‹ Aspasie, Cléopatre, ThéodoraChapitre 37 sur 105 · Plutarque, Anton., XXX · texte numérisé non relu

Plutarque, Anton., XXX

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ils étaient sous le charme ensorcelant de Cléopâtre. Ils l'aimaient, l'admiraient, souffraient de bonne grâce ses sarcasmes et ses rebuffades, et n'avaient même pas une révolte si, au milieu du repas, à un signe d'Antoine, elle quittait la salle avec lui et revenait après quelques instants reprendre sa place sur le lit tricliniaire. Ils s'ingéniaient à lui plaire et à la divertir. C'était îi qui se montrerait le plus vil complaisant (le la reine, humilillimus assentcUor reginœ. Pour un sourire de Cléopâtre, ils perdaient toute dignité. Un jour, L. Plancus, personnage consulaire, la tête couronnée de roseaux, une queue de poisson attachée aux rein«^ et le corps nu peint de <x)uleur bleue, dansa devant elle la danse de Glaukos*.

Avec César, Cléopâtre avait joué d'instinct le rôle d'une Aspasie couronnée, charmeresse toujours, mais alliant la dignité à

1. Velléius Paterculus, II, 83; Plutarque, Anton. ^ LXIV ; Dion, L, 5.

la grâce, cachant la courtisane sous la reine, chaque jour d'humeur égale, s'exprimant en termes choisis, causant politique, art, littérature, élevant sans effort ses merveilleuses facultés au niveau de l'intelligence suprême du dictateur. Avec Antoine, Cléopâtre, d'abord par calcul, ensuite par amour, joua le rôle d'une Laïs née fortuitement sur un trône. Voyant bien que les façons d'Antoine étaient grossières et brutales, qu'il avait la plaisanterie triviale et la parole fort libre, elle se mit tout de suite au même diapason.

Elle tenait tête à ce grand buveur, restant jusqu'au matin devant les cratères écumants et les coupes que l'on remplissait sans cesse. Elle l'accompagnait la nuit dans les rues suspectes de Rhakotis, le vieux quartier d'Alexandrie. Elle plaisantait en termes cyniques, chantait des chansons erotiques, récitait des priapées. Elle se querellait avec son amant, provoquant et rendant les injures et les coups. Rien ne plaisait tant à Antoine que de voir cette ravissante petite main le menacer et le battre, et de retrou-

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ver dans cette bouche divine, faite pour la musique des chœurs de Sophocle ou des odes de Sappho, les mots qu'il avait entendus dans les corps de garde de la porte Esquiline et dans les bouges innommables de Suburre *.

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