Plutarque, Anton., LVI-LVII. Cf. Dion, XLIX
146 CLéOPATRE.
Au commencement de Tannée 34, il rejoignit ses légions en Asie. En peu de jours, il battit les Arméniens, fit prisonnier le roi et toute sa famille et réduisit le pays.
Après cette glorieuse campagne, Antoine devait triompher à Rome. Mais par amour, par dévotion pour Cléopâtre, qu'il voulait associer à ces honneurs, il triompha à Alexandrie. Pour la première fois un Romain triomphait hors de Rome. C'était une insulte à la Cité qui paraissait ainsi décapitée; c'était une offense au Sénat et au Peuple, à qui seuls devait être rapporté l'honneur du triomphe.
Ce scandaleux triomphe fut de la plus grande magnificence. Dans Alexandrie, toute décorée et jonchée de fleurs, défilèrent au son des cors et des trompettes, les légionnaires, les cavaliers auxiliaires, les prêtres, les thuriféraires, les députés des villes portant des couronnes d'or, les chariots remplis de trophées, les milliers de captifs. Devant le char du triomphateur, attelé de quatre chevaux blancs, marchaient à pied le roi
Artavasde, sa femme et ses deux fils, chargés de chaînes d'or. Arrivé devant Cléopâtre qui, assise sur un trône chryséléphantin, présidait au triomphe, Antoine arrêta son quadrige et présenta à la reine les captifs royaux. Après le défilé et les sacrifices, il donna un immense banquet au peuple d'Alexandrie. D'énormes tables étaient dressées dans les jardins du palais et sur les diverses places de la ville. A la fin du repas, Antoine fit asseoir Cléopâtre sur un trône d'or et d'ivoire et se plaça lui-même sur un trône semblable. Les trompettes sonnèrent, les soldats en armes et tout le peuple se massèrent autour des deux amants. Alors Antoine proclama qu'on appellerait désor* mais Cléopâtre la Reine des Rois (B%^IX{7:i3i BajiXIwv), et son fils Césarion, héritier du divin Jules, le Roi des Rois. Il leur attribua de nouveau la souveraineté de l'Egypte et de Cypre. Puis il régla publiquement le sort des trois enfants qu'il avait eus de Cléopâtre. Il donna à l'aîné j Alexandre^ qu'il appelait Hélios, TArménlej la Médie
lis CLÉOPATUE.
et le pays des Parlhes ; à sa sœur jumelle, Cléopâtre, qu'il appelait Séléné, le royaume de Lybie; à Ptolémée, la Phénicie, la Syrie et la Cilicie. A chaque proclamation du triumvir, les hérauts répétaient ses paroles et les trompettes sonnaient. Le même jour, Antoine présenta à l'armée et au peuple les jeunes souverains. Alexandre parut avec la robe médique et la cidaris des rois perses.
Un peloton d'Arméniens lui servait de garde d'honneur. Ptolémée avait une escorte de mercenaires macédoniens, armés de sarisses de dix-huit pieds. Il portait le long manteau de pourpre, les crépides brodées d'or et le diadème de pierreries des successeurs d'Alexandre ^
Déjà Cléopâtre avait donné l'exemple de ces mascarades. Deux ans auparavant, à son retour de Laodicée, où Antoine avait augmenté son royaume de la Phénicie, de la Chalcide, de la Cœlésyrie et de plusieurs autres contrées, elle avait donné à son règne