renvoyer guéri dans sa famille.
M. L.est resté à Sl-Lazare un an et quelques jours.
Observation XXllI.
Sommaire. — Lypémanie avec excitation ; hallucinations et delire de persécution; agitation-, moments de fureur instinctive, prostration physique et intellectmlle-, idées de persécution, seton a la nuque ', travaux des champs ; guérison.
L.Joseph, vigneron, 32 ans, d’une constitution assez forte d’un
tempérament nervoso-sanguin, est admis à l’Asile le 26 mai 1863.
Pas de prédisposition héréditaire ; amour-propre froissé ^
Début de la maladie, il y a 4 jours, par des idées tristes, «esse de travailler; il dit qu’il est perdu, ensorcelé. Le médecin appelé immédiatement lui fait une forte saignée qui n’amène aucune amelioration. Depuis lors, insomnie, idées de persécution, hallucinations, excitation, SaL el même quelques aetes de violeuce de lure.r li;™
convulsive. L.frappe ceux qu’il prétend l’avoir ensorcele. il cro t
voir des gendarmes venir le chercher ; il a commis des crimes et mérite
“'Swe parall, à sou eulrée, sous l-l„fl..nce de
tions. La physionomie est égarée, les yeux fixes, les dilatées
L répond à peine à nos questions et parait penser a autre chose, èt
L butte à des craintes chimériques; il saute et s’agite sans aucun
motif.
On applique un séton à la nuque. . .. . , n,,
29 m - L. est plus calme, mais il est triste, abattu , sa j.hy-
sionomie est anxieuse ; les pupilles sont toujours f .
5 Juin - L’expression de la physionomie est plus naturelle, on
envoie L.au travail, et il parait s’en trouver bien ; bientôt il s inquiété
de sa famille, de sa femme surtout, et demande à Iti ecnre Sa lettre î. ta pupilles sont touiouts un peu dilatées, ma,s la tristesse .
presque disparu.
16 Juin. - L’amélioration a fait de nouveaux progrèr, et le malade est renvoyé dans sa famille complètement guéri.
Observation XXIV.
Sommaire. ~ Plusieurs accès antérieurs; manie congestive- délire general avec agitation extrême; idées ambitieuses et de grondeurinsomnie ; bains prolongés ; guérison complète après un mois detral tement.
P...... Mathurin, 37 ans. d’une constitution robuste, d’une force
herculéenne d un tempérament sanguin, était gardien à l’Asile lorsqu il a été atteint d un accès de manie aiguë le 21 mai 1863. Bien que P...... depuis son séjour dans l’établissement, n’ait donné aucun sime
d aliénation mentale et que ses c rlificats soient à ce sujet d’un mutisme complet nous avons su qu’il avait déjà éprouvé plusieurs accès de manie et qu .1 avait été deux ou trois fois au moins traité comme aliéné dans divers Asil. s. Ce nouvel accès de P .... semble avoir eu pour cause
des préoccupations re'atives à un mariage et la crainte de perdre son argent, ila d aill^^urs présenté la marche suivante.
21 Mai 1863. — Excitation légère; idées de grandeur (il est plus fort que 1 Empereur) ; le regard est égaré, l’œil fixe et brillant; P., ne dort pas la nuit ; il se lève et éveille les autres gardiens pour leur dire qu il e.'-t le bon Dieu en personne*
23 Mai. — L’agitation augmente d’un jour à l’autre ; P...’.. ne répond plus à nos questions que par des paroles sans suite. Sa figure est trèsanimée ; il a presque toujours le sourire sur les lèvres, et nous salue jusqu’à terre loisqu’il nous aperçoit. Il saule et crie, mais il n’a encore rait aucun acte de violence.
27 Mai. - Même état; agitation de plus en plus forte ; la nuit précédente, il II avait pas dormi et n’avait cessé de pousser des cris afifreux :
.1 br.se une barre de son lit en fer et essaye d’enfoncer la porte. Bain de 4 heures. ‘
28 Mai.-Même agitation; mêmes i'érs ambitieuses. Immédiatement apres la visite P.brise un banc en chêne massif et s’en fait
une arme en forme de baïonnette. Avec cet engin redoutable, il enfonce la porte extérieure du préau, et s’élance à travers champs en tenant à distance ceux qui veulent l’approcher. Plusieurs gardiens sont envoyés
dans la direction qu’a prise P., et nous nous mettons nous-mêmes à
sa poursuite. Une demi-houre après, il est an été parle mécanicien d’un ccmvoi de marchandises sur la ligne du chemin de fer P avant vu venir le convoi, s’était placé résolùmeiit sur le milieu deïa’voie, dans
l’intentioD, uous dit-il plus tard, d’arrêter la machine. Heureusement le mécanicien eut le temps de serrer les freins et put s’emparer de ce dangereux malale.
Ramené à l’Asile, P..... brise plusieurs camisoles, et nous som nes obligés d’en faire confectionner de plus solides pour le maintenir ; il pousse des rugissements affreux et prolongés.
Le 30. — P.est un peu plus calme; on lui laisse les bras libres;
le soir, l’agitation reparaît et il faut l’attacher de nouveau. A partir
du f« juiu, P.ne commet plus d’actes de vio'ences ; le regard est
encore bien égaré, mais il ne crie plus et mange bien ; nous voyons en
même temps reparaître quelques-uns des symptômes du début : P.
nous salue jusqu’à terre et sourit lorsqu’il nous regarde ; sa figure est empreinte d’un air de satisfactiou ; parfois il se tient droit, fixe comme un conscrit faisant l’exercice.
3 Juin. — Le malade est tout à fait calme; il promet de ne plus recommencer ses actes de violence. La physionomie est plus naturelle.
fO Juin. — L’amé'ioralion continue. P. travaille et demande sa
mise eu liberté. ^
Sorti guéri le 20 juin-1863^
Observation XXV.
Sommaire — Lypémanie hypochondriaque datant de 3 ans ; hérédité ; anémie; impression morale vive; affaiblissement physique extrême; prostration des forces ; préoccupations relatives à sa santé ; crainte de la mort ; travaux des champs-, hydrothérapie ; guérison après deux mois de traitement.
B., Gousiant, vigneron, 35 ans, d’une constitution assez forle,
d’un tempérament bilieux, est a Imis à l’Asile le 5 juin 1863.
