‹ Aspasie, Cléopatre, ThéodoraChapitre 38 sur 105 · Cf. Flularqiie, XX Vm, XXX · texte numérisé non relu

Cf. Flularqiie, XX Vm, XXX

Dans l'hiver de l'année 39, les événements de la guerre de Pérouse rappelèrent Antoine en Italie. Sa femme, Fulvie, avait fomenté cette guerre par ambition, par ressentiment contre Octave, et aussi, dit Plutarque, par jalousie. Elle espérait que ces troubles forcelaient Antoine à quitter Cléopâtre pour venir défendre à Rome son pouvoir menacé.

Fulvie avait trop bien réussi. Antoine, il est vrai, cinglait vers Brindes avec deux cents voiles, mais Octave victorieux était tout-

puissant en Italie, ses adversaires étaient dispersés ou proscrits, elle-même avait pris la fuite et allait mourir sans revoir son mari.

Antoine apprit sa mort dans une relâche qu'il fit en Sicile. Cet événement, au reste, facilitait la paix. Antoine n'avait pas trempé dans la guerre de Pérouse. C'était Fui vie seule, aidée de son beau-père Antonius, qui l'avait suscitée. Elle morte, un accommodement devenait possible entre Antoine et Octave. Coccéius Nerva, Pollion et Mécène leur ménagèrent une entrevue à Brindes.

Ils se réconcilièrent et firent un nouveau partage de l'empire. Octave prit l'Occident jusqu'à l'Adriatique, Antoine eut l'Orient; Lépide dut se contenter des possessions romaines de l'Afrique.

A Rome, où après tant de discordes et de sang versé, on désirait ardemment la paix; on fut heureux du traité de Brindes. Afin d'en assurer l'exécution , les amis des triumvirs pensèrent à les unir par des liens de famille. Ils mirent en avant l'idée d'un mariage entre Antoine, qui venait de perdre

sa femme, et Octavie, sœur d'Octave et veuve de Marcellus. Cette noble femme, qui joignait à une grande beauté les plus rares qualités de l'esprit, ne pouvait manquer, pensaient-ils, de fixer l'amour d'Antoine; elle maintiendrait ainsi l'harmonie entre les deux beaux-frères, au grand avantage de l'un et de l'autre et pour le bien de l'État. Octave agréa ce projet, et, malgré la passion qu'il conservait pour Cléopâtre, Antoine, en raison des avantages politiques de cette union, n'eut garde de la refuser. Les noces furent célébrées incontinent. La loi interdisait aux veuves de se remarier avant le dixième mois, mais le sénat accorda une dispense à la sœur d*Octave*.

Antoine séjourna à Rome pendant presque toute cette année 39. Il y vivait en parfaite intelligence avec Octave et s'occupait avec lui du gouvernement de l'empire. Mais bien

1. Plutarque, Anton., XXXT, XXXII; Appien, V, 42-64 ; Dion, XXLVm, 27-31.

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qu'il eût part égale dans l'autorité et dans les honneurs, il sentait qu'il n'était que le second à Rome. Dans son légitime orgueil de vieux soldat, d'habile homme de guerre, lieutenant de César à Pharsale et général en chef à Philippes, il se révoltait en pensant à la suprématie, consentie par tous, de cet adolescent qui venait de raser sa première barbe*. Un renommé devin d'Egypte, que vraisemblablement Cléopâtre elle-même avait envoyé à Rome, affermissait Antoine dans ces idées par ses prédictions et ses horoscopes. « Ton génie redoute celui d'Octave, lui répétait-il. Fier et élevé quand il est seul, il perd toute sa force quand tu te trouves près d'Octave. Ici ton astre s'éclipse. C'est loin de Rome, c'est en Orient qu'il rayonne dans tout son éclat 2.» Une nouvelle agression des Parthes donna à Antoine un prétexte pour quitter Rome. Il partit avec Octavie et relâcha d'abord à Athènes. Il y

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