‹ Aspasie, Cléopatre, ThéodoraChapitre 102 sur 105 · H. Taine, Voyage en Italiey II, p · texte numérisé non relu

H. Taine, Voyage en Italiey II, p

3. E. Renan, EsmU de moraie et de crUique, p. 275. Cf. riibt>on. Décad, de VEmp, romain. VU, p 236. — Voir rn)ipendice XIU.

A l'exemple de Justinien» Théodora avait peu de scrupule dans l'emploi des moyens et dans le choix des individus. Elle ne regardait pas à la valeur morale du serviteur, pourvu qu'il servît bien. C'est ainsi que l'impératrice s'était attaché Antonina, la trop fameuse femme de Bélisaire.

Ce grand capitaine, qui, en ces temps où les Barbares combattaient avec des masses de cent mille hommes, ne voulait leur oplK)ser que de petites armées de soldats dis*

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ciplinés et aguerris et qui était presque toujours vainqueur, n'avait qu'un défaut ou plutôt qu'une faiblesse : son amour pour une femme indigne. Antonina était fille d'un hénioque (cocher de cirque). Ce n'était point là un déshonneur puisqu'on érigeait des statues et qu'on dédiait des vers à ces triomphateurs de l'Hippodrome, mais elle avait été, disait-on, fille perdue, et elle était femme adultère*. D'ailleurs, cette Antonina était habile aux intrigues, de bon conseil, vaillante môme devant l'ennemi. Elle accompagnait Bélisaîre aux armées, où, le le bruit en* courait, elle lui avait donné souvent d'utiles avis*.

1. IMxK'ope, Disl, az-cai»., ï, et pasêim. Il eo est un peu d'Antonioa comme de Tbéodora. H ii*y a que les Anekdota pour Taccuser, du moins à Toccasion de ses dérèglements. Dans les livres d'histoire de Procope, dans les chroniques byzantines, on ne trouve rien qui confirme ces tristes récits. 11 y a toutefois quelques faits que Ton peut, en une certaine mesure, rapprocher des dires de VHisUnre iecrète. C'est pourquoi nous reproduisons l'allégé tion de Procope, lout en n'y croyant qu''à demi.

2. Procope. Hist. arcan,^ I, II; de BeUo Vandal.y 1, 13: Cf. Gibbon, Décad. de l'Empire, Vif, 350.

TUéODORA. 8li

Théodora avait d'abord repoussé les hommages d'Ântonina; elle lui témoigna soudain beaucoup de faveur, la comblant de présents et la nommant surintendante de la garde-robe. C'est que la tyrannie ne va pas sans le soupçon. Les grands succès militaires de Bélisaire, sa popularité dans l'armée et dans le peuple, inquiétaient les souverains. On avait bien fait un César d'un grossier soldat comme Justin, ne pouvait-on pas faire un empereur d'un conquérant comme Bélisaire? D'autre part, se priver de ses services était dangereux, car il fallait compter avec les Goths, avec les Perses, avec les Vandales, avec tous les Barbares qui menaçaient les frontières. Or, dans l'étrange ménage de Bélisaire et d'Antonina, l'impératrice avait trouvé une sauv^arde, un moyen de gouvernement. En s'attachant Antonina, Théodora s'attachait Bélisaire, et par Bélisaire elle tenait Antonina à sa discrétion. Aider la femme à cacher ses désordres, c'était gagner son dévouement ; posséder son secret, c'était

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s'assurer sa fidélité*. Au reste, Tbéodora n'eut garde d'abuser du pouvoir qu'elle avait ainsi acquis sur Bélisaire. Le général fut plusieurs fois relevé de son commandement pour divers motifs, — souvent pour recevoir un commandement plus important, — mais les deux disgrâces qu'il subit, et dont l'une dura plus de huit années, furent toutes deux postérieures à la mort de Tbéodora. Dès que Justinien r^na seul, d'autres capitaines remplacèrent à la tète des armées Bélisaire oublié. Il fallut l'arrivée des Barbares sous les murs de Constantinople pour rappeler à l'empereur que le vieux soldat existait encore.

Quand Bélisaire commandait en Perse, rimpéralrice le fit, dit-on, relever de son commandement. Voici à quelle occasion.

Justinien était gravement malade ; le bruit de sa mort se répandit dans l'armée d'Orient. Des rapports vrais ou faux accusèrent Bélisaire d avoir dit que l'armée n'accepterait

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