B., qui a eu un oncle paternel aliéné, a éprouvé depuis 3 ans plu¬
sieurs pleurésies pour lesquelles il a du être copieusement saigné ; car à la dernière son médecin lui dit: mon pauvre garçon, vous n’avez plus de
sang. B.était en effet profondément anémique, et les paroles de son
médecin furent pour lui comme un arrêt de mort. A partir de ce moment, il devient hypochondriaque. Dès lors, olus dè sommeil, plus d’appétit, préoccupations continuelles au sujet de sa santé, craintes incessantes de la mort; plus de travail ; perte progressive des forces, augmentation de l’anémie, et en même t^mps affaiblissement de l’intelligence.
B., toujours sous l’influence de ses préoccupations et de ses
craintes, devient comme idiot ; il parcourt son village comme une âme en peine, arrêtant les passants pour leur dire des choses insignifiantes
ou leur répéter ces paroles de soa médecin : Mên pauvre garçon, vous n'avez plus de sang, et pour prouver la vérité de ces paroles, il montre
son visage pâle, ses bras amaigris, ses jambes t fBlées. L’état de B.
s’aggrave tous les jours, et son intelligence s’affaiblit au point qu’il est devenu le jouet des enfants du village. Sa famille se décide enfin à le conduire à l’Asile où il arrive dans l’état suivant :
Santé générale délabrée ; teint pâle, blafard ; démarche nonchalante, voix faible, muqueuse des gencives pâles et décolorées ; palpitations ; appétit presque nul; digestions difficiles; peu de sommeil. Quant à l’état mental, il se révèle tout entier dans son regard qui exprime l’anxiété et la
crainte. B.nous répète qu’il n’a plus de sang, qu’il en est bien sûr,
que c’est son médecin qui le lui a dit; il ne peut pas travailler faute de forces ; il accuse des souffrances dans tout le corps.
Quoique B.soit calme et qu’il réponde assez bien à nos questions,
il est facile de remarquer chez lui un dérangement intellectuel assez notable, caractérisé surtout par un contraste frappant entre ses paroleg
et sa manière d’être. Ainsi B.est tantôt d’une tristesse extrême, et
tantôt, au contraire, d’une gaîté assez vive; il est, si je puis m’exprimer
ainsi, à la fois triste et gai. B., en effet, se met à rire au moment
même où il exhale ses plaintes les plus exagérées, et son rire est celui d’un imbécile qui rit sans savoir pourquoi.
Les premiers jours' de son entrée à l’asile, B..;., a refusé de travailler, mais bientôt, cédant à nos conseils, il consent à aller dans les champs s’essayer au travail, dont il a perdu depuis longtemps I habitude. 11 fait en même temps un traitement hydrothérapique (affusions froides de courte durée, frictions énergiques). Peu à peu, il prend goût au travail, et^ à mesure qu’il occupe son corps, ses préoccupations morales diminuent; il pense moins à ses souffrances ; il se plaint moins ; l’appétit est meilleur; le sommeil plus sati.-faisant, et enfin, après un mois de séjour à
l’Asile, B. qui depuis un an désespérait de sa santé, déclare qu’il va
un peu mieux et qu’il commence à croire que son médecin s’est trompé. Pour qui connaît l’hypochondrie, une telle déclaration de la part des malades est le prélude presque certain de la guérison. B., en effet, dont
la santé physique s’est tout à fait améliorée, reprend son travail comme autrefois, et après 2 mois de séjour à l’Asile, il retourne dans sa famille guéri complètement au physique comme au moral.
B.. entré à l’Asile de Blois le 5 juin, en est sorti le 7 août 1863.
Observation XXVI.
Sommaire. — Hysiéro-épilepsie datant de 10 ans] fièvre typhoïde-, vapeurs de charbon ; accès rares d’abord, puis plus rapprochés ; trouble
,mlal<«mé6»nr,mflold«l„lalede di« etde, travaux:
Guérison après 8 mois de traitement.
R.. Anatole, cuisinier, âgé de 21 ans, d’une constitntion to^e, d’mi
tempérament lyraphalico-nervenx, nous vient de I hôtel-D.eu de Blois, où il a éprouvé, d’après le certificat du médecin, des crises depilepste avec trouble mental et accès de fureur.
Quelques jours après son entrée à l’Asile, R.éprouve de nouveau
des crises nerveuses dont le caractère, si nous nous en rapportons aux détails fournis par un gardien habitué à voir des épdepUques n est p^
bien nettement déterminé. Les crises ont heu la nuit, eUe leûdemain
nous remarquons chez R.une légère hébétude qui disparaît peu a
peu, et le malade, revenu complètement à lui, nous fournit sur sa maladie des renseignements intéressants. . , ^ 1 ..
R attribue sa maladie nerveuse à une fievre typhoïde et à la vapeur du charbon. En effet, il a éprouvé pour !a prennère fois des accidents nerveux, en 1852 à la suite d’une fièvre typhoïde dont la convalescence a été très-longue. Ces premiers accidents ont dure un mois environ et ont consisté en une série d’accès - 7 a 8 par jour caractérisés par la perte complète de connaissance, des convulsions générales intermittentes, c’est-à-dire se reproduisant p usieurs fois dans le même accès après une rémhsioii de très-courte durée, et enfin par un vomissement de sang très-abondant. , ,
Puis, pendant 3 ans, R.ne se ressent aucunement de sa maladie et
peut même reprendre son état de cuisinier, lorsque, a la .suite dune brûlure, les accès reparaissent moins intenses que la première fois, mais toujours caractérisés par la perte de connaissance, des ^
vomissements de sang abondants, et à la suite, un trouble intellectuel oui se dissipe peu à peu.
3 ans après, nouvelle crise à l’hôtel-Dieu où il était entré pour une maladie de la peau, et transfèrement de R.à l’Asile. •
31 Janvier. — R.vient d’éprouver pendant trois jours consécutifs
des accidents nerveux en tout semblables à ceux obseivés précédemment, mais qui de plus ont été suivis d’une éruption rubeolique a mar-
1 er Février. Les crises se produisant toujours pendant le sommeil, nous n’avions pas encore été témoin d’un accès, lorsque le 1 er févner,
dans la journée, R.que son éruption fébrile obligeait de garde e
lit, s’endormit et fut pris d’une crise nerveuse que nous avons obser et dont voici la description : . „
Et d’abord, R. nous avait dit qu’il pouvait
24 heures à l’avance : une grande pesanteur de tête, une céphalalgie vio-
lente, de la lourdeur, de la lassitude dans les membres, une tristesse vague, des idées de désespoir, un affaiblissement intellectuel et moral •
Tels seraient habituellement, d’après R.les phénomènes précurseurs
des accès.
