‹ Aspasie, Cléopatre, ThéodoraChapitre 9 sur 105 · Voir rappendice II · texte numérisé non relu

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probable. A Athènes, un citoyen était parfaitement libre de vivre avec une courtisane, quelle qu'elle fût. Mais la loi lui interdisait d'une façon formelle d'épouser une étrangère. Il ne pouvait le faire qu'en vertu d'un faux témoignage, car avant la cérémonie religieuse il y avait à remplir une formalité légale (eYï^Tj). Si plus tard, il était reconnu que la déposition enregistrée par le greffier public était fausse, les deux époux, considérés comme complices, risquaient d'être traduits devant le dikastérion. La loi édictait des peines graves:

la femme était vendue comme esclave; le mari avait à payer une grosse amende et perdait ses droits civiques; les enfants, déclarés bâtards, étaient déchus du nom d'Athénien * . Quelques hommes obscurs réussissaient sans doute, à l'aide de faux témoins, à tromper les greffiers de l'état

1. Le si curieux plaidoyer de Démosthène, Contre Néœra, est consacré à une cause analogue : Ypaçrj Çevta;. Cf. Plutarque, PericLy XXXVH; Meursius, Themis atticaj I, VI et

civil sur la nationalité de leur fiancée, et, s'ils ne se mêlaient point aux luttes politiques, ils n'avaient pas trop à craindre des enquêtes subséquentes. Mais il n'en pouvait être ainsi pour des personnages aussi connus que Périclès et Aspasie. Périclès eût-il même eu la certitude de faire enregistrer une déposition mensongère, qu'il ne l'eût point voulu. Comme chef de parti, il était sans cesse exposé aux attaques et aux machinations de ses ennemis politiques. Dans cette cité où, le ministère public n'existant pas, tout citoyen pouvait intenter à tout citoyen une action au criminel, quelle arme ce mariage illicite eût fournie à ses adversaires! Si l'honneur du mariage était dénié à Aspasie, elle avait par compensation une liberté inconnue aux Athéniennes. Sans doute, à Athènes, la femme ne vivait point dans un humiliant esclavage, comme quelques personnes se l'imaginent encore. Dans la maison, elle était maltresse souveraine.

En se mêlant des détails du ménage, le mari se fût donné un ridicule. Xénophon,

dans son traité de YÉconomiquej dit que c'est au mari de gagner Taisent et à la femme de le dépenser. Il compare ensuite la femme à la reine des abeilles : « Elle reste dans la ruche et envoie les abeilles travailler au dehors. Elle reçoit ce que chacune d'elles apporte, et conserve les provisions jusqu'au moment de s'en servir. Elle préside à la construction des cellules, elle prend soin de la nourriture des nouveaux essaims. » La femme est l'économe de la maison. C'est elle qui distribue la tâche aux servantes, qui donne des ordres aux esclaves, qui se charge de la cuisine, du cellier, de la boulangerie, qui fait acheter, ranger et distribuer les provisions. C'est elle qui a la clef de la chambre où sont tous les objets précieux, vases et coupes de métal, bijoux, riches vêtements pour les jours de fôte, aident monnayé. L'usage lui défend de nourrir elle-même ses enfants, mais elle les berce, les amuse et les embrasse sans cesse. Ensuite elle veille à la première éducation des garçons, à l'éducation entière

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'des filles. Pour s'occuper encore, TAthénienne a sa toilette, qui est fort longue et fort compliqu<te, car elle se baigne plusieurs fois chaque jour, se parfume, s'oint les cheveux d'essence, se les poudre avec de la poudre d'or, se farde les joues et les lèvres, se teint les paupières et les sourcils. Le temps que lui laissent sa maison, sa toilette, ses enfants, ses oiseaux et ses chiens, la femme l'emploie en promenades, en courses et en visites à des amies *. Les jours de fêtes religieuses, si fréquents en Attique, sont pour les Athéniennes des occasions de plaisirs sans nombre et d'une infinie variété. Tantôt elles entendent au théâtre de Bacchus une tragédie d'Eschyle ou de Sophocle, tantôt elles figurent, magnifiquement parées, dans le splendide cortège qui monte au Parthénon par les degrés des Propylées.

Aux Dionysies, elles parcourent, montées sur des ânes et déguisées, les bois et les

1. Arisiophane, Ranae, v. 1349; NuheSy v. 879; Eccles., passim; Xénophon, jEconom,, vu; Démosthène, C. NecerUy 15; C. Eubuly 42; C. Caîlicly 35; Cornélius Nepos, Praefat,

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plaines des environs d'Athènes. Aux Sténies, elles se livrent par les rues et les places des assauts de plaisanteries et d'invectives comiques. Aux Thesmosphories, elles célèbrent, deux jours durant, les rites mystérieux du temple de Démèter, d'où les hommes sont exclus. Aux Adônies, aux Thargélies, aux Éleusinies, ce sont d'autres cérémonies et d'autres spectacles : processions, concours de chanteurs, jeux publics, courses aux flambeaux, apparitions fantasmagoriques *.

Les femmes n'étaient donc ni des esclaves ni des recluses ; seulement elles vivaient en dehors de la société des hommes. Sauf le mari et les très proches parents, nul ne franchissait le seuil du gynécée. Les femmes se donnaient des festins entre elles; mais, le mari traitait-il ses amis, la femme se retirait dans ses appartements. Le fait seul d'assister à un repas où se trouvaient des hommes eût irrémédiablement compromis

1. Aristophane, Lysistrata, v. 641, sq; Platon, LegeSy ii, p. 659; Plutarque, Theseus^ xxiii, etc., etc.

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