Procoi)e, tiuior, arcan.y IX, XII
THÉODOKA, 255
au rang élevé qu'occupait son oncle. Justinien parlait avec éloquence et écrivait élégamment; il avait des connaissances en musique et en architecture et était surtout versé dans le droit et la théologie.
Ambitieux à long terme, habile à distinguer le parti le plus fort et empressé à le protéger, afin de s'en servir un jour, connaissant les hommes et sachant les utiliser, peu scrupuleux dans le choix des moyens, froid, patient, dissimulé, et jugeant sainement qu'une position même subalterne dans le palais où s'ourdissaient tant d'intrigues était un marchepied plus sûr vers les suprêmes honneurs qu'une charge importante dans les provinces, Justinien avait quelques-unes des bonnes qualités et presque toutes les mauvaises qu'il faut à celui qui veut monter vite et haut. Il est même présumable que ses conseils inté* ressés ne furent point inutiles à son oncle Justin pour garder si longtemps ses fonctions et pour obtenir enfin la pourpre impériale après la mort d'Anaslase (S18)i
256 TUÉODORA.
Le nouvel empereur récompensa Justinien en le nommant coup sur coup sénateur, stratège, patrice, gouverneur (honorifique) de l'Afrique et de l'Italie, stratélate, enfin comte des gardes du palais*. Ce fut à ré[)oque où Justinien était revêtu de toutes ces dignités (vers 521) que la fortune mit Théodora sur le chemin du neveu de l'empereur. Il s'éprit d'elle, et Ton peut croire qu'il triompha facilement de sa vertu*.
Au demeurant, il faut reconnaître que
1. Procope, Histor, arcan.y VI, VIH; de Bello Persic.y L, 11 ; Evagrius, IV, 1 ; Victor de Tunnes {Patrologia, t. LXVUI, p. 952) ; Chronique Pasduile, L, p. 315; Zonare, XIV, 5, 6; Ludewig, Vita Justiniani^ p. 10-40, lî5.
2. 11 ressort du texte de Procope {Histoi\ arcan.^ IX, XII), que lorsque Théodora devint la maîtresse de Justinien, celui-ci était déjà un personnage tout-puissant. Ce fut donc postérieurement à Tan 518, date de Tavènement de Justin. Nous savons d'autre part (Procope, X; Théophile, cité par Alemanni, p. 415), que la tante de Justinien, Timpératric^ Euphémie, s'opposa à son mariage, et qu'il n'épousa Théodora qu'après la mort de la femme de Justin, arrivée en 523 ou 524. Ainsi la liaison de Justinien et de Théodora commença postérieurement à £19 et antérieurement à 524. Ludewig (Fito Jtfst.f p. 148) et, après lui, Isambert (EisUdrede Justinien, I, p. 255) ont adopté la date intermédiaire de 521 .
cette femme, pont la vue passait pour un présage funeste, ne fut point fatale à son amant. La première année de leur liaison, Justinien obtint le consulat, et il l'obtint dans des circonstances particulièrement heureuses. A cause des troubles provoqués en 520 par les rivalités des factions, on avait interdit les jeux pour tout le reste de l'année. C'était au nouveau consul de rouvrir l'arène, coup de chance qui établit la popularité de Justinien. La magnificence dont il fit montre dans cette occasion la porta au comble. Puisant sans mesure dans le trésor impérial qu'avaient accru les économies d'Anastase, il dépensa plus de huit millions de francs en jeux, en exhibitions d'animaux féroces, en distributions et en largesses de toute sorte*. Deux ans plus tard, le Sénat proposa officiellement à l'empereur de créer Justinien nobilissime, titre équivalent à celui d'altesse impériale, et qui désignait comme héritier du trône le
1. Malala, p. 419; Théophane, p. 146; Marcellinu*, MiL Sirmond, p. 60.
personnage auquel il était conféré. Justin ratifia le décret sénatorial*. De plus en plus puissant, Justin obtint pour Théodora le titre de patrîce, le premier après celui de nobilissime dans la hiérarchie nobiliaire.
Théodora conquit ainsi un crédit considérable, grâce auquel, en raison du nombre de solliciteurs et de plaideurs qui affluaient à Hyzance, elle amassa d'énormes sommes d'argents Une loi de Justinien devait dans la suite étendre les privilèges impériaux aux biens privés de Théodora ^
Ces richesses, ce titre de patrice, ce n'était pas encore assez pour Théodora, aux yeux de Justinien fou d'amour. Il voulait l'épouser. Mais sa mère le suppliait de renoncer à ce mariage, et sa tante, l'impératrice Euphémie, s'y opposait de tout son pouvoir. De plus, une loi ancienne portait qu'un citoyen parvenu à la dignité de sénateur ne pouvait épouser une comé-