Nous n’avons, quant à nous, rien observé de semblable : l’explosion de la crise dont nous avons été témoin a été, pour ainsi d re iustan tanée. Tout à coup, sans cris, sms douleurs, ni aura : perte de connais
sauce, convulsions générales; R. se débat, se tord sur son lit iette
bras, tète et jambes de cô:é et d’autre, frappant par-ci par-là : son corps forme presque un arc de cercle ; il a littéralement la tête aux pieds • visage pâle, gonflement énorme des veines du cou, puis, tout à coup’ un flot de sang s’échappe par la bouche et par le nez. Après 10 minutes
de cet état con.ulsif, R.rettimbe épuisé et haletaul ; puis un instant
après, .1 est en proie aux mêmes convulsions. Dans l’espace d'une demi-
heure, que nous avons observé R., il a éprouvé 4 accès cmvulsifs en
tout semblables.
Une circonstance nous avait frappé : il nous avait .cerablé que R., pendant ses accès, nous regardait comme s’il eût eu conscience de noire présence auprès de lui. Et puis notre arrivée dans la salle où il était couebé avait été presque immédiatement suivie d’une série d’accès qui avaient cessé lorsque nous étions parti, pour r, p.^endrc, il est vrai,
dans le courant de la journé-; mais R.nous affirme ne nous avoir ni
vu ni entendu, bien qu’il eût les yeux ouverts ; et, en effet, nous avions, rendant 1 accès, approché brusquement une lumière de ses yeux et les pupilles étaient restées immobiles ; la sensibilüè, d’ailleurs, chez R était au moins très-émoussée pendant les crises ; c.r il frappait à tort a travers les barreaux de son lit, sans donner le momdre signe de douleur; enfin I état d^ébétude et la perte de mémoire consécutifs aux accès sont au-si, dans 1 espèce, des éléments importants de diagnostic qui
nousautoris<=nt, je crois, à admettre que R. était bien féellem^nt
epileptique, ou mieux peut-être hystéro-épileptique.
Nous n’avions point affaire, d’ailleurs, à une affection congéniale . t
point a soumet,re R.a un traitement méthodique par le lactate de
zinc qui eut un plein succès. R., en effet, sortit de RAdle complétl
ment guéri, après 8 mois d’un traitement pendant la durée duquel il
Nous «,o„, appri. rtamm.ni
Observation XXVII.
Sommaire. — Manie aiguë-, agitation extrêne avec violence-, délire général;incohérenee dans les idées et les paroles-, nauvements désordonnés-, insomnie ; inappétence-, rougeur et congestion de ta face; ijeux hagards-, pupilles dilatées ; hains prolongés ; guérison rapile.
g.. Prudent-Théodore, célibataire, 21 ais, d’un tempérament
nerveux, d’une constitution assez forte, est entré à l’Asile le 19 août
Onanisme; amour contrarié; jalousie.
R . atteint de manie aiguë, a déjà éprouvé rers l’âge de 13 ans des accidents analogues ; depuis 8 à 10 jours seulenent il est agité, court les champs, se lève la nuit.
An moment de l’entrée, R. a la physiotomie égarée, les traits
mobiles, les pupilles dilatées, le regard incertah, la parole brève : il gesticule, du reste, plutôt qu’il ne parle. Dms la soirée, l’agitation éclate; il devient violent, pousse des cris, le visage s’anime ; on est obligé de le maintenir avec la camisole. Loquarité incohérente ; inappétence ; insomnie. • . ■
23 Août. — Amélioration très-notable ; R..... est calme, mais il lui reste une grande incertitude dans les idées ; sa figure est encore égarée,
il ne se rend pas compte de ce qui lui est arrivé. ^
1 er Septembre. — Il ne reste plus aucune tra.e de délire, ni d’agitation. État tout à fait normal. R.sortira proclainement.
S Septembre. — R.est remis entre les mans de sa mère, complè¬
tement guéri ; il n’est resté que 13 jours à l’Asih.
Observation XXVIII.
Sommaire. — Folie épileptiforme-, obtusion Intellectuelle spontanée de cause inconnue ; perte complète de la mémdre ; impossibilité de se rendre compte de ce qui lui est arrivé pendant et ivant la crise; hébétude et étonnement à l’entrée ; retour à la raison.
R.. François, caporal retraité, infirme aar suite de blessures
reçues au service, âgé de 30 ans, d’une constitition assez forte, d un tempérament nerveux, est admis à l’Asile de Ilois le 18 août 1863.
R., conduit de la prison à l’Asile parles gmdarmes sans qu’aucun
renseignement nous ait été donné, se présente è notre observation dans l’état suivant : ;
Il est calme, sa physionomie est sombre, ses pupilles dilatées, son
regard incertain ; ses réponses sont lentes, mais il ne présente, à proprement parler, aucune trace de délire. Il nous raconte qu’il est nédans la Haute-Savoie. Caporal relraité, il touche par an ^85 fr. de pension, dont iOO fr. pour la médaille militaire. Sa pension a été liquidée en
mai 1862. Depui.s cette époque, R. habitait Pari», rue de l’Étoile,
travaillant de son état de cordonnier, et il y a touché son 2® trimestre le 1" juillet dernier. R.raconte que pour pouvoir recevoir sa pen¬
sion de bonne heure, il a passé la nuit an Ministère des Finances, et il avoue avoir pris, peud.nt la nuit, plusieurs verres d eau-de-vie avec un camarade, sans cependant s’enivrer. Il se rappelle s’êtrc dirigé ensuite vers sou domicile ; mais à partir de ce moment, ses .'ouvenirs sont irèscenfus; il lui semble se rappeler s’être ouché en arrivant, mais il n’en est pas certain. Nous avons appris par sa concubine qu’il était, en effet, rentré chez lui le le'juillet, et que c’est seulement le 2, qu’à la suite d’une querelle domestique, il a quitté son domicile.
Du 2 au 22 juillet, R.ne sait ce qu’il a fait; il s’est reconnu dans
un hôtel à Cloyes (Eure-et-Loir) malade et ayant à ses côtés un médecin qui l’a déclaré atteint d’aliénation mi ntale. On lui a dit qu’il s’était présenté bien portant pour demander une chambre, avec des papiers en règle, mais il ne sait commi nt il est veiiuâ Cloyes.
