‹ Aspasie, Cléopatre, ThéodoraChapitre 105 sur 105 · Descriptio Sanctœ Sophiœ publiée par Du Gange, V · texte numérisé non relu

Descriptio Sanctœ Sophiœ publiée par Du Gange, V

résignée qu'il fallait pour compagne à Justinien, c'était une femme d'âme virile qui lui communiquât son courage et sa fermeté.

Théodora n'eut aucune des vertus d'une sainte, elle eut plusieurs de celles d'une souveraine. Mais les vertus gouvernementales n'allèrent pas chez elle sans les défauts et les vices qui en sont parfois les conséquences. Magnifique, elle fut prodigue; habile, elle fut perfide; autoritaire, elle fut tyrannique; ambitieuse, elle fut sans scrupule et sans pitié. Que la destinée garde les peuples des Théodora, mais qu'elle les donne parfois aux empires I Le jour de la révolte des Nikates, une sainte se fût embarquée avec son époux déchu du trône. Ce jour-là, Théodora rappela l'empereur, les magistrats, les généraux au premier des devoirs d'État : la résistance à l'émeute.

Décembre 1884- Janvier 1885,

On a reporté ici un certain nombre de notes que leur étendue ne permettait pas de placer au bas des pages.

(Page 9, ligne 9.)

Le buste voilé du Vatican appartient à Tari romain. La coiffure et rajustement sont purement romains et, a moins que rinscription n'ait été ajoutée après coup, il faut voir dans ce marbre une de ces images de fantaisie que les riebes Romains commandaient aux sculpteurs pour orner leur bibliothèque. La réputation d'Aspasie, comme femme philosophe, justifiait la présence de son buste parmi ceux des Pythagore et des Antisthène.

Gronovius donne, au tome premier de ses Antiquités grecqws (p. 83), un autre pseudo-portrait d'Aspasie. C'est un camée, représentant une Athènè casquée, et portant l'inscription 'Aaicaaou. Or, jamais, je pense, nul Grec n'a eu l'idée de représenter Aspasie sous les traits d'Athènè,

3t2 APPENDICES.

et quant à rinscriptioD, elle désigne simplement le nom da scalpteor : Aspasios ou Aspasos, qui est cité par Sillig, Cata^ log, Artific.y p. 100.

(Page 16, ligne 18.)

Cest une expression de Plutarque (Pendes^ XXIV), dont le sens est trùâ discutable, qui a vraisemblablement donné lieu à Topinion que Périclès épousa Aspasie. Voici le texte : ...àuT6; 6à (Périclès) triv 'Aoicactav XaSù>v ^<rrepÇe 6taçep6vTa)c. Or, d'une part, Xa|i5aveiv ne signifie que par extension: prendre en mariage. Absolument, ce verbe signifie : prendre. On peut donc traduire : c Périclès ayant pris Aspasie (sous-entendu : chez lui) Taima avec passion. » D'autre part, en admettant que Plutarque ait effectivement voulu dire que Périclès reçut chez lui Aspasie en qualité d'épouse, il est permis de croire qu'il a mal interprété le passage du Traité de la volupté ^ d'Héraclide de Pont, qui, manifestement, lui a servi de renseignement sur ce point. Ce passage, qui nous a été conservé par Athénée (XII, 45) porte simplement : ...ùixei tî (Périclès), \uxk *A<nca(itaç Tf,; èx Meyapwv Ixatpac... «...Périclès habita avec Aspasie, rhétaire de Mëgares. » Il n'est pas ici question de mariage; et, entre l'assertion d'Héraclide, de quatre siècles antérieure à celle de Plutarque, et bien plus conforme aux mœurs athéniennes, on ne saurait hésiter.

(Page 33, ligne 21.)

