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la débauche antique dans toutes ses infamies. Auprès d'elle Messaline est corilinente.
A mener cette vie, Théodora gagna un affreux renom. Lorsqu'on la rencontrait dans quelque rue, on se détournait ou Ton s'arrêtait afin de n'être point souillé du contact de ses vêtements, de l'air même qu'elle respirait. Sa vue, au lever du jour, passait pour un présage néfaste. Cependant, un certain Hécébole, personnage aussi rebelle aux idées superstitieuses qu'insensible à l'opinion, emmena Théodora dans la Cyrénaïque, dont il venait d'être nommé gouverneur. Hécébole pouvait espérer d'ailleurs que la réputation de Théodora n'avait pas pénétré jusqu'en Afrique. Le gouverneur se fatigua vite de cette indigne maîtresse. Il la chassa, et la malheureuse tomba dans la plus triste misère. Elle courut toutes les villes de l'Afrique orientale, depuis Cyrène jusqu'à Alexandrie, en vivant de prostitution. Vieillie et fanée, portant, dit Procope, sur son corps et sur son visage les
flétrissures de la débauche, elle put enfin revenir à Constantinople entre sa vingtième et sa vingt-cinquième année. La prédiction d'une sorcière, confirmée par un songe, engageait Théodora à retourner dans la capitale. Elle avait rêvé qu'elle y épouserait le prince des démons et qu'elle aurait ainsi toutes les richesses de l'univers*.
Ce prince des démons — 5 *'Apxwv tôv Ba».ji-évov — selon Procope qui croit à tout sauf à la vertu des femmes, c'est Justinien.
Justinien était alors le plus puissant personnage de l'empire après l'empereur. Né en Dacie (entre 483 et 489) d'une pauvre famille de paysans, il avait été emmené encore enfant à Constantinople par les soins de son oncle Justin, qui, de simple soldat, était devenu, grâce à de valeureux services, comte, sénateur et commandant de la garde impériale. Un savant moine, nommé Théophile, fut chargé de Justinien et lui donna une instruction conforme