Du 26 juillet au 2 août, seconde lacune dans la vie de R..qui ne
sait comment de Cloy. sil s’est trouvé transporté dans un hôtel à Blois
Arrêté pour être parti de Cloyes sans payer ses dettes, R. a été
coiiduk à la prison, puis transféré à l’Asile comme aliéné.
Lors de son entrée à l’Asile, R.avait encore une certaine obtusion
intellectuelle, et ce n’est qu’au bout de quelques jours qiibl a pu luimême fournir sur ses antécédents des reufeignements assez précis, qui ont été confirmés et complétés par ceux recueillis par nous à d’autres sources. Il paraît, du reste, que R. a éprouvé quelque chose d’ana¬
logue en 1861 ; à cette époque, il s’est trouvé transporté à l’hospice de Pontoise sans savoir comment il y était venu.
15 Septembre. — R., calme depuis son entrée, conserve toujours
un peu d’obtusiou de l’intelligence ; nous observons de plus une certaine hésitation dans la prononciation, de légers mouvements convulsifs dans la lèvre supérieure, surtout à droite, accidents qui nous ont un instant inquiété ; mais il n'y a de déviation ni dans la langue, jii dans les trai'.s du visage ; les pupilles sont égales et ont même repris leur dilatation normale ; aussi n’hésitons-nous pas à rendre R. ... à la liberté après un traitement de quelques semaines, qui a suffi pour dissiper les nuages qui semblaient obscurcir son intelligence.
R.quitte l’Asile le 24 septembre 1863.
Il serait, je crois, superflu d’insister longuement ici sur les motifs qui
m’ont tait donner le nom de folie épileptiforme à l’aflection cérébrale
dont a été affecté R.Ce qui frappe le pins, en effet, dans les deux
accès qu’il a éprouvés, c’est le mode d’apparition des phénomènes morbid( s — soudaineté; absence de prodrome—, l’oubli complet, absolu, de la part du malade des accidents éprouvés et des circonslances qui les ont précédés et suivis, et enfin cette espèce d’hébétude congestive succédant aux accès. L’analogie ne saurait être plus complète : aussi redoutons-nous pour R... . l’explosion de nouveaux accidents.
Observation XXIX.
Sommaire. — Folie morale ; alternatives d'agitation maniaque avec délire général, hallucinations, mouvements et accès convulsifs, et de prostration mélancolique avec stupeur, immobilité complète, mutisme, hébétude ; périodes de prostration plus longues que celles d’agitation ; séion-, hydrothérapie-, acétate d’ammoniaque-, guérison après une longue période de prostration mélancolique avec stupeur.
J. L.-F. Edouard, célibataire, domestique de ferme, 17 ans,
d’nne constitution forte, d’uu tempérament sanguin, est entré à l’Asile le 13 février 1863.
J.est atteint d’nne fode morale, dont les causes présumées semblent
être : comme prédisposition organique, les fièvres de Sologne, et conarne cause morale déterminante, un désir immodéré et non satisfait d’être soldat.
C’est vers la fin de janvier 1863 qu’on s’aperçut, pour la première
fois, que J.n’était q)lns le même ; diminution de l’appétit, rongeur
et congestion de la face. Le 30 janvier, il éprouve une étrange illusion ; il voit une jeune fille q d disparaît devant lui et qu’il appelle la Dame
blanche. Cette apparition, toute naturelle cependant, semble à J.
une vision extraordinaire, et il se met ardemment à en rechercher l’objet. Le lendemain, il s’inquiète, s’isole de ses camarades et est en proie à de vives préoccupations; son regard investigateur indique assez d’ailleurs qu’il est toujours sous l’influence de l’illusion de la veille. Dans la nuit du l^rau 2 février, agitation excessive; on lui fait deux larges saignées coup sur coup (11), et cela sans qu’il en résulte la moindre amélioration. L’agitatiou revient plus forte, au contraire, dans la
journée : J. ne travaille plus ; il n’est préoccupé que de la Dame
blanche, à la recherche de laquelle il passe tout son temps. L objet de sa convoitise n’est autre, d’ailleurs, qu’une fille de son village avec laquelle il n’a jamais eu aucune relation. Par instants, J.recouvre
la raison, et prétend alors que s’il a commis des actes extravagants, il faut les attribuer à l’oisiveté à laquelle ou l’a condamné malgré lui.
14 Février.— Le malade, placé d’abord dans la section des tranquilles, n’a pu y être maintenu à cause de son agitation ; il court, saule sans but, rit lorsqu'on iiïi parle : il répond à nos questions, mais avec une certaine hésitation, qui ressemble par instants à de la niaiserie. Il paraît, d’ailleurs, se préoccuper fort peu de sa position. Extravagances de toutes sortes ; J. prend ce qui appartient à ses cama¬
rades, bouleverse tout ; il dit s’ennuyer beaucoup et menace de se briser la tête contre les murs, si on ne le renvoie pas chez lui. Les intervalles de calme sont de courte durée, et on ne peut le maintenir au travail. Il court et s’agite sans motifs. Ayant un jour aperçu la bonne d’un employé, ses yeux se fixèrent sur elle avec une expression de joie indéfinissable, et il se mit à gesticuler, à faire des contorsions en poussant des éclats de rire nerveux.
20 Février. — Aujourd’hui, J .est plus agité que jamais ; il casse
et brise tout ce qui se trouve sous ses mains, et on est obligé de lui mettre ta camisole, ce qui ne paraît le contrarier en aucune façon. 11 court, danse et rit sans motifs apparen's. Interpellé sur ces actes "extravagants, il répond en riant : si j’ai cassé, c’est parce que je n’avais rien à faire.
23 Février. — J., plus calme, rentre .à la section des tranquilles.
IerMar.s. — Tristesse; figure sombre, regard inquiet; mutisme. '
10 Mars.—Attaque de nerfs bystériforme; hébétude; prostration intellectuelle et physique; état de stupeur.
20 Mars. — J., envoyé au travail, essaye de se sauver; un peu
d’excitation.
13 Avril. — L’excitation n’a pas été de longue durée, et J.est
bien vite retombé dans une prostration, un engourdissement intellectuel inquiétants; immobilité complète; mutisme; hébétude de la physionomie ; dilatation des pupilles; œdème des extrémités; embonpoint. Application d’un séton à la nuque.