Nous ne voulons pas engager ici une discussion sur le procès de Phidias, qui a suscité tant de controverses. Nous tenons cependant à dire que si nous sommes revenu à la vieille tradition, repoussée par Sauppe (GcetUnger NachricfUeny 1867, p. '3) et Mùlier-Strûbbing (Die Legenden vom Tode der Pheidias^ Jarbiicher fiir Clasiische Philologie, 1882, p. 289, sqq.) et d^ailieurs adoptée par Loescheke (Historische Untersuchungen, p. 25, sqq.), mais avec quelques restrictions, ce n^est pas sans avoir très attentivement examiné les raisons qu'allèguent ces érudits et nous être convaincu qu'elles sont faciles à réfuter. En fait, toute la question se résuDCie dans la date du procès de Phidias. Si ce procès eut lieu en 438, aussitôt après l'achèvement de la statue d'Athènè, il parait probable que Phidias mourut en Élidc. Mais il ressort indubitablement, et des vers d'Aristophane, 9\ du récit conforme de Diodore et de Plutarque, que le proc^f eut lieu à la veille de la guerre du Péloponnèse, c'est-à-dire en 433-432.

(Page 75, ligne 8.)

La plastique et la numismatique donnent un aittcx grand nombre d'images de Cléopâtre, la plupart très authentiques. Il ne s'ensuit pas, cependant, que ces sculptures et cei<

médailles soient d'un sérieux secours pour restituer le type de la dernière Lagide. Cléop&tre est représentée plusieurs fois, ainsi que son fils Ptolémée-Césarion, sur les bas-reliefs des temples de Dendérah, et il est certain que suivant l*usage ég}ptien, les sculpteurs ont cherché â donner une certaine ressemblance à Timage de Cléopâtre. Mais de quels documents plastiques ou graphiques se sont* ils servis — car Cléopâtre ne posa pas pour eux — et comment, aujourd'hui , faire le départ, dans ces figures, entre la nature et la convention? Cléopâtre est représentée ici en Hathor; là, elle porte la coiffure d'Isis, ses cheveux sont nattés, ses seins et ses bras sont nus, une étroite robe la couvre jusqu'aux pieds. Elle a le nez aquilin, Tœil grand, le menton légèrement accusé; elle parait jolie. Mais il faut une extrême bonne volonté pour trouver des différences vraiment marquées entre le type qui lui est attribué et celui d'une infinité d'autres figures de divinités ou de femmes sculptées sur les murailles de Dendérah. — Quant an joli moulage de (Ht'opâtre, que l'on voit communément à Paris, dans les ateliers, on n'ignore pas que Tattribution en est due à une mystification. Ce bas-relief, découvert, je crois, en 1862, ne portait aucune inscription. Un égyplologue s'amusa à y graver le cartouche de Cléopâtre, et c'est ainsi qu'on le vend partout, depuis, comme l'image authentique de la dernière reine d'Égj-pte.

On compte quinze médailles de Cléopâtre, de type différent, tant au cabinet des médailles et au British Muséum qu'au cabinet de Vienne. Sauf deux, que nous signalons plus loin, toutes sont plus que médiocrement gravées, notamment le tétradrachme frappé à Antioche. — Mon savant ami, M. Frôhner, me signale cependant un exemplaire de ce statère, vendu en 1885, dans la collection Castellani, c où Cléopâtre lui a paru d'une admirable

beauté». — Plusieurs sont de vraies caricatures. La seule qui vaille d'être décrite est la pièce de bronze qui a pour légende : KXeoTcaxpa BaaiXtSa et qui porte, aa revers, avec la lettre tt, un aigle tenant un foudre. Le cabinet de la rue Ricbelieu en possède un bel exemplaire. La tête donne Timpression d'une femme grande et forte. Le front est droit et bas ; d'ailleurs les ondulations de la chevelure le couvrent à demi. L'œil est grand et éloigné du nez qui est aquilin, fort et extrêmement long ; la bouche est jolie, quoique très grande ; le menton est très accusé. Bien que ces traits soient quelque peu grossiers et durs, l'ensemble de la physionomie dégage cependant un certain charme, dû à la beauté des yeux et à la grâce étrange de la bouche. Si son nez n'était si long et si pointu, la femme volontaire et ardemment voluptueuse, que représente ce profil, pourrait passer pour belle.

