‹ Aspasie, Cléopatre, ThéodoraChapitre 26 sur 105 · Suétone, Cœsar, Uî; t)ion, XLUI · texte numérisé non relu

Suétone, Cœsar, Uî; t)ion, XLUI

cette étrangère à Rome, dans sa villa des bords du Tibre el qu'il lui prodiguât indécemment les marques d'honneur et les témoignages d'amour. Mainlenan t, il consacrait dans le temple d'une divinité nationale la statue de cette prostituée d'Alexandrie, reine barbare du pays des magiciens, des thaumaturges, des eunuques, etdesserviles riverains du Nil, adorateurs d oiseaux empaillés et de dieux à têtes d'animaux. On se demandait où s'arrêterait la démence de César. Le bruit courait que le dictateur s'occupait de faire présenter, par le tribun Helvius Cinna, une loi qui lui permît d'épouser autant de femmes qu'il voudrait afin d'en avoir des enfants. On disait qu'il allait reconnaître pour son héritier le fils de Cléopâtre. On disait encore qu'après avoir épuisé l'Italie par les levées d'hommes et les contributions. César laisserait le gouvernement de Rome à ses créatures et transférerait le siège de l'empire à Alexandrie ^ Ces

1. Suétone, Cœsar^ Ul, LXXIX; Dion, XLIU, 27. Cf* Appien, II 106-108. ■

rumeurs animaient contre César, et, à en croire Dion, elles contribuèrent à mettre le poignard aux mains de ses assassins.

S'il en fut ainsi, Cléopâtre aurait été aussi fatale à César qu'elle devait l'être plus tard à Antoine.

Malgré cette hostilité, Cléopâtre ne vivait pas abandonnée dans la villa Transtibérine.

Pour plaire au divin Jules, pour l'approcher en une plus complète intimité, lescésariens maîtrisaient leur antipathie et fréquentaient chez la belle reine. A cette cour d'Egypte, transportée sur les bords du Tibre, venaient Marc-Antoine, Dolabella, Lépide, alors général de la cavalerie, OppiusCurion, Cornélius Balbus, Helvius Cinna, Matius, le préteur Vendidius, Trébonius. A côté des partisans de César, il y avait aussi quelques-uns de ses ennemis cachés, comme Atticus, grand marchand d'argent qui avait des intérêts en Egypte, et quelques-uns de ses ennemis ralliés, comme Cicéron. Tout en faisant sa paix avec César, celui-ci n'oubliait pas sa pàssiou favorite : l'amour des livres

et des curiosités. L'insatiable collectionneur pensa à enrichir, sans bourse délier, sa bibliothèque de Tusculum. Il demanda à Cléopâtre de lui faire venir d'Alexandrie, où abondaient ces trésors, quelques manuscrits grecs et quelques antiquités égyptiennes. La reine le lui promit volontiers, et l'un de ses officiers, Ammonius, qui jadis ambassadeur de Ptolémée Aulèle à Rome, y avait connu Cicéron, se chargea de la commission. Mais soit oubli, soit négligence, l'envoi promis n'arriva pas. Cicéron en garda une rancune si profonde à Cléopâtre qu'il écrivit plus tard à Atticus : « Je hais la reine (odi reginam)»^ donnant pour raison de cette aversion l'inexécution de la promesse royale.

L'ancien consul avait eu aussi à subir une grossièreté de Sarapion, un des officiers de Cléopâtre. Cet homme était entré chez lui, et comme Cicéron demandait ce qu'il désirait, il avait répondu brusquement : « — Je cherche Atticus, » et était parti aussitôt*.

Page 1