23 Avril. La scène change : agitation caractérisée par des mouvements désordonnés, instinctifs, alternant avec la stupeur. Cette excitation semble avom pour cause des hallucinations intenses. C’est, en effet, après être resté pendant quelques instants immobile, l’œil fixé vers lé
ciel, que J.part comme un trait eu poussant des cris perçants ; puis,
tout à coup, il s’arrête et rentre dans son immobilité. Affusions froides
depuis une quinzaine de jours ; pas d’amélioration. J.engraisse; la
stupeur est chez lui de plus en plus profonde ; insensibiUté morale absolue.
10 Juin. — Même étal ; nous taisons entretenir la suppuration du séton avec la pommade épispastique.
30 Juillet. — Stupeur de plus eii plus profonde, immobilité et mutisme complets. Cyanose des extrémités : J.reste toute la journée à
la même place et dans la même attitude.
30 Août. — Pas d’amélioration : on supprime le séton et on donne des affusions froides, puis de l’acétate d’ammoniaque à la dose de 4 gr. par jour-.
10 Octobre. — Nous remarquons une certaine amélioration dans l’état
(Je J.J il marche un peu et a perdu son immobilité de statue ; le
regard est aussi moins hébété ; il semble être plus impressionné par les
objets qui l’entourent : on dirait que J.se réveille d’uu long sommeil.
En effet, il secoue peu à peu son engourdissement, et le 15 octobre, nous notons même un peu d’excitation. Nous supprimons l’acétate d’ammoniaque.
27 Octobre. — L’amélioration a fait des progrès rapides. J.est
redevenu calme et raisonnable ; aussi nous empressons-nous de le renvoyer dans sa famille où la guérison s’est confirmée.
Observation XXX.
Sommaire. — Accidents antérieurs; manie puerpérale ; incohérence dans les idées; alternatives de tristesse et d'abattement; refus d’aliments; guérison.
M”® M.. femme M.est entrée à l’A.sile le 28 juin 1862 e't en
est sortie le 31 mars 1863.
Le nouvél accès qui nous amène M™® M— (V. le compte de 1862, obs. XIII, p. 28) semble, comme les précédents, avoir eu pour cause prédisposante, l’état puerpéral, et pour causes occasionnelles des chagrins de famille, des inquiétudes relatives à sa position. L’hérédité, d’ailleurs, quoique mal détermiuée, jrourrait n’avoir pas été sans influence sur le développement du trouble mental; plusieurs parents de la branche maternelle auraient des bizarreries le caractère qui touchent de bi' n près à la folie. Les accidents antérieurs, enfin, doivent être, dans une certaine mesure, considéiés comme constituant une fâcheuse prédisposition .
Depuis sa sortie, M™® M.a eu plusieurs crises, dont deux ou trois
très-violentes, et qui se sont constamment produites pendant l’été. Début il y a 21 jours par de la tristesse : abattement, incohérence dans les idées, insomnia. Amélioration très-sensible au bout de 8 jours, à la suite d’une purgation. Retour des accidents après une discussion avec une de
^ Si ¬
ses sœurs; elle ue sait pas ce qu’elle fait, ni ce qu’elle dit; un peu d’excitation; pas de menstruation depuis l’accouchement ; sécrétion lactée peu abondante quoique M“e M. n’ait pas cessé un instant d’allai¬
ter son enfant.
A son entrée, la malade est triste, abattue; nous sommes obligé d’intervenir pour la forcer à prendre quelques aliments. Elle ne parle à personne et c’est à peine si elle répond aux questions,que nous lui adressons.
Le 30 juin, un peu de fièvre; noos lui faisons garder le lit; mais
bientôt M®e jq.ge lève, se couche par terre, s’habille, dit des choses
extravagantes, prétend qu’elle est la gardienne, etc. Le soir, elle se plaint de douleurs aux seins qui sont, en effet, très-gonflés.
fei’Juillet.—Le gonflement des seins a beaucoup diminué; M“e M. . a toujours un peu de fièvre , mais la journée a été meilleure physiquement et moralement; elle demande des nouvelles de son mari et de sa famille.
2S Août. —Un peu d’amélioration ; alternatives de tristesse et d’excitioii.
15 Septembre. — M™® M.... est toujours triste, accablée, ne par anl presque pas. De plus, elle mange ses excréments et il faut une surveillance très-active pour l’eu empêcher. — Pas de travail.
Octobre. —Amélioration notable; figure plus gaie, plus ouverte ,
moins d’anxiété ; on parvient à occuper un peu M™® M.; elle ne
mange plus ses excréments ; mais nous éprouvons toujours une grande difficulté pour lui faire prendre des aliments.
Janvier. — Etat stationnaire ; M®e M. a des jours de gaîté et
des jours de tristesse; mais au fond, le désordre intellectuel reste le même.
Février. — Légère amélioration; mais M»"' M. refuse encore de
manger et passe de la joie à la tristesse sans motif aucun.
iOMars. — L’amélioratiou continue ; M™® M. travaille assez régu¬
lièrement et la maladie semble marcher vers la guérison.
Le 31, M*“® M.... est remise entre les mains de sou mari, complètement guérie.
Le traitement a consisté en l’emploi des purgatifs drastiques et des opiacés.
Observation XXXI.
Sommaire. — Mélancolie avec slupeur; tentatives de suicide ; tristesse profonik-, mutisme et immobilité presque complets pendant plu-
siews mois-, allaUemmt^ affaires dHntérêts ■ séton-, affusiom
guérison.
jjme G.femme D...., 33 ans et demi, entrée à l’Asile le 23 sep¬
tembre 1862, en est sortie guérie le 20 juillet 1863.
Cette malade, dont la menstruation a toujours été irrégulière , a eu deux couches depuis sou mariage ; la première, à 23 ans, s’est passée sans accidents; mais les règles n’ont reparu que 4 ans après; a 31 ans, nouvel accouchement, suppression des règles qui ne sont pas encore revenues au moment de l’entrée à l’Asile. C’est pendant 1 allaitement que les accidents ont débuté, il y a six mois environ, à la suite d’un voyage à Paris, pour chercher un nourrisson. A son retour, D..... parait contrariée, elle craint de n’être pas payée par les parmls de 1 enfant dont elle s’est chargée; les inquiétudes qu’elle conçoit à ce sujet parais- ■ sent avoir été la cause efficiente de la maladie. En efiet, quelques jours après, M“v D... eut une syncope, et, à la suite, de la tristesse, des craintes exagérées, et, enfin, du délire, de l’excitation. Elle prétend qn’el’e est perdue, ne dort pas la nuit, déchire ses vêtements et fait
même une tentative de suicide. Depuis cette époque, les accidents se
sont toujours aggravés; aucun trailement n’a été fait.