Des deux médaiDes que nous avons citées précédemment comme étant d'un travail plus savant et plus soigné, l'une a été gravée à Palras. Le profil de Cléopâtre se rapproche là du type grec conventionnel. L'autre, gravée à Cypre, représente Cléopâtre en Aphrodite, tenant dans ses bras un petit Éros, que l'on croit être son fils Ptolémée-Césarion. Mais selon Feuardent, qui d'ailleurs est en contradiction sur ce point avec Mionnet et F. Lenormant, cette médaille doit être attribuée non pas à la dernière Cléopâtre, mais à Cléopâtre, femme d'Alexandre II, ou à Cléopâtre-Tryphœne. (Monnaies des rois d'Egypte^ I, 101, sqq.) Quoi qu'il en soit, sur ces deux médailles, le type de Cléopâtre diflère absolument de celui qui est gravé sur les treize autres et que caractérisent la dureté des traits et l'excessive longueur du nez.

On connaît le mot de Pascal : < Le nez de Cléopâtre, s'il avait été plus court, toute la face de la terre aurait été changée. » Pascal n'était pas numismate. Autrement, il aurait écrit : « Le nez de Cléopâtre, s'il avait été plus long... »

(Page 106, ligne il.)

D*un passage de Sénèque le Rhétear {Suoioria, I), où il est dit qu*il restait aa i*' siècle des lettres lascives de Dellius â Cléopâtre, et d*aiie plaisanterie assez ambignë du même Dellius, rapportée par Platarqne (Anton. ^ L^V), Da cier (Remarques sur la 3* ode du livre II d'Horace) et après lui Ba>le ( Dictionnaire ^ II, p. 2t57) ont conclu que ce Dellius tai ramant de Cléopâtre. Dieu nous préserve de tenter, avec le trop naïf Adolf Stahr et le paradoxal Blaze de Bury, la tâche impossible de défendre la vertu de Cléopâtre. Toutefois, nous doutons un peu de la bonne fortune de Dellius. En admettant que la tradition qu'il avait été Pâmant de Cléopâtre existât â Rome au temps de Sénèque, cette tradition, c'était Dellius lui-même qui Tavait fait naître. Or, nous verrons plus loin que Dellius abandonna Antoine an réalité parce qu'il le sentait perdu, mais sous le prétexte de mauvais traitements de Cléopâtre. Bien accueilli par Auguste, Dellius ne chercha-t-il pas à la fois et à se faire valoir et â vilipender la reine en disant qu'il Tavait eue comme maîtresse avant Antoine ? Quant à ces lettres lascives dont parle Sénèque, peut-être les avait-il composées après coup dans ce dessein ou les avait-il écrites pour divertir Gèop5tre et Antoine. Litterœ lascivœ ne signifie pas lettres d'amour. On peut plutôt voir là une œuvre de rhéteur, comme par exemple les lettres d'Ariiténète et d'Alciphron, que la correspondance authentique d'un amant avec sa maîtresse.

(Page 135, ligne 13.)

Flavius Jogèphe (Histjr. Judœor.^ XIV, 26) dit que lorsque Hérode,6e rendant à Rome (en 39), passa à Alexandrie, c Cléopâtre voulut Ty retenir ». On en a inféré que TÉgyptienne eut ce roi pour amant. Mais Josôphe ne dit pas, cependant, qu'elle réussit à retenir Hérode. U dit, au contraire, qu'il s'embarqoa aussitôt pour Tltalie; et, au livre XV, 4, il dit encore que, malgré tou« les efforts de Cléopâtre pour se faire aimer de lui, quand elle traversa la Judée, Hérode ne répondit pas A ses avances. — Au reste, une telle question importe bien peu quand il s'agit d'une femme comme Gléopfttrel

(Page 149, page 2.)

Plusieurs médailles de Cléopâtre portent ; 0tà vetuTepa, et sur l'une d'elles on lit : Ba<nXt(T(niç KXeoTcaxpaç, ^tou; xa ToO xa\ (digamma) 0eac vewTspaç : De la reine Cléopâtre, Tan 2i qui est aussi l'an 6 de la nouvelle déesse. »

Porphyre {Fragm.Histor. grcec. ^111,1^, 724) nous explique cette légende en disant que la seizième ann<^e du règne de Cléopâtre fut aussi appelée la première, parce que Marc- Antoine lui ayant fait don de la Chalcide et des contrées environnantes, elle data son règne d'une ère nouvelle.

