Plutarque, Anton., XXVn
CLÉOPATRB. 65
les ministres et les grands officiers de la couronne, puis, quand la dissension fut au comble dans le gouvernement entre les partisans du roi et ceux de Cléopâtre, il souleva contre la jeune reine le peuple d'Alexandrie. 11 accusait Cléopâtre de vouloir régner seule, dût-elle faire appel à l'intervention armée des Romains. Elle avait, disait-il, arrêté ce plan avec le fils aîné du grand Pompée, Cn. Pompée, qui, de passage à Alexandrie en 49, y était devenu son amant *.
L'émeute grondait aux portes du palais et la connivence de Pothin et du jeune roi avec les chefs de l'insurrection ne pouvait échapper à la perspicacité de Cléopâtre. Elle quitta Alexandrie, accompagnée de quelques fidèles. D'ailleurs la fugitive ne se considérait point comme vaincue. Elle ne renonçait pas si facilement à cette couronne d'Egypte qu'elle avait déjà portée trois ans. Bientôt
1. Caesar, De BeUo civUi, UI. 103, 108; Strabon, XVU, 11; Plutarque, Pomp., LXXXH ; Copwir, LIV; Anton., XXVÎ; Dion, XLH, 9.
on apprit à Alexandrie que Cléopâtre avait levé une armée aux confins de TÉgypte et de l'Arabie, et qu'elle marchait sur Péluse.
Le jeune roi réunit ses troupes^ et s'avança à sa rencontre*.
Le •frère et la sœur, l'époux et la femme, se trouvaient prêts à combattre avec leurs armées aux environs de Péluse, lorsque l'illustre vaincu de Pharsale vint demander asile aux Égyptiens. Pompée croyait pouvoir compter sur la reconnaissance des enfants de Ptolémée Aulète, car c'était à son instigation que sept ans auparavant, Gabinius, proconsul de Syrie, avait rétabli ce roi sur son trône. Il est vrai qu'après Pharsale, Pompée était désarmé et César toutpuissant. En secourant un fugitif dont on n'avait plus rien à attendre, on risquait de s'attirer la colère de César. Pothin et les autres ministres du jeune roi n'hésitèrent pas : ils accueillirent Pompée, mais ce fut
1 . Cœsar, De BéUo dvUij iU, 103 ; Plutarque, Pomp.^ LXXXH; Cœsar, LIV; Dion, XLU, 3; Appien, U, 84.
pour le faire égorger, quand il mit le pied sur la terre d'Egypte. Sa tête, embaumée avec l'art savant du pays, fut présentée à César lorsque celui-ci, qui poursuivait Pompée, débarqua à Alexandrie. César détourna les yeux de ce hideux trophée et reprocha vivement leur crime à Pothin etàAkhillas*.
Sans doute, les deux misérables no se troublèrent pas à ces reproches. Ils estimaient avoir rendu un grand service à César en le délivrant de son plus puissant ennemi, et ils avaient assez la connaissance des hommes pour comprendre que, Pompée mort, la magnanimité était facile à César.
. César apprit bientôt les démêlés de Ptolémée et de Cléopâtre, la fuite de celle-ci sous la menace populaire, la bataille imminente entre les deux armées concentrées près de Péluse. La politique romaine avait toujours été d'intervenir dans les querelles intestines des États. Cette politique d'inter-
1. Caesar, De Bello civûi, m, 103, 104, 106; Plutarque, Porwp., LXXXn-LXXXVIl ; Cœsar, LUI; Dion, XUT, 3-5, 7-8; Appien, H, 84-86; Lucain, VUE, v. 736-741.
vention était d'autant plus à l'ordre du jour pour César, relativement à l'Egypte, que sous son premier consulat, Ptolémée Aulète avait été déclaré allié de Rome et que ce roi, dans son testament, conjurait le peuple romain de faire exécuter ses dernières volontés*. Un autre motif, qu'il ne mentionne pas dans ses Commentaires^ engageait César à s'immiscer dans les affaires de l'Egypte.
Créancier à peu de frais du feu roi, il avait à réclamer de ses héritiers le payement d'une forte somme. Il ne s'agissait pas de moins que de sept millions cinquante mille sesterces, qui restaient dus sur les trentetrois mille talents que Ptolémée s'était engagé naguère à payer à César et à Pompée si, par l'appui des Romains, il recouvrait sa couronne^.
Pothin, cependant, estimait qu'il avait assez fait pour César en lui offrant la tête de Pompée. Il le pressait de se rembarquer