A sou entrée, le 23 septembre, stupeur profonde; mutisme complet ;
inertie, pas d’haduciuations; affusions froides.
15 Novembre.— Amélioration légère, un peu de travail, physionomie moins sombre, ne parle cependant pas encore. - ,
23 Janvier. — L’amélioration n’a pas fait de progrès; D.reste
des heures entières, son ouvrage à la main, sans rien faire; elle conserve l’immobilité la plus complète et ne parle pas.
11 Février. — Malaise, inappétence, fièvre; même état mental ; — nous prescrivons un purgatif drastique.
28 Avril. - M“«D,... est à peu près dans la même position ; nonchalante, ne parlant pas; elle est cependant très volontaire; elle travaille parfois d’elle-même; mais lorsqu’on le lui commande, il est presque impossible de vaincre son obstination : santé generale tresbonne; engraisse beaucoup; nous supprimons les affusions qui n ont pas ameiié d'amélioration sensible et nous appliquons un séton a miqnp.
4 Mai.- Mme D.... refuse toujours de travailler; pas d'amelioration; douches après lesquelles elle reprend son travail. , ,
Le 10. — M“'D.toujours sombre, n’a pas cessé cependant de
travailler depuis la douche du 4 mai; ce qui prouve que, chez elle,
toute lueur intellectuelle n’est pas éteinte.
10 juin. — Légère amélioration, quelques réponses timides, physionomie un peu plus expansive.
JO juillet. — Le mieux s’est maiulenu; nous supprimons le séton.
Le J5. — M“e D. semble sortir définitivement de sa torpeur
physique et morale ; elle demande, quoique timidemeut, sa sortie.
Le 20. — Mme D.est mise en liberté, considérée comme guérie
de son affection mentale, mais conservant encore un certain engourissement de l’intelligence.
Observation XXXII.
Sommaire. — Manie puerpérale jugée par une entérite aiguë-, procès au moment de l’accouchement-, incohérence dans les idées, illusions-, alternatives d’excitation et de dépression-, guérison.
Mme G...... femme G., 28 ans, d’un tempérament lymphatico-
nerveux, d’un caractère très-impressionnable, est entrée à l’Asile le 28 juin 1863, et en est sortie guérie le !'>• août de la même année.
Cette malade, mariée à l’ége de 22 ans, a eu déjà deux enfants; la première couche s’est effectuée dans de bonnes conditions ; la seconde, au contraire, survenue il y a vingt jours, doit être considérée comme la cause prédisposante de l’accès qui nous l’amène. Le jour même de
l’accouchement, Mme c. fut vivement contrariée de voir son mari
obligé de l’abandonner pour aller soutenir un procès devant le tribunal. L’accouchement s’était bien passé cependant, mais la fièvre de lait ne
se déclara pas à son époque habituelle, et lorsque Mme q .offrit le
sein à son enfant, il n’en sortit que du sang. Le quatrième jour, cependant, la montée du lait parut vouloir se faire; mais, quelques heures plus tard, les seins étaient entièrement dégonflés. Malgré cela,
^. continua pendant deux jours encore à allaiter son enfant;
puis des crevasses étant survenues aux mamelons, elle dut cesser complètement.
Jusqu’alors, on avait bien remarqué chez Mme C. ... jg l’étounement dans la physionomie et un peu .le loquacité; mais il n’y avait aucune trace de délire. Tout à coup, les accidents éclatèrent par des
cns, des pleurs, de l’incohérence complète dans les idées. Mme c.
fait continuellement le signe de la croix, ne dort pas la nuit. Pas de tentative de suicide, ni d’actes de brutalité sur son enfant; elle est violente cependant, si on la contrarie. Dans sa loquacité incohérente, elle parle souvent des curés, mais ses idées n’ont aucune fixité. Depuis quelques jours, elle est pourtant un peu plus calme.
Lors de son arrivée, Mm'= G.est extrêmement faible; elle ne [leut
se soutenir sur les jambes; la face est pâle, profondément anémique; la peau est chaude, moite, le pouls petit, un peu fréquent. Les seins
ne contiennent pas une goutte de lait et les lochies ont cessé de couler. La malade n’a pas conscience de sa position ni du lieu où elle est, ne répond pas aux questions ; elle a des illusions, la parole brève, un peu de loquacilé, mais pas de véritable agitation.
29 juin. — Agitation pendant la nuit, loquacité; s’est levée à plusieurs reprises. Refus d’aliments depuis son entrée; emploi sans succès
de la bouche de force. G. ne paraît pas comprendre ce qu’on
lui dit; elle rit lorsqu’on la menace de la sonde et prétend que ce qu’on lui donne à manger n’est pas bon. Elle ne parle ni de son mari ni de son enfant, et ne parait pas même y penser.
Le 31, G. consent à manger du pain trempé dans du vin;
mais elle refuse toute autre alimentation. Même état mental; elle a toujours des illusions, fait le signe la croix, parle des curés et du bon Dieu. Elle paraît vivre dans un monde imaginaire, sans se rendre compte de, ce qui se passe autour d’elle ; les conceptions délirant s surgissent isolées, incohérrntes, d’une façon tout à fait fortuite et automatique. Faiblesse physique toujours extrême.
1 « Juillet. — Même état ; alimentation tonique ; vin de Bordeaux et quinquina.
Le 4, plus de calme et de sommeil; G. répond un peu plus
nettement aux questions et paraît comprendre ce qu’on lui dit. On continue les toniques.
Le 6. — M”« G. parle de son enfant et de son mari, elle pleure
et s’inquiète de sa position. Elle a encore beaucoup de confusion dans les idées, les yeux sont brillan's, elle sourit sans motif et cependant la sœur parvient à l’occuper un peu à des travaux d aiguille.