Porphyre nous dit que ce fut en 46, c'est-à-dire la sèî-

lième année du règne, que fat inaugurée cette ère nouvelle, et cette date a été uniyersellement adoptée. Mais, plusieurs archéologues, Letronne et M. G. Vescher entre autres, ont ayancé que Fère nouvelle de Qéopfttre date de la célébration du triomphe d*Arménie et, pour concilier cette opinion avec la chronologie, ils ont placé en 3^ le triomphe d^Arménie. Ils ont ainsi antidaté de deux ans cet événement, qui, selon la chronologie de Dion, établie d*après la liste des consuls, eut lieu en 34. Ils se fondent pour cela sur le témoignage de Porphyre. Mais Porphyre ne dit nullement que Fère nouvelle date du triomphe d'Arménie. Il dit simplement qu'elle date de la donation par Antoine de la Chalcide et des pays environnants. Or, nous savons par Plutarque {Anton, ^ LIX) que c'est en 36, date qui correspond bien à la seinème année du règne de Gléopfttre, qu'Antoine, en Glicie même, donna à la reine plusieurs royaumes, royaumes dont il ne fit, en 34, le jour du triomphe d'Arménie, que confirmer la donation.

(Page 150, ligne 5.)

D'après Letrone et plusieurs égyptologues, Antoine aurait fait mieux encore : il aurait épousé Gléopfttre et serait, par cela même, devenu roi d'Egypte. C'est ainsi que son effigie figure avec celle de la reine sur des monnaies datant des dernières années du règne de Ciéopâtre.

En effet, certaines monnaies frappées à Alexandrie, à Antioche, etc., présentent la double image d'Antoine et de

Cléopâtre. Mais, sur aucune, le titre de roi n^est donné à Antoine. La légende porte : Antonii, Armenia devicta, ou : *AvT*&vto; a^Toxpaxcop xpixov xpttiv àvSpfi>v (Antoine, empereur pour la troisième fois, triumvir), ou : 'Avxti uira y (Antoine, consul pour la troisième fois). Ce sont des monnaies impériales qu^Antoine fit frapper à son effigie, selon Tusage qui se répandit chez les imperators dans les derniers temps de la République. Pour rendre hommage à Cléopâtre, il ordonna de graver au revers la tête de cette reine. C'était dans la même idée qu'il avait fait inscrire son nom sur les boucliei*s des légionnaires, comme, précédemment, c'était pour témoigner de son amour à Octavie, qu'il avait fait aussi graver son profil au revers d'autres monnaies. U est probable que, par réciprocité, Cléopâtre fit reproduire la tête d'Antoine sur quelques-unes de ses monnaies. (Cf. Lenormant, La Monnaie dans l* Antiquité, II, p. 332-333, et Bompois, Revue numismatiqucy 1868, p. 63-101.)

D'autre part, nous pouvons croire, d'après plusieurs témoignages (Virgile, ^n,, VIII, v. 688 ; Servius, ibid, ; Strabon, XVII, 11 ; Suétone, Aug.y LXIX), qu'Antoine épousa Cléopâtre ; et nous savons aussi (Servius, ibid. ; Plutarque, Anton,y LXII ; Dion, L, 3) qu'il répudia Octavie. Mais cette répudiation, qui dut vraisemblablement précéder le mariage, est postérieure au triomphe d'Arménie. Le témoignage de Dion sur ce point est formel, et Plutarque cite aussi des faits, en 33 et en 32, qui sont manifestement antérieurs au divorce. (La lettre d'Antoine écrite à Octave, en 32, citée par Suétone, où il est dit : Uxor mea est : nunc ccepij an abhinc annos novem, ne peut signifier qu'il a épousé Cléopâtre depuis neuf ans. Dans ce cas, son mariage aurait eu lieu en 41, c'est-à-dire quelques mois seulement après la bataille de Philippes et du vivant de Fulvie. Cette lettre, peut-être apocryphe d'ailleurs, veut simplement dire qu'An-

ôdO APPENDICES.

toÎDe a épouaè récemmeût Qéopâtre après avoir yéeu avec eue depuis neuf années.

