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sa bonae réputation. Pour prouver aux jurés que Néaera est une courtisane, Démosthène dit : € Elle soupait et buvait avec Stéphanos (son mari) et ses amis en vraie cowrtisane^. » Ainsi les relations mondaines, les dîners et les réunions où se rencontrent les hommes d'esprit et les femmes aimables, et qui sont, à la condition de ne point en abuser, un des agréments de la vie contemporaine, n'existaient point à Athènes.
Les Athéniens se dédommageaient avec les courtisanes. A celles-ci les mœurs n'imposaient aucune gêne. Les hommes ne leur demandaient que d'être belles et gaies, et la loi ne s'inquiétait pas d'elles puisqu'en qualité d'étrangères elles étaient pour ainsi dire hors la loi. Pourvu que l'hétaire acquitte l'impôt [ji£Totx(ov comme étrangère, et l'impôt xopvixov comme courtisane, pourvu qu'elle n'enfreigne pas les lois de la cité, qu'elle ne contrevienne point aux règle-
1* Démosthène, C. iVecera, 10; Eschine, C. Timatch,, 139; Plutarque, Solorif xxix*
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ments de police, qu'elle ne fasse pas scandale en entrant dans certains temples ou en se mêlant aux femmes et aux filles des citoyens dans les cérémonies publiques, elle a toute liberté de vivre et d'agir à sa guise ^ Elle va où bon lui semble, sort quand il lui plaît, s'enrichit comme elle le peut et se ruine si elle le veut.
Depuis rhétaire possédant maison, esclaves, joyaux, commanditant banques et fabriques et dominant une cour d'adorateurs, jusqu'à l'humble esclave du troupeau des dictériades, les courtisanes étaient presque obligatoirement conviées dans les soupers, qu'elles égayaient par leurs propos et leurs chansons. Beaucoup d'entre elles avaient le mot plaisant et la repartie vive. Si l'on faisait l'anthologie de l'esprit grec, on prendrait à Glycère et à Callistion autant qu'à Diogène et à Arcésilas, aux courtisanes au-
1. Cf. Demosthène) C. JVeœra, pauim; Eschine, C Ttmarch,, 139; Athénée, Xm, passim; Plutarque, 5o/ofi, XXIX ; Meursius, Themis AUicay I, 6 ; Samuel Petit, Leges AtHccBy p. 41, 473-476.
tant qu'aux philosoplies. Mais l'esprit des courtisanes était toujours le même. Avec elles, il arrivait le plus souvent que d'enjouée la conversation devenait licencieuse.
Ces femmes ne manquaient pas seulement de retenue ; elles manquaient de discrétion.
En pareille compagnie, il eût été dangereux de parler politique et il était impossible de s'entretenir longtemps de sujets sérieux.
C'était bien pour les jeunes gens, c'était même bien pour Socrate qui savait s'accommoder de tout ; mais des hommes tels que Périclès, Anaxagore, Damon, Phidias ne pouvaient se plaire longtemps aux bavardages des joueuses de flûle.
Regardée comme la maîtresse de Périclès par la foule des Athéniens, respectée comme si elle fût sa femme par les amis du grand orateur, Aspasie était dans une condition unique. Elle avait à la fois la liberté de la courtisane et la retenue de l'épouse. Elle pouvait recevoir les familiers de Périclès, ce qui eût été imputé à crime à une Athénienne, et ceux-ci trouvaient en elle
une interlocutrice capable de les entendre et de leur répondre, ce qui n'était pas le fait d'une courtisane. C'est ainsi quon s'explique le rôle tout particulier d'Aspasie à Athènes, sa renommée chez les philosophes, le grand et tenace amour qu'elle inspira à Périclès. La première, la seule peut-être de toutes les femmes d'Athènes, elle entretint un commerce aimable et élevé avec les hommes supérieurs. Pour Socrate, pour Anaxagore, pour Phidias, elle fut une amie sincère et intelligente. Pour Périclès, elle fut la maîtresse et la femme, le sourire de la vie, le charme du foyer, le sûr confident de chaque jour ; elle eut la parole qui éclaire, l'affection qui console et la grâce qui repose.