Le 8, dans la journée, la malade est prise de vomissemenis ; elle a de la fièvre, un peu de frisson; on la fait passer à l’infirmerie; le ventre est ballonné et d’une sensibilité telle que nous pouvons à peine y toucher pour l’explqrer; puis tout à coup une pression, même assez forte, peut être supportée comme si la tolérance s’était établie; un peu plus tard, la douleur reparaît pour disparaître encore de la même manière. Il y a de la fièvre, le pouls est petit, fréquent, la peau cependant assez fraîche et moite. Langue rouge à la pointe. Nous prescrivons des bains de siège, des cataplasmes laudanisés sur le ventre, des lavements simples, et la diète.
Le i), le ventre présente toujours une grande sensibilité, mais il est un peu moins ballonné que la veill . Faiblesse extrême, dia>'rhée,
Mme c.gâte sous elle. L’état mental est moins mauvais, les idées
sont un peu plus nettes et elle dort assez bien la nuit. Toujours quelques idées religieuses.
Le 10, un peu de mieux. Malgré l’anémie apparente, il u y a pas de
souffl' dans les carotides; léger prolongement du premier bruit du cœur, pouls toujours petit et fréquent.
La malade a eu dans la journée la visite de son mari, elle l’a parfaitement reconnu et lui a parlé de ses enfants et de sa famille. Elle n’a point manifesté une bien grande joie ; elle est restée calme et a causé un peu avec lui, lui a reproché de l’avoir mise aux iliénés, attendu qu’elle n’est pas folle. Conversation décousue; toujours des illusions : elle prend une jeune malade du service pour sa petite fille
et dit à son mari d’aller l’embrasser. Depuis cette visite, M™» G.
est restée calme, n’a pas parlé de son mari. Elle pleure, dit qu’elle va mourir, que nous ne pourrons pas la sauver. Moins de diarrhée dans la journée.
Le dl, pas de diarrhée; agitation pendant la nuit; pouls à dOO,
petit, dépressif; face rouge, animée. M”® C. s’affecte beaucoup]
elle pleure en parlant de son enfant et de son mari ; elle va mieux cependant, sous le rapport mental; elle semble sortir d’un rêve et chercher à se rappeler ce qui lui est arrivé ; mais ses souvenirs sont encore confus et elle retombe de suite dans ses idées délirantes.
Le 12, amélioration physique et morale très-snnsible.
Le J5, la fièvre a reparu ; le pouls est à 100, la langue sèche; diarrhée; état mental stationnaire.
Le 20, faiblesse morale extrême, pleurs sans motif, encore quelques illusions; fièvre moins intense.
Le 22, vomissements, encore un peu de fièvre ; engourdissement phys:que et moral ; somnolence.
Le 24, physiçmomie sombre, mais plus naturelle, elle manifeste le désir de retourner chez elle soigner son mari et ses enfants. Plus d’initiative, elle s’i St habillée seule ; disparation des accidents fébriles.
Le 1er août, la visite de son mari réveille un peu M”® C.. elle sort
de son engourdifsemem ; demande instamment sa sortie, parle de ses enfants, et serait bien heureuse de les voir. Nous jugeons M^e G.gué¬
rie et larematons, le jour même entre les mains de son mari.
Observation XXXIII.
Sommaire. - Manie aiguë-, agitation, violence, loquacité, incohérence complète dans les idées-, pas de sommeil; Sologne-, accès antérieurs dans la famille, contrariétés; guérison après deux mois de séjour à l’Asile.
., Maiguenle, 48 uns, domestique, entrée à l’Asile le 7 juin 1863,
eu est sorUe guéiie le 11 août de la même année.
Celte fille, qui a déjà eu, dans sa famille, trois accès semblables, dont le dernier remonte à 17 ou 18 ans, fut prise il y a une dizaine de jours, à la suite d’uue discussion avec son maître, d’uné nouvelle crise caractérisée surtout par une violente agitation; elle se lève la nuit, se promène daus s • chambre, rit aux éclats ; le matin, toujours agitée, elle s’échappe de la maison et va se précipiter dans un petit étang ; nous n’avons pu savoir si on avait été obligé de l’en retirer ou si elle en était sortie d’elle-mème. Conduite chez son beau-frère, elle le frappe d’un coup de barre de feu ; sa physionomie est égarée et exprime la fureur ; le lendemain, à son lever, elle se met à l’eau jusqu’au cou, sous pré exte de laver ses hardes. Son beau-frère l’ayant invitée à se retirer, elle ne le fit qu’après bien des instances. A dater de ce jour l’agitation augmente, elle casse tout, irappe, monte sur les meubles, saute, jure, s’emporte, jette un chat <lans le feu. Pendat4 quatre jours, elle n’a cessé <le chanter, même pendant la nuit. Depuis, elle marmotte continuellement des mots inintelligibles. Saignée.
A son entrée, le 7 juin 1863, elle est calme, mais les plaies circulaires qu’elle porte aux deux poignets indiquent qu’on a été obligé de la maintenir très-fortement. CVst une petite femme au teint cachectique, spécial aux Solognots. Elle ne peut rendre compte de ce qui lui est arrivé, et cependant elle répond à certaines questions. Son intelligence parait avoir toujours été très-faible ; peu de sommeil pendant la nuit.
Le 8 Juin. — Vive agitation ; M. déchire ses vêtements, saute, se
roule par terre ; on est obligé de la maintenir avec la camisole.
Le9. —• Agitation plus forte encore que. la veille; violence; insomnie.
Le 16. — L’abattement a remplacé l’agitation; un peu de sommeil la nuit.
Le 20. — L’amélioration continue ; M.travaille à la vacherie ; elle
est peu intelligente, peu communicative.
Le 23.Encore quelques moments d’excitation ; travaille toujours,
mais refuserait, à coup sûr, si on ne Mi avait assuré qu’eUe gagnait cents francs par an.
Le 20 Juillet. — Le mieux s’est maintenu ; état tout à fait normal.
11 Août. — M.quitte l’Asile complètement guérie.
Observation XXXIV.
Sommaire. — Lypémanie puerpérale-, hérédité, allaitement, perte de son père; idées de persécution, agitation^ apparition des menstrues Guérison rapide.
^ .femme N.35 ans, enirée à l’Asile le 3 aoùl 1863 en
est sortie guérie le 17 du même mois. *
, ^.e®* ‘f’“De bonne santé habituelle, intellig, nie, très-impres¬
sionnable ; le père, la mère et^un cousin-germain paternel ont présenté des signes d’aliénation mentale. Elle-même, lors de l’allaitement de son second enfant, aurait éprouvé des accidents analogues à ceux qui nous 1 amènent aujourd’hui.