Pour qu'Antoine ait pu épouser Gléop&tre Tannée du triomphe d* Arménie, il faudrait qu'il se fût marié avant d'avoir divoTeé. Cela n'est point impossible. La loi romaine ne reeonnaiasant pas de mariage avec les étrangères, Gléopâtre, quoique mariée, ne pouvait être regardée à Rome que comme une eoneubine.

La difficulté pour admettre avec Letrooe qu'Antoine fut associé à Cléopàtre en qualité de roi, et cela à dater du triomphe d'Arménie, c'est qu'aucun historien ancien ne mentionne ce fût. Tous même l'infirment implicitement. En e£fét, quand ils disent que le jour du triomphe d'Arménie Antoine associa Gésarion à QéopÀtre conune roi d'Egypte, c'est faire entendre qu'il ne réclama pas pour lui-même la moitié de la couronne. Quand ils disent encore qu'Antoine accepta la charge de gymnasiarque d'Alexandrie, que Cléopâtro l'obligeait à l'appeler publiquement souveraine maîtresse : $t9Koiva, et qu'il la suivait à pied quand elle était portée dans une chaise cUrule, ce n'est pas le montrer dans la mi^téd'un roi. Quand ils disent, enfin, qu'après Actium Cléopàtre donna Tordre do livrer Pcluse à Octave, c'est bien marquer qu'elle avait conservé toute l'autorité royale et qu'dle avait pris part à la guerre commo alliée d'Antoine imperator et non comme femme d'Antoine roi d'Egyple.

Pour conclure,' s'il y eut mariage entre Antoine et Qéopâtre, ce mariage n'eut pas lieu avant Tannée 32 et, d'ailleurs, il n'eut pas pour conséquence de faire Antoine roi d'Egypte. Peut-être, ainsi que le dit Florus, Antoine s'amusa-t-il à porter partout les insignes royaux, ut regina rex ifi9e fruêretwr^ comoce il s'afiTubla des attributs de Bacchus et d'Osiris, mais sa royauté ne fut que celle d'un roi de théâtre : pairiXe^j; <ixr)vix6;.

APPENDICES. -33t

(Page 179, ligne 4.)

Paterculus (II, 85), Plutarque (Anton, y LXXIII, LXXIV) et Florus (IV, 11) disent que Gléopâtre s*enfait la première. Dion (L, 33) dit que la reine « ne pouvant supporter Fattente d'un événement qui tardait tant à se décider et brûlant d'impatience, prit la fuite et en donna le signal à ses vaisseaux. »

Il est donc hors de doute que Cléopàtre, par sa fuite au plus fort de l'action, décida de l'issue de la bataiUe d'Actium. Mais, s'ensuit-il de là, comme on le croit généralement, que la fuite de la reine ait été absolument inattendue et n'ait pas été l'exécution trop précipitée d'un mouvement de retraite concerté d'avance. Le premier, M. l'amiral Jurien de La Gravière, dans ses savantes et suggestives études sur la marine des anciens, a soutenu cette opinion. Son attention éveillée par un passage de Plutarque où il est dit qu'Antoine fit prendre sur ses vaisseaux des voiles (qui lui eussent été inutiles et même nuisibles pour un combat), l'amiral a victorieusement prouvé, par des raisons de tactique navale, que le plan d'une retraite vers l'Egypte était arrêté dans l'esprit d'Antoine et qu'il livra bataille pour forcer le passage. « Je l'affirme, conclut-il, bien que j'aie la seule autorité de Plutarque pour contester un fait qui a acquis droit de cité dans l'histoire. » (La Manne des Phtémées et la Marine des Romains, I, p. 69-83.) M. l'amiral Jurien de La Gravière aurait pu invoquer un autre témoignage, celui de Dion Gassius, qui dit textuellement : « Après bien

des aTis divers, relui de Cléopâtre, qui consistait à forcer le passage et à gagner TÉgypte, remporta. » L, 13. Cf. L, 30 : H Si les vaisseaux d'Antoine sortent du détroit, c'est moins dans le dessein de combattre que pour prendre la fuite... L'ennemi a embarqué sur ses bâtiments ce qu'il a de plus précieux. > Ainsi, pour appuyer l'opinion d'une retraite décidée à l'avance, il y a, au point de vue documentaire, le double témoignage de Plutarque et de Dion et, au point de vue tactique, au point de vue pratique, les conclusions d'un homme de guerre.