On ne gouverne pas une république vingt ans et plus sans être en butte à toutes les calomnies, sans subir tous les outrages.
Combattu dans ses actes publics par les orateurs de l'Assemblée, Périclès était attaqué dans sa vie privée par les meneurs de l'agora et par les poètes comiques, ces journalistes et ces pamphlétaires du temps. Sa liaison avec Aspasie était un intarissable sujet de moqueries et d'allusions blessantes. On appelait Aspasie l'Hèra du
nouvel Olympien, l'Omphale et la Déjanire du nouvel Hérakiès. On accusait la Milésienne de faire de la maison de Périclès — le roi des satyres, comme disait Hermippe — un véritable diktérion, rempli de courtisanes de toute sorte et même d'Athéniennes mariées, qui, par leurs complaisances, aidaient à la fortune politique de leur mari. D'après le bruit public, la femme de Ménippos avait ainsi obtenu pour lui le grade de stratège*. Aspasie était le mauvais démon de Périclès, l'inspiratrice de sa politique imprudente et de ses actes arbitraires. On lui attribuait les dilapidations du trésor des alliés, les grandes dépenses dont Périclès grevait le budget de la cité pour donner des travaux à ses amis comme Phidias, son népotisme à l'égard de ses familiers Pyrilampos, Charinos, Ménip-
1. On sait qu*â Athènes toutes les hautes fonctions ci- Yiies et mihtaires étaient conférées par le peuple; mais, dans la pratique, il suffisait généralement qu'un tout-puissant chef de parti, comme Périclès, proposât un candidat pour que Télection fût à peu près assurée.
pos. (Ce dernier, contrairement au principe de la démocratie athénienne, cumulait cinq ou six fonctions.) On affirmait que Périclès était soumis à toutes les volontés d'Aspasie, qu'il était prêt à sacrifier pour elle la gloire et la prospérité d'Athènes; on insinuait qu'à son instigation il rêvait la tyrannie*.
En 44^0, un différend surgit entre les Samiens et les Milésiens au sujet d'une petite ville du littoral asiatique, Priène, sur laquelle les premiers prétendaient avoir des droits. Une courte guerre s'ensuivit ; les Milésiens furent battus. Samos et Milet reconnaissaient toutes deux l'hégémonie athénienne. Les Milésiens portèrent leurs plaintes à Athènes, où l'on décida, sans rien préjuger, que les deux cités enverraient des ambassadeurs afin que le conflit fût jugé à l'assemblée du Pnyx. Les Samiens n'y vou-
1. Fragm, Comte, grœc, p. 47, 136, 187, 190, 282; Plutarque, Pet^icL, XXIV, XXXUÏ; Clément d'Alexandrie, Strom.^ p. 609; leScoliaste d'Aristophane, AveSy v. 250; Hésychius, s. V. 'A(nra(Tta.
lurent point consentir, et, prétextant qu'il y avait dans l'intervention d'Athènes un abus de pouvoir, ils se déclarèrent indépendants.
Les Athéniens ne pouvaient souffrir une pareille détection où ils voyaient, avec raison, les intrigues de la Perse. Sur la motion de Périclès, ou d'un orateur de son parti, un armement considérable fut aussitôt voté, dont Périclès lui-même prit le commandement. On dit — mais rien n'est moins prouvé — qu'Aspasie l'accompagna dans cette campagne avec un cortège de courtisanes qui firent de grands profits S car le blocus dura neuf mois. Après une défense opiniâtre, marquée par de sanglants combats, Samos capitula. Les Samiens durent raser leurs fortifications, livrer leur flotte de guerre et payer une indemnité de mille talents (près de six millions de francs^).
L'expédition contre Sanfios était juste et nécessaire. Athènes, qui tirait de si impor-