Nicéphore Calliste, XVI, 39j Zonare, XIV
demeure où elle avait vécu naguère du pénible métier de fileuse de laine * : voilà pour détruire la légende de la courtisane, — à moins d'admettre, ce qui est également possible, qu'à son retour de la Pentapole, où elle s'était fait oublier du monde galant de Byzance, Théodora vécut quelques années à Constantinople dans la retraite et le travail.
Ces témoignages sont donc de peu de poids. D'autre part, si, comme nous l'avons dit, on doit reconnaître la véracité relative de Procope dans la partie de VHistoire seci^ète qui concerne le règne de Justinien, comment admettre que les pages qui relatent la jeunesse de Théodora soient de pure invention? C'est là, au point de vue critique, la seule raison — et elle a bien sa valeur — qui puisse faire tenir pour véridiques les récits de Procope sur les débauches de la future impératrice. Quant à l'argument de
1. Descriptio Constantin, y Banduri, /mpenwm Orientale I, 3* part., p. 47.
2G8 THKODORA.
(jibbon, que ces accusations sont trop invraisemblables pour qu'on ait pu les inventer*, il est assurément plus spécieux que solide.
A défaut de témoignages certains, il reste du moins des présomptions contre la véracité de Procope. S'il est vrai que Théodora ait été la vile prostituée dont le renom infâme était tel qu'on se détournait dans les rues pour la fuir, comment admettre que Justinien, sénateur, comte des gardes, et visant à la pourpre, ait osé prendre publiquement cette femme pour maîtresse, la faire créer patrice et enfin l'épouser? N'était-ce pas jouer sa popularité, se compromettre dans le Sénat, perdre le trône? Comment admettre encore que pas un cri de dégoût, pas une protestation indignée n'ait accueilli cette étrange union? A la vérité, Procope nous dit que l'impératrice Euphémie s'y opposa tant qu'elle vécut; mais un contemporain, le moine Théophile, qui rapporte que la mère de Justinien n'y voulait pas non plus