‹ Aspasie, Cléopatre, ThéodoraChapitre 12 sur 105 · Plutâpque, Perid., XXm, XXIV · texte numérisé non relu

Plutâpque, Perid., XXm, XXIV

les calomnies de l'agora et les interpellations véhémentes de la tribune ne suffirent plus aux ennemis de Périclès. Ils pensèrent à lui intenter un procès en action publique.

Mais le grand homme d'État était encore bien populaire! Au défaut de Périclès, les mécontents conçurent l'idée de faire condamner ses amis les plus chers. C'était pour les meneurs de l'opposition une façon d'essayer leurs forces et aussi de déconsidérer Périclès ; c'était un premier assaut donné à son crédit sur le peuple. On commença par provoquer un vote d'ostracisme contre le vieux Damon, qui avait été un des maîtres de Périclès et qui était demeuré son ami.

On disait que, sous couvert de leçons de musique, il enseignait la politique. Souvent on l'avait entendu déclarer que la tyrannie d'un homme éclairé est le meilleur des gouvernements. Damon fut banni*. Peu de temps après (des derniers mois de 433 aux

1. Plutarque, PericL, III. Cf. Frag. Corn, Grœc,^ p. 246. Platon, Lach., p. 180; Paradys, de Ostracismo, p. 52, sq.

premiers mois de 432) les adversaires de Périclès, encouragés par ce premier succès, se concertèrent pour faire traduire simultanément devant les héliastes Phidias, Anaxagore et Aspasie^

Phidias fut accusé de détournement. Suborné par quelque ennemi de Périclès, un praticien du grand sculpteur se présenta en suppliant devant les autels de l'agora. Cet homme qui, s'appelait Ménon, demandait à être garanti contre les suites du procès qu'il voulait intenter à Phidias. On sait que l'accusateur qui n'obtenait pas le cinquième des suffrages encourait les peines les plus graves^. Le peuple ayant donné cette immunité à Ménon, le misérable dénonça son maître comme ayant dérobé une partie de l'or que les Trésoriers de la déesse lui avaient remis pour être employé à la statue chryséléphantine d'Athènè. Devant le dikasté-

1. Plutarque, Pericl., XXXI, XXXII. Cf. Aristophane, PaXy V. 601, sqq. Diodore de Sicile, XU, 38, 39.

2. l^Mon, Apol. SocratiSj p. 36; Démosthène, de Corona; C. AndroL; C. Timocr., etc.

rion, Phidias n'eut pas de peine à se disculper, car il avait ajusté les vêtements d'or de la déesse de telle façon que, sans détériorer la statue même, qui était d'ivoire, on pouvait enlever tout le métal et le peser. Le sculpteur devait cette idée à Périclès, qui se défiait sans doute du caractère soupçonneux des Athéniens et qui peut-être aussi voulait que cette masse d'or (quarante talents d'or, plus de deux millions de francs) pût, en quelque grave occurrence, servir à des dépenses de guerre. Phidias fut acquitté. Mais ses ennemis lui intentèrent incontinent un nouveau procès, sous deux autres chefs d'accusation. Il avait gravé son portrait sur le bouclier d'Athènes : sacrilège. Il avait reçu Périclès dans son atelier alors qu'il s'y trouvait des femmes, modèles ou visiteuses :

proxénétisme. Pendant l'instruction de ce second procès, Phidias, malade et profondément attristé, mourut en prison*.

1. Aristophane, PaXy v. 605, sqq. et le Scoliaste, ibid; Plutarque, PericLf XXXII; Diodore de Sicile, Xll, 39. — Sur la mort de Phidias, voir l'appendice III,

Anaxagore fut traduit en justice pour cause d'impiété (vp^f^ àaéôeiaç). Il semble que, jusqu'à cette époque, les tribunaux connaissaient seulement du sacrilège proprement dit : ofiFenses publiques aux dieux, profanation des temples et des images divines, scandale pendant les fêtes, divulgation des mystères, parodies des rites. Mais les philosophes et les sophistes s'étant multipliés à Athènes, l'orateur Diophites prit ce prétexte pour faire édicter une loi qui assimilait aux sacrilèges ceux qui ne croyaient pas aux Dieux de l'État et qui s'occupaient d'étudier les phénomènes célestes. Cette loi, d'un caractère inquisitorial, menaçait tous les penseurs; mais elle était principalement dirigée contre les amis de Périclès, et de là, contre Périclès lui-même. Si, comme on l'espérait, ses familiers étaient condamnés sur ce chef, on pourrait lui intenter un procès analogue. Anaxagore qui professait ouvertement que le soleil est une masse de feu, la lune une terre habitée, et le tonnerre un effet du choc des nuages —

c'étaient bien là des impiétés, — se déroba au jugement. Sur le conseil de Périclès, qui redoutait pour son ami une sentence capitale, il quitta furtivement Athènes.

L'Héliée le condamna par contumace*.

Comme Anaxagore, Aspasie fut accusée d'impiété : elle avait des opinions contraires aux croyances de l'État. Comme Phidias, elle fut accusée de proxénétisme: elle attirait chez elle des courtisanes et des femmes mariées pour les livrer à Périclès^.

Quelles preuves le poète Hermippe, qui intenta le procès, pouvait-il fournir de la culpabilité de la Milésienne? Sur le premier point, il invoquait le témoignage d'un esclave qui avait probablement entendu Aspasie discuter ou plaisanter à l'occasion de quelque légende sacrée ; sans doute aussi il ne manquait pas d'alléguer qu'amie des philosophes, Aspasie devait nécessairement partager leurs idées. Sur le second point,

1, Plutarque, Pericl.y XXXU. Cf. Platon, Apolog, SocraUi 31; DiogèDe de Laêrte, U, 5.

Page 1