Caesar, De Bello ciVt/t, m, 107; Dion, XLU
2. A répoque du premier consulat de César, en 59. Plutarque, Cœsar, LIV ; Suétone, Ccesar^ LIV.
et d'aller où rappelaient des affaires bien autrement importantes pour lui que la guerre de Ptolémée et de Cléopâtre: dans le Pont d'où Pharnace chassait son lieutenant Domitius, à Rome où Cœlius soulevait la plèbe. Aux réclamations de César, il répondait que le trésor était vide ; à ses offres d'arbitrage entre les héritiers de Ptolémée, il objectait qu'il ne convenait pas à un étranger de s'immiscer dans cette querelle, qu'une telle intervention soulèverait rÉgypte. A l'appui de ses paroles, il rappelait que le peuple d'Alexandrie, regardant les faisceaux portés devant César comme attentatoires à la dignité royale, s'indignait de cet appareil ; que chaque jour il y avait des commencements d'émeutes ; que chaque nuit il y avait des soldats romains assassinés ; que la population alexandrine était bien nombreuse et que Tarmée de César (trois mille deux cents légionnaires et huit cents cavaliers) était bien petite*.
1. Cœsar, De Bello civili, UF, 106; Plutarque, Ccesar^ LIV ; Dion, XLH, 34.
Maïs ces refus, ces conseils, ces quasimenaces ne pouvaient rien contre la volonté de César. A bout de prières, il commanda.
Il ordonna à Pothin d'inviter formellement en son nom Ptolémée et Cléopâtre à licencier leurs armées et à venir exposer leur différend devant son tribunal de consul.
L'eunuque dut obéir; mais, rusé autant que César était tenace, il pensa à faire servir c^lte intervention, qu'il redoutait d'abord, au succès de ses projets. Dans ce dessein, il transmit à Cléopâtre l'ordre de César de licencier ses troupes, mais sans lui dire qu'elle était attendue à Alexandrie, et il écrivit à Ptolémée de se rendre sur-lechamp auprès de César, tout en conservant ses soldats sous les armes. Pothin comptait de la sorte, et se délivrer de l'armée de Cléopâtre, et attirer au jeune roi la faveur de César, puisque seul des deux héritiers d'Aulète cités par le consul, Ptolémée allait déférer à cette invitation. Peu de jours après, Ptolémée arriva en effet à Alexandrie. 11 fit à César mille protestations d'amitié et.
soutenu dans ses assertions par Pothin, Akhillas et les autres ministres, il exposa le différend qui existait entre lui et Cléopâtre, en mettant tous les torts du côté de celle-ci. César, cependant, ne se laissait pas convaincre si aisément. Pothin avait cru que l'absence de Cléopâtre irriterait César contre elle, mais César ne pouvait admettre que la jeune reine eût décliné par mépris son invitation de se rendre à Alexandrie.
Il pensait plutôt que c'était quelque machination de Pothin qui mettait obstacle à sa venue. Afin de s'en assurer, il dépêcha secrètement un envoyé à Cléopâtre, qu'il savait toujours près de Péluse*.
La reine attendait avec impatience des nouvelles de César. Au reçu de son premier message, imparfaitement transmis par Pothin, elle s'était empressée de licencier son armée. Cléopâtre était déjà pleine de confiance dans le grand capitaine qu'on
1. César, De BeOo civili, UI, 107, 108; Phitarque, Cœmf'i LIV; Dion, LXH, 34.
appelait « le mari de toutes les femmes »*.
Elle comprenait cependant qu'il lui fallait voir César ou plutôt qu'il fallait que César la vît. Or les jours passaient, et l'invitation de se rendre à Alexandrie n'arrivait pas. Le second message de César parvint enfin. Cléopâtre apprit que César l'avait déjà mandée près de lui, mais que Pothin avait pris ses mesures pour qu'elle n'en sût rien. Ses ennemis, la chose était évidente, ne voulaient point qu'elle eût une entrevue avec César. Maintenant que leur ruse était éventée, ils emploieraient la force. Sans doute, ils étaient sur leur garde et ils avaient donné leurs instructions. Si Cléopâtre voulait gagner Alexandrie par terre, elle tomberait dans les avant-postes de l'armée égyptienne cantonnée sous Péluse; par mer, sa trirème royale n'échapperait pas aux navires de Ptolémée en croisière devant l'entrée du port. Parvînt-elle même dans
1. Omnium mulierum vir. Parole de Curion rapportée Suétone, Cœsar, LU.
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Alexandrie, elle risquerait d'y être écharpée par la populace sur un mot d'ordre de Pothin, Jusque dans le palais du roi, où César habitait comme hôte de Ptolémée, c'est-à-dire avec une garde d'honneur égyptienne, la jeune femme pouvait être arrêtée ou tuée par les factionnaires.
CJéopâtre, renonçant à entrer à Alexandrie avec l'appareil d'une reine, s'avisa de s'y introduire, non point seulement sous un déguisement, mais dans un ballot. Accompagnée d'un seul homme dévoué, le Sicilien Apollodore, elle s'embarqua près de Péluse sur une barque pontée qui pénétra au milieu de la nuit dans le port d'Alexandrie. On accosta le quai devant une des petites portes du palais. Cléopâtre s'enveloppa dans un de ces grands sacs d'étoffe grossière, teints de plusieurs couleurs, qui servaient aux voyageurs à serrer les matelas et les couvertures*. Apollodore l'y lia avec une courroie, puis, chargeant le sac sur