Où, cependant, nous différons d'avis avec M. l'amiral Jurien de La Gravière, c'est quand il dit que Clèop&tre ne précipita pas la retraite et qu'Antoine ne suivit la reine que parce que le moment de cette retraite était venu. Gomment s'expliquer alors le ressentiment d'Antoine contre Gléopâtre quand il aborda VAntoniade^ Pour concilier ces quatre faits patents: 1* le plan de la retraite arrêté d'avance; t^ le secret de ce plan gardé vis-à-vis des troupes et vraisemblablement même des Iriérarqucs ; 3« l'espérance d'Antoine, s'il gagnait la bataille, de bloquer l'armée d'Octave débarquée en Grèce et de la réduire à capituler (Dion, L, 19) ; 4» la colère d'Antoine contre Cléopàtre, il faut admettre, comme nous l'avons fait dans notre récit : 1» qu'Antoine et CléopÀtre décidèrent de battre en retraite dès la veille de la bataiUe, mais que d'une part Antoine dissimula son projet à son armée et à sa flotte, que d'autre part il conservait l'espoir de battre les escadres d'Octave, et qu'en conséquence il s'était réservé de donner lui-même le signal de la retraite au cas où la victoire lui paraîtrait impossible; 2» que Cléopàtre, brûlée d'impatience et glacée de peur, donna ce signal trop tôt et à l'insu d'Antoine ; 3* qu'Antoine suivit Cléopàtre pour tâcher de ramener son escadre au combat, mais que comprenant, en chemin, qu'il n'y réussirait pas

et que, d'ailleurs, la bataille était plus que compromise par cette fuite, il s'abandonna à sa destinée tout en gardant un amer ressentiment contré Cléopâtre.

(Page 212, ligne 7.)

Le relit de Dion Cassius (LI, 11-13) di£Père beaucoup ici de celui de Plutarque (Anton. y XC, XCI). Selon Dion, que vraisemblablement paraphrasait sans critique les vers du très imaginatif Rabirius, ce fut à la sollicitation de Cléopâtre que César vint la voir. Elle l'attendait dans un négligé galant, « ses vêtements de deuil rehaussant sa beauté », et lui livra un assaut en règle. 11 est présumable, comme nous ra\ons dit, que Cléopâtre eut un moment d'espoir à l'annonce de la visite d'Octave et qu'elle mêla quelque manège de coquetterie à sa tentative de justification. C'est pourquoi nous avons emprunté un ou deux détails à Dion ; mais, dans l'ensemble,' la version de Plutarque, qui est celle que nous avons suivie, est certainement la plus véridique. Plutarque connaissait, cela n'est pas douteux, le poème de Rabirius. S'il ne s'en est pas inspiré, c'est qu'il y a préféré une tradition plus sûre ou des textes plus sérieux,

(Page 214, ligne 17.)

Plutarque et Dion, qui rapportent que Cléopâtre mourut de la piqûre d'un aspic, expriment quelques doutes sur ce mode de suicide. Us disent que peut-être la reine- se piqua avec une aiguille creuse qui contenait du poison. Mais Plutarque et Dion écrivirent, le premier cent ans et le second environ deux cents ans après la mort de Cléopâtre. Or les

autears contemporains d^Aaguste, Horace, Properce, Patercnliis, disent expressément qu^elle se fit piquer par un aspic. C'était ropinion régnante à Rome à Pépoque de la mort de Cléopâtre, et les doutes timides d'écrivains postérieurs ne sufiisent point à la faire suspecter.

(Page 251, Ugoe 16.)

