Plutarque, LIX
tandis que lui-même, portant un cimeterre oriental et une robe de pourpre à agrafes de pierreries, raccompagnait à pied au milieu des ministres égyptiens et du troupeau abject des eunuques *.
1. Vellnus Paterculos, II, 82; Dion, L, 5; Florus, IV, 2; Serviiis, Ad .Kneid., VIII, v. 668. — VoirTappendioe VIII.
Octave en déposant Lépide avait fait du triumvirat un duumvirat. L'empire se trouvait partagé entre lui et Antoine. Mais la domination de l'Orient ne satisfaisait pas plus l'orgueil d'Antoine que la domination de l'Occident ne suffisait à l'ambition d'Octave. Deux fois différée, la guerre civile demeurait inévitable. Dans son extrême prudence, Octave l'eût sans doute retardée encore ; dans sa folie, Antoine la précipita. Il méprisait Octave comme capitaine. Ses flatteurs.
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ges soldats, dont il était adoré, lui prédisaient la victoire. Cléopâlre, qui gardait le souvenir irrité de l'insolent accueil des Romains, brûlait de vengeance. Confiante dans Tépée d'Antoine, elle jurait déjà « par la justice qu'elle rendrait bientôt au Capitol e' ».
Antoine commença par accabler Octave de récriminations et de sourdes menaces. Les clients d'Antoine qui étaient nombreux à Rome, des amis, des émissaires envoyés d'Egypte s'occupaient de faire valoir auprès du peuple ses griefs réels ou supposés.
Octave, disaient-ils, a enlevé la Sicile à Sextus Pompée sans en partager les dépouilles avec son collègue ; il ne lui a même pas rendu les cent vingt trirèmes prêtées pour cette guerre. Il a déposé Lépide et a gardé pour lui seul les provinces, les légions, les
2. Dion, L, 5; Florus, IV, 11. « L'Égyptienne, dit énergiquemcnt Florus, demanda pour prix de ses caresses Tempire romain à un empereur ivre; Mulier œgyptia ab ebrio impei'atwe pretium libidinum romanum Imper htm petit.
vaisseaux qui avaient été assignés à ce triumvir. Il a distribué à ses propres soldats presque toutes les terres d'Italie sans rien réserver pour les vétérans d'Antoine.
Tous les actes du gouvernement d'Octave étaient critiqués, incriminés. On rappelait qu'il écrasait l'Italie d'impôts, on l'accusait d'aspirer au souverain pouvoir. On allait jusqu'à dire que le véritable héritier de César était non pas Octave, son neveu, mais son propre fils Césarion, et qu'un second testament du dictateur serait produit quelque jour. Au témoignage de Dion Cassius, Antoine, en reconnaissant formellement Césarion comme fils légitime de César, avait porté au comble l'inquiétude et la colère d'Octave ^
Cependant Octave patientait: ses armements n'étaient pas prêts et Antoine était encore populaire à Rome, où il avait conservé une nombreuse clientèle que protégeait sa femme Octavie. Malgré l'offense qu'elle avait