Le début de l’accès actuel remonte à un an euviron. Deux mois après 1 accouchement, qui s’était fait d’ailleurs dans de bonnes conditions N.... apprend que s.m père vient de se suicider, et que sa sœur ainsi que d autres parents qui avaient essayé de cach r ce fait au public et al autorité, sont inquiétés à ce sujet. Cette nouvelle impressionna
beaucoup M-e N., et parait avoir été le point de départ du trouble
mental qui ne tarde pas à éclater. Elle néglige ses occupations de ménage elle est triste, tient des propos insignifiants et ne dort pas la nuit. Cet état resta stationnaire jusqu’au mois de mars dernier, époque à laquelle survinrent de l’agitation et des idées de persécution. Elle refuse de prendre des médicaments, ceux mêmes qu’elle est allée demander au pharmacien ; elle dit qu’on veut l’empoisonner, que nous sommes sous un autre régime, au temps de Robespierre. Cette excitation dura trois jours environ, et paraît avoir cédé à une saîgnée. Depuis cette époque, elle était retombée dans son état mélancolique, se plaignant constamment de sa santé, de mauvaises digestions qu’elle attribue à des manœuvres de sorciers. Enfin, hier, l’agitation éclate de nouveau sans
même à des actes de violence.
3 Août. - Amenée la nuit par les gendarmes, cette malade n’a pas cairr"'!! elle est asL
tête Fui > fait maigre elle, que c’est son lait qui lui a monté à la iiosiiion P T' déplore sa
trTs rnfl N ^ bonne. Les seins sont
Tur ks sdns prescrivons une purgation saline et des cataplasmes
Le 4 Août. - Même état, M- N. travaille toujours : elle a bien
dormi la nuit dernière. ■' ’
Le 6. — Le calme continue, les seins sont moins g -nflés; apparition des menstrues ; toujours un peu triste, incertaine, pleurant facilement.
Le 10. — Physionomie plus naturelle; calme, demande sa sortie pour aller soigner ses enfants et son mari.
Le 17. — M™e N., jugée guérie, est remise entre les mains de sa
Observation XXXV.
Sommaire. — Lypémanie; hérédité, disctmions d’intérêt ; tristesse; désespoir profond ; Guérison.
M™® B. femme R., 25 ans, d’un tempérament lymphatique,
d’un caractère timide, entrée à l’Asile le 22 juin 1863, en est sortie guérie le 22 octobre de la même année.
C’est à l’hérédité et à une discussion d’intérêts qu’il faut attribuer
l’accès de folie qui amène R.à l’Asile. Cette malheureuse femme,
dont le père, la grand’mère paternelle et un frère ont été aliénés, intéressée en outre jusqu’à l’avarice, eut, il y a trois mois environ, une discussion avec un marchand à qui elle avait vendu sa vache ; la crainte de plaider et surtout de perdre le prix de sa bêle lui fit une vive impression, et la nuit suivante elle eut uu peu d’excitation et ne dormit pas. Le
lendemain tout avait disparu, M”® R. reprit ses habitudes de travail,
et son mari ne s’aperçut d’aucun trouble de l’intelligence.
Un mois aprè“, sous l’jnfluence de reproches et de menaces faites par le marchand, sa raison commence à s’égarer ; elle devient inquiète et triste, pleure et néglige ses occupations de ménage. Pas de sommeil la nuit; au moindre bruit, elle croit qu’on vient la chercher pour luj faire du mal. Cinq ou six jours après, agitation ; elle saute, crie et pleure. Ces accidents se calmèrent un peu pendant une huitaine de jours ; puis l’agitation revint plus forte encore qu’auparavant. Elle se sauve de chez elle et dit qu’elle veut se noyer. Depuis 10 jours surtout, l’agitation est extrême.
A son entrée, R.a sur la physionomie un cachet de tristesse
profonde ; son regard étonné, anxieux, indique qu’elle est en proie à de vives préoccupations, à un violent désespoir; elle pleure, pousse des cris pour se séparer de son mari, et lorsqu’elle aperçoit la soeur elle se jette à ses genoux, lui embrasse les mains comme pour lui demander aide et protection. Elle est tellement absorbée qu’elle ne semble pas entendreles questions que nous lui adressons; elle dit qu’elle est perdue, ne sait pas où elle est, ni pourquoi on l’a amenée ici. Papilles très-dilatées.
27 Juin. — R. travaille un peu à la coulure ; mais le regard
est toujours fixe, étonné, et elle a les mêmes préoccupations.
1" Juillet. — M™® R..... pleure, se lamente, s’inquièle de son frère et prétend qu’il est très-malade, qu’il va mourir ; pas la moindre amélioration.
Le 8. — Une visite de son frère la calme un peu ; la physionomie est moins sombre, les idées de désespoir moins persistantes.
Le 15. — Retour des accidents, excitation pendant la nuit; M“® R.
se lève, va trouver une autre malade .à qui elle veut offrir une larme et demie pour la récompenser d’avoir sauvé son frère.
Le 20. — Même état ; pas de travail ; insomnie, pupilles extrêmement dilatées; étonnement; pleure en disant que son pauvre frère est mort; menace de se noyer, dit qu’elle est bien malheureuse de ne pouvoir se détruire.
I e 28. — Légère amélioration ; travaille.
Le 5 ai ù‘. — Nouvelle crise d’excitation ; anxiété ; croit toujours que son frère est mort, que toute sa famille est perdue.
Le 10. — Un peu de calme.
Le 15 Septembre. —M™® R. reçoit une visite de son mari qui ne
paraît lui procurer qu’une satisfaction médiocre; . Ile lui fait des reproches de l’avoir amenée à l’Asile ; elle s’inquiète de sa ma’son, de son' ménage ; elle ne retrouvera plus ce quelle a laissé ; son mari a peut-être pris une autre femme. Toujours les mêmes idées relativement à son frère et à sa famile.
Le 2 Octobre. -- Nouvelle visite du mar-, M™® R. le reçoit mieux
que la première fois; elle pi omet de travailler si son mari veut la reprendre chez lui.
Le 10. — Plus de calme; expression de la physionomie plus natur. Ile.
Le 22. M™e R.est remise entre les mains de sou mari, conser¬
vant encore un léger trouble in'ellectnel ; mais à peine arrivée chez elle, elle reprend son entrain et ses occupations d’autrefois; la guérison se confirme.