11 existe dans VAntMogie de Planude (Épigr, 77, 78) deux épigrammes, Pune de Paul le Silentiaire, Pautre anonyme, qui semblent avoir été écrites à Poccasion d*un même portrait de Théodora, car toutes deux reprochent au peintre d'avoir caché sous les réseaux ou bandelettes la chevelure de Pimpératrice. La première épigramme signale, comme le fait Procope, Pèclat extrême de son teint: aéXa; -/potT); âxpov. D'après la seconde, Théodora auraient eu les cheveux bouclés et d'un blond doré : xp^<Tsa ^6<TTpuxa.

On n'a de Théodora aucun médaillon, aucune monnaie, ni, à notre connaissance, aucun buste. Son iconographie comprend seulement la figure de la grande mosaïque qui décore la partie gauche du chœur de San Vitale, à Ravenue. L'impératrice apparaît au milieu de ses femmes. Elle est présentée de face, vêtue d'une longue tunique, que recouvre un grand paliium de pourpre, bordé d'une large bande de figures. Le haut de ce paliium disparaît littéralement sous la profusion des joyaux. Sa coiffure consiste en une sorte de diadème d'où tombent deux rangs de perles. Théodora parait maigre, sa tête est petite, son front bas, son menton peu accusé. Le teint, les traits, tout dans ce portrait semble atténué, effacé, évanoui, sauf les yeux énormes, presque démesurés, qui brillent sous leurs

soarcils joints. Valéry a dit que « les traits de Théodora, l'ancienne comédienne, araient encore un certain air lascif qui rappelait ses longues prostitutions^. On pourrait tout aussi bien reconnaître à ce visage pâle et èmacié, où seuls les yeux semblent vivre, une illuminée brûlée d^ardeur religieuse.

(Page 308, ligne 9.)

On doit regarder aussi comme plus que douteuses la liaison adultère de Théodora avec un certain Théodore, amant d^Antonina, et Taventure de Joannès, fils de Théodora, arrivé d*Arabie pour se faire reconnaître à sa mère devenue impératrice.

Sur le premier fait, les termes de Procope (Histor. arcan,f III) sont assez obscurs. 11 dit qu'après avoir délivré Théodore, â la prière d'Antonina, elle combla cet homme de faveurs et de bienfaits. Cela n'est vraiment pas suffisant pour accuser Théodora d'adultère. — Sur le second fait, Tau leur de V Histoire secrète semble se contredire. Au chapitre XVII, il conte que Théodora livra son fils Joannès à des sicaires, afin que Justinien n'apprit point ce secret de sa vie passée, et au chapitre iv, il rapporte que l'impératrice arrangea un mariage entre son petit-fils, c'est-à-dire le fils même de ce Joannès, et la fiUe de Bélisaire. Comment Théodora qui, pour cacher qu'elle avait un fils, allait jusqu'à le faire assassiner, avouait-elle si délibérément qu'eUe avait un petit-fils ?

Rappelons que c'est la venue à Byzance de ce fils de Théodora qui forme le siyet de OeoScopoc, le beau poème dramatique de M. Cléon Rhangabé, un des maîtres de la littérature grecque contemporaine.

(Page 318, ligne 15.)

Dans la GiAerre des Perdes (II, 21) Procope ne dit pas que Bélisaire ait subi une disgrâce. 11 rapporte simplement que le général fut rappelé de Perse, par Justinien, pour aller prendre on commandement en Italie, où les affaires allaient mal. Ainsi, cette prétendue disgrâce, due à Théodora, pourrait être révoquée en doute. Elle le pourrait d^autant plus que tous les chroniqueurs, Théophane, Gédrénus Paschal, 2^nare, rapportent â la disgrâce subie par Bélisaire en 563 (après la mort de Théodora), disgrâce qui est bien certaine, celle-là, nombre de détails donnés par Procope dans son Histoire secrète sur la disgrâce de 542.

Conune rien n'est plus tenace que les légendes, nous redirons encore, après tant d'autres, que Justinien ne fit pas crever les yeux à Bélisaire, ni ne l'obligea à mendier son pain. En 563, la disgrâce de Bélisaire se borna à une sorte de dégradation et â une réclusion dans